La prière des frères - Etienne Grenet - E-Book

La prière des frères E-Book

Etienne Grenet

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Beschreibung

Portez les fardeaux les uns des autres. » GALATES 6, 2


Qu’est-ce que la prière des frères ? Comment la pratiquer ? Aujourd’hui en plein renouveau, l’habitude de prier pour un « frère » remonte aux origines de l’Église. C’est une pratique simple qui porte de nombreux fruits. Il s’agit – par exemple à la fin de la messe ou dans un groupe de prières – d’accueillir et de porter à plusieurs la prière qu’une autre personne adresse au Seigneur. Ce livre est un véritable mode d’emploi pour découvrir ce service fraternel et apprendre concrètement à prier les uns pour les autres : qu’appelle-t-on prière des frères ? Quels en sont les fondements ? Comment bien s’y disposer ? Dans quelle cadre la pratiquer ? Comment s’ouvrir à l’exercice des charismes ?… Un guide précieux pour expérimenter la puissance de l’intercession.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Prêtre depuis 2007, Étienne Grenet est vicaire en paroisse et responsable du Pôle mission pour le diocèse de Paris, où il a mis en place des formations à la « prière des frères ». Il enseigne l’Écriture sainte au Collège des Bernardins et a récemment publié Le Christ vert (Artège, 2021).

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Seitenzahl: 139

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Étienne Grenet

La prière des frères

Comment prier les uns pour les autres

Éditions Emmanuel

Conception couverture : © Christophe Roger

Composition : Soft Office (38)

© Éditions de l’Emmanuel, 2022

89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris

www.editions-emmanuel.com

ISBN : 978-2-35389-963-0

Dépôt légal : 1er trimestre 2022

Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ.

Galates 6, 2

Introduction

Qu’est-ce que la prière des frères1 ?

Qu’est-ce que la prière des frères ? Si vous vous posez cette question, ce livre pourra sans doute vous aider à comprendre très concrètement de quoi il s’agit. Peut-être alors aurez-vous le désir de vivre cette expérience ! J’espère que la lecture de ces pages vous encouragera à franchir ce pas.

Si vous connaissez déjà la prière des frères et la pratiquez occasionnellement, si vous envisagez de devenir priant ou avez été appelé à cette mission, ou encore si vous réfléchissez à développer cette prière dans votre communauté sans trop savoir par où commencer, ce livre vous est spécialement destiné. Son objectif est de vous aider à la fois à trouver la juste disposition spirituelle pour vivre cette prière et à adopter les bons réflexes, individuels et collectifs, ainsi que les gestes concrets pour mettre en œuvre cette disposition intérieure.

La prière des frères : une expression concrète de la charité fraternelle

Alors, qu’est-ce que la prière des frères ?

C’est une manière de mettre en pratique concrètement la recommandation de saint Paul à l’une des premières communautés chrétiennes :

Portez les fardeaux les uns les autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ (Ga 6, 2).

Paul, c’est probable, ne parle pas spécifiquement ni exclusivement ici de prier les uns pour les autres dans la communauté. Et pourtant, il a certainement cela aussi en tête. En effet, il souligne souvent dans ses lettres la puissance et l’importance de la prière. Surtout, cette prière fraternelle semble bien attestée comme une pratique habituelle des communautés chrétiennes dès les toutes premières générations. Dans son évangile, Matthieu rapporte cette recommandation comme une parole de Jésus lui-même :

Je vous le dis en vérité : si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux(Mt 18, 19).

Il s’agit donc concrètement d’accueillir et de porter la prière personnelle qu’un frère, membre de la communauté chrétienne, adresse au Seigneur. De prier avec cette personne et pour elle. De la soutenir spirituellement et fraternellement. Avec foi.

Paul poursuit en disant : « Ainsi vous accomplirez la loi du Christ. » Comment comprendre cette formule ? Dans une autre lettre, l’apôtre écrit : « L’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour » (Rm 13, 10). Ce rapprochement nous indique que porter le fardeau d’un frère est une manière très concrète de l’aimer, à la suite et à la ressemblance de Jésus. Le Christ, en effet, nous a aimés, en prenant sur lui nos fardeaux. Au point que les évangélistes lui appliquent sans hésiter la mystérieuse prophétie d’Isaïe : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mt 9, 17).

La prière fraternelle semble donc avoir été une pratique antique de l’Église. Les premiers chrétiens y voyaient clairement l’une des modalités concrètes du commandement nouveau laissé par Jésus :

Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés(Jn 13, 34).

Dans l’évangile de Matthieu, la parole de Jésus sur la prière entre frères s’inscrit dans un enseignement où il donne à ses disciples une série de quatre gestes fondamentaux pour aimer (cf. Mt 18) : être spécialement attentif au plus petit, se corriger mutuellement, se pardonner mutuellement et… savoir prier entre frères à une intention commune.

Ces gestes essentiels sont-ils pratiqués dans nos communautés chrétiennes aujourd’hui ? Souvent assez peu, il faut le reconnaître.

Et pourquoi avons-nous un peu perdu de vue ces expressions concrètes de l’amour fraternel ? Peut-être, justement, parce que nos communautés ne sont pas toujours si fraternelles. Non pas que nous soyons méchants les uns envers les autres ! Je dirais plutôt que nous n’avons pas l’occasion d’être « méchants ». Le plus souvent, nous ne sommes pas suffisamment proches les uns des autres, dans nos paroisses, pour nous « gêner » réellement. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Car nous ne nous sentons pas suffisamment proches non plus pour être prêts à vivre cela : l’attention, la correction, le pardon et la prière mutuels. Lorsqu’on connaît à peine son voisin de banc à la messe, il ne nous vient pas à l’esprit de lui adresser la moindre « correction » fraternelle. On ne se sent légitime pour faire une remarque exigeante qu’à une personne que l’on connaît bien. De même, si vous êtes pratiquant dans une communauté, vous sentez-vous très concerné par l’appel de Jésus à pardonner 77 fois 7 fois à votre frère ? Il est probable que non. Personne, pendant l’heure hebdomadaire de la messe, ne vous dérange à ce point ! Je n’ai rien à pardonner à des personnes auxquelles je ne me « frotte » pas.

Ainsi, le tissu relationnel de nos communautés est souvent trop distendu pour que nous nous sentions réellement concernés, dans nos paroisses, par les recommandations de Jésus sur la vie fraternelle.

Je tenais à pointer cet écueil pour commencer, car cela peut sans doute aider un certain nombre d’entre nous à mieux discerner pourquoi ils ne sont pas spontanément « à l’aise » avec l’idée de mettre en œuvre, en paroisse ou dans un groupe, la prière des frères. Nous pensons : « N’est-ce pas une pratique objectivement un peu “étrange” ? » Je crois plutôt que c’est nous qui sommes devenus étrangers à cette pratique.

La prière des frères : une rencontre avec Jésus

Si la prière des frères est une expérience si profonde de charité, une expérience d’être aimé par des frères, c’est parce qu’à travers ces frères, celui qui reçoit la prière se découvre aimé par Jésus lui-même et par le Père.

L’histoire de l’aveugle de Jéricho, racontée par les évangiles, nous dévoile et nous aide à mieux comprendre ce qui se passe en profondeur dans une prière des frères : une rencontre avec Jésus. Prenons le temps de la relire.

Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule considérable, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus le Nazaréen, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! »

Jésus s’arrêta et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Aie confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle rejeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.

Prenant la parole, Jésus lui adressa la parole : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je recouvre la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme recouvra la vue, et il cheminait à sa suite(Mc 10, 46-52).

Dans cet Évangile, Jésus pose une question précise : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Ailleurs dans les Écritures, on retrouve des questions semblables. Par exemple, dans le passage de l’Ancien Testament où Dieu demande à Salomon au cours d’un songe : « Demande ce que je dois te donner » (1 R 3, 5). Même si c’est un peu différent, dans la mesure où la prière s’adresse alors au Père, Jésus affirme encore : « Demandez et l’on vous donnera ! » (Mt 7, 7). En tout cas, la question que Jésus pose dans ce passage n’est pas une exception.

Ainsi, le Seigneur aime demander aux hommes… de demander. Il vient chercher sur nos lèvres une demande explicite, une formulation précise. Jésus ne veut donc pas que nous restions muets devant lui ni devant le Père. Parce que c’est notre dignité de pouvoir dialoguer avec lui. L’obéissance de la foi, que Dieu attend de nous, n’est pas une soumission servile à ses paroles. Elle implique notre assentiment profond. Elle engage notre intelligence. En me demandant ce que je veux, Jésus me pousse à discerner mon désir profond. À travers le dialogue qui s’établit, le Seigneur chercher à ajuster peu à peu ma volonté à la sienne. C’est un très bel enjeu de la prière des frères : permettre à la personne de scruter ses désirs profonds et d’entrer ainsi dans un dialogue plus vrai avec le Seigneur. Accéder à ses attentes profondes devant Dieu et les lui exprimer en vérité peut être un moment décisif dans une vie humaine.

Je me souviens de Sabine, une femme mariée et mère de famille, d’une cinquantaine d’années, qui avait le sentiment de « végéter » dans sa vie professionnelle… Elle avait eu un début de carrière très intense, puis avait choisi de libérer du temps, en changeant d’activité, pour mieux suivre et accompagner la croissance personnelle de ses enfants. Elle aimait sa vie de famille et sa nouvelle activité… Mais, au fond, presque inconsciemment, son premier métier lui manquait. Cette aspiration demeurait enfouie, car elle se disait sans cesse : « Ce que je fais actuellement est bien ; être disponible pour mes enfants est ce que j’ai de mieux à faire. » Elle se le disait… sans tout à fait le vivre.

À l’occasion d’une retraite, elle se retrouve un matin à devoir méditer sur l’épisode évangélique de l’aveugle de Jéricho. Dans sa prière, elle se focalise peu à peu sur cette question de Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Et cette question la bouleverse, car elle comprend que, réellement, Jésus lui parle et lui demande cela : « Que veux-tu ? » Elle se rend compte alors qu’elle est en train de vivre quelque chose de nouveau. « Je n’avais encore jamais exprimé devant le Seigneur mes désirs profonds. Ce que je lui demandais jusque-là était toujours plus ou moins ce que j’imaginais qu’il voulait m’entendre dire. Ce que je pensais être une bonne demande aux yeux de Dieu. »

Sabine a répondu à cette question, en exprimant ce qu’elle avait sur le cœur. Dans les mois qui ont suivi cette retraite, sa vie a changé : elle a repris des études, en lien avec son premier métier. Quelques années plus tard, avec son nouveau métier et sa vie de famille, elle a le sentiment d’être enfin « à sa place ».

Je voudrais me centrer sur le point clé de cette histoire : ce matin où Sabine médite l’évangile de Bartimée. Pour la première fois, elle comprend ceci : la question de Jésus est une vraie question qu’il m’adresse. Personnellement. Le plus beau dans cette histoire n’est pas simplement le nouvel équilibre de vie et l’accomplissement d’une sorte de vocation professionnelle, c’est plus encore la nouveauté d’une rencontre beaucoup plus vraie avec Jésus. L’entrée dans un dialogue en vérité. Où Jésus s’intéresse vraiment à moi. Et où je lui exprime vraiment ce qui m’habite.

Dans la prière des frères, une seule question est posée à la personne qui s’approche : « Que demandes-tu à Jésus ? Que veux-tu que le Seigneur fasse pour toi ? »

C’est l’évangile de l’aveugle de Jéricho qui s’accomplit. L’occasion d’une rencontre personnelle avec Jésus. Pour beaucoup de personnes, ce sera le fruit principal de cette prière : découvrir et goûter d’une manière tout à fait nouvelle la Présence de Jésus.

Je pratique !

Comme priant ou futur priant, il est important de vérifier où nous en sommes de ce point de vue. Est-ce que je vis pour moi-même ce que je propose à la personne qui demande la prière des frères de vivre ?

Pour approfondir cela, nous pouvons nous poser d’autres questions : est-ce que j’exprime fréquemment des demandes précises au Seigneur ? Et est-ce que je suis vraiment libre intérieurement dans la formulation de mes prières ? En effet, nous mettons souvent des filtres dans notre prière. Nous ne nous autorisons pas certaines demandes, en écartant par exemple ce qui ne nous semble pas assez spirituel. Or, il nous faut entrer dans la chair de notre existence. Qu’avons-nous réellement sur le cœur et dans les tripes ? Ces questions sont à travailler par chacun.

–Mettez-vous en présence de Dieu, en prenant quelques instants de silence.

–Lisez ensuite cette parole du psaume : « J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche »… Répétez-la tranquillement dix ou vingt fois, en la murmurant, au rythme de votre respiration. Lorsque vous vous sentez prêt, inspiré, que quelque chose d’assez précis vous vient à l’esprit, exprimez votre demande : « Seigneur, je te demande telle chose. »

Et si vous n’avez jamais vécu la prière des frères, n’attendez plus. Gardez cette demande dans votre cœur. Et allez la présenter à Jésus dans le cadre d’une prière des frères !

La prière des frères : en paroisse, aujourd’hui

Proposer la prière des frères dans une communauté paroissiale a donc beaucoup de sens et de fécondité. C’est un moyen d’intensifier la vie fraternelle et de vivifier profondément la relation personnelle avec Jésus. Mais concrètement, comment cela se passe-t-il ?

À la fin d’une messe ou dans le cadre d’un groupe de prière, à fréquence régulière ou de manière plus occasionnelle, des « priants » – habituellement en binôme –, qui en ont reçu la mission de leur pasteur, accueillent leur « frère » qui peine dans une intention personnelle ou qui souhaite intensifier sa prière à un moment particulier.

S’il n’existe pas de format unique de ce service fraternel, l’essentiel de cet ouvrage a pour but d’apprendre à exercer cette prière de la manière la plus simple possible.

Pourquoi en binôme ? Prier en binôme plutôt que tout seul est une manière de vivre cette prière en communion avec toute l’Église. Ce n’est pas notre « petite affaire » personnelle. C’est la mission de l’Église. Avoir un binôme permet aussi de se soutenir, de se corriger et de s’équilibrer mutuellement. Et avec la personne qui vient solliciter ce service, cela aide chacun à se sentir plus à l’aise que dans un simple vis-à-vis. À cet égard, il peut paraître plus confortable de connaître son binôme, mais le format de cette prière ne nécessite pas de complicité particulière entre les priants, le plus important étant la rencontre entre la personne et son Seigneur.

Que ce soit après avoir invoqué l’Esprit ou tout simplement après un petit temps de silence, les priants intercèdent avec ferveur pour et avec leur frère, selon leur inspiration.

Dans le chapitre 1, nous verrons comment vivre concrètement cette intercession dans la foi, en collaborant du mieux que nous pouvons à l’action de Dieu.

Dans le chapitre 2, nous aborderons quelque chose de nouveau peut-être pour beaucoup d’entre nous : l’exercice des charismes, ces inspirations ou révélations que Dieu peut parfois donner aux priants au cœur de la prière.

Dans le chapitre 3, nous expliquerons comment lancer et faire grandir un groupe de prière des frères en paroisse.

Ceux qui souhaitent mettre en place une formation initiale à la fois théorique et pratique pourront aussi se reporter à l'annexe à la fin du livre.

1. En complément de ce livre, vous trouverez de nombreuses ressources – notamment vidéo – sur le site du Pôle mission du diocèse de Paris : www.polemission.fr/priere-des-freres.

Pour une proposition de formation théorique et pratique, voir aussi l’annexe p. 147.

Chapitre 1

Le socle : l’intercession dans la foi

Le déroulé d’une prière des frères suit un schéma simple en plusieurs étapes indispensables, de l’accueil de la personne qui vient demander un soutien dans sa prière au débriefing du binôme de priants.

Comment commencer ? Accueillir et écouter

La prière des frères commence par un accueil bienveillant de la personne et par une écoute attentive de son intention.

L’accueil

Quels sont les gestes et les paroles à réaliser ?

Sourire, regarder

La première attitude à adopter pour un priant est tout simplement