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Ensemble de deux nouvelles.
Des cadavres dans les placards s’intéresse aux non-dits, aux occultations de la mémoire, qu’elle soit individuelle ou collective. Les personnages de ces nouvelles ont tous un compte à régler avec leurs attitudes passées, parfois même avec l’Histoire.
Derrière les apparences interroge l’envers du décor : la réalité des choses et des êtres est-elle bien celle que nous percevons ? Les protagonistes de ces récits, individus ou peuples, apprendront, hélas à leurs dépens, que les apparences sont souvent trompeuses…
Découvrez deux nouvelles traitant respectivement des non-dits de la mémoire, et des apparences trompeuses.
EXTRAIT
Je suis arrivé sur Wunna en pleine saison paradoxale. Ainsi nos physiciens nomment-ils cette alternance très courte de chaleurs caniculaires et de froids extrêmes. J’avoue être bien incapable ici d’en retracer les causes. Lors du stage de formation qui a précédé mon départ, j’ai cru mourir étouffé sous une avalanche de données scientifiques, dont la complexité n’avait d’égale que le caractère profondément ennuyeux. Peut-être n’étais-je guère réceptif non plus : je voyais sans cesse, en surimpression, le corps souple de Loretta bousculer la rigidité des équations projetées sur les écrans d’hypnoapprentissage. Je n’ai donc rien retenu des avatars orbitaux de Wunna. Si ce n’est une information pratique : mieux valait prévoir une garde-robe conséquente sur une planète où l’on pouvait, dans un laps de temps réduit, passer du tee-shirt à la fourrure polaire.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Philippe Ayraud est professeur de Lettres en Lycée Professionnel et animateur d’Ateliers d’Ecriture. Passionné de polars, il crée en 2002 et dirige jusqu’en 2006 le festival Mauves en Noir, qui accueille les meilleurs auteurs du genre. Outre différents textes dans des anthologies collectives, il a publié un recueil de nouvelles (Nos Rendez-vous manqués, Coëtquen Editions) ainsi que trois recueils de poèmes : L’Adieu au Père, Café La Perle et autres lieux et Chansons vivantes, aux éditions Lello.
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Seitenzahl: 85
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Table des matières
DES CADAVRES DANS LES PLACARDS
DERRIERE LES APPARENCES
LES SILENCES DU CAPITAINE DUROC
IMPORT
ET POUR L’EXEMPLE
DERRIERE LES APPARENCES
PERDRE NOS CHAÎNES
LE DÉTAIL QUI TUE
LES SOUPIRS
P’TIT CHEF
PROLOGUE
EPILOGUE
CHARITE BIEN ORDONNÉE...
PROLOGUE(il y a quelque temps, déjà…)
IN VINO VERITAS
La vérité figure
PARTIE EN LAISSANT L’ADRESSE
LA FRONTIERE
PHILIPPE AYRAUD
suivi de
nouvelles
Éditions Ex Æquo
42 rue sainte Marguerite
PHILIPPE AYRAUD
NÉ EN 1961, PROFESSEUR DE LETTRES ET AUTEUR.
ANIMATEUR D’ATELIERS D’ÉCRITURE POUR ADULTES OU ADOLESCENTS
Créateur et directeur du festival du roman noir Mauves en noir de 2002 à 2006, qui a accueilli les principaux auteurs français : Daeninckx, Pouy…
Ouvrages déjà édités : — Nos rendez-vous manqués, (nouvelles)
Coëtquen éditions.
— L’Adieu au Père, (poèmes)
LELLO éditions.
— Café La Perle et autres lieux, (poèmes)
LELLO éditions
—Nouvelles et poèmes en recueils collectifs,
éditions de l’Ours Blanc.
A François Braud et Bernard Giusti,
J’écris comme on se passe la langue sur une dent cariée : pour le plaisir de la douleur
Denis Tillinac, En désespoir de causes
DES CADAVRES DANS LES PLACARDS
UN TRAIN POUR TEREZIN
Un coup de dé jamais n’abolira le hasard...
Stéphane Mallarmé.
I
Des putains d’trains, dans ma vie de chien, j’en ai pris plus d’un. Les tortillards qu’on guette à quai à l’aube incertaine, quand les néons blafards du Buffet de la Gare dégueulent leur maquillage, obscène à racoler tous les crevards. N’oublie jamais ça petit, le monde appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt. J’en ai pris des plus classieux aussi, tu t’en doutes, des qui taillaient la route ou plutôt la voie vers la Russie, l’Orient, la Laponie...
Je vais crever. Qu’est ce que je disais... Ah ouais les trains... Faut quand même que j’te raconte mon histoire. Installe toi bien petit, mets toi à l’aise dans mon compartiment, allonge tes jambes sur la moleskine usée de mes souvenirs en berne.
Il était une fois un train...
II
En 1944, l’Office de Propagande du Reich décida de réaliser un film destiné à contrecarrer les informations qui circulaient sur les camps de concentration, et à influencer les commissions de La Croix Rouge internationale. Le tournage fut entièrement préparé et réalisé au camp de Térézin par des détenus Juifs sous le contrôle des SS. Dans le film on voyait les prisonniers jardiner, jouer au foot, visiter des bibliothèques, se prélasser au bord des piscines... Il s’agissait d’accréditer l’idée que le Führer, dans sa grande mansuétude, offrait une ville aux Juifs. Tu parles ! Une fois le reportage mis en boite dans des décors pipeau, la dernière prise de vue effectuée, ils ont regagné les camps d’extermination.
Pour pallier le manque de figurants, les Nazis avaient affrété un train spécial au départ d’Auschwitz. Hommes, femmes, enfants, tous les acteurs nécessaires à la production du documentaire y avaient pris place. Pour une fois, ils avaient échappé aux wagons à bestiaux. Il fallait qu’ils arrivent en forme à destination...
J’accompagnais le S.S qui dirigeait l’opération. En tant que chef monteur ça faisait belle lurette que je m’étais tiré de l’usine je pouvais être utile à la réalisation du film. En tant que Juif, je servais de relais entre les officiers et ma communauté.
Le S.S a arpenté le couloir, posant sur tous son regard froid et soupçonneux. Il l’a remarquée tout de suite, avec ses deux enfants serrés contre elle sur l’étroite banquette. Je suis sûr qu’il a pensé : la beauté du diable de ces salopes de Juives.
Il l’a toisée longuement. Puis il a sorti un dé de sa poche, qu’il lui a donné avec une feuille sur laquelle il avait griffonné :
6 : Tous les trois libres. Tu ne me dois rien.
5 : Tous les trois libres si tu couches avec moi
4 : Ta fille est libre.
3 : Ton fils est libre.
2 : Je t’exécute immédiatement.
1 : Je vous abats tous les trois.
III
Le train a subi une formidable secousse, nous projetant les uns contre les autres. On a tous pensé qu’on quittait la voie, mais le rail délabré nous procurerait encore ce genre de désagréments. A cette époque, l’Economie de Guerre avait bien d’autres soucis que l’entretien du réseau ferré. Elle venait juste de lancer le dé, qui avait roulé sous une banquette. Je me suis mis précipitamment à quatre pattes pour le ramasser et je l’ai remis respectueusement à l’Oberfuhrer.
Il y a jeté un coup d'œil et son visage s’est éclairé. Il lui a fait signe de le suivre. Pâle comme une morte, elle a obéi à l’injonction du destin. Cinq petits ronds en étoile inscrits dans un carré...
IV
Arrivés sur les lieux du tournage, les figurants ont été répartis dans des baraquements. Il l’a dévisagée sur le quai :
- Tu es une chienne, mais je n’ai qu’une parole. Vous êtes libres tes enfants et toi. Tu as une heure pour foutre le camp d’ici. Après, nous nous lancerons à votre poursuite...
Un coup de sifflet a retenti, qui nous a fait sursauter. C’était le train, désormais vide, silhouette fantomatique qui s’apprêtait à regagner Auschwitz. Comme s’il s’agissait d’un signal, elle s’est mise à courir en direction de la sortie, avec les deux gamins à ses basques, qui peinaient à la suivre.
V
Je l’ai rattrapée à hauteur des miradors, alors qu’il ne leur restait plus que quelques pas à franchir pour être libres.
- Tu me dois la vie. C’est le un qui est sorti. J’ai présenté le cinq à l’Oberfuhrer. En couchant avec lui, c’était sûr que tu sauvais votre peau. Ça mérite bien une petite récompense, non ?
Elle a fait signe aux enfants d’aller jouer plus loin. Puis elle s’est allongée dans l’herbe.
VI
Ils ont survécu. La guerre terminée, ils ont dû, comme tout le monde, essayer d’oublier. Ça marche pas à tous les coups. Dix ans plus tard, elle s’est couchée à nouveau. Pour toujours et devant un autre train.
J’en ai plus pour longtemps, petit. Écoute encore un peu... Qu’est ce que tu dis ? J’ai essayé de les sauver, c’est l’essentiel ? Non petit, non. C’est pas comme ça que je vais racheter mon âme de parfait salaud. Pas un salaud, juste un tricheur ? Tu crois pas si bien dire. Le numéro, petit... Le putain de numéro sortant...
C’était le six.
Cette fiction repose sur des faits historiques : le tournage d’un documentaire de propagande à Térézin. A ce propos, on consultera avec profit l’ouvrage d’A. Jaubert, Le Commissariat aux Archives, les photos qui falsifient l’Histoire, Editions Bernard Barrault, 1986.
Il ne dit rien, mais faut dire qu’il ne dit jamais grand chose. Aussi bavard que le roc dont il porte le nom, emmuré dans son mutisme comme un officier allemand dans son blockhaus. A prendre où à laisser. Personnellement, pendant trente ans, j’ai pas pu, j’ai pas pris. Mais aujourd’hui qu’il se fait vieux, son silence m’est aussi pesant qu’une pierre tombale.
Pour l’heure, nous sommes assis sur la terrasse, où nous nous abstenons de deviser gaiement. La terrasse est un bien grand mot. Il y a quelques années, nous nous sommes avisés qu’on pouvait grimper sur le toit de l’immeuble. Très vite, au grand dam de maman, on a pris l’habitude d’y monter avec notre chaise sous le bras. Panorama splendide sur la ville qui s’étend en contrebas, avec en arrière plan la Loire. C’est là qu’il m’entraîne quand je viens le week-end. Il s’y sent bien ce faux solitaire, à l’écart du monde, ma mère à portée d’escalier.
Une agitation inhabituelle se profile à l’horizon des toits. Quelques points noirs qui grossissent dans les rues. Dans quelques minutes, on les distinguera plus nettement. Ce sont les Renault, ou les Peugeot, on ne sait plus bien, qui s’apprêtent à défiler. Une grande marche pour l’emploi et contre le fascisme, c’est ce qu’annoncent les premières banderoles. Ils sont des dizaines, non, des centaines. Au premier rang, l’armée des mégaphones, au milieu un type qui s’époumone, et la foule qui reprend en cœur : le fascisme ne passera pas !
- Vaste programme, dit-il de ce ton désabusé qui n’appartient qu’à lui.
Le mot est historique, où pourrait l’être. C’est, dit-on, ce qu’aurait laissé échapper le Général en lisant sur un mur : mort aux cons ! Le sait-il ? Je n’ose lui faire remarquer son envolée gaullienne. Ce serait prendre le risque de voir ressortir son amertume habituelle, celle qui suinte de tous ses propos iconoclastes quand il évoque la guerre et qu’il se plaît à mettre dans le même sac de Gaulle et Pétain, à renvoyer dos à dos Résistance et Collaboration.
La lutte contre le fascisme, lui, il a donné. Un parcours modèle, exemplaire. Prisonnier de guerre de la première heure. Évasion rocambolesque, retour en France et Armée des Ombres. C’est à partir de là que les choses ont commencé à se gâter….
Les manifestants avancent, de plus en plus nombreux ; plusieurs rues se sont jointes au cortège central. On lit sur les pancartes : Unité d’Action, et je le vois qui ricane. S’il y a bien un slogan auquel il ne croit pas, c’est celui là. Les premiers gardes mobiles, casqués et bardés de matraques, ont pris position aux carrefours.
- Tu n’assistes pas à la leçon d’Histoire, me lance-t-il ironique en me voyant faire demi-tour.
- Je reviens. Je vais voir ce que fait maman.
Je le laisse à ses souvenirs. Je crois qu’ils me sont encore plus insupportables que ses silences.
Dans la cuisine, ma mère s’affaire, souriante, autour de la tarte aux pommes qu’elle prépare religieusement pour son Grand Homme. Des années qu’il boude l’offrande dominicale, prétextant des aigreurs d’estomac ou un rôti trop conséquent, c’est selon. Pourtant, chaque semaine elle remet ça, infatigable et obstinée. Elle est comme ça maman. Je l’aime bien.
- Ça va ?
- Ça va. Papa a l’air en forme.
Elle n’a pas perçu tout de suite le ton ironique. Quand elle comprend, son visage s’assombrit.
- Il ne faut pas lui en vouloir, tu sais. Il a du mal à oublier…
