Dis mamie, raconte encore ! - Michèle Brugnot - E-Book

Dis mamie, raconte encore ! E-Book

Michèle Brugnot

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Beschreibung

Oh oui ! Elles racontent beaucoup d’histoires, les Mamies : des histoires qu’elles inventent… ou qu’elles lisent dans des livres… ou bien celles qu’on leur racontait lorsqu’elles étaient petites filles. Et j’espère que toutes ces histoires, que j’ai regroupées dans ce recueil, aideront les enfants à être encore plus heureux.
Elles se souviennent aussi de leur jeunesse, si différente de la nôtre, de la vôtre…
Et moi, j’ai voulu aller encore plus loin en vous racontant l’histoire de ma grand-mère que j’ai appelée « Mémé Linotte ».


8/11 ans


À PROPOS DE L'AUTEURE


Après une carrière de secrétaire puis attachée de direction, entrecoupée de séjours aux USA et accompagnée de la pratique de plusieurs sports, Michèle Brugnot consacre plus calmement sa retraite à l’écriture d’histoires pour les enfants. Forte de quinze années de théâtre amateur, elle intervient également dans les écoles, les maisons de retraite et les centres pour personnes en situation de handicap, où elle conte ses propres histoires pour le plaisir d’un public de 7 à 77 ans.
Certaines de ses histoires ont été publiées dans un CD musical : « Tourbillon m’a raconté », édité par Mon Pilou Productions. Dis, Mamie, raconte encore ! est son troisième recueil publié aux éditions Ex Aequo. 


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Seitenzahl: 65

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Michèle Brugnot

Dis, Mamie, raconte encore !

Livre Jeunesse

ISBN : 979-10-388-0287-2

Collection Saute-mouton

ISSN : 2610-4024

Dépôt légal : février 2022

© 2022 Couverture Ex Æquo

© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

Mona et Musa

Kévin regarde sa grand-mère ranger les assiettes. Il l’a aidée à laver la vaisselle, mais il ne peut pas encore atteindre le haut du buffet de la cuisine tandis que Mamie les dépose sans effort sur l’étagère. Elle est grande, Mamie, mince, sportive… Ils ont fait du roller tout l’après-midi et demain ils iront à la piscine.

Kevin adore passer ses vacances chez sa grand-mère : elle est toujours prête à partir explorer la forêt, à faire toutes sortes de sports, même de l’accrobranche — qu’elle n’avait pourtant jamais pratiqué lorsqu’elle était plus jeune. Dans la journée, pas le temps de s’ennuyer ; et le soir encore moins parce qu’elle a toujours plein d’histoires à raconter. Parfois drôles, parfois un peu tristes, mais elle les raconte si bien… Et puis, elle est toujours gaie, Mamie !

Alors, aussitôt que tout est bien rangé dans la cuisine, Kévin lui prend la main et l’entraîne sur la terrasse. Il fait tellement bon dehors ! Le soleil n’est pas encore couché, mais il se cache derrière de grands arbres qu’une très légère brise fait ondoyer souplement et on entend à peine le ruisseau qui chantonne et marque la limite du jardin. Tous deux s’installent dans la balancelle qui ondoie elle aussi, obéissant aux poussées que le garçonnet lui imprime de ses deux pieds joints. Mamie, silencieuse, semble goûter la quiétude du moment en fredonnant une petite ritournelle que Kévin ne connaît pas, mais il ne dit rien. Il attend… il sait être patient…

Tout à coup, Mamie ouvre les yeux, se redresse et prend une grande inspiration, tandis que Kévin retient la sienne, juste pour lui laisser le temps de commencer son histoire :

— Il y avait une fois… une grande maison au milieu d’un jardin au fond duquel serpentait un petit ruisseau qui coulait, en murmurant, entre ses rives bordées d’un buddleia (qu’on appelle aussi « arbre à papillons »), et d’un saule dont les branches, lorsque le vent soufflait doucement, caressaient l’eau claire et fraîche.

— Tu parles de ta maison, Mamie ?

— Non ! Mais elle lui ressemble un peu, tu as raison. Au pied du saule, au milieu de ses racines, vivait une petite musaraigne. Elle était née là, avec ses frères et sœurs, quelques semaines auparavant, mais les autres avaient disparu : certaines étaient parties, d’autres étaient mortes : il en naissait tellement ! Les musaraignes, ça sert aussi à nourrir d’autres animaux un peu plus gros, tu comprends !

— Oh ! Mamie, je n’aime pas quand tu parles comme ça ! Tu me dis toujours que les hommes sont méchants parce qu’ils tuent d’autres hommes et aussi des animaux !

— Ce qui est très mal, Kévin, c’est de tuer pour tuer, comme les chasseurs qui ne mangent pas leur gibier ou les pêcheurs qui abandonnent, sur le bord de la rivière, les poissons qu’ils ont pris. Ce qui est encore plus mal c’est de faire la guerre et de tuer des gens, juste parce qu’ils ne pensent pas comme nous, qu’ils ne croient pas les mêmes choses que nous, ou même pour voler leur argent, leurs terres et que sais-je d’autre ? Mais tout le monde doit manger et ce n’est la faute de personne si on vient au monde lion ou lapin, chat ou souris… D’ailleurs, tous les animaux (dont nous faisons partie, tu le sais bien), sont tour à tour mangeurs puis mangés !

— Pas nous ! On est mangeurs, mais jamais mangés !

— Mais si ! Cela arrive parfois. En Afrique ou en Asie, on appelle encore les lions et les tigres des « mangeurs d’hommes ». Et puis, les moustiques et les puces se nourrissent bien de notre sang lorsqu’ils nous piquent. Et aussi les microbes… ou les vers…

— Beurk ! Arrête, Mamie.

— Cela ne sert rien, Kévin de faire comme si ces choses-là n’existaient pas. C’est la vie, rien que la vie ! Elle peut être très belle si on comprend que chaque être vivant est important et doit être respecté, et en même temps que chaque individu n’a pas plus d’importance que son voisin.

— Bon… D’accord… Mais alors, ta musaraigne, qu’est-ce qu’elle faisait ?

— Elle s’ennuyait.

— Ah bon ? Pourtant, j’ai appris à l’école que les musaraignes étaient des petits mammifères très actifs, toujours en train de courir partout pour trouver de la nourriture, ne dormant que deux ou trois heures par jour, ne pesant que quelques dizaines de grammes ; et qu’elles ont un cœur qui bat à toute vitesse. Elles ne vivent pas très longtemps. Les femelles peuvent avoir plusieurs fois des petits la même année, mais elles ne les allaitent que quelques jours.

— Tu en sais des choses, Kévin ! Tu sais aussi, sans doute, qu’il y a plusieurs espèces de musaraignes, assez différentes les unes des autres ? Mais sais-tu que, chez certaines espèces, lorsque les bébés sortent du nid pour la première fois, celui qui est le plus près de sa mère s’agrippe à elle en la mordant sur une fesse, et que ses trois ou quatre frères et sœurs font la même chose à la queue leu leu ? Ça s’appelle le « caravaning » ? C’est drôle, non ?

— Ah oui, ça c’est drôle et je ne le savais pas ! Mais qu’est-ce qu’elle a fait pour ne plus s’ennuyer, ta musaraigne ?

— Elle est partie explorer le monde… enfin, le monde autour d’elle. Elle ne se prenait pas pour Christophe Colomb et n’avait pas l’intention de redécouvrir l’Amérique !

— Elle est allée où, alors ?

— Oh ! pas très loin : à peine avait-elle quitté les racines du saule qu’elle vit, à terre, un rouge-gorge blessé. Il avait une patte cassée et n’arrivait plus à se mettre debout pour pouvoir s’envoler. La petite musaraigne trouvait cela très triste, mais elle ne savait pas quoi faire. Elle regarda le pauvre oiseau puis s’éloigna, impuissante à l’aider. Sans savoir pourquoi, elle se dirigea vers la belle et grande maison dont je te parlais. Une dame y vivait, seule, depuis plusieurs années. Son mari était au paradis avec leur chien, Nestor et leur chatte, Lulu. Ses enfants étaient partis vivre leur vie ailleurs, ce qui est bien normal. Elle avait de leurs nouvelles de temps en temps… pas très souvent parce qu’ils habitaient à l’autre bout du monde et que, dans ce temps-là, Internet n’existait pas plus que les téléphones portables ! Elle n’était pas triste, non, parce qu’elle avait eu une belle vie, un bon mari, de beaux et bons enfants. Elle regrettait juste un peu de ne pas voir grandir ses petits-enfants, Laly et Matéo. Elle ne sortait plus guère de chez elle. Elle aurait pu, si elle avait voulu, mais elle manquait de courage. De gentils voisins lui faisaient quelques courses et on lui apportait ses repas tous les jours. Pour le reste, elle se débrouillait et passait surtout beaucoup de temps dans son fauteuil, mais elle s’ennuyait… comme Musa.

— Musa ?... Ah oui ! Tu veux dire la musaraigne ?

— Exactement. Donc, ce jour-là, Musa entra dans la grande maison par un petit trou qui s’était fait, presque tout seul, au bas de la porte de la cuisine qui donnait sur le jardin. Une fois à l’intérieur, elle s’arrêta longuement et, de son museau allongé un peu comme la trompe d’un éléphant…

— MAMIE ! Tu ne vas pas comparer une musaraigne à un éléphant tout de même ?

— Et pourquoi pas ? D’ailleurs, je n’invente rien. Il y a toutes sortes d’animaux à qui on a donné, en deuxième nom, celui d’une autre espèce très différente, à cause de certaines ressemblances.

— Ah bon ? Et lesquels ?