Pas si bêtes ! - Michèle Brugnot - E-Book

Pas si bêtes ! E-Book

Michèle Brugnot

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Beschreibung

Un recueil d'histoires et de poèmes dans lequel nos amis les animaux nos donnent de jolies leçons de vie !

Toutes sortes de petits animaux peuplent ce recueil à la fois drôle et tendre où l’imaginaire est roi. Hirondelle ou papillon, loir ou écureuil, escargot ou tortue, sans oublier Lola l’hirondelle, tous font preuve de courage et d’entraide devant l’adversité et devisent sur le monde avec une sagesse étonnante !
À travers ses histoires et ses poèmes Michèle Brugnot rend hommage à nos amies les bêtes et nous rappelle que nous partageons notre Terre avec elles et qu’elles méritent notre respect.

Lectorat 8/11 ans

Rappelons-nous et à nos enfants que les animaux et les humains doivent se partager la Terre dans le respect !

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Seitenzahl: 82

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Michèle Brugnot

Pas si bêtes !

Livre Jeunesse

ISBN : 979-10-388-0057-1

Collection Saute-mouton

ISSN : 2610-4024

Dépôt légal : décembre 2020

© 2020 Couverture Ex Æquo

© 2020 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

Sommaire

Lola, la petite hirondelle

L’enfant et l’oiseau

Ma-Ok et Colim

Lola, la petite hirondelle

Il y a si longtemps, si longtemps qu’elle vole, au-dessus de la mer… Elle est épuisée, Lola ! Elle doit rester très haut dans le ciel pour profiter des vents et de la fraîcheur, mais elle a de plus en plus de mal à se maintenir à la bonne altitude. Si elle volait plus bas, elle aurait trop chaud, car cela donne vraiment très chaud de battre ainsi des ailes durant des heures… Elle est fatiguée, démoralisée, elle voudrait se poser, se reposer, mais elle ne voit toujours pas la terre. Sa famille non plus elle ne la voit pas... Elle a perdu son groupe ce matin, à cause d’une tempête de sable.

Ils s’étaient tous rassemblés, les grands-parents, les parents, les oncles, les tantes, les frères, les sœurs, les cousins, les cousines… heureux du printemps qui commençait, heureux de quitter l’Afrique pour revenir là où ils sont nés, en France. L’hiver y est fini aussi maintenant et les nids de l’an passé les attendent. Enfin… attendent ceux qui en avaient déjà construit. Mais Lola est née au printemps dernier et a vécu dans le nid que ses parents avaient bâti… À l’automne, elle les a suivis en Afrique pour passer l’hiver et maintenant, elle rentre pour trouver un compagnon, bâtir un nid avec lui, avoir des petits, les couver, les nourrir, puis leur apprendre à voler et à se nourrir en vol, avant de les laisser se débrouiller tout seuls, comme elle-même doit le faire à présent.

Ce matin au moment du départ, perchés sur des fils électriques, ils attendaient, tous ensemble, que le chef du groupe donne le signal de l’envol. Mais une soudaine bourrasque aussi violente qu’inattendue, s’était abattue sur eux, suivie de près par un énorme nuage de sable, opaque, aveuglant, qui leur piquait les yeux, les obligeant à les fermer. Sans comprendre ce qui lui arrivait, Lola s’était tout à coup sentie soulevée du fil, ballottée, emportée dans un tourbillon. Elle s’était cognée, sûrement contre un poteau qu’elle n’avait pas eu le temps de voir… puis elle était tombée au sol, à moitié évanouie. La tempête n’avait pas duré très longtemps, tout s’était calmé, le nuage s’était dissipé, la visibilité était redevenue normale… mais lorsque Lola s’était réveillée, une de ses pattes ne bougeait plus et restait recroquevillée sous son corps, l’obligeant à sautiller uniquement sur l’autre. Et il n’y avait plus personne aux alentours, sauf une très vieille hirondelle, à terre comme elle, immobile, comme pétrifiée, qui respirait avec difficulté. Lola s’était approchée.

— Où sont-ils tous, grand-mère... heu ???

— Léane, je m’appelle Léane… Mais comment veux-tu que je sache où ils sont ? Je me suis cognée, je suis tombée, je me suis évanouie... Et toi comment t’appelles-tu et que t’est-il arrivé ?

— Je m’appelle Lola… J’ai été soulevée du fil par la bourrasque, je me suis cognée aussi, puis je suis tombée et me suis évanouie, comme vous grand-mère Léane et maintenant j’ai une patte comme morte.

— Pauvre enfant ! Elle te fait mal ?

— Non, je ne la sens plus et je ne peux plus la bouger, c’est tout. Mais est-ce que les autres sont tombés aussi ?

— Tu en vois d’autres à terre, toi ? Non, aucun ! C’est sans doute parce qu’ils sont tous partis.

— Partis… mais où ?

— En France, pardi ! C’est bien pour cela que le chef nous avait tous réunis sur ce fil, non ?

— Mais grand-mère Léane, et nous ? Ils nous ont abandonnées ?

— Ils nous ont sans doute crues mortes… Ou bien ils ne nous ont pas vues à terre… Et puis, tu sais, quand le chef donne le signal du départ, tout le monde obéit sans s’occuper du voisin, tellement content de partir enfin. C’est comme ça.

— Vous croyez qu’on peut les suivre, les rattraper en volant vite ? Vous connaissez la route ?

— La route je la connais, oui, mais moi, je ne partirai pas. Je suis trop vieille pour voler vite et pour faire le voyage toute seule, même avec toi, petite Lola. Et d’ailleurs, je crois que ce voyage aurait été mon dernier… Je ne suis même pas certaine que j’aurais réussi à aller jusqu’au bout. À chaque traversée, tu sais, beaucoup d’entre nous disparaissent : trop vieux, trop faibles… Je vais rester là, passer l’été. J’attendrai l’automne et j’espère bien vous voir tous revenir. Mais toi, tu dois partir, tu es jeune et vigoureuse ; et puisque ta patte blessée ne te fait pas mal, elle ne t’empêchera pas de voler. Ne réfléchis pas, suis ton instinct, il te fera choisir la bonne route, je suis sûre que tu es capable de les rattraper. Pars, petite Lola, laisse-moi, pars… va retrouver les tiens !

C’est pour cela que Lola vole seule, depuis des heures, au-dessus de la mer. Elle bat des ailes aussi vite qu’elle peut. Elle doit rattraper tout le groupe, elle veut retrouver sa famille, elle veut retrouver Tim… Tim… elle a tellement envie de le revoir ! Elle l’avait vu pour la première fois, lorsqu’ils attendaient sur le même fil, juste avant le départ : sur sa gorge, qui aurait dû être toute blanche comme chez toutes les hirondelles de leur espèce, il y avait une petite tache sombre, comme un cœur minuscule. C’était trop mignon et elle avait tout de suite adoré cette petite différence. Ils avaient à peine eu le temps de se connaître… Mais elle en avait été certaine dès leur premier regard, et elle l’est encore maintenant : c’est avec lui qu’elle veut bâtir un nid pour y abriter et élever leurs futurs bébés ! Et elle est presque certaine qu’il pensait comme elle juste avant le départ. Juste avant le départ… Mais où est-il maintenant ? Il est parti sans elle, il l’a abandonnée. Est-ce qu’il l’a cherchée, au moins un peu avant de s’envoler avec les autres ? Juste un peu… ou pas du tout ? Est-ce qu’il pense encore à elle ? Elle bat des ailes, Lola, vite, vite…

Elle a avalé assez de moustiques et de moucherons avant de quitter l’Afrique pour tenir le coup pendant toute la traversée, car, au-dessus de la Méditerranée, il n’y a pas grand-chose à se mettre dans le bec ; mais elle se sent de plus en plus épuisée. « C’est parce que je suis toute seule » se dit-elle, « quand on vole en groupe c’est moins dur ; on est plus forts tous ensemble. Si Tim était à côté de moi, tout serait facile, mais là, je n’en peux plus… Je n’en peux plus. »

Pauvre Lola ! elle perd de l’altitude en même temps qu’elle perd le moral. Elle n’a plus la force de combattre. Elle descend, descend. Elle est prête à arrêter de battre des ailes, vaincue, elle est prête à se laisser sombrer. Tim… le petit cœur … Tim… non, elle n’a plus la force… c’est fini !

Mais alors qu’elle va renoncer, elle aperçoit un énorme bateau qui fait route, comme elle, vers le nord. Il est là, droit devant, à quelques battements d’ailes. « Tu peux le faire, Lola, tu as encore cette force-là. Courage ! » lui murmure une petite voix. Elle croit reconnaître celle de grand-mère Léane et ça lui donne le sursaut d’énergie qui lui manquait. À tire d’ailes, la petite hirondelle fait un dernier effort et se laisse enfin tomber sur le pont arrière du grand navire, près d’un groupe de passagers qui se sont rassemblés là en espérant apercevoir des dauphins dans le sillage de leur paquebot.

— Papa, Maman, regardez, il y a un oiseau par terre !

— C’est une hirondelle, dit Maman. Oh la pauvre ! Attends, ne la touche pas, pas tout de suite. Elle aurait trop peur… Fais attention que personne ne l’écrase. Matéo, Laly, demandez gentiment aux gens de se pousser un peu…

Aussitôt, tout le monde s’écarte, mais Lola ne bouge pas, couchée sur le côté, les pattes repliées contre le ventre.

— Elle est morte ? demande Laly d’une petite voix tremblante.

— Je ne crois pas, répond Papa. Quand les oiseaux sont morts, ils restent sur le dos, les pattes en l’air. Pas elle. 

Comme si elle avait entendu, Lola remue doucement la tête, écarte un peu les ailes, puis, enfin, se redresse sur une patte… et reste là, sans bouger.

— Elle a une patte blessée ! s’écrie Matéo.

Mais aussitôt, Lola se met à sautiller sur sa patte valide, comme pour leur montrer qu’elle ne souffre pas puis, à nouveau, elle se couche sur le côté.

— Elle est sans doute épuisée, dit Papa.

— Et elle a peut-être faim… ou soif, ajoute la fillette.

— Ou les deux ! dit son frère. Papa, ça mange quoi les hirondelles ?

— Quand elles sont adultes, elles ne mangent que des insectes qu’elles attrapent en volant… mais quand elles sont bébés, leurs parents leur apportent des insectes qu’ils ont attrapés eux-mêmes. On peut essayer de jouer au papa et à la maman hirondelles ?

— Oh oui !

— Donne-moi ton foulard, Laly, dit Maman. On va lui faire un petit nid pour la transporter jusqu’à notre cabine et puis on lui donnera à boire et la becquée… si on trouve des moustiques, ce qui n’est pas sûr du tout, ici, en pleine mer !

À ce moment-là, un monsieur sort du groupe et s’approche — car personne ne cherche plus à apercevoir les dauphins. Tout le monde regarde, attendri, ce petit oiseau, si fragile et si courageux pour tenter de faire seul cette grande traversée. 

— Je peux vous en céder quelques-uns, si vous voulez, dit le monsieur, j’en ai une pleine valise.

— Vous avez des moustiques dans une valise ? s’exclame Laly en faisant un clin d’œil étonné à son frère.