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Parfois, il faut toucher le fond pour aspirer au changement salutaire.
Les personnages de ce livre sont puissants, on y raconte des tranches de vies contemporaines, des leçons de vie ; il y a des débats, politiques, métaphysiques, des visions qui s’affrontent, une quête de vérités portée par des personnages humains, touchants, lumineux… Une belle empreinte philosophique… Un tableau complet de tous les maux africains : des comportements politiques et religieux déviants, la cupidité, les manipulations en tout genre et de tous bords, les contraintes sociales, la déshérence des jeunes, la perte des valeurs africaines, les fléaux sociaux, etc… Et la solution proposée, une conscience de masse citoyenne, des mouvements citoyens, patriotes qui s’impliquent à tous les niveaux…
Un véritable manifeste de renaissance sénégalaise, africaine et humaine !
EXTRAIT
Fred fixait tellement le quatuor de jeunes Africains débattant avec véhémence sur un sujet qui semblait passionnant, qu’ils s’étaient retournés instinctivement vers lui. Il se replongea dans sa lecture comme un gamin surpris en train de faire une bêtise, il sursauta presque. Les jeunes gens reprirent leur débat dans un langage plus feutré, ils semblaient s’écouter maintenant. Ce qui le poussa à tendre l’oreille finement, les yeux faussement rivés sur son bouquin, à quelques rangées de sièges. Pourquoi ne pas essayer de happer le sujet de ce débat passionné, et même quelquefois houleux ?!
À PROPOS DE L'AUTEUR
Bocar Gueye est électronicien de formation, passionné des nouvelles technologies depuis sa plus tendre enfance, alors que ses professeurs l’encourageaient à suivre une série littéraire. Il a intégré une grande firme comme technicien, responsable contrôle qualité spécialisé sur les disques de freinage des motos GP et de la Ferrari Excellence, en Italie et en Allemagne. Bien qu’évoluant dans l’industrie automobile, malgré l’influence d’autres langues étrangères comme l’italien, sa passion pour la lecture et l’écriture en français reste intacte. Ainsi à travers ce roman, il a voulu rendre hommage aux africains de la diaspora et apporter sa contribution sur la réflexion nécessaire au développement de l’Afrique en tant qu'Africain et en tant que citoyen du monde. Autant sur le plan socio-culturel, religieux, philosophique, technique…que sur l’engagement citoyen et politique.
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Seitenzahl: 202
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Demain … Une
AFRIQUE
Parfois, il faut toucher le fond
pour aspirer au changement salutaire
ROMAN
Edité par:
Éditions DIASPORAS NOIRES
www.diasporas-noires.com
©Bocar Gueye 2016
ISBN version numérique : 9791091999700
ISBN version imprimée : 9791091999694
Date de publication numérique : janvier 2017
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Demain… Une autre Afrique
Les personnages de ce livre sont puissants, on y raconte des tranches de vies contemporaines, des leçons de vie; il y a des débats, politiques, métaphysiques, des visions qui s’affrontent, une quête de vérités portée par des personnages humains, touchants, lumineux… Une belle empreinte philosophique… Un tableau complet de tous les maux africains : des comportements politiques et religieux déviants, la cupidité, les manipulations en tout genre et de tous bords, les contraintes sociales, la déshérence des jeunes, la perte des valeurs africaines, les fléaux sociaux, etc… Et la solution proposée, une conscience de masse citoyenne, des mouvements citoyens, patriotes qui s’impliquent à tous les niveaux… Bref c’est un manifeste de renaissance sénégalaise, africaine et humaine…
Bocar Gueye
Électronicien de formation, passionné des nouvelles technologies depuis sa plus tendre enfance, alors que ses professeurs l'encourageaient à suivre une série littéraire. Il a intégré une grande firme comme technicien en Italie et en Allemagne, spécialisé sur les systèmes de freinage des motos GP, plaquettes et disques pour les voitures de course et de luxe. Bien qu'évoluant dans l'industrie automobile, malgré l'influence d'autres langues étrangères comme l'italien, sa passion pour la lecture et l'écriture en français reste intacte. Ainsi à travers ce roman, il a voulu rendre hommage aux Africains de la diaspora et apporter sa contribution sur la réflexion nécessaire au développement de l'Afrique en tant qu’Africain et en tant que citoyen du monde. Autant sur le plan socio-culturel, religieux, philosophique, technique...que sur l'engagement citoyen et politique.
Je dédie ce livre à mon défunt père Abdoulaye Gueye.
Un homme connu dans le quartier qui m'a vu naître, en tant qu’imam et mécanicien dans l'industrie. Il a toute sa vie travaillé pour rester indépendant jusqu'à la retraite, et combattu l'injustice sous toutes ses formes. Généreux, rigoureux, véridique, il incarnait une certaine autorité morale et religieuse. Il fut à l'origine de la pose de la première pierre de la grande mosquée de Grand-Yoff avec El hadj Seydou Nourou Tall qui tenait l'autre partie de la brique sous les litanies de Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh, Thierno Mountaga Tall et plusieurs autres dignitaires musulmans de l'époque. Toujours en première ligne pour défendre les intérêts de la localité face aux prédateurs et spéculateurs fonciers véreux. Nos braves mères et pères ont su instaurer dans ce quartier populeux au cœur de la capitale sénégalaise, un bon vivre ensemble entre gens venus d'horizons divers, et de croyances religieuses différentes.
Mon père avait toujours un bouquin à la main, écoutait la radio mais ne regardait jamais la télé. Je me souviendrai toujours de cette énième inondation qui venait de détruire sa collection de livres qui constituait une partie de sa vie. Ce regard profond et douloureux quand il tâtait les feuilles avec douceur pour ne pas les abîmer, les mains tremblantes sous l'effet de la maladie et de l'émotion. Les rares livres qu'on avait réussi à repêcher et exposer au soleil sur une terrasse voisine, un trésor, son trésor. Ces écrits de plusieurs décennies, témoins d'une longue quête de savoir, religieux, spirituel, scientifique, historique, avec son corollaire de péripéties à l'époque coloniale.
Un parcours d'enfant du Fouta que son père, mon homonyme Bocar Gueye alias Mame Lakh (fils de Tafsir Mouhaji Gueye fidèle compagnon de El hadj Omar Tall qui le baptisa à Nioro et lui donna le prénom de son frère Bocar) arracha de son Taïba Ngueyenne natal pour l'envoyer à Kaolack étudier le coran et la sunna auprès de Khalifa El hadj Mohamed Niass dont il deviendra un « muhaddam ». Il sera à son chevet lors des derniers instants de sa vie. Un lien fort les unissait sous l'aval de son oncle Tafsir Moustapha Thiam disciple d’El hadj Abdoulaye Niass, un autre personnage sur lequel je reviendrai. Non seulement parce que mon grand-père maternel, mais un grand intellectuel, homme de sciences, guide religieux dont les œuvres littéraires sont étudiées et chantées au Fouta. L'une des plus célèbres étant « Cheykhou Tidiani khoutbou rabani bahril ba hori samsoul hiyani, nâla mou naho soumma ta dani hasaka mâla hindal ma nâni, etc... ». Son surnom « Ndiol Fouta », il le doit à El hadj Ibrahima Niass dit Baye qui le considérait comme son propre frère.
Ce père et ce grand-père m'ont certainement transmis cette passion pour la lecture et l'écriture. Ma pensée et mes prières les accompagnent, car ce sont mes sources d'inspiration face aux aléas de la vie. Leurs enseignements, leur générosité, leur courage et leur humilité sont des gages de sérénité, un socle solide pour cheminer droit et fier, même quand le chemin est tumultueux, plein d'embûches...
Un clin d'œil à ma défunte mère Maty Khady Thiam que je n'ai pas eu le temps de bien connaître parce que partie trop tôt, mais son image est ancrée dans ma tête, ses yeux, ses mains protectrices, sa voix rassurante... Tous ceux qui l'ont côtoyée ne cessent de tarir d'éloges à son encontre. Le nombre des ses homonymes en témoignent. Mais j'ai eu la chance de connaître sa mère Maïmouna Seck affectueusement appelée Nène Maï, fille de Tafsir Balla Seck de Mogo (un autre pôle de la région du fleuve), pendant mes séjours au Fouta lors des vacances scolaires. Une femme formidable qui m'a beaucoup appris de la vie, et dans ce livre j'ai essayé de rendre hommage à toutes les femmes du monde en pensant profondément à elles. A ma grande sœur Maïmouna Gueye alias Debbo partit à la fleur de l'âge comme mon neveu Pape Abdoulaye Gueye... A toute ma famille.
Mes vifs remerciements à tous ceux qui m'ont un jour tendu la main, à tous ceux qui m'ont un jour transmis une onde positive, ne serait-ce que par un simple sourire sincère... Merci du fond du cœur !
L'ESPOIR entretient la flamme du combattant, L'AUDACE aiguise sa DÉTERMINATION, la RAISON gère sa PASSION, sauf que L'ATTENTISME et le FATALISME confortent L'INACTION.
On peut se battre pour la LIBERTÉ mais l'ÉGALITÉ et la FRATERNITÉ requièrent un effort consensuel permanent!
La vie est jonchée d'étapes, un marathon avec ses hauts et ses bas, ses remous et ses succès, la solitude, l'amitié et la trahison, jalousie et fidélité, amour et chagrin...
Chaque relation, chaque personne connue depuis toujours ou en cours de route écrit un paragraphe, voire un chapitre intéressant dans ce fameux livre qu'est notre vie. Avec un peu de détachement, on apprend à travers les autres, à travers nous-mêmes, sur nos erreurs, nos succès...
Ceux qui partagent nos peines et nos joies constituent l'essence même de notre vie.
Avoir de l’humilité et de la grandeur c’est d’abord respecter les autres et reconnaître leur mérite même dans l’adversité.
L'ennemi vient toujours de l'intérieur, il coule dans nos veines, développe et entretient complexes et aigreur. Les obstacles, au lieu de nous freiner, de nous tirer vers le bas, doivent nous rendre plus forts, plus déterminés.
Notre court passage sur terre sera rayonnant lorsque de notre cœur jaillira la lumière divine, celle qui nous rendra légers et heureux de voir la réussite autour de nous et surtout de partager le bonheur des autres.
C'est en respectant d'abord ce que nous faisons et en cherchant ce qu'il y a de positif chez les autres que l'on se découvre et améliore ses propres manquements. Nos actions prouvent qui nous sommes, au contraire des discours qui ne font que prouver qui nous voulons être.
Les complexes et l'opportunisme peuvent découler d'un manque de confiance en soi, même si l'estime de ce que tu fais n'a rien à voir avec être imbu de sa personne ; cette forme d’estime de soi qui elle, est une tare, source d’orgueil et de fierté mal placée.
Il est difficile de nos jours de vivre dans la simplicité, de faire les choses comme on les ressent et non comme les autres auraient souhaité qu'on les fasse.
Nous aimons tellement observer les autres au point de passer à côté de l'essentiel, de notre propre vie, captivés par ce que fait l'autre, ce qu'a l'autre, ce qu'est en train de devenir l'autre, ce que devient l'autre...
Nous voulons plaire aux autres en nous inventant des personnalités différentes qui finissent par nous consumer à petit feu.
Ainsi nous devenons notre propre ennemi, trahissant ceux qui nous aiment pour ce que nous représentions.
Peut-être que vivre heureux c’est simplement chercher à nous améliorer humainement en évitant de juger les autres, de réfléchir et de conclure à leur place. C’est aussi vivre notre vie pleinement, chaque jour que Dieu fait, avec l'espoir de lendemains meilleurs, et surtout ne jamais se lasser du combat perpétuel pour faire concrétiser une utopie.
Nous ne serons jamais parfaits, et le plus drôle c'est que l'on est souvent pire que ceux que l'on s'autorise à juger. Alors vivons notre vie, vivons heureux, dans l'humilité et la foi qui est à la base de toute transformation salutaire.
L'homme est censé être un remède pour l'homme. Mais quand l'instinct prend le dessus sur l'humain, il devient un danger pour toute l'humanité.
Ce qui différencie l'homme de l'animal résulte de sa capacité à réfléchir, à prendre de la hauteur, à dominer ses instincts, à se rebiffer contre l'injustice, à entreprendre, à réaliser...
Ces dernières années, le monde qui s'est développé scientifiquement s'est retrouvé en proie aux terroristes de tous genres ; intellectuels de mauvaise foi, manipulateurs incorrigibles au service de la cupidité, fanatiques incultes et illuminés. Un bond de plusieurs siècles en arrière sur la conscience qui est l'âme de la science.
Dans une société matérialiste, où l'individualisme et l'opportunisme priment sur tout le reste, la famille, l'amitié, l'amour... les véritables sentiments perdent leur souffle. On en devient presque nostalgique : des sourires, des éclats de rire sincères, du regard franc, des remarques objectives, de la loyauté...
Difficile pour certains et il est pourtant si simple de souhaiter du bien aux autres. Il serait exagéré de prétendre leur vouloir tout le bien que l'on souhaite pour soi-même, mais juste être heureux de les voir réussir, évoluer, bref partager leur bonheur.
Les belles paroles peuvent apporter le réconfort ou faire naître l'espoir dans les cœurs meurtris, mais l'essentiel repose sur le concret. La vie sera belle quand l'humanisme prendra le dessus sur le matérialisme, lorsque les choses éphémères dont nous nous attachons souvent à la place des êtres chers, se verront rétrograder au second plan, à leur véritable place.
Alors là, les gestes deviendront plus naturels, les regards plus sincères, et les actes seront enfin joints aux paroles, en toute objectivité. On ne confondra plus éthique et étiquette sous la coupole de la foi religieuse ou politique. On profitera d'avantage des instants de bonheur, conscients de la chance que nous avons de respirer la vie, la santé, d'être entourés de gens vrais, honnêtes, aussi peu soient-ils, mais dont l'agréable compagnie nous sert d'équilibre et nous aide à avancer sûrement, le cœur pur, léger, dans une parfaite harmonie avec le corps et l'esprit.
À tous ceux qui traversent le long désert de la vie, cette partie où l'on se sent parfois seul au monde, dans une turpitude jonchée par l'ingratitude et l'hypocrisie de nos pairs, dites-vous que quelques pas plus loin, le bonheur est là, tout à fait accessible. Il suffit d'y croire et de le vouloir. Se complaire dans son malheur est un suicide quotidien. La vie est pleine de rebondissements ; l'ingratitude est un boomerang, l'hypocrisie un cancer. Le présent n'efface pas le passé, qu'il soit glorieux ou non. Les complexes nous freinent !
L'échec des autres ne nous fera jamais évoluer, c'est une hérésie de croire le contraire, comme de se repaître du malheur des autres. Un destin n'est jamais figé pour qui a la foi. On peut trébucher, même tomber ; mais ce sera avec l'arme à la main, toujours prêts à se relever pour continuer notre combat contre toute forme d'injustice.
Paix aux victimes de la barbarie humaine et leurs lots de désolations à travers tous les continents.
Bocar GUEYE
L’HOMME PROVIDENTIEL N’EXISTE PAS, C’EST L’UNION QUI FAIT LA FORCE !!!
Fred se sentait dérangé dans sa lecture par ces voix venues d’ailleurs. Il essaya encore une fois de se concentrer sur ce roman qu’il avait décidé de finir pendant ce trajet Marseille-Paris. Une formidable histoire, à même de le requinquer. Ces histoires d’amour romanesque qui donnent de l’espoir aux cœurs meurtris par une déception amoureuse. Se voir à la place du héros pendant un moment, se détacher du réel, vivre dans le fantasme de l’utopie. Maudite soit la numérotation des billets, sinon, il aurait déjà changé de place, voire même de wagon.
Fred fixait tellement le quatuor de jeunes Africains débattant avec véhémence sur un sujet qui semblait passionnant, qu’ils s’étaient retournés instinctivement vers lui. Il se replongea dans sa lecture comme un gamin surpris en train de faire une bêtise, il sursauta presque. Les jeunes gens reprirent leur débat dans un langage plus feutré, ils semblaient s’écouter maintenant. Ce qui le poussa à tendre l’oreille finement, les yeux faussement rivés sur son bouquin, à quelques rangées de sièges. Pourquoi ne pas essayer de happer le sujet de ce débat passionné, et même quelquefois houleux ?!
Il ramassa quelques miettes de la discussion qui lui soutirèrent un léger sourire. Il repensa au sujet phare de ses nombreux échanges avec son ami Iba, un étudiant africain obnubilé par la volonté de changer les choses chez lui, mais toujours à la recherche de solutions.
Fred et Iba se sont rencontrés à l’université. Au temple du savoir, la connaissance est reine ! Quelle que soit l’origine ou la couleur de peau, l’effort permanent et la volonté infaillible d’être parmi l’élite, priment sur tout le reste. Apprendre, se faire violence pour être diplômé, afin de sanctionner un savoir. La vie nous réserve souvent de ces surprises, et le hasard n’existe pas !
C’est en ce lieu où les esprits habiles comme les esprits rebelles, les esprits ouverts, sains, comme les esprits corrompus et tordus se découvrent, se fabriquent, s’unissent ou se combattent ; c’est à l’université que Fred s’est frotté à la différence !
Ainsi, ce jeune parisien qui a évolué dans un cocon familial qui pourrait bien susciter la jalousie de quelques envieux, se retrouvait face à une mixité obligée. Lui, à qui ses parents avaient offert tout ce dont un jeune de son âge pouvait rêver, notamment une bonne scolarité dans un milieu « sain » où la délinquance n’avait officiellement pas de place. Lui qui a toujours regardé à travers sa fenêtre embourgeoisée, de loin, de très loin ces quartiers dits sensibles. Il n’avait jamais eu à faire avec ces jeunes dits de banlieue, et les quelques personnes dites d’origine étrangère dans son environnement, ont été côtoyées sur les bancs de l’université.
Le début de la cohabitation avec ces quelques personnes étrangères à sa culture occidentale, à son éducation occidentale, et à son paraître occidental, n’a pas été facile. Les maladresses et autres réflexions désobligeantes provenant de certains de ses amis d’enfance envers cette frange d’étudiants étrangers, le mettaient souvent mal à l’aise. Ce qui poussait aux éclats de rire dans son milieu, pouvait devenir choquant, voire blessant, dans cet environnement où le choc des cultures était plus que présent. Une diversité qui pouvait et devait être bénéfique, vu le niveau intellectuel. On pouvait voyager sans bouger, tellement il y avait à apprendre des uns et des autres.
Le milieu d’où il venait avait à tort ou à raison, une certaine influence sur son comportement de tous les jours. Il était prudent envers tout ce qui y était étranger, et émettait des réserves à l'encontre des autres étudiants. Mais un jour, son destin croisa celui d’Iba dans un milieu diamétralement opposé à ce qui pouvait les lier, car leur seul point commun était leur statut d’étudiant.
La nouvelle devise de ce frêle blond aux yeux clairs était devenue : « se réjouir des rencontres et ne pas s'attrister de la séparation. Vivre et profiter pleinement de l'instant présent », parce qu'il venait de traverser le long désert de la séparation avec l'être aimé. L’amour rend vulnérable et naïf. Ah qu’il aurait été plus simple de pouvoir orienter et contrôler son cœur, dompter ses sentiments qui vont souvent à l’encontre de la raison. Son cœur venait d’être émietté par la personne qui lui était plus chère au monde, son amour de jeunesse, Christine. Celle pour qui il aurait tout abandonné, et qu’il aurait même suivie aveuglément jusqu’au bout du monde.
Celle à qui il ne trouvait que des qualités humaines et une beauté physique exceptionnelle. Ce qui justifiait ses lunettes de myope aux yeux d’Iba qui se moquait amicalement de sa « vision poussiéreuse », quand il la lui désigna plus tard.
Ce grand sentimental venait de voir le sol se dérober sous ses pieds, il n’avait pas prévu cette équation, une rupture imprévisible. Elle lui reprochait en gros son manque d’attention, ce qu’il n’arrivait pas à comprendre.
Lui qui se battait toujours pour sortir premier de la classe, lui qui tenait tant à assurer son avenir, leur avenir commun. Christine comptait tellement à ses yeux, qu’il ne pouvait envisager des lendemains sans elle. Un SMS venait de tuer ses rêves de fonder une famille avec elle, sa vision était jugée erronée. Ce qu’il proposait ne suffisait pas, il ne l’amenait jamais danser. Les boites de nuit ne lui disaient rien, mais sa dulcinée qui pourtant acceptait cette situation au début de leur relation, ne le voyait plus de cet œil. Les sorties au restaurant et balades parisiennes faisaient maintenant vieux jeu.
Alors Fred chercha à se réfugier sur tout ce qui pouvait le consoler. Il commença à aller plus loin que la fumette, et devenait petit à petit accro aux drogues dures. C’est pendant l’une de ses visites à son dealer habituel, qu’il croisa Iba sur les lieux. Il l’avait reconnu aussitôt car dernièrement, il passait beaucoup de temps au parc en face de l’université. Toujours dans son coin, écouteurs sur les oreilles, yeux fermés et la tête reposée sur le tronc de cet arbre où il avait l’habitude de s’adosser, assis à même le sol, perdu dans ses sombres pensées.
Il avait fini par remarquer ce jeune Africain, la position pareille que la sienne, à un détail près, Iba n’avait jamais d’écouteurs et ses yeux étaient toujours rivés sur un bouquin. Il devait sacrément aimer la lecture ce gars, pensa-t-il ; ou alors les études, parce que lui en avait vraiment marre et tout le dégoûtait en ce moment. Celle qu’il chérissait tant venait de lui asséner le coup de trop, sa fierté était malmenée et l’ecstasy lui permettait de noyer son chagrin, de vivre dans l'illusion quelques moments. Comme dans son quartier huppé il n’avait pas trouvé de dealer, la périphérie parisienne était devenue sa source d’approvisionnement.
Ce soir-là, des trombes d’eau tombaient du ciel, accompagnées par les rafales de vent qui semblaient balayer le défilé enchevêtré des passants. Fred accéléra le pas au risque de perdre l’équilibre à chaque fois qu’il essayait d’éviter la collision avec le passant qu’il croisait. Arrivé devant l’immeuble presque en ruine où un jeune en capuche faisait le guet, il jeta un bref coup d’œil aux alentours avant de pousser la porte en bois, grinçante à volonté sous le poids de la décrépitude.
Il tomba nez à nez sur Iba qui sortait, leurs regards se croisèrent et ils se dirent bonjour pour la première fois. Fred monta les escaliers au pas de course, et ressortit cinq minutes plus tard, sans oublier de jeter encore ce regard inquisiteur qui en disait long. Iba l’attendait à l’angle de la rue, sous un balcon, à l’abri des gouttes d’eau qui martelaient le sol au petit bonheur. Il interpella Fred d’une manière spontanée, en lui tendant la main.
- Bonjour, c’est Iba.
- Enchanté, Fred. Balbutia ce dernier tout en continuant de marcher.
Alors Iba qui ne lui lâchait pas la main lui proposa de prendre un café, le temps de se sécher un peu puisque la pluie redoublait de plus belle. Fred qui n’avait pas trop le choix, accepta l’invitation, le milieu et l’environnement aidant. N’est-ce pas que l’autre aussi était venu s’approvisionner ?
Une fois dans le café, ils échangèrent sur l’ambiance à l’université, sur les cours, avant qu’Iba n’aborde la question cruciale.
- Qu’est-ce que tu viens donc faire dans ce quartier paumé, parce que ça saute aux yeux que tu n’es pas dans ton univers ?
Fred poussa un long soupir et essuya les gouttes de pluie qui s’obstinaient à lui dégouliner sur le cou. Il enleva lentement ses lunettes, les essuya et les remis en place.
- Peut-être ce que toi t’es venu faire ici, parce que je ne pense pas que tu habites dans le coin toi aussi ? Lâcha-t-il.
Iba lui lança alors avec un sourire cristallin qui découvrait toutes ses dents : mais moi j’habite là. Fred qui semblait un peu désorienté, insista sur la question tout en pointant du doigt le vieux bâtiment hideux où ils s’étaient croisés un peu plus tôt.
- Oui j’habite ici, reprit Iba et si tu veux bien, je peux te raconter mon histoire. Cela ne me dérange pas, et je sais que ce taudis est infesté de dealers. Mais c’est là que je crèche, je n’ai pas trop le choix.
Fred baissa la tête, fit passer sa main sur ses cheveux, les yeux fixés sur sa tasse de café. Il avait pris un air songeur qui lui faisait reprendre son air de jeune intello assez sérieux.
- Je suis tout ouïe, ton histoire m’intéresse.
Iba prit à son tour un air grave ; submergé par un flot de souvenirs, il tressaillit avant de dire sur un ton sec :
- Je suis venu en France parce que c’était un objectif, un rêve de gamin que je pensais devoir réaliser. J’ai tellement dépensé d’énergie et les modestes économies de ma mère, que fouler la terre occidentale m’était devenu vital. N’importe où, je précise. Pourvu que j’aie la possibilité de continuer mes études, sinon de pouvoir travailler et vivre décemment, afin de subvenir à mes besoins et ceux de ma famille.
Fred le coupa : parce que tu ne pouvais pas vivre décemment chez toi ? Tu viens de quelle partie de ce monde où les études ne peuvent pas garantir un travail capable de maintenir un niveau de vie raisonnable, au point de choisir d’habiter dans un lieu pareil ?
Iba secoua toute sa tristesse avec beaucoup de dignité et regarda son interlocuteur dans les yeux :
-Je viens pourtant d’un pays où il fait bon vivre, je viens d’un pays où l’hospitalité est reine, mais on ne se rend compte de la valeur des choses que quand on commence à les perdre. Ce continent représentait l’inconnu à mes yeux d’enfant africain, l’occident signifiait puissance et réussite.
Après seulement quelques mois dans la métropole, ma déception fut immense, tant était gigantesque mon espoir. Je n'arrivais pas à trouver un logement décent, à payer mes études en attendant ma bourse irrégulière, à me nourrir et me vêtir correctement. La confrontation entre mon rêve et la réalité me laissa perplexe sur mon avenir.
