Même pas peur ! - Michèle Brugnot - E-Book

Même pas peur ! E-Book

Michèle Brugnot

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Beschreibung

Ensemble, on n'a peur de rien!

Quand on a un frère ou une sœur, on partage tout : les fous-rires et les disputes, les joies et les chagrins, les petits soucis et les grands secrets. À deux, c’est sûr, on se sent plus fort et on n’a peur de rien ! Ni des dangers, réels ou imaginaires, ni des personnages inquiétants croisés en chemin, ni des obstacles de la vie quotidienne.
Dans trois courtes histoires, avec une pointe d’humour et beaucoup de tendresse, l’auteure brosse ici une très jolie peinture de ces relations fraternelles.
Pour jeunes lecteurs : 7/10 ans

Trois jolies histoires qui illustrent avec douceur et bienveillance le lien fraternel et l'amitié.

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Seitenzahl: 72

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Michèle Brugnot

Même pas peur!

Livre Jeunesse

ISBN : 978-2-37873-970-6

Collection Saute-mouton

ISSN : 2610-4024

Dépôt légal : juin 2020

© 2020 Couverture Ex Æquo

© 2020 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

Au fond des bois

— Hugo, j’en ai marre, c’est quand qu’on rentre à la maison ?

— On ne dit pas « c’est quand qu’on » !

— Oui, je sais… mais c’est quand ? Je suis fatigué, j’ai mal aux pieds. Et j’ai faim… et soif…

— Avance, p’tit Louis ! Si tu traînes comme ça, on n’est pas près de rentrer. Moi aussi j’ai faim et soif, mais je ne pleurniche pas sans arrêt. Quel bébé !

— Arrête de m’appeler p’tit Louis et arrête de me traiter de bébé. J’ai presque 10 ans !

— On dirait pas ! Allez, magne-toi !

Il crâne, Hugo, il fait le malin devant son frère, mais lui non plus n’en mène pas large. Pourquoi ? Oui, pourquoi a-t-il pris ce chemin-là ? Il était presque sûr qu’il allait se tromper. Il n’aurait sans doute pas dû entraîner son frère dans cette aventure. Mais P’tit Louis le suit toujours partout. Parfois, Hugo est content qu’il soit là, il l’aime bien, son frère, mais souvent — et particulièrement maintenant qu’il s’est planté — il le trouve collant !

Ils sont sortis du village par le sentier qui gravit la colline couverte de forêt. Normal ! Arrivés en haut, ils auraient dû tourner à gauche, pour trouver l’autre chemin qui redescend vers le village… mais non ! Une petite voix lui a dit : « Hugo, va à droite. » Et il l’a écoutée ! P’tit Louis n’a rien remarqué et l’a suivi comme s’il connaissait le chemin. Et voilà ! Il a bien trouvé un sentier descendant qu’il n’avait jamais emprunté auparavant, mais qui ne les a pas ramenés au village ! Et ils sont passés devant une cascade — qu’il n’avait jamais vue non plus. Il croyait pourtant la connaître par cœur cette forêt !

Il a douze ans, Hugo, et depuis qu’il est né, toute sa famille habite à Germont-la-Forêt. Alors vous pensez, la forêt de Germont c’est SA forêt ! Mais aujourd’hui, il doit bien s’avouer que, à cause de lui, ils sont perdus… Comme le Petit Poucet. « Il n’existe pas, le Petit Poucet, il y a longtemps que je le sais... Même pas peur ! » se dit-il pour se rassurer un peu. Il se dit aussi : « Heureusement que c’est l’hiver ; tous les arbres ont perdu leurs feuilles, il fait moins sombre ». Ce qu’il n’ose pas penser c’est que, malheureusement… c’est l’hiver et le jour tombe vite, la nuit sera bientôt là !

Il n’ose pas non plus avouer ses craintes à P’tit Louis. Parce qu’il n’a peur de rien, P’tit Louis. Il pleurniche quand il a faim ou qu’il est fatigué, mais il n’a peur de rien. Un jour, il est grimpé à toute vitesse en haut d’un poirier pour délivrer une nichée de pies que plusieurs corbeaux venaient attaquer. Et en groupe, les corbeaux non plus ça n’a peur de rien ! Une autre fois, il a aidé leur voisin à rattrouper ses moutons parce que la chienne était en train d’avoir ses petits et ne pouvait pas faire son travail… Ils ont peur du bruit les moutons. Et quand ils ont peur, ils courent, droit devant : ils peuvent vous arriver dessus en masse, sans rien voir. Hugo a lu, à l’école, l’histoire des moutons de Panurge : si le mouton de tête fonce, tous les autres suivent derrière, sans regarder… des vrais rouleaux compresseurs. Eh bien, P’tit Louis, il s’est mis en travers, les bras écartés, devant le troupeau qui fonçait parce qu’il y avait eu un grand bruit par derrière, et il a crié tellement fort que les moutons ont changé de direction et sont rentrés dans leur enclos ! Et Hugo sait bien — même s’il ne le dit pas tout haut — qu’il n’aurait jamais osé le faire… Une autre fois, P’tit Louis a attrapé par la queue, un rat qui s’était coincé dans un sac à patates… et il l’a tué d’un coup sec –, et ça non plus, Hugo n’aurait pas osé ! Alors, ce n’est pas la nuit qui arrive qui va effrayer son frère !

Et puis, il a neigé hier. La neige tient sur le sol en faisant crisser leurs pas, et ça donne à Hugo l’impression que quelqu’un les suit. P’tit Louis ne se retourne pas ; alors Hugo essaye de ne pas se retourner trop souvent non plus, car, si son frère perçoit son inquiétude, il se vengera d’avoir été appelé « bébé » en le traitant de trouillard.

Il voulait de l’aventure, Hugo, eh bien, elle est là, tout autour d’eux… Et s’ils ne retrouvaient jamais leur chemin ? Et si des loups affamés surgissaient soudain des buissons, leurs yeux seuls brillant dans la pénombre ? Des loups, il y en a de plus en plus, tout le monde le dit. On n’en a encore pas vu dans la forêt de Germont, mais… ils ne sont peut-être pas loin. Hugo ne dit rien : surtout, ne pas parler des loups à P’tit Louis ; il serait chiche de le traiter aussi de « Chaperon Rouge » devant tous ses copains !

N’empêche, il avait raison, P’tit Louis : ils auraient dû faire demi-tour à la cascade. Mais non ! Il est têtu, Hugo, il se disait qu’ils finiraient bien par arriver quelque part… Oui, mais là, il ne sait plus du tout où ils sont et la nuit approche. P’tit Louis traîne de plus en plus les pieds, mais maintenant, il le fait en chantant, pour se donner de la force « un kilomètre à pied, ça use, ça use… ». Il est moins résistant que son frère aîné, P’tit Louis, mais il a du cran et du courage, Hugo est bien obligé de le reconnaître, lui qui n’a pas du tout le cœur à chanter ; et il est bien content que son frère soit à côté de lui. À deux, ils seraient plus forts si…

Alors qu’Hugo commence vraiment à se désespérer en silence, P’tit Louis, le premier, aperçoit soudain, entre les arbres, une fumée qui vacille à cause de la neige qui s’est remise à tomber. Oh, ce n’est pas une grosse fumée ! C’est sans doute un tout petit feu dans une toute petite cheminée… mais c’est quand même une preuve qu’il y a de la vie par-là !

— Ouf ! Sauvés ! s’écrie Hugo qui se met à courir, P’tit Louis sur ses talons, en espérant que les occupants de la maisonnette seront assez gentils pour leur donner quelque chose à manger et à boire, car ils n’ont rien avalé depuis longtemps… mais juste avant qu’ils n’arrivent à l’orée du sous-bois, ils voient, sortant d’une chaumière plantée au milieu de la clairière, un barbu, la main gauche emmitouflée dans un chiffon. L’homme semble immense : il a été obligé de se courber pour passer sous la porte ! et Hugo ne peut pas s’empêcher de penser à l’Ogre du Petit Poucet… mais il se garde bien de le dire à P’tit Louis qui le suit de près !

Hugo s’arrête net et se cache derrière le dernier arbre qui le sépare encore du terrain découvert et de la maisonnette, faisant signe à P’tit Louis d’en faire autant. Le géant s’immobilise lui aussi devant la porte qu’il ne referme pas. Il réajuste, de sa main droite, un gros sac qui pend de chaque côté de ses épaules et, poussant un profond soupir, regarde attentivement les alentours. Il hésite puis s’avance enfin vers le bois, passant sans les voir entre Hugo et P’tit Louis, chacun tapi derrière un arbre, qui retiennent leur souffle.

— Où va-t-il ? questionne Hugo, tout bas, après que l’homme a disparu.

Vu de près, le géant ne semble pas si « géant »