Desiderio Desideravi - Pape François - E-Book

Desiderio Desideravi E-Book

Pape François

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Beschreibung

Dans cette lettre, le Pape souhaite « offrir quelques pistes de réflexion qui puissent aider à la contemplation de la beauté et de la vérité de la célébration chrétienne ». Le Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a invité dans un communiqué à percevoir cette lettre, dont le ton n'est pas celui d'une « instruction ou d'un directoire », mais « plutôt comme un un texte de méditation, à l'empreinte biblique, patristique et liturgique vive ».
Elle est adressée aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs. Tous sont invités à en prendre connaissance.


À PROPOS DE L'AUTEUR

Jorge Mario Bergoglio, né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires, est un homme d'Église argentin, actuel évêque de Rome et selon la tradition 266e pape de l’Église catholique sous le nom de François, depuis son élection le 13 mars 2013. Il était auparavant archevêque de Buenos Aires et cardinal.

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Seitenzahl: 69

Veröffentlichungsjahr: 2023

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lettre apostolique

DESIDERIO DESIDERAVI

DU SAINT-PÈRE

FRANÇOIS

© Copyright 2022 - Libreria Editrice Vaticana

00120 Città del Vaticano

© Saint-Léger éditions pour la présente éditions. 2022.

lettre apostolique

DESIDERIO DESIDERAVI

DU SAINT-PÈRE

FRANÇOIS

Présentation

La liturgie, l’émerveillement devant la beauté

Après les directives envoyées aux évêques le 16 juillet 2021 par le document Traditionis custodes, notre Pape François entend aujourd’hui préciser l’importance théologique et pastorale de la liturgie dans la vie de l’Église catholique. Si le document adressé aux évêques l’an dernier se voulait une précision dans l’utilisation d’un rituel précédent, le Pape rappelait que cette disposition devait être extraordinaire, la norme de l’unité dans l’Église devant être ce qui était issu de la réflexion conciliaire de Vatican II dont les dispositions essentielles avaient été estimées dans le droit fil de la Révélation et de la culture ecclésiale.

Or une consultation des évêques de l’Église latine avait fait apparaître que l’utilisation des rituels anciens devenait le prétexte d’une conception amoindrie de la vie des croyants ouvrant la porte à des conflits et à des rapports agressifs mettant en danger les signes d’amour et de paix qui traduisent la communion des fidèles. Les différences de rituels devenant des prétextes à des oppositions et à des exclusions réciproques, car tout était réduit à la reproduction des rites et des mots. Le Pape François de citer alors son prédécesseur Pie XII qui, en 1947, dans son Encyclique Mediator Dei refusait cette réduction de la prière de l’Église à « un cérémonial décoratif ou une simple somme de lois et de préceptes réglant le culte. » En effet, dans la presse et les débats, la querelle sur les rites, les vêtements, la langue parlée a pris le pas sur la communion dans la prière et dans l’adoration qui élève la vie de l’Église.

Le désir du Seigneur.

Nous trouvons une finalité théologique et communautaire fortement exprimée par le pape en termes théologiques, en conclusion de sa lettre apostolique : « Abandonnons nos polémiques pour écouter ensemble ce que l’Esprit dit à l’Eglise. Sauvegardons notre communion. Continuons à nous émerveiller de la beauté de la liturgie. La Pâque nous a été donnée. Laissons-nous toucher par le désir que le Seigneur continue d’avoir de manger sa Pâque avec nous. Sous le regard de Marie, Mère de l’Eglise. » Lettre apostolique n° 65.

Et c’est ainsi que dégagé des controverses ritualistes, le Pape François met l’eucharistie dans sa finalité mystique au départ de sa réflexion théologique, ceci en citant dans l’Évangile de Luc le passage où Jésus partage avec ses apôtres son dernier repas pascal : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le déclare : plus jamais je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. »1

C’est dire que notre Eucharistie est fondée sur ce désir premier pour le Christ de partager son ultime repas pascal avec nous, et non sur l’obligation individuelle de satisfaire au devoir dominical du chrétien. Retrouver la source de notre rencontre de Jésus dans la merveille de son désir à notre égard est au cœur de notre célébration du repas communautaire de l’Église, nous sommes alors « attirés » par son désir de nous rencontrer.

Faites ceci en mémoire de moi.

Nous sommes alors aux antipodes d’une approche purement rationnelle, sinon canonique, d’une expression de la foi balisée par des rubriques hiérarchiques. Dans cette prière de notre Église nous retrouvons le sacrifice pascal et la priorité de l’unité croyante sur les sentiments traditionnels de mémoire ou d’histoire individuelle ; le culte du Seigneur se donnant en sacrifice à son Père prend le pas sur nos affections subjectives, des souvenirs de notre jeunesse ou des blessures de la misère actuelle. Nous remarquons alors que nous nous retrouvons ici dans l’Église naissante au lendemain de Pâques, lorsque Jésus le ressuscité, d’Emmaüs aux rives du lac de Galilée, partage le pain et le poisson avec les siens, qui le découvrent toujours là en son humanité.

En ce sens, dans la liturgie eucharistique nous continuons ces repas du lendemain de Pâques. Et le Pape d’insister sur le fait que Jésus se fait alors reconnaître par ce pain rompu dans une communauté de frères qui célèbrent. François souligne : « Ce geste de rompre le pain leur ouvre les yeux. Il les guérit de l’aveuglement infligé par l’horreur de la croix, et les rend capables de voir le Ressuscité, de croire en la Résurrection. »

Cette mémoire célébrée est plus belle que le souvenir, plus vive que les rites et les gestes, plus forte en obéissance que la soumission à des règles canoniques qui promettraient d’assurer une grâce individuelle. Elle est mémoire de Lui et non de nous, elle ne saurait être la banale conjuration païenne de nos peurs. Elle est pleinement une présence dont les rites doivent être le signe et le sacrement porté en Église. C’est pourquoi François insiste : « Nous avons besoin d’être présents à ce repas, de pouvoir entendre sa voix, de manger son Corps et de boire son sang. Nous avons besoin de Lui… Dans l’Eucharistie et dans tous les Sacrements, nous avons la garantie de pouvoir rencontrer le Seigneur Jésus et d’être atteints par la puissance de son Mystère Pascal. Nous célébrons des retrouvailles dans cet évènement ravivant notre faim de Dieu.

La mémoire de Jésus prend une tout autre valeur par cette rencontre effective. Sinon elle serait réduite à une impression affective ou à un imaginaire théorique, la liturgie s’éprouverait une croyance intellectuelle, une agitation artificielle d’idées pieuses. Ici elle est relation personnelle. Comment une telle communauté des rencontres vécues en Christ pourrait-elle en rester à l’invocation de nos souvenirs d’enfance catholique ? C’est pourquoi la Tradition en terre chrétienne ne saurait être réduite à la reproduction du passé et à la préservation de nos souvenirs individuels, elle marquée par l’Esprit qui investit le cœur et nous porte à faire de toute célébration liturgique une expérience de cette présence active de Jésus dans cette mémoire vivante du Christ incarné. Le pape ne suggère pas quelque innovation rituelle ou quelque alignement sur les modes esthétiques du temps présent, il nous attire et nous soutient pour que l’expérience de l’action sacramentelle fasse de sa présence le levain d’un pain partagé pour notre route ecclésiale vers le salut.

En conséquence, il souligne l’enjeu spirituel de la question liturgique débattue aujourd’hui : « Il serait banal de lire les tensions, malheureusement présentes autour de la célébration, comme une simple divergence entre différentes sensibilités envers une forme rituelle. La problématique est avant tout ecclésiologique. » (31). Et d’ajouter cette double précision pastorale : « Je voudrais simplement inviter toute l’Église à redécouvrir, à sauvegarder et à vivre la vérité et la force de la célébration chrétienne. Je voudrais que la beauté de la célébration chrétienne et ses conséquences nécessaires dans la vie de l’Église ne soient pas défigurées par une compréhension superficielle et réductrice de sa valeur ou, pire encore, par son instrumentalisation au service d’une vision idéologique, quelle qu’elle soit. »

Les tentations du temps présent :

Le Pape ne saurait ouvrir une confrontation des diversités d’opinion, proposer un arbitrage entre des rites banalisés, des innovations « débraillées » ou des rubriques essentialisées, mais il situe cette réflexion dans la continuité des tentations gnostiques ou néo-pélagiennes qui ont toujours tenté l’expression de la foi chrétienne, y compris dans sa vérité sacramentelle. Nous pouvons de siècle en siècle retrouver le « subjectivisme » et la fermeture sur le « moi » selon une conception privée de la vie chrétienne. Le devoir d’assistance à la messe dominicale peut avoir nourri le besoin d’avoir « sa messe » individuelle pour être en règle avec sa conscience ou limité la liturgie à sa réalisation fonctionnelle dans une ritualité particulière. Jusqu’au point de conduire certains à se comporter en maître de leur salut par la soumission scrupuleuse à certaines prescriptions traditionnelles. Quand l’eucharistie n’est pas vécue comme grâce et comme don, elle ne saurait exprimer le mystère que la Parole et les signes sacramentels nous font vivre de façon communautaire.