Dieu agit - Etienne Grenet - E-Book

Dieu agit E-Book

Etienne Grenet

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Beschreibung

Dans notre monde, la présence de Dieu ne cesse de se manifester par des signes. Ce livre en apporte un témoignage puissant à travers des dizaines d’histoires vraies. Chacun de ces récits fait l’effet d’une surprise. Mais l’auteur nous conduit plus loin que le simple étonnement ou l’enthousiasme. À lalumière de la Bible, il cherche à discerner la portée réelle du signe : ce qu’il nous révèle du Mystère de Dieu et de notre relation avec lui. Se dévoile ainsi, au fil des pages, un Dieu proche et plein d’amour.
Un Dieu qui appelle chacun à recevoir et exercer les dons de son Esprit Saint, afin d’opérer les signes qu’il veut offrir au monde.
Ce livre fait toucher du doigt une vérité décisive : l’Évangile est bien plus qu’une histoire du passé. Ce dont les disciples de Jésus ont fait l’expérience il y a 2000 ans est toujours d’actualité. L’Évangile est réel.

 À PROPOS DE L'AUTEUR 

Étienne Grenet a été ordonné prêtre en 2007. Docteur en théologie, il est vicaire en paroisse et enseigne l’Écriture sainte au Collège des Bernardins. Il est aussi responsable du Pôle missionnaire pour le diocèse de Paris.

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Seitenzahl: 221

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Copyright

Textes bibliques :

© AELF

© La Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, 1992

Conception de couverture : Sophie Fichefeux

Relecture : Charles Vitse

Composition : Soft Office (38)

Édition : Laure Saint Olive

© Éditions Emmanuel, 2025

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

 

ISBN : 978-2-38433-277-9

Dépôt légal : 2e trimestre 2025

Titre

 

« Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,annoncez parmi les peuples ses hauts faits ;chantez et jouez pour lui, redites sans fin ses merveilles. »

(Ps 104, 1-2)

INTRODUCTION

DIEU EST-IL UN HYPERACTIF ?

« Mon Père est toujours à l’œuvre. »

(Jn 5, 17)

Dieu agit.

Dieu n’est pas lointain, il est proche de nous. Il ne s’est pas contenté de créer le monde : à l’instant où vous lisez ces mots, il fait exister l’univers et tous les êtres qui l’emplissent.

L’action de Dieu dans le monde est loin de se limiter à ce niveau fondamental de l’acte créateur, qui fait exister et ordonne. Sur cette toile de fond, nous pouvons découvrir de multiples interventions de Dieu dans l’histoire humaine. La Bible est remplie de récits qui évoquent ces actions divines « ponctuelles ». Elles ont jalonné, d’une manière très particulière, tout l’itinéraire du peuple juif.

Au cœur de tout, il y a eu les événements décisifs liés à la venue, la vie, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth, l’Envoyé du Père. Ce sont les interventions les plus cruciales de Dieu depuis l’origine du monde.

Depuis lors, Dieu ne cesse d’agir. Le cœur de la foi chrétienne, c’est que Jésus est vivant, ressuscité, et que, par la puissance du Saint-Esprit, il continue d’agir dans le monde aujourd’hui.

Ce livre est un recueil de trente-cinq histoires vraies qui offrent des signes de cette présence active de Dieu au cœur du monde. Je parle de « signes » car Dieu ne nous impose pas brutalement sa présence : il appelle chacun à exercer son jugement pour reconnaître ses empreintes dans certains événements. Pourtant, il nous arrive à tous de ne pas remarquer certaines choses remarquables !

En témoignant dans ce livre de ce que je vois aujourd’hui, mon but est de vous permettre, que vous soyez croyant ou non, chrétien ou non, de voir davantage les signes de Dieu pour vous et autour de vous.

Tout le désir du Père est que nous puissions croire à son Amour pour nous. Par toute sa vie et son enseignement, Jésus veut nous apprendre à recueillir les signes qui manifestent cet Amour. Certes, le but de la foi n’est pas de voir des signes partout : les signes et les miracles ne sont absolument pas le tout de l’action de Dieu. En revanche, ils offrent des points d’accroche, qui peuvent nous ouvrir à croire et nous conduire, par la foi, à découvrir Dieu à l’œuvre là où nous ne le voyons pas encore.

Je dois vous raconter ce qui a changé dans ma vie il y a quelques années, et qui m’a conduit à percevoir de nombreux signes remarquables ou même extraordinaires de Dieu.

GROSSE BOUFFÉE D’OXYGÈNE (ET PETITE BOUFFÉE DE COLÈRE) : LE JOUR OÙ J’AI DÉCOUVERT QUE J’AVAIS UN DEUXIÈME POUMON

« Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint. »

(Ac 19, 2)

Je suis né dans une famille catholique pratiquante, et j’ai reçu une formation chrétienne « complète » : par mes parents, par le catéchisme et l’aumônerie de mon lycée, puis par les groupes auxquels j’ai participé au cours de mes études supérieures. À 24 ans, je suis entré au séminaire pour me préparer à devenir prêtre : pendant huit années, j’ai plongé avec joie dans l’étude de la Bible, de la philosophie et de la théologie.

Pourtant, quelques années après être devenu prêtre, j’ai découvert que ma formation n’était pas tout à fait complète. Avec quelques années supplémentaires de recul, j’affirme qu’il manquait une grosse pierre à l’édifice. Cette pierre, c’est ce qu’on appelle les « charismes ». J’avais entendu parler du Saint-Esprit, envoyé par Jésus sur ses disciples. J’avais une certaine conscience d’avoir reçu les sept dons de l’Esprit lors de mon baptême puis de ma confirmation. En revanche, à l’occasion de ma préparation à la confirmation, personne ne m’avait parlé de ces dons particuliers que sont les charismes : parole de connaissance, parole de sagesse, foi miraculeuse, don de guérison, don d’opérer des miracles, don de prophétie, don de discernement des esprits, don des langues, don d’interprétation (cf. 1 Co 12, 7-11). Mes parents, très croyants, ne nous avaient jamais vraiment parlé de cela – eux-mêmes n’ayant pas été formés sur le sujet. Enfant et adolescent, il n’en avait jamais été question non plus au catéchisme, ni à l’aumônerie de mon lycée, ni dans les groupes d’approfondissement auxquels je participais, alors même que j’y ai reçu des catéchèses très substantielles. Même au séminaire, je n’ai jamais reçu d’enseignement spécifique sur l’actualité concrète des charismes dans la vie de l’Église. En définitive, durant toutes ces années, personne ne m’a vraiment introduit à la dimension charismatique de la vie chrétienne.

Les choses ont commencé à bouger à partir du moment où, jeune prêtre, je me suis mis à pratiquer l’évangélisation directe, c’est-à-dire partir dans la rue – habituellement avec un autre chrétien – à la rencontre de personnes peu ou pas croyantes, pour échanger avec elles sur la spiritualité et leur partager notre foi. Lors de ces rencontres missionnaires, j’ai souvent fait l’expérience de coïncidences étonnantes. Par exemple, nous abordions deux personnes, et elles nous expliquaient, intriguées, qu’elles étaient justement en train de parler de Dieu, alors que cela ne leur arrivait presque jamais. Ou encore, nous nous adressions à un homme seul, et à la fin de la conversation, il nous confiait que deux minutes avant notre arrivée, il avait demandé un signe à Dieu… La récurrence de ce genre de synchronicités a commencé à éveiller mon attention à l’existence de signes, spécialement dans le cadre de la mission. Dans ces situations, c’est comme si la présence de Dieu affleurait subitement. Dix années d’expériences missionnaires s’ensuivirent et me préparèrent à une nouvelle étape.

Cette étape décisive fut de voir de mes yeux, pour la première fois, des guérisons physiques miraculeuses. En 2018, en effet, je participais à une veillée de prière pour les malades et ai été témoin de guérisons multiples : sur environ sept cents personnes présentes, quatre-vingts ont témoigné ce soir-là d’une amélioration physique partielle ou d’une guérison totale ! Je me souviens en particulier d’une jeune fille malvoyante – elle était atteinte d’un strabisme de naissance – qui s’est mise à voir distinctement pour la première fois de sa vie !

Cette veillée se déroulait dans le cadre d’une session de formation de trois jours dédiée à la découverte de la vie dans l’Esprit et des charismes. Au cours de cette session, en constatant les guérisons, je n’ai pas simplement été un témoin passif de la puissance de l’Esprit de Dieu : comme tous les participants, j’ai eu l’occasion d’exercer moi-même les charismes, et de voir Dieu pour ainsi dire agir à travers nous.

L’expérience la plus marquante pour moi fut d’exercer intentionnellement, pour la première fois, le charisme de prophétie. De quoi s’agit-il ? Nous étions invités à nous mettre en binôme avec une personne que nous ne connaissions pas, puis à demander à Dieu ce qu’il voulait nous révéler à son sujet. Je me suis retrouvé avec un homme d’une soixantaine d’années : en suivant la « méthode » proposée, j’ai reçu intérieurement trois « inspirations » sur cet homme, à qui je n’avais jamais adressé la parole.

Que signifie « recevoir une inspiration » ? Concrètement, une inspiration – que l’on appelle aussi parfois « motion prophétique » – peut prendre la forme d’une image ou d’une parole mentale ; cela vient à l’esprit un peu comme lorsque vous fermez les yeux et que vous visualisez la tour Eiffel, par exemple, ou que vous « entendez » intérieurement la voix de votre conjoint qui vous dit « Bonne journée ! » Une inspiration n’est habituellement pas un phénomène très remarquable : elle s’apparente aux pensées imaginatives qui sont dans notre flux mental. Toutefois, les inspirations demeurent souvent de façon plus stable dans l’esprit, ou reviennent de manière récurrente. Souvent, aussi, elles surviennent soudainement, de manière un peu orthogonale au flux des pensées. Il n’est pas toujours simple de les repérer. Dans tous les cas, c’est en vérifiant auprès de la personne concernée que l’inspiration peut en quelque sorte être « authentifiée ».

C’est ce qui s’est passé pour moi ce jour-là avec l’homme pour qui je priais. Lorsque je lui ai partagé les deux premières inspirations que je pensais avoir reçues – une difficulté relationnelle avec un fils et sa grande sévérité à l’égard de ce dernier –, il a confirmé que cela correspondait précisément à sa situation et son histoire familiale. La troisième inspiration reçue était un encouragement à la réconciliation. Ce fut pour lui une consolation de sentir que Dieu ne l’abandonnait pas dans cette difficulté majeure de sa vie, mais au contraire l’accompagnait pour avancer. Quelle surprise ! Guidé par l’animateur de cette session, j’avais simplement demandé au Saint-Esprit ce qu’il voulait me « dire » sur cet homme, et en quelques minutes, j’avais reçu deux inspirations conformes à la réalité et une autre ouvrant un chemin de vie. C’était vraiment étonnant. Mais le plus stupéfiant était la simplicité avec laquelle elles m’étaient parvenues !

Au cours de cette session, je fis encore d’autres expériences marquantes de la présence active du Saint-Esprit. Et je n’étais pas le seul : beaucoup des participants témoignaient de la même chose. À mesure que les heures passaient, que j’entendais cet enseignement nouveau et faisais ces expériences inédites, je sentais une joie monter en moi. Le motif de cette joie était la sensation d’une sorte de liberté intérieure nouvelle. J’eus, à ce moment-là, la vive impression de découvrir que j’avais un deuxième poumon spirituel ! Soudainement, je me mettais à « respirer » beaucoup mieux, comme si j’avais reçu intérieurement une immense bouffée d’oxygène. Il y avait quelque chose d’un peu « enivrant », comme lorsque vous êtes exposé à un fort vent et que cela finit par vous sonner la tête.

Cette première impression, la plus forte, fut accompagnée d’une deuxième sensation paradoxale : une petite bouffée de colère. En effet, en même temps que j’éprouvais cette joie nouvelle, une question tournait dans mon cœur et dans ma tête : « Mais pourquoi personne ne m’a jamais parlé de cela ? » Pourquoi personne ne m’a-t-il jamais parlé de cette puissance active du Saint-Esprit à travers l’exercice des charismes ?

Je ressemblais un peu aux disciples que Paul rencontre à Éphèse et à qui il demande : « Lorsque vous êtes devenus croyants, avez-vous reçu l’Esprit Saint ? » Ceux-ci lui répondent : « Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint » (Ac 19, 1-2). Bien évidemment, j’avais entendu dire, pour ma part, qu’il existe un Esprit Saint.

Toutefois, je n’avais jamais réellement entendu dire qu’il pouvait agir de la sorte. J’aurais donc pu m’écrier au terme de cette session : « Mais je n’avais même pas entendu dire que l’Esprit Saint agit de cette manière-là aujourd’hui ! » Cette « manière-là », ce sont principalement les charismes prophétiques et le charisme de guérison, ce que l’on pourrait appeler les « signes » ou les « manifestations » de la puissance du Saint-Esprit.

Depuis cette découverte si joyeuse, l’expérience ne cesse de s’enrichir. Je peux dire que, pratiquement chaque semaine, je vois ces signes manifestes de l’action de Dieu ou en reçois le témoignage d’un proche. Cela se vérifie particulièrement dans le cadre de l’évangélisation directe, lorsque d’autres chrétiens et moi-même dialoguons avec des personnes inconnues et leur parlons de Dieu et de sa présence agissante – ce que, dans la Bible, on appelle le « Règne de Dieu » ou le « Royaume ».

Ces expériences correspondent très exactement à ce qui est décrit dans les tout derniers versets de l’Évangile selon saint Marc : « Ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16, 20). Ce verset de l’Évangile ne décrit pas simplement une situation d’il y a deux mille ans, il décrit la réalité présente. Jésus envoie ses disciples proclamer que le Royaume est là. Et lorsque ceux-ci le font, Jésus est lui-même à l’œuvre. Comment ? D’une manière toute particulière : en confirmant la Parole par des signes qui l’accompagnent.

 

Ce livre est un petit recueil émerveillé de trente-cinq histoires d’aujourd’hui, dans lesquelles des personnes de mon entourage ou moi-même avons été témoins de ces signes. En vous racontant ces histoires vraies, mon premier objectif est simplement que vous puissiez vous-même vous émerveiller, vous réjouir et grandir dans la foi ou, si vous n’êtes pas chrétien, que vous puissiez être interpellé par la manière dont Jésus donne des signes manifestes qu’il est réellement vivant et agissant dans le monde.

Le deuxième objectif est que cette foi grandissante vous permette de faire vous-même ces expériences. Car ces récits peuvent vous aider à laisser Dieu agir davantage de cette manière dans votre propre vie.

Personnellement, je constate à quel point les témoignages que je reçois de mes proches m’aident à être plus disponible à l’action de l’Esprit. J’ai donc décidé, avec quelques amis, d’écrire ce petit recueil, afin que toujours plus de personnes, croyantes ou non, aient l’occasion d’entendre parler des signes que Dieu donne. Ces signes, Jésus les a multipliés tout au long de sa vie. Il continue de les offrir aujourd’hui.

En bref, ce livre veut contribuer, de manière pragmatique, à manifester une vérité simple : l’Évangile est réel !

I

QUELQUES EXPÉRIENCES FONDATRICES

Cette première série de récits raconte les événements qui m’ont permis d’identifier les attitudes et les croyances fondamentales que Dieu cherche à susciter en nous. Ces dispositions m’ont rendu plus réceptif aux signes manifestes de Dieu.

Chacune de ces attitudes intérieures nous dispose à mieux comprendre et éprouver la nature de Dieu et qui il est réellement pour nous : un Père présent, aimant et encourageant.

1. LE TIGRE ROUGE

« Recherchez avec ardeur les dons spirituels. »

(1 Co 14, 1)

Un samedi matin, en sortant dans la rue pour faire une course, je demande intérieurement à Dieu s’il a une parole à me révéler pour quelqu’un. À cette époque, je découvre les charismes prophétiques depuis quelques mois seulement ; je n’ai donc pas vraiment l’habitude de faire ce genre de prière à l’occasion d’un simple déplacement quotidien. Dans les secondes qui suivent cette demande intérieure, je reçois en mon esprit l’image d’un tigre. Puis celle d’un bonnet rouge. Un peu désarçonné, je me dis à moi-même en riant : « Eh bien, cherche une personne avec un bonnet rouge qui promène son tigre. »

Sans grande surprise, je ne croise pas cette personne de la journée. Ni le lendemain. Pourtant, les images ont été nettes et soudaines, ce qui me laisse penser qu’elles ne venaient pas de moi. Je m’attendais donc intimement à ce qu’il se passe quelque chose.

Le dimanche soir, au cours de ma prière silencieuse, la pensée du tigre me revient à nouveau. J’éprouve alors une certaine déception : à quoi bon cette inspiration si elle demeure sans effet ? Cette déception suscite en moi un sentiment d’insatisfaction assez fort, et je m’entends soudain clamer à pleine voix, dans la chapelle où je suis en train de prier : « Il est où, le tigre rouge ? » Je suis étonné de me découvrir traversé par ce mouvement de colère intempestif.

Une heure plus tard, un prêtre de la paroisse m’invite à le rejoindre dans un bar pour prendre une bière avec quelques paroissiens, que nous voulions remercier d’avoir organisé tout un spectacle autour de Noël. Arrivés au bar, nous passons commande, et j’échange quelques mots avec le serveur – un Brésilien tout juste arrivé à Paris et en colère à cause de la récente élection de Bolsonaro dans son pays. Lorsqu’il nous quitte, je me dis intérieurement que ça vaudrait le coup de poursuivre un peu la discussion avec lui ; bref, je pressens une occasion d’évangélisation.

Peu de temps après, je le vois revenir du fond de la vaste salle de ce pub anglais, son plateau à la main droite avec nos six bières. Je suis scotché sur mon tabouret : il porte un T-shirt rouge vif floqué d’un énorme motif de tête de tigre ! J’entends alors résonner dans ma mémoire le cri que j’ai poussé lors de ma prière, moins de deux heures plus tôt : « Il est où, le tigre rouge ? » La réponse est éloquente : « Il est là, devant toi. »

Quelques minutes plus tard, en le prenant un peu à part, je raconte au serveur cette histoire saisissante. Je termine en lui disant : « Dieu m’a inspiré cela simplement pour que je puisse te dire qu’il t’aime. » Il est aussi frappé que moi. Il est baptisé, mais avait décroché de la pratique, et sa foi était en train de s’attiédir. En me conduisant vers lui, le Seigneur lui a lancé une perche en lui manifestant son amour personnel.

Pour moi, la leçon est claire : je viens de vivre une vérification du bien-fondé de la recommandation de saint Paul au sujet des charismes : « Recherchez avec ardeur les dons spirituels, surtout celui de prophétie » (1 Co 14, 1). Comprendre que les charismes sont un don de Dieu ne suffit pas à les activer. Encore faut-il lui demander. « Si donc [...] vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient » (Lc 11, 13). Il n’y a pas de honte à désirer les charismes.

Cette histoire m’a aidé à oser demander plus souvent des charismes à Dieu ; et même, à mesure que je discerne mieux ceux qu’il me donne, à lui demander tel charisme spécifique. Dans ce domaine se vérifie encore une loi de la vie spirituelle : Dieu veut que nous lui demandions ce qu’il veut nous donner.

2. MAUVAISE SÉRIE ET HAPPY END

« C’est pour préserver vos vies que Dieu m’a envoyé en avant de vous. »

(Gn 45, 5)

À l’occasion du départ du Vendée Globe, je participe à une mission aux Sables-d’Olonne. Lors de notre première évangélisation de rue1, je suis en binôme avec un religieux. Nous commençons à arpenter la ville, et après quelques minutes, nous entamons la discussion avec un vieux monsieur. Rapidement, celui-ci nous convie à entrer chez lui pour prolonger l’échange. En fait d’échange, c’est surtout lui qui parle ! Il n’a manifestement pas l’intention de discuter de choses spirituelles : chaque fois que nous abordons le sujet, il évoque sa femme – absente lors de notre visite –, grande croyante et paroissienne très engagée, selon ses dires. Plutôt que de Dieu, il souhaite nous parler de leur passé de marathoniens : il le fait en évoquant telle ou telle course à pied, pointant chaque fois du doigt l’un des multiples trophées sportifs dont son intérieur est jonché. Aux murs de la salle à manger sont exposées des dizaines de photos grand format de lui ou sa femme antillaise en maillot et dossard, plus jeunes de vingt ou trente ans. La durée ressentie de la visite est à la hauteur de ce glorieux passé : assez longue.

En sortant, mon binôme me dit, un peu agacé d’avoir subi ce long monologue : « Nous n’aurions pas dû le suivre chez lui ; dès le début, c’était clair qu’il ne voulait pas parler de Dieu. Nous avons perdu du temps. »

Quelques minutes plus tard, nous abordons une dame âgée sur un banc. Lorsque nous lui demandons si elle croit en Dieu, elle nous explique qu’elle est croyante, mais ne peut plus aller à l’église depuis la mort et les obsèques de son mari. « C’est trop pour moi ! Ça me rappelle trop de choses. » Elle nous dit que cela la renvoie à sa solitude. Nous comprenons qu’elle ne connaît pratiquement personne au sein de la paroisse. De manière spontanée, je dis à cette veuve : « Vous savez, le Seigneur nous donne une communauté pour que nous puissions nous réconforter les uns les autres. D’ailleurs, il y a des personnes gentilles dans cette paroisse. Il y a notamment une femme d’origine antillaise. Vous ne la connaissez pas ? » Cela ne lui dit rien, et la discussion ne va pas plus loin, puisqu’elle nous annonce qu’elle doit nous quitter : « J’ai un rendez-vous dans cinq minutes. » Nous avons du mal à croire qu’elle ait un rendez-vous, car à notre arrivée, elle semblait tuer le temps sur son banc. Notre sentiment est plutôt qu’elle n’avait pas envie de nous parler davantage.

Après le long monologue du vieux monsieur, voilà que la rencontre de la vieille dame tourne court. La suite de la mission n’est guère plus enthousiasmante, et nous nous arrêtons une heure plus tard avec un sentiment de déception.

Le soir même, à la messe, j’aperçois une femme qui ressemble à l’épouse de notre ancien sportif de l’après-midi. Je me présente et elle me confirme que c’est bien elle. C’est heureux ! Elle nous demande comment se passe la mission, et je lui raconte alors notre rencontre avec la dame veuve que nous avons encouragée à revenir à l’église.

Le quatrième et dernier jour de la mission s’achève par une messe d’action de grâce. À la sortie, la dame antillaise vient me voir et s’exclame avec joie : « Elle est venue ! » Je ne comprends pas immédiatement de qui elle parle. « Elle est venue à la messe, la dame. Je lui ai parlé. Elle était contente… Elle a pleuré… Elle a pleuré… Elle était contente. » Quel dénouement de dernière minute ! Un vrai cadeau de départ du Bon Dieu puisque, quelques minutes plus tard, nous chargeons les voitures et quittons Les Sables-d’Olonne.

 

J’ai reçu cette histoire comme une leçon profonde : en me faisant vivre cette série de rencontres successives puis en me permettant d’en connaître l’heureuse issue, le Seigneur m’a fait comprendre pédagogiquement leur caractère providentiel. Il m’a montré clairement à quel point il conduit l’histoire. La leçon porte en particulier sur le décalage entre les impressions premières et la compréhension finale des choses. Alors que nous avions terminé notre première mission avec un sentiment d’échec et une certaine déception, Dieu nous a permis de comprendre qu’il« fallait » entrer chez ce monsieur et y « perdre » trois quarts d’heure à l’écouter, afin d’entendre parler de sa femme et de la voir en photo. Cela nous a permis d’oser parler d’elle à la vieille dame rencontrée ensuite. Et alors que cette dernière semblait peu intéressée par notre discussion et l’a volontairement écourtée, il s’est avéré qu’elle a écouté ce que nous avons pu lui dire, et qu’elle s’est laissée convaincre de retourner à l’église, où elle a reçu, à travers la rencontre de cette bonne paroissienne, une grâce manifeste de consolation. Une série de déceptions s’était ainsi muée en heureux dénouement.

L’un des récits bibliques de dévoilement final est l’histoire de Joseph : trahi et vendu par ses frères à des marchands itinérants, il finit par les accueillir en Égypte, où il est devenu l’un des premiers personnages du royaume. Loin de vouloir se venger, il partage à ses frères la compréhension spirituelle de l’histoire que Dieu lui a communiquée : « C’est pour préserver vos vies que Dieu m’a envoyé en avant de vous » (Gn 45, 5). Nous pourrions entendre ici : « C’est pour réconforter cette veuve que je vous ai envoyés écouter ce vieil homme vous parler longuement de ses anciens exploits. » Ce qui semblait inutile se révèle d’une grande fécondité. Ce qui semblait obscur devient lumineux.

Il m’est arrivé plusieurs fois depuis lors de revivre ce type de dévoilement final : avoir la chance de comprendre le caractère providentiel d’une rencontre au terme d’un itinéraire. Ou avoir le bonheur de recroiser une personne quelques mois ou années après une première rencontre, de voir les fruits et mesurer le chemin parcouru.

Ces moments de grâce font grandir en moi la confiance dans la providence divine : cela me donne la conviction profonde que Dieu conduit l’histoire. Généralement, dans nos rencontres, nous n’avons qu’une vision très parcellaire des choses. Le plus souvent, la compréhension globale, l’enjeu réel d’un événement, nous échappe ; au moins dans un premier temps.

Nous n’avons pas la mesure des événements ; Dieu seul connaît leur teneur réelle et ce qui s’y joue secrètement. En nous dévoilant, par moments, la portée providentielle d’un événement ou d’une série d’événements, le Saint-Esprit fait grandir notre foi, afin que nous devenions plus disponibles, plus ouverts et plus confiants en toute chose, même lorsque la signification spirituelle de ce que nous vivons demeure obscure à nos yeux.

 

3. QUAND DIEU OFFRE UNE FLEUR

« Efforcez-vous d’atteindre la charité. »

(1 Co 14, 1)

Lors d’une mission de rue, nous rencontrons deux étudiantes d’environ 25 ans. L’une termine sa formation de comédienne, l’autre de metteur en scène. La première commence par nous dire qu’elle ne croit pas en Dieu, et qu’elle ne s’est jamais vraiment posée de question à ce sujet. Après une dizaine de minutes, elle nous raconte néanmoins que, vers l’âge de 4 ans, elle éprouvait de fréquentes angoisses nocturnes : « Souvent, je n’arrivais pas à m’endormir, parce que je me demandais ce qu’il y a après la mort. » Je suis impressionné par ce propos, qui témoigne d’une forte sensibilité spirituelle. Tous les enfants de 4 ans n’ont pas d’angoisses métaphysiques au sujet de l’au-delà !

Un peu après, l’une d’elles nous dit : « C’est étonnant de vous rencontrer après ce que nous venons de vivre… » Nous les sentons un peu gênées. Nous ne comprenons pas ce à quoi elles font allusion, mais percevons aussi qu’elles ne souhaitent pas en dire davantage.

Au bout d’une vingtaine de minutes, nous leur proposons de prier pour elles. J’ai été personnellement assez touché par cette jeune comédienne et son témoignage d’ouverture spirituelle d’enfant. En priant, je reçois intérieurement l’image mentale d’un lys. C’est un symbole de pureté. Ma première pensée est alors que la personne pour qui je prie a pu être blessée dans sa pureté. Après quelques minutes, poussé par le fait que cette image demeure présente en mon esprit, je lui explique en formulant positivement les choses : « Parfois, lorsque nous prions, nous pouvons recevoir des images inspirées par Dieu. En priant pour vous, j’ai eu l’image d’un lys. Il me semble que Dieu voit votre pureté ; il veut la fortifier et la régénérer. Je ne sais pas si cela vous parle. » En un instant, nous voyons son visage bouleversé, envahi par les larmes.

C’est l’une des premières fois que j’ai reçu une image au cours d’une mission de rue, et j’étais saisi de voir ce que Dieu peut produire en donnant une inspiration.

Avant de nous quitter, ces deux étudiantes évoquent à nouveau, plus clairement cette fois, le caractère providentiel de cette rencontre : « C’est étonnant, c’est la troisième fois cette semaine que quelque chose comme ça nous arrive. Après ce que nous avons vécu, c’est étonnant. »