Désir Olympique - Simone Clark - E-Book

Désir Olympique E-Book

Simone Clark

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Beschreibung

Julietta est une gymnaste prometteuse qui participe à ses premiers Jeux Olympiques. A la force d’un travail sans relâche elle a été sélectionnée pour faire partie de la délégation officielle. Aux côtés d’une équipe de filles qui se connaissent sur le bout des doigts et encadrés par une équipe à la discipline de fer, Julietta et ses comparses sont bien déterminées à décrocher plusieurs médailles.
Jeff Downsee est champion et star incontesté de la natation américaine en lice pour gagner six médailles d’or sur ces Jeux. Déterminé comme jamais, sûr de lui et au physique impressionnant, il intimide tous ses concurrents avant même de mettre un pied dans l’eau.
La rencontre inattendue de Julietta et Jeff va-t-elle mettre à mal leurs objectifs sportifs ? Julietta saura-t-elle garder son sang-froid pour atteindre la performance attendue ? Et surtout, Jeff sera-t-il présent à la légendaire soirée olympique qui clôture les Jeux ?


À PROPOS DE L'AUTEURE


Simone Clark est vendeuse de jour, et écrivaine le soir et le week-end. Malgré une véritable attirance de l’écriture et la création en général, elle ne se lance sérieusement qu’à l’âge de 31 ans avec la parution de son premier roman « Désir Olympique ».
Sportive passionnée et voyageuse intrépide, elle tire de ses propres expériences et de ses nombreuses rencontres la source de son inspiration.

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Seitenzahl: 207

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Désir Olympique

 

Simone Clark

 

 

 

Arrivée au village

L’officiel scanne le badge plastifié qui pend autour de mon cou. En à peine une seconde, sa futuriste douchette s’illumine de vert et il me fait signe de passer. Avec le reste de mon équipe je pénètre dans le village Olympique.

Jamais je n’aurai pensé pouvoir me qualifier aux Jeux un jour. C’est un rêve incroyable qui se réalise. Même si tout notre encadrement sportif nous assène qu’il ne s’agit là que d’un début, et que la compétition n’a pas encore commencée, c’est pour moi déjà une consécration. J’ai commencé la gymnastique très jeune, comme toutes les filles ici, mais j’ai déjà 19 ans. Il y a quatre ans, je n’étais pas assez mûre, pas assez performante pour prétendre à intégrer la délégation. Depuis, les événements se sont enchaînés, je me suis de plus en plus adonné à ce sport et aux compétitions qui vont avec. Aux mondiaux les journaux du pays ont même commencé à parler de moi et avant les JO mon nom se répandait d’un journal télévisé à un autre. J’ai toujours regardé ça d’un œil extérieur, imperméable, non sans fierté mais sans orgueil.

Dans ce long corridor qui forme l’entrée principale du village Olympique, j’ai l’impression d’être dans un aquarium. Tout est beau, tout sent le neuf, la couleur est bleutée et il flotte dans l’air une musique légère. Des baies vitrées surplombent ce corridor et font apparaître des salles de réunion, des salons et même un bar, au-dessus du contrôle de l’entrée que nous venons de franchir. Mon regard se perd sur tant de nouveauté et je marche mécaniquement jusque là entourée de mon équipe et de mon staff. Alors que derrière la vitre un barista musclé, bronzé et tatoué remue un cocktail… Soudain je fonce maladroitement dans quelqu’un. Le choc est brutal. Je croyais être rentrée dans Tania ou Gisèle qui me précédaient directement mais ma stupeur est à son comble lorsque se dresse devant moi un homme gigantesque tout habillé de blanc qui, comme moi, semblait peu occupé à regarder où il mettait les pieds. Passée la surprise, je bredouille des excuses, sentant mon visage s’empourprer.

– Je suis désolé, je…

Du coin de l'œil à peine quelques mètres plus loin, je reconnais les miens, je me suis juste écartée et ils n’ont pas encore remarqué mon absence. Naïvement je montre à l’athlète inconnu que je suis avec elles…

– No worries... me dit-il en même temps.

Comme une idiote j’ai supposé qu’il parlait français. Je rougis de plus belle, mais, galant, il me met tout de suite à l’aise et me demande qui je suis et d’où je viens. Nous poursuivons en anglais, une langue que mon sport-étude m’a enseigné et que je pratique de temps en temps, surtout en compétition.

– Mon nom est Julietta, je fais partie de l’équipe de France de gymnastique… dis-je avec hésitation.

– Oh, wow! dit-il, apparemment impressionné. Il me tend la main fermement et rétorque : Je suis Jeff, nageur dans l’équipe américaine.

Je lui serre la main. Une très grande main qui recouvre la mienne en entier, une main puissante et musclée. Malgré l’effort qu’il met à ne pas serrer trop fort, son énorme paluche m’écrase les phalanges. Je finis par m'échapper rapidement retrouver les filles. Alors que je trottine, j’aperçois tout le groupe tourné vers moi, la moitié hilare, l’autre… qui fronce carrément les sourcils. « Désolé désolé » je leur dit. Tania répond en pouffant : « Tu ne perds pas de temps, toi ! », et les autres rigolent. Je suis mortifiée. Pour ne pas m’aider, Grégoire, notre directeur sportif, ajoute : « regarde où tu marches, ce n’est pas le moment de se blesser ! Reste concentrée ! ». Quel rabat-joie.

En me donnant un coup de coude, Élise me chuchote :

– Eh, tu sais qui c’est ?

– Un certain Jeff, de l’équipe américaine de Natation

– Non mais je rêve, tu sais vraiment pas qui c’est ?

Je réfléchis… 

– Non. A part qu’il s’appelle Jeff et qu’il …

– Jeff Downsee ! Il s’appelle Jeff Downsee et il est l’athlète le plus médaillable de ces Jeux ! J’hallucine. Et tu lui es rentré dedans ?

– Heu… oui. Ou lui, plutôt !

C’est carrément moi qui lui suis rentré dedans. Maintenant qu’Élise m’en parle, son nom me dit quelque chose. Sans bonnet ni lunettes, comment reconnaître un nageur sur la terre ferme ! Et Élise qui en rajoute :

– Hé, les filles ! Elle savait pas qui c’était !

Et elles se marrent de plus belle. Je me suis bien tapé la honte sur ce coup-là. Si les filles peuvent être chipies avec moi, c’est de bonne guerre, je le suis souvent avec elle et des groupes se font et se défont lorsqu’une bonne blague est en jeu. Élise, en particulier, m’est très chère. On est très proche et on vient de la même ville de F… où se trouve notre club. Elle est plus âgée que moi et elle a bien plus d’expérience, y compris en Jeux Olympiques où elle y a participé il y a quatre ans à V.... Elle fait office d’aînée pour nous autres. Cette entraide, en plus de celle du staff, nous est précieuse. Comment surmonter de tels enjeux sinon, si loin de notre cocon, en mettant en jeu en permanence notre intégrité physique, et en public. Pire, devant un jury. Sans Élise à vrai dire, je ne sais pas si je serais arrivée jusque là. Elle est un pilier pour moi. Comme nous le rappellent le staff, nous sommes un équipe et chacune d’entre nous a quelque chose à apporter. Élise m’apportel’expérience et la sérénité.

Une équipe soudée

Élise et Tania évoluent dans le club de gymnastique de F… depuis 8 ans environ. Sur toute cette période elles ont obtenu des résultats remarquables qui font la fierté de ce club et de cette équipe, et de la France lors des compétitions internationales. Comme toutes, elles ont commencé très jeune. Élise a été mise par la gym par ses parents alors qu’elle n’avait que cinq ans. Dans un petit club de la même ville local, elle a rapidement été identifiée et a pu intégrer deux ans plus tard le club principal,le CGARF : Club de Gymnastique Artistique et Rythmique de F… Lorsque les résultats sont au rendez-vous, la fédération mentionne alors dans de tel cas « le système français » qui permet de « détecter les talents » dès leur plus jeune âge. Et en effet, dans le cas d’Élise c’est exactement ce qui s’est produit. Elle a rapidement monté les échelons, et de compétitions départementales puis nationales en benjamine, cadette et minime elle a toujours rapporté des prix. Elle est d’une constance sans faille, d’une auto-discipline à tout épreuve et par dessus le marché toujours souriante et décontractée, l’exemple même de la coolitude, qui a vrai dire n’existe presque jamais dans le haut niveau de la gymnastique. Une vraie bouffée d’oxygène. Je ne sais même pas comment elle arrive à supporter la pression tout en restant de bonne humeur et sans dénigrer ses paires, ni même ses adversaires. Elle m’a dit une fois, alors que nous partagions une chambre comme c’est souvent le cas en déplacement, qu’elle se sentait dans le monde de la gymnastique « comme par magie. Rien ne me prédestinait, me dit-elle, à faire de la gymnastique. Personne dans ma famille n’en a fait avant moi, et personne n’a initialement placé d’ambition démesurée à mon égard. J’adore cette discipline, je respire pour elle et par elle, mais c’est un choix, ou peut-être une destinée, qui n’est liée qu’à moi. C’est peut-être pour cela que je suis plus décontractée que d’autres ; je m’estime chanceuse d’être là où je suis, et dans l’excellence je veux prendre du plaisir. Jamais mes proches de toujours n’ont placé en moi une pression externe. Comme moi, ils prennent les succès au jour le jour et savourent tous les moments. Si un jour je dois ou je décide d’arrêter, ils me féliciteront pour tout le chemin parcouru mais ne me jugeront pas ». Quel discours inspirant ! Élise a participé aux deux derniers Jeux Olympiques, il y a huit ans elle a décroché une surprenante médaille de bronze au concours général, et il y a quatre ans, une médaille d’argent au sol, sa spécialité.

Tania, quant à elle, est véritablement issue du "terroir". Sa mère était gymnaste elle-même et a remporté des épreuves dans sa jeunesse. Depuis, elle a toujours gravité dans le monde de la haute performance, et a obtenu des postes divers dans la fédération. Elle y a rencontré son mari, qui œuvre toujours au sein de cette fédération et accompagne de son côté les garçons au fil de leur carrière. Ainsi, dès le premier jour sur cette Terre, Tania fut un espoir. L’environnement familial l’a tout naturellement installée dans la discipline, profitant de connaissance que seul les enfants du même parcours peuvent disposer : le sport en lui-même et toutes ses subtilités, cela va de soi, mais également la mentalité, la discipline, la nutrition, la culture et l’histoire du sport, etc. En Bref, Tania est née pour être championne. Elle en a tantôt profité, tantôt souffert, son environnement immédiat lui a souvent mis la pression. Mais cette pression a payé à maintes reprise. Tania arrive même à ces Jeux comme la championne du monde en titre, qu’elle a brillamment décroché l’an dernier. J’ai participé à ces championnats et je l’ai vue gagner. J’étais comme toute l’équipe incroyablement contente etémue. D’autres auraient pu être jalouses, mais ne pouvant prétendre à ce titre moi-même j’étais fière d’elle, et fière de notre équipe et de notre club.

Pour elle, l’année qui a suivi a été compliquée sur le plan émotionnel. Elle a rencontré un garçon, à un an des Jeux. Son entourage s’est mis sur le qui-vive, et elle a dû affronter un mur d’opposition de toute part. Ses parents, en premier lieu, n’y ont vu là que l’annonce d’un désastre, un équilibre en décomposition, une championne en perdition, etc. Ils ont tenu des propos désobligeants. Tania a même été jusqu’à les fuir et se faire loger secrètement chez des copines. Jamais elle n’a interrompu son entraînement, mais il est vrai que la qualité de son travail a été impacté. Nous l’avons tous remarqué. Chaque épreuve de notre sport, chaque entraînement, se mesure au centimètre. Quelques centimètres d’écart entraînent discussions, réajustements, entraînement spécifique et explications… Ainsi quand Tania rate plusieurs réceptions de suite, plusieurs jours d’affilé, montre des signes de fatigue physique, non seulement le staff le voit immédiatement, mais également nous, les autres filles du groupe.

Sur ce garçon nous en savons peu. Il n’est pas du tout gymnaste, il ne gravite pas dans ce milieu-là, ne partage pas les codes, ce qui ne peut que représenter une menace pour le staff et ses parents. Il est diversion. Elle en parle peu, mais je vois bien qu’elle pense souvent à lui. Les quelques fois où elle en parle, car il faut dire que nous autres nous ne nous privons pas de lui poser tout un tas de questions, alors nous l’écoutons religieusement. La vie avec les garçons est une expérience qui peut être traumatisante pour nous parce que la compétition nous impose un rythme de vie incompatible avec la vie amoureuse… L’expérience de Tania est à ce titre un grand révélateur. De premier abord il nous terrorise toutes ! Mais quand Tania en parle alors c’est une toute autre histoire. La tendresse de son homme, leurs moments privilégiés et les anecdotes ridicules mais tellement délicieuses nous enchantent. Par exemple, si elle évoque ses chaussettes dépareillées dans des chaussures trop grandes, alors nos questions fusent : quelle couleur, quelle taille de pieds, quelle longueur font ses ongles, a-t-il des poils ? Nous prenons ce qu’elle daigne nous répondre, et gardons nos questions pour plus tard, à des moments d’ailleurs plus ou moins opportuns. Au vestiaire, à la douche, mais aussi juste avant qu’elle s’élance à un saut de cheval à l’entraînement. A ce moment précis, une petite question du style « et sinon il chausse du combien ? » peut faire son effet.

Bien sûr nous avons toutes nos histoires avec les garçons, mais celle de Tania est d’une envergure bien plus importante. Elle est plus âgée que nous, elle est une grande espoir de médaille aux Jeux, et elle a de quoi souffrir de cette relation par son environnement direct. Nous tentons d’en parler de manière apaisée, faisant contre point avec ce qu’elle peut vivre à la maison. Cela fonctionne, je crois. Et au passage, nous autres qui n’avons pas de copains, y récoltons des informations, des idées, des rêves… ou de l’effroi. Cependant il n’est pas rare que des piques de jalousie fusent. Celles qui n’ont pas de copain disent tout haut qu’elles s’en passeraient bien, mais pensent parfois le contraire. Les échecs sportifs peuvent occasionner des remarques désagréables qui font référence à leur amoureux. Tania est la reine de ces débordements, et avant qu’elle n’ai elle-même ce nouveau copain, elle saupoudrait sur Élise une subtile constellation d’allusions pénibles du genre : « on dirait que tu t’es couchée trop tard hier », ou « apparemment, il t’a perturbé ». Tania peut être une peste, il faut savoir s’en méfier...

Élise a eu aussi ses aventures, mais depuis qu’elle a rompu dans les larmes avec son dernier jules, le ciel semble plus calme. La pauvre a pleuré sans discontinuer pendant 3 jours. Nous nous relayons pour la consoler, tantôt au gymnase, tantôt chez elle. Il avait décidé de partir, personne ne sait vraiment pourquoi… Élise aussi a ses secrets. Avant lui elle sortait avec un gars du nom d’Ilan, que tout le monde connaissait puisqu’elle venait tout le temps avec lui aux entraînements. Il fallait parfois les déventouser pour qu’elle nous suive au vestiaire. Contrairement à Tania, ses relations amoureuses se passaient tout à fait normalement. Si Grégoire lui faisait des réflexions ici et là, il n’avait rien à lui reprocher. Élise, fidèle à elle-même, semblait arriver à tout gérer à la perfection. Son entraînement na pas été perturbé, et mis à part les quelques secondes à embrasser son chéri devant l’entrée du gymnase, elle fut toujours à l’heure. Elle savait ce qu’elle risquait. Bérangère, notre directrice artistique, bien plus vache que Grégoire, devait attendre le moindre faux-pas pour sortir de ses gonds. Mais un tel événement ne se produisit jamais. Même quand Élise éclata en sanglots, elle n’en sorti que plus forte et plus déterminée que jamais. Même dans les épreuves les plus intimes, Élise est mon modèle…

Les différences d’attitudes sont si grandes entre Tania et Élise que les disputes sont incontournables. Certaines sont encore dans notre mémoire… récente. Mais il faut dire que lorsque la victoire est au rendez-vous dans les épreuves par équipe, les voir sauter de joie ensemble et se prendre dans les bras est d’autant plus émouvant.

Notre équipe se compose également de Gisèle, Athénée et Victoire. Gisèle et Athénée sont de la même génération que moi. Gisèle et moi avons le même âge. Nous nous comparons beaucoup même si notre style est très différent. Elle a un sens artistique meilleur que le mien – et que celui de toutes les autres d’ailleurs – mais fait parfois des fautes qui pénalisent sa note indubitablement, malgré sa grâce et son élégance naturelles. Elle est capable de l’excellence comme de l’approximation, et ce sur une même compétition.

Athénée a 18 ans. D’une belle carrure elle est solide et robuste et se blesse rarement. Sa force physique l’aide beaucoup dans la discipline au sol et à la poutre, mais lui demande plus d’entraînement aux barres asymétriques. Victoire, quant à elle, est la benjamine du groupe. C’est aussi la plus petite. A seulement 15 ans, elle dispute les Jeux avec nous. Elle est extrêmement prometteuse, et insouciante par son âge à l’enjeu de la compétition. Nous l’apprécions toutes mais elle représente aussi une menace indirecte pour nous… Les plus jeunes sont plus imprévisibles d’un point de vue général, et Victoire ne fait pas exception. Aux championnats du monde cependant, elle a surpris tout le monde en obtenant aux barres asymétriques la meilleure note de l’équipe, au-dessus de ses meilleurs entraînement. Elle n’a pas démérité au sol, au cheval et à la poutre, ce qui lui a permis de décrocher ce billet pour les Jeux. Son inscription dans l’épreuve du concours général par équipe a néanmoins offusqué l’équipe. N’est-ce pas trop tôt ? N’est-ce pas mettre en danger la performance des autres filles ? Je suis moi-même inscrite pour l’épreuve par équipe, aux côtés d’Élise et de Tania cela va de soi. L’ajout de Victoire a été une surprise dure à accepter, mais l’ensemble des décideurs semblait être unanime sur cette décision. Les résultats parleront d’eux-mêmes…

Au quotidien, Victoire est une vraie boule d’énergie. Elle est notre petite sœur à toute. Mais qu’est-ce qu’elle est bavarde ! Elle parle jusqu’à n’en plus finir, et Gisèle m’a même fait remarqué qu’elle parlait même pendant les épreuves ! Ce qui est bien sûr contrôlé par le staff, notre visage et nos expressions faisant partie de la prestation. Athénée, qui partage sa chambre depuis un an sur les compétitions, nous assure qu’elle parle en dormant. « C’est de là que vient sa force » nous a assuré sa mère une fois… Moyennement convaincue, je crois surtout que c’est de là qu’elle puise dans celle des autres. On n’hésite pas à la rembarrer quand on n’en peut plus : « Victoire, tais-toi... », comme une rengaine. Claire et directe… et pourtant si rarement efficace.

D’ailleurs, alors que nous nous dirigeons vers l’ascenseur qui nous amène à notre étage, c’est encore elle qui est en train de parler. Elle dit à haute voix ce que nous observons tous. Nous autres sommes bouches bées, encore sous l’emprise féeriquedu village olympique. Village olympique, quel doux nom… Même Tania et Élise sont ravies, à croire que ce village est bien plus beau que les précédents ! Seuls Grégoire et Bérangère, invariablement plongés dans leurs papiers, semblent indifférents. Ils pourraient être entré dans les toilettes du bistrot du coin, ça leur aurait fait le même effet ! Dans ce bâtiment qui se nomme poétiquement « bleu azur », nous occupons une partiedu deuxième étage. Ceci ne justifie de prendre l’ascenseur qu’au motif que nous sommes curieux de savoir comment il est dedans. « Victoire, appuie sur le deux, s’il te plaît » lui dit Grégoire. Gisèle lui lance : « après tout, t’es plus près du bouton » et lui mime un bouton en face des ses yeux qui louchent. Explosion de rire ! Victoire tire la langue et appuie sur le bouton, le staff dit « chut ! ».

Les petites habitudes ont voyagé avec nous.

Dans la chambre

Je partage ma chambre avec Élise, comme souvent. Élise est une bonne compagne de chambrée. Elle est respectueuse de mes affaires et de ma tranquillité, elle sait me décoder et m’apporter du réconfort quand il le faut. Moi je suis un peu plus discrète qu’elle, et je pense qu’être avec elle dans les moments intimes comme dans la chambre m’aident aussi à devenir plus mature et me projeter dans la vie qui m’attend et qui je l’espère ressemblera à la sienne. Grégoire a donné les clés à chaque chambrée, et nous passons la porte bleue flanquée du numéro 203. Pour les 10 prochains jours, cette chambre sera notre maison.

A peine rentrées, nous lançons toutes les deux un « waouh » d’extase. Jamais en compétition nous n’avions vu une si belle chambre. D’habitude c’est soit très simple et moderne, c’est à dire avec peu de motifs et des lignes droites partout, soit carrément vétuste. Et dans l’extrême majorité des cas, il n’y a aucun objet de décoration. Là, il est en est tout autre. Les deux lits simples sont plus larges qu’à l’accoutumée et chacun dispose de deux oreillers. Une couette légère bleu ciel et un dessus de lit marine les recouvrent élégamment. A leur côté trône une petite table de nuit avec une lampe bleutée montée sur un support en verre, une bouteille bleu vif de décoration et un petit fascicule. Je ne peux pas m’empêcher de sauter sur le lit de droite.

« Oh il est trop confortable, et les oreillers sont trop doux…

– Ha ha ! J’en déduis que tu prends le lit de droite…

– Oh pardon ! dis-je en réalisant que j’ai pris la précédence sur la règle implicite de l’ancienneté. Tu le veux ? Je l’ai un peu choisi par hasard.

– Non non, ça va, je vais à gauche.

Elle pose son sac au pied du lit, et s’assoit dessus, comme pour le tester.

– C’est vrai qu’il est confortable, constate-t-elle

– Allonge-toi, tu verras, c’est trop bien.

– Je me demande pourquoi il y a deux oreillers, dit-elle dubitative.

Je lui en lance un qui lui arrive directement sur la tronche. Et je lui rétorque :

– Pour faire des batailles d’oreillers !

Et elle me jette les trois coup sur coup. S’ensuit une véritable bataille digne de ce nom. Armée de deux oreillers que je place en bélier, je fonce sur elle et l’aplatis sur son lit. Elle se débat et se dégage telle une lutteuse gréco-romaine et se jette sur les deux autres oreillers avant de s’abattre sur moi ! A la suite d’une longue série de coups bien placés, on s’affale épuisée sur son lit, l’une contre l’autre fixant le plafond.

– Ils sont grands ces lits, je dis, on pourrait presque dormir dans le même.

– Faudrait savoir, tu veux celui de droite ou celui de gauche !

– Laisse-moi essayer les deux d’abord !

Après une pause, je lui demande.

– Dis, c’était comment les chambres aux derniers JO ?

Elle réfléchis, regarde dans la chambre, et dit simplement :

– Beaucoup moins bien.

Au sol, chaque lit dispose d’une descente de lit qui passe harmonieusement sous le lit et dépasse du pied du lit. Le sol est un faux parquet très réaliste qui donne envie de l’essayer pieds nus. Dans chaque coin, une chaise à bascule bleue à dossier rembourré trône, sur un tapis rond d’un bleu délavé. Le mur est peint d’une peinture allant du blanc cassé au bleu pâle et évoquant des nuages, un peu stylisés. Au mur de droite en rentrant, un grand triptyque abstrait de formes géométriques du bleu au vert décore la pièce. Contre un mur, un grand meuble à tiroir nous permettra de ranger toutes nos affaires. Et il a l’air suffisamment grand pour vraiment recueillir toutes nos affaires, sportives comme celles de tous les jours. Si le matériel technique est acheminé directement dans notre vestiaire dans le hall de la compétition, nous transportons avec nous tout l’équipement vestimentaire : justaucorps à manches courtes, à manches longues, sans manches, shorts à sequins, brassières, leggings, débardeurs, sacs mais aussi chouchous et tout un tas d’accessoires et de maquillage. C’est pourquoi nous transportons toutes un sac énorme depuis le départ de notre voyage. Pour finir, une grande télé est accrochée sur le mur en face des lits.

J’attrape le fascicule posé avec attention sur sa table de nuit. S’y trouvent un tas d’informations utiles dont le plan du village et des installations aux alentours. Je localise rapidement le gymnase, qui accueillera l’ensemble de notre compétition que je pointe à Élise :

– C’est ici regarde. C’est vraiment pas loin.

Cela nous évitera le bus pour le moindre de nos déplacements. En plus d’autres installations pratiques comme restaurants et parcs, se trouve également la piscine et le vélodrome. Élise pointe justement la piscine et me regarde bizarrement.

– Et là, dit-elle, c’est là que ton a-mou-reux fait sa compétition.

– Mon amou… qui ?

– Jeffounet ! et elle se jette sur moi en imitant des bisous bruyants et dégoûtants.

– Mais n’importe quoi ! dis-je en protestant. Il m’est rentré dedans une fois sans faire exprès, y’a pas de quoi s’enflammer !

Elle ricane comme une gamine… Je continue de regarder la carte comme si de rien n’était. Le reste des installations, y compris le stade d’athlétisme, se trouve dans un autre grand complexe, à vingt minutes de bus, si j’en crois les petits pointillés et les icônes de la brochure.

– Et dire qu’on n’a même pas encore vu la salle de bain ! me lance soudainement Élise. Elle s’y précipite d’un coup.

– Viens voir, c’est trop bien !

Mais à peine levée on toque à la porte.

– J’ouvre ! dis-je à Élise.

C’est Grégoire. Il est souriant et à l’air plus apaisé que tout à l’heure.

– Êtes-vous bien installées les filles ?

– Oh oui, lui dis-je. C’est magnifique ici !

Élise m’a rejoint pour venir aux nouvelles.

– C’est vrai que c’est charmant comme tout… Toute l’équipe France-Gym est ici, des chambres 201 à 210. Moi je suis en 201 si vous avez besoin de moi. Au bout du couloir il y a un petit espace de restauration avec un distributeur de boissons et snacks,