Des Pierres Sacrées et Profanes - Jak Hydra - E-Book

Des Pierres Sacrées et Profanes E-Book

Jak Hydra

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Beschreibung

Une pierre mystérieuse, des royaumes perdus : Gaal se lance dans une aventure épique !

En un temps ancien de la Terre Providentielle, seigneurs et princes renégats se disputent pouvoir et richesse. Les contrées ont été ravagées par des peuples oubliés comme les Géants et les Sirènes, laissant place à la sauvagerie et à la peur. C’est dans ce chaos que Gaal Ihed, un jeune valet à la Ferme Verte, se libère de son maître cruel après avoir découvert une pierre aux pouvoirs lumineux dans la forêt.

Épris de liberté, Gaal entame un périple initiatique à travers des royaumes perdus et des terres de légende. Mais son chemin vers les Pierres Sacrées et Profanes est semé de dangers. Entre rencontres fantastiques et batailles intenses, Gaal devra faire preuve de courage et de détermination pour surmonter les épreuves qui l’attendent.

Un roman fantasy époustouflant, rempli de suspense et d’aventures épiques qui vous captivera jusqu’à la dernière page !

Extrait :

Le Vieux Jobal rétorqua sur un ton sévère :
— Mais qu'attends-tu pour aller nourrir les cochons ? Ils n'attendent que ça !
Cet homme, fermier depuis son enfance, n’était pas de ceux qu’on pouvait défier. S’il n’était pas satisfait, il n’hésitait pas à rabaisser ses ouvriers ou même à les frapper. Gaal Ihed en avait souffert plus d’une fois. Recueilli par son oncle après la mort de ses parents dans une bataille contre les Bordastrams du Grand Nord, Gaal était devenu une main-d'œuvre gratuite et docile, travaillant sans relâche pour une maigre pitance.

À propos de l’auteur :

Je m'appelle Benjamin, mais j’écris sous le nom de plume Jack Hydra. Passionné de science-fiction et de fantasy depuis l’enfance, j’ai commencé à concrétiser mon rêve d’écrivain indépendant en 2014. Inspiré par mon goût pour l’aventure et les expériences insolites, j’ai cherché à retranscrire ces sensations dans mes romans. J’ai déjà deux livres achevés à mon actif, dont l’un sera bientôt publié en auto-édition. Écrire reste un défi quotidien, mais je suis déterminé à poursuivre cette passion.

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Seitenzahl: 171

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Des Pierres Sacrées et ProfanesJack Hydra

Fantastique

Éditions « Arts En Mots »

Illustration graphique : © Tinkerbell Design

 

 

 

 

Avant-propos

 

Cet opus est le premier livre d’une saga littéraire de fantasy, que j’ai imaginé alors que je déambulais, nonchalant, dans les rues de ma ville natale. Lisez et vous m’en direz des nouvelles !

Je vous souhaite une très agréable lecture et une très belle évasion au sein de la Terre Providentielle !

Jack Hydra

 

 

« A l’origine, l’Univers n’était qu’une âme ou esprit. Tout était inanimé, sans vie, calme, silencieux, sourd. L’immensité de l’espace étant néant et ténèbres. Seul l’Esprit Suprême, le Grand Pouvoir, le Créateur, le Serpent à Sept Têtes, existait dans cet abîme de ténèbres. Le désir lui vint de créer des mondes et Il créa des mondes ; et le désir lui vint de créer la Terre, habitée d’êtres vivants et Il créa la Terre et tout ce qu’elle contient. »

 

D’après d’anciennes tablettes Indiennes, dites des Naacals,

Découverte par le colonel James Churchward

 

 

Prologue : « Je me souviens … »

 

Maître Kim n’en revenait pas de la manière dont son monde avait évolué. Alors qu’il sentait la venue de la Grande Faucheuse imminente, il se rappela de ce que lui avait appris son ancien Maître avant de le devenir lui-même. Quelle était l’origine du Monde ? D’où venaient ses semblables ? Et d’où il venait, lui ? A présent qu’il était l’unique Maître de son temps, il était le seul à se retrouver en possession du Grand Secret. A une époque très lointaine, tandis qu’il était un impétueux jeune homme en quête de gloire, il s’était dit qu’il allait vivre éternellement, sans jamais être embarrassé par le poids des années. Il s’était fâcheusement trompé. Depuis ses cent dix ans (on lui en donnait cent dix mais il en avait bien plus, en réalité), chaque minute passée augmentait un tant soit peu l’inconfort de la vieillesse. Son souhait le plus cher, en ces instants, était de mourir en paix, dans son lit aux couvertures de soie et de coton, dans sa grande bulle d’or et d’argent des Falaises Désœuvrées, dont la fenêtre donnait sur un océan calme illuminé par le coucher du Soleil. Mais non, il lui fallait d’abord transmettre son Grand Secret à une personne de confiance, digne de porter ce fardeau, avant d’accueillir, léger et heureux, la Grande Faucheuse.

Avant de s’installer dans son fauteuil à bascules, il s’était préparé un thé, dont les plantes provenaient, en partie, des ports et pistes d’atterrissage de Sarchenland. Mais la plupart était originaire de contrées plus lointaines sur Tiamat. Alors qu’il mélangeait méticuleusement les petites feuilles à l’arôme épicée dans leur eau chaude, il scrutait de ses yeux vifs mais fatigués l’horizon illuminé par de fins rayons de soleil, ainsi que les nombreux ornithoptères, ces machines ailées qui battent des ailes comme des oiseaux, virevoltant vers on ne savait quelle Terre Solitaire. Sur sa gauche, les futures bulles d’or et d’argent, en construction, scintillaient sous l’astre timide le long de la paroi rugueuse de leur falaise, légèrement envahies par des lianes naissantes. Maître Kim parut blasé face à tant d’ingéniosité et de désir de grandeur. Désir qu’il avait lui-même ressenti dans sa folle jeunesse. Désir qu’il considérait typique du comportement excessif des Humains.

Les Humains oui : ceux qu’on appelait autrefois les Grandes Gens.

« Quelle expression absurde ! » se dit-il.

Il avala une gorgée de son thé puis poussa un gémissement pour s’être brûlé l’œsophage. Il protesta de nouveau après avoir jeté un coup d’œil à son sablier posé sur la table de la cuisine ; son visiteur était en retard. Kim Wanza Schlutt, que son voisinage regardait comme un type insociable, n’était pas du genre à faire attendre sans raison. Il n’avait pas non plus l’habitude d’avoir de la visite.

La plupart du temps, il restait cloîtré dans sa bulle à faire ses exercices de maîtrise du corps et de l’esprit, ou à lire les recueils des anciens Maîtres de celui qu’on appelait autrefois Khan Yum, ou Souverain de la Haute-Terre et de la Basse-Terre. C’était cet être, jugé exceptionnel par la plupart des habitants de ce continent, que les manuscrits décrivaient comme un héros et vantaient la majorité de ses exploits. Mais ce que les écrivains oubliaient souvent, c’était le rôle plus qu’important qu’avaient joué les précepteurs aux côtés de Khan Yum. Le Roi arriva au pouvoir grâce à eux, non pas par la force et la violence, mais par l’amour et l’empathie. C’était grâce à eux qu’il était parvenu à défaire tous ses ennemis. Et c’était encore grâce à eux que son règne avait duré aussi longtemps.

Là, blotti dans son fauteuil à bascules, qui fut autrefois occupé par son Maître, il songeait à tout ce qui avait contribué à l’avènement des Humains. Et, par-dessus tout, il ressassait l’histoire Humaine qui fut bâtie non pas par ces créatures qu’il considérait faibles et envieuses, mais par ses congénères et lui-même, qu’on assimila à des êtres divins. Mais ne vous méprenez pas ! Maître Kim n’était pas vraiment d’essence divine. Disons qu’il était pourvu de qualités que ne pouvaient avoir les Humains, comme l’art de prédire l’avenir, le pouvoir de guérison spontané, ou encore l’art d’agir sur son environnement sans le détruire. C’étaient précisément ces qualités qui avaient permis au Souverain de la Haute-terre et de la Basse-Terre de gagner la confiance et l’amour de son peuple. Puis, après avoir appris la Sagesse, la Vraie, par ses Maîtres, il put abandonner ses fonctions afin de léguer ses pouvoirs à ses sujets, ses successeurs légitimes. Kim se souvenait parfaitement de ce moment ; car c’était lui qui avait libéré son élève de ses obligations. Et cela, le peuple de Tiamat dans son ensemble semblait l’avoir oublié. Ils avaient oublié tous ses sacrifices, pour leur bien-être et leur sauvegarde ! Et ils n’avaient retenu que les grands faits, et les exploits de celui qui n’avait fait qu’appliquer les principes qu’on lui avait dictés. Garder tous ses sentiments au fond du tiroir lui serait insupportable. Il fallait qu’il dise tout ce qu’il pensait ! Il avait envie de les cracher à la figure de quelqu’un ! Et qui de mieux qu’un écrivain pour cela ! De toute façon, alors que la Grande Faucheuse n’allait pas tarder à lui rendre visite, il n’avait plus rien à perdre. Mais que faisait donc cet importun par la barbe de Tzkol ? Il devrait être là depuis deux écoulements de sable au moins ! Qu’attendait-il ? La tombée de la nuit ? Ou bien s’était-il rendu compte qu’il avait oublié sa plume en chemin ? C’est alors que, par l’une de ses fenêtres, celle qui donnait sur la piste d’atterrissage, il entraperçut un dirigeable, qui avait un aspect bien négligé ! On aurait dit qu’il sortait de la bouche d’un cachalot.

La coque était celle d’une petite galère, avec l’éperon d’attaque en moins. Et le ballon, dont la couleur était plus que repoussante, avait été fabriqué à partir de vieilles voiles de navires d’exploration, comme ceux qui avaient jadis fait le tour de Tiamat, slalomant entre les Cinq Colonies, autrefois appelées les Terres Solitaires.

A en juger par l’état de l’embarcation, Kim comprit pourquoi son futur visiteur avait autant de retard. Perspicace, il trouva même le motif de l’atermoiement. Il ne se priverait pas pour en faire part à son invité. Soudain, il perçut que l’appareil se posait en trombe, non pas sur la piste même, mais devant la porte de notre bon Maître, produisant, au passage, de gros craquements de bois, ce qui en disait long sur le matériau considéré hors d’usage par Kim :

« Avec ce jouet mangé par les termites, il ne pouvait être qu’en retard ! » pensa l’ancien précepteur avec sarcasme.

Tandis que, désinvolte, il continuait à se balancer, il attendit patiemment que son drôle de navigateur vienne frapper à la porte. Il tendit l’oreille ; un coup, deux coups, trois coups. Un militaire ! Les militaires frappaient toujours trois fois, c’était une façon de se reconnaître entre soldats. Et ils répétaient cette manie même dans la vie quotidienne. Mais enfin, comment un représentant de l’Ordre pouvait accepter d’embarquer dans un engin aussi négligé ? Kim prononça un « Entrez », il avait très envie de connaître la raison pour laquelle cet homme mettait ainsi en péril le respect qu’il avait pour lui-même. D’ailleurs, il entra :

— Navré pour le retard, Maître Schlutt, c’est une longue histoire !

« Une voix de jeunot, donc sans expérience, » songea Kim.

— Wanza Schlutt, je vous prie !

— Certes, pardonnez-moi, répliqua le jeune homme en ôtant son blazer bleu marine, celui porté traditionnellement par les officiers de marine.

« Il y a de la timidité dans sa voix, peut-être n’a-t-il pas l’habitude d’échanger avec un Maître de Son Excellence ? Vu son âge, c’est tout naturel, » raisonna une fois de plus Kim.

Puis, alors qu’il s’apprêtait à s’asseoir sur le sofa qui se trouvait en face du Maître, ce dernier lui proposa d’abord de se revigorer et d’oublier toutes les émotions du voyage avec un merveilleux thé des contrées du Sud. Finalement, il ne lui demanda pas comment il avait réussi à se mettre en retard. La chose pour laquelle il l’avait fait venir avait trop d’importance pour que tous deux perdent leur temps dans de banales futilités. Aussitôt, l’autre s’approcha de la théière et s’en saisit en laissant s’échapper un petit gémissement dû à la chaleur intense de l’ustensile. Après s’être servi, il revint à l’endroit où il souhaitait poser son séant, impatient d’écouter tout ce que l’ancien instructeur avait à lui dire :

— Eh bien, Maître, pouvez-vous me dire, à présent, où vous vouliez en venir avec cette histoire de Grand Secret et de Grand Dessein ?

Le Maître en question esquissa un léger sourire en fermant à moitié les yeux, avant de rétorquer sur un ton aussi calme que sévère :

— Jeune et impatient : deux termes qui, souvent, ne vont pas l’un sans l’autre.

Son invité, tout en réajustant ses épaulettes et ses distinctions, haussa un sourcil d’un air stupéfait :

— Que voulez-vous dire ?

— Et vous êtes un officier de marine à ce que je vois, sous-lieutenant si je ne m’abuse !

Le pauvre militaire se sentit encore plus décontenancé :

— Oui, c’est exact. Je vois que vous vous y connaissez.

Cette dernière phrase fit une fois de plus sourire l’occupant des lieux, avant d’afficher une mine des plus sérieuses, pour dissimuler une certaine espièglerie.

— Mais trêve de bavardages, allons droit au but, mon jeune ami. Si je vous ai fait venir, c’est pour une raison bien précise. Vous pouvez me rappeler votre nom ?

Le jeune soldat répondit, toujours nerveux (que lui arrivait-il ? lui qui d’habitude était si confiant, le voilà en train de rougir et de douter devant un dignitaire de l’Ancienne Cour, cela dit, ce dernier avait l’aura et le charisme d’un être divin, par conséquent, ses émotions étaient tout à fait fondées !) :

— Enéthias De Rhode, Maître.

— Enéthias oui, c’est cela. Vous êtes un soldat mais si je vous ai fait venir, c’est pour vos talents d’écrivain. Vous êtes l’un des auteurs les plus doués de votre génération et qui plus est, vous êtes connu de tout Tiamat. J’ai lu votre dernier ouvrage – Les Chemins de l’Infiniment Grand – et je l’ai trouvé très instructif. Il témoigne de votre valeur et de votre maturité d’esprit. Donc, voici la mission que j’aimerais vous confier : écrire un Encyclopédie retraçant toute l’histoire de l’Empire, ou devrais-je plutôt dire, du génie Humain ; il évoquera l’essence même de notre existence, ce pourquoi nous sommes faits.

Enéthias De Rhode fronça les sourcils puisqu’il ne comprenait pas ce que ce vieux de la vieille lui demandait :

— Très bien mais, pourquoi cela ? Dans quel but ? Il existe déjà des encyclopédies. En fait, il y en a une multitude. Alors, pourquoi en écrire une nouvelle ? Elle ne ferait que reprendre tout ce qui a été accumulé par les autres, non ?

Kim sourit une troisième fois puis soupira en levant lentement sa main ridée pour sommer son impétueux interlocuteur de se taire :

— On en arrive au point sur lequel je voulais attirer votre attention, Enéthias : l’Encyclopédie que je vous demande de rédiger n’aura strictement, je dis bien strictement, aucun lien avec ce qui a déjà été dit. Puisqu’il ne sera constitué que de mes propres connaissances. En aucun cas il ne s’agira d’annales retraçant les techniques et astuces découvertes et expérimentées au cours des millénaires. Du moins, ce ne sera pas son usage principal.

— Je vous demande pardon ? Je suis désolé, je ne comprends toujours pas.

Maître Kim poursuivit :

— Voyez-vous, mon jeune ami, je ressemble en tout point à un Humain mais seulement en apparence. En fait, je suis bien plus que cela. Mon âge est bien plus élevé que celui qu’on me donne, et le savoir que j’ai acquis auprès de mes semblables, sans prétention aucune, est d’une plus grande nécessité que celui qu’on vous a enseigné durant vos années d’apprentissage en compagnie des Humains.

Enéthias fut subitement anxieux. Qui était réellement Maître Kim ?

— Qui êtes-vous, Monsieur ?

— Je répondrai à cette question lorsque nous parlerons du Grand Secret. Il va falloir vous montrer patient. Et maintenant Enéthias, avez-vous apporté de quoi écrire ?

— Naturellement. Un écrivain ne se sépare jamais de son matériel.

Kim répéta d’un air serein :

— Naturellement.

Il était assis en tailleur, maintenant. Son dos était droit et ses mains posées sur ses genoux, comme s’il allait entamer une méditation. Enéthias sortit de son sac à dos en cuir une plume, un encrier, un support en ébène et une liasse de feuilles. C’est alors que Kim fit une nouvelle objection tout en lâchant un petit rire amusé :

— Oh, je ne suis pas sûr que vous ayez assez de feuilles pour écrire tout ce que j’ai à vous dire.

— J’en ai amené une bonne cinquantaine ! Cela ne suffira pas ?

Et l’ancien pédagogue rit encore, Enéthias crut qu’il allait s’en décrocher la mâchoire !

— Ah, mon pauvre ami, je ne suis même pas sûr que vous ayez assez d’encre non plus !

L’autre resta coi, ne sachant que répondre. Il scruta, attentif, le sablier du précepteur et constata qu’il en était déjà à dix-huit versements. Pour Enéthias, la journée était loin de toucher à sa fin. Selon ses estimations, ils en auraient même pour une bonne partie de la nuit ! L’air anxieux, les mains moites, il s’exaspéra :

— Eloïse va me tuer !

Son hôte leva à nouveau la main :

— Eloïse comprendra. Car cette mission est sans aucun doute la plus importante de votre vie. A présent, commençons si vous le voulez bien.

Inutile de contester son autorité ! Aux yeux d’Enéthias, elle était parfaitement justifiée. Alors il posa son encrier sur la table basse, celle sur laquelle se trouvaient les deux tasses de thé et le toast à moitié entamé du jeune homme. Il se saisit de sa plume et d’une feuille de papier. Une fois celle-ci correctement ajustée au support d’ébène, il attendit, stoïque, les premières paroles de ce vieux professeur, qui lui fit une dernière recommandation :

— N’ayez pas l’air aussi studieux, mon ami. Détendez-vous, buvez un peu de thé de temps en temps. Et, le plus important, laissez-vous bercer par une histoire que vous n’avez encore jamais eu le privilège d’écouter ou d’écrire.

Le jeune auteur, hypnotisé par la douce et grave voix de son interlocuteur, profita du confort de son sofa et de la chaleur qu’inspiraient ces lieux, pour s’imprégner de l’aventure la plus fantastique qui n’ait jamais été contée. Chose totalement inattendue, Maître Kim débuta ainsi son récit :

« Je me souviens… »

 

Des Pierres Sacrées et Profanes

 

 

 

 

 

 

 

La Terre Providentielle par Gaal Ihed

Jadis le Royaume d’Arkensia par Gaal Ihed

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1 : Une surprenante trouvaille

  Le Vieux Jobal rétorqua sur un ton sévère :

— Mais qu'attends-tu pour aller nourrir les cochons ? Ils n'attendent que ça !

Il ne fallait pas s'y tromper, cet homme, qui était fermier depuis son enfance n'était pas de ceux qu'on pouvait défier. Et si vous faisiez mal votre travail, il ne se gênait pas pour vous traiter de « bon à rien » ou de « traîne savate » dans le meilleur des cas, ou de vous gifler dans le pire. Nombreux avaient été les ouvriers à quitter la propriété après avoir senti un bon coup de pied dans le derrière ! Des sévices de ce genre, Gaal Ihed en avait subi un certain nombre. Et la mémoire des douleurs passées lui revenait souvent en tête. Mais le Vieux Jobal ne l'avait jamais mis dehors, non pas du fait qu’il était son neveu, mais pour la simple et bonne raison qu’il était une recrue docile, recrue qu’il pouvait faire travailler sans avoir à débourser le moindre galnero(1). Ses parents ayant trouvé la mort dans une funeste bataille contre les Bordastrams du Grand Nord(2), son oncle l'avait recueilli, mais le nourrissait quand bon lui semblait.

Par ailleurs, ce « vieux mangeur de châtaignes », comme l'appelaient la plupart des villageois, s'était vu refuser son intégration dans la Horde des Batailleurs en raison de son manque de discipline et de son caractère trop dépravé, ce qui l'avait profondément blessé dans son orgueil.

 

(1) monnaie au sein du Fief Noir, ou Comté de Ferren Rod
(2) peuple barbare disséminé en différentes tribus mais qui s’unissent lorsqu’elles sont agressées par un ennemi commun

 

Il était glorieux, en ce temps, d'avoir intégré ne serait-ce qu'une année cette armée. Pour un homme, le fait de jouir de cette gloire quasi éternelle accroissait, incontestablement, l'intérêt que les membres du sexe opposé lui portaient. Il était naturel qu'un général soit beaucoup plus séduisant qu'un simple paysan et ceci, tout le monde le savait.

De même, une reine ou une princesse avait beaucoup plus de charisme qu'une ouvrière. Vous l'aurez compris, la frontière entre les différentes classes sociales était très marquée. Et nombreux étaient les individus à baver devant ceux qu'on appelait les Privilégiés, et à souhaiter, en secret, connaître leur situation confortable. Le frère aîné de Jobal, Jarnal, avait fait partie de ces chanceux qu'on avait sélectionnés pour combattre les Bordastrams. Par conséquent, la femme qu'ils convoitaient tous deux – Jémina – était plus sensible aux charmes du jeune soldat. Jobal, qui n'avait pas eu d'autre choix que de rester parmi les paysans, était devenu chaque jour toujours plus jaloux de son frère. Son animosité avait été à son comble lorsqu'il apprit par un de ses compagnons de travail que Jémina s'était elle aussi engagée dans la Horde car, disait-on, elle ne supportait pas d'être ainsi séparée de son bien-aimé.

Les femmes n'avaient pourtant pas l'autorisation de combattre. Aussi s’était-elle faite passée pour un homme ! Ce qui lui avait permis d'intégrer le Bataillon des Lanciers, c'est-à-dire celui de Jarnal. Après avoir subi un entraînement de spartiate, ils étaient partis, accompagnés de leurs camarades, dans les Collines Serpentines afin d'y affronter les barbares Bordastrams. Mais le destin eut raison d'eux et tous deux périrent lors de cette boucherie sans nom. Un matin d'automne, alors que les feuilles jaunâtres commençaient à envahir tout le terrain de la Ferme Verte, Gaal avait vu arriver un cavalier vêtu d'un modeste habit de cuir chevaucher doucement jusqu'au potager. Il avait stoppé son cheval à cet endroit puis, après avoir tranquillement marché jusqu'au propriétaire de l'exploitation, il lui avait remis un petit rouleau de parchemin. Puis il s'en était allé sans dire au revoir et sans même avoir eu le cran de présenter ses condoléances. Gaal avait compris les raisons de sa venue avant même qu'il ne descende de son cheval. Alors que l'émissaire taciturne remettait le document au Vieux Jobal, le jeune garçon avait cessé de ramasser les œufs pour se réfugier dans sa chambre. Ses parents, ceux qu'il avait toujours aimés, avaient succombé ! Désormais, il se retrouvait seul avec cet infâme fermier aussi despotique que détestable, qui le méprisait de plus en plus au fil du temps.

Une fois par semaine, il chargeait Gaal de se rendre au marché du village avec la charrette pour vendre leurs produits. Pendant ce temps, Jobal se permettait de faire la grasse matinée. Puis, en début d'après-midi, au retour de son neveu, alors qu'il avait à peine pris son petit déjeuner, il lui réclamait les bénéfices. Bien sûr, Gaal avait reçu l'interdiction de garder ne serait-ce qu'une seule pièce ! Cela, il le savait très bien. Un jour, alors qu'il revenait de la foire, il n'avait donné qu'une partie du chiffre d'affaires à son oncle et avait dissimulé l'autre dans son sac bandoulière. Le corpulent homme s'était gratté la tête en répliquant :

— C'est tout ? Ça me paraît bien maigre comme revenu.

Mais le jeune garçon s’était contenté de répliquer :

— La vente n'a pas été très fructueuse.

— Pourtant, je vois que la quasi-totalité des marchandises n'est plus dans la charrette.

Peu sûr de lui, Gaal avait dit :

— J'ai dû baisser les prix, les autres vendeurs l'ont tous fait au marché. Les clients avaient tendance à trouver les produits trop chers.