Dites-moi que je suis fou - Math Lopez - E-Book

Dites-moi que je suis fou E-Book

Math Lopez

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Beschreibung

Lorsque Léa quitte Sergio, tout bascule...

Février 2001. Sergio Caliz quitte sa Lorraine natale et s’installe au Luxembourg. Il vient d’être employé comme rédacteur-correcteur au service communication interne des Chemins de Fer Luxembourgeois (CFL).

Léa, sa compagne, est partie de son côté poursuivre ses études d’histoire à Strasbourg et ne donne plus de nouvelle du jour au lendemain. Quelques semaines plus tard, Sergio reçoit de sa part une lettre de quelques lignes qui signera leur rupture au cœur de l’automne.

Dans le but de survivre à cette séparation, Sergio multiplie les rencontres, mais la haine qu’il porte en lui est plus forte que le pardon. Beaucoup de jeunes femmes croisent alors son chemin et le paient de leur vie. Chaque meurtre violent appelle à un nouveau meurtre encore plus barbare, révélant le symptôme d’un mal-être sociétal, au gré des nébuleux souvenirs de Léa malgré le besoin d’absolu et les désillusions.

La préface de Dites-moi que je suis fou est signée par Denis Barthe, batteur du célèbre groupe de rock français Noir Désir.

Un roman sombre sur la solitude et le mal d'amour contemporains.

EXTRAIT

Salut meilleure amie de moi.
Désolé de ne pas t’avoir donné de nouvelles depuis un bail, mais j’ai eu pas mal de trucs à gérer depuis que j’ai emménagé au Luxembourg. Des trucs qui me prenaient tout mon temps : une nana, sa mère et les emmerdes qui vont avec. Promis, c’est pas pour ça que je t’écris, mais j’ai le moral dans les savates depuis quinze jours. Cette pétasse de Léa m’a quitté après dix-huit mois de relation. Léaloose m’a envoyé un minable « prêt à poster ». Je ne pensais pas mériter aussi peu de courage, même si je ne m’attendais pas à mieux venant de la part d’une pouf de dix-huit poils éternellement flippée par son diplôme de fin d’année

À PROPOS DE L'AUTEUR

Math Lopez est né en 1980 dans l’Est de la France. Diplômé de cuisine et de sommellerie, il devient journaliste pour la radio et le web. L’auteur est aussi musicien et parolier dans divers groupe de punk-rock depuis l’adolescence. Dites-moi que je suis fou est son premier roman. Noirceur et violence font de Sergio Caliz un personnage principal naviguant entre besoin d’absolu et désillusions.

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Seitenzahl: 168

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Table des matières

Résumé

Remerciements

Avertissement au lecteur

Préface

ACTE I

ACTE II

ACTE III

ACTE IV

ACTE V

Résumé

Février 2001. Sergio Caliz quitte sa Lorraine natale et s’installe au Luxembourg. Il vient d’être employé comme rédacteur-correcteur au service communication interne des Chemins de Fer Luxembourgeois (CFL).

Léa sa compagne est partie de son côté poursuivre ses études d’histoire à Strasbourg et ne donne plus de nouvelle du jour au lendemain. Quelques semaines plus tard, Sergio reçoit de sa part une lettre de quelques lignes qui signera leur rupture au cœur de l’automne.

Dans le but de survivre à cette séparation, Sergio multiplie les rencontres, mais la haine qu’il porte en lui est plus forte que le pardon. Beaucoup de jeunes femmes croisent alors son chemin et le paient de leur vie. Chaque meurtre violent appelle à un nouveau meurtre encore plus barbare, révélant le symptôme d’un mal-être sociétal, au gré des nébuleux souvenirs de Léa malgré le besoin d’absolu et les désillusions.

La préface de Dites-moi que je suis fou est signée par Denis Barthe, batteur du célèbre groupe de rock français Noir Désir.

Math Lopez est né en 1980 dans l’Est de la France.

Diplômé de cuisine et de sommellerie, il devient journaliste pour la radio et le web.

L’auteur est aussi musicien et parolier dans divers groupe de punk-rock depuis l’adolescence. 

Dites-moi que je suis fou est son premier roman.

Noirceur et violence font de Sergio Caliz un personnage principal naviguant entre besoin d’absolu et désillusions.

Math Lopez

Dites-moi que je suis fou

Roman Noir

ISBN : 978-2-35962-981-1

Collection Rouge

ISSN : 2108-6273

Dépôt légal Novembre 2017

© couverture : Ex Aequo

© photographie auteur : Ludovic Florent

© 2017 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

Remerciements

Avertissement au lecteur

J’aime bien les hyènes.

Préface

Dans le monde où nous évoluons, il nous est offert de voir et d’apprécier les choses de bien différentes manières. Il y a pour cela des chemins tout tracés, des routes bien droites, bien éclairées, dont on connaît l’arrivée dès lors même qu’on les emprunte. Il y a des parcours sans surprise, des carrières si belles et si gratifiantes qu’elles sont soi-disant à elles seules, le but de toute une vie. Il y a aussi le temps qui passe, l’horloge si bien réglée pour nous rappeler que tout est compté.

Et puis il y a des routes qui ne figurent pas sur les cartes officielles. Des chemins que l’on prend sans savoir pourquoi. Comme ça, à l’instinct, peut être juste parce que les autres ne les prennent pas. Ces routes qui nous mènent on ne sait où, qui nous permettent de découvrir des endroits encore secrets, des terres sauvages, des regards pleins de liberté. Ici les montres tournent à l’envers, il y a parfois deux étés dans la même journée et peut être que vouloir est plus fort qu’espérer.

Il y a quelques années, un jeune garçon fut assez courageux pour emprunter un couloir qui l’emmena clandestinement dans les loges d’un groupe de rock, juste après la fin d’un concert. Nous y avons discuté de musique, d’écriture, d’envie, de possibilité, jusque tard dans la nuit. Je ne savais pas ce qu’était devenu ce garçon. Jusqu’au jour où son premier roman entra chez moi par la boîte aux lettres…

Nous ne changeons pas vraiment ce qui nous arrive, mais nous pouvons en faire quelque chose de différent.

Denis Barthe

ACTE I

Un jeune homme de bonne famille

***

1

Dimanche 25 Novembre 2001 – 18h12

Salut meilleure amie de moi.

Désolé de ne pas t’avoir donné de nouvelles depuis un bail, mais j’ai eu pas mal de trucs à gérer depuis que j’ai emménagé au Luxembourg. Des trucs qui me prenaient tout mon temps : une nana, sa mère et les emmerdes qui vont avec. Promis, c’est pas pour ça que je t’écris, mais j’ai le moral dans les savates depuis quinze jours. Cette pétasse de Léa m’a quitté après dix-huit mois de relation. Léaloose m’a envoyé un minable « prêt à poster ». Je ne pensais pas mériter aussi peu de courage, même si je ne m’attendais pas à mieux venant de la part d’une pouf de dix-huit poils éternellement flippée par son diplôme de fin d’année. C’est tellement plus simple de se pointer à la Poste entre deux clopes pour annoncer la couleur : « Un prêt à poster pour renvoyer le baladeur de mon futur ex-copain, svp ». Je craque. J’ai l’impression que toute cette histoire devait arriver. Tu veux un bon conseil ? Si tu aimes quelqu’un, aime-le pour ce qu’il est. Ne l’aime pas pour ce que tu aimerais qu’il soit. Oui, je me lasse de vouloir refaire le monde, refaire les autres, les rendre meilleurs. Saoulé. Pourtant, il aura fallu qu’elle me répète trente-six fois les mêmes choses pour comprendre : Je t’aime moi aussi mon cœur, mais tu dois seulement comprendre que nous devons nous séparer parce que la vie est injuste et que si elle était plus juste la vie le monde les monstres le capitalisme et la mondialisation tous ces trucs-là seraient pas encore trop trop cruels et finalement c’est pas plus mal qu’on se sépare maintenant qu’on n’a pas encore trop fait l’amour parce que comme ça on aura toujours le temps de faire encore des études pour gagner un jour beaucoup d’argent et que là on pourra vivre enfin ensemble après avoir fait plus de sexe la veille p’têtre assez pour jamais devoir nous tromper dès le lendemain et qu’on aura aussi le temps de parler de tous les moments qu’on a pas pu partager ces dix dernières années parce qu’on aura quarante poils quatre-vingt à nous deux et qu’on aura autant le courage de se dire je t’aime par SMS que de révéler à nos collègues de travail qu’on vote encore à gauche malgré tous nos poils. Cet enchevêtrement de mots, c’était juste un bout d’histoire entre Léa et moi. Maintenant, je vais te lire ces putains de mots sortis d’une love story de pacotille qui burine encore mon visage de tristesse : « 12 Novembre 2001, Strasbourg. Beaucoup trop de choses nous séparent et nous font souffrir. Je pense que je ne dois pas être celle qui te faut, aussi il vaut mieux que je m’en aille. Je te souhaite sincèrement et de tout mon cœur, tout le bonheur du monde. Je ne t’oublierai jamais. Léa. » Tu as bien lu ? Je ne supportais déjà plus les gares à force de les fréquenter chaque week-end… Maintenant, c’est la Poste que je ne peux plus supporter. Une locomotive envoyée à fond la caisse dans un bureau de poste, tu crois que ça m’aiderait à me réconcilier avec la haine ? Défoncer l’entrée d’un hall de gare avec un gros camion jaune, ça me calmerait ça aussi ? De toute façon, sa lettre ne vaut rien. Je n’ai jamais reçu le préavis. C’est indispensable pour ce genre de démarche. Une catastrophe ne tombe pas comme ça du ciel, sur le coin de n’importe quelle gueule. Ça se mérite l’injustice. Son plan, ça ne marche pas. Les lois ne sont pas faites que pour faire chier. Je veux saisir les avocats ! Les stars hollywoodiennes ne paient jamais ces ordures de leur poche. Ça passe en frais de fonctionnement. La facture part direct à la compta de la boîte de prod’ et c’est réglé. Et Merde. C’est trop triste. Toutes ces heures passées dans les trains pour la rejoindre. Puis ces milliards de paysages gris défilant devant mes yeux. Si seulement je pouvais en retenir les best-of. Les bonnes baises, par exemple. Sauf que je suis bien trop sentimental pour penser des choses pareilles. Tu me connais hein ? Pas la moindre émotion en position allongée depuis des mois. Je m’étais dit que le temps ferait le reste. Je ne me suis pas trompé. Tu vois le reste ? Dis que tu me crois amie de moi ? Tu me crois, tu me crois hein… Toi tu peux me croire, je le sais ! Je ne lui ai jamais fait aucun mal, je t’assure. Certain que l’avenir lui ouvrira les yeux si de colère je ne les lui crève pas avant. Je regrette déjà tout ce que je viens de t’écrire sur elle, promis. Je n’en pense qu’à peine la moitié. Pas plus. Léa, tes si jolis yeux. Aucune raison que d’autres en profitent même si je ne regretterai pas ses airs de dictionnaire ambulant. Dieu sait la culture qu’elle avait même si elle cultivait plus facilement la connerie. Ni bénéfique ni rentable. J’aurais dû l’emmener à « Qui veut gagner des millions » avant qu’elle se barre. Et puis même pas. Trop la flem. Quelle pute. Elle ne m’aura même pas laissé le luxe de me barrer avant. Je dois te laisser maintenant, j’ai invité ma voisine du dessous à boire un verre pour essayer d’oublier tout ça. Si l’amour est aveugle, j’aimerais d’abord le toucher ;-)

@+ Sergio

***

2

Ma campagne d’affichage terminée, je suis allé chercher la dernière Bofferding rescapée du frigo. Je l’ai claquée sur la table basse avant d’en fixer attentivement l’étiquette et de lui souffler à l’oreille : « Maintenant regarde-moi bien dans les yeux espèce de conasse. Arrêter la bière, c’est la mort à petit feu pour moi. T’as bien entendu ? Que ce frigo en témoigne : à partir de maintenant, je troque tes petites frangines contre du pur jus de pamplemousse. Mais si l’une d’entre elles me fait une seule fois de l’œil chez l’épicier, ça va très mal se passer pour lui. Passe-lui le message, je compte sur toi. » J’ai décapsulé mon ennemie, bu une gorgée de cow-boy puis vidé le reste de la canette dans le pot de mon ficus déjà mort cliniquement.

***

3

Hier soir, après avoir envoyé un email de complainte à une copine à gros seins, j’ai profité d’un sursaut de confiance pour tenter d’approcher ma voisine du dessous dont j’avais déjà décelé un charme sauvage dénué de tout artifice. « Tenter d’approcher » restera d’ailleurs la formule la plus fidèle à l’idée de départ. Pendant que je versais l’eau chaude dans la théière, je repérais anxieusement une bague de fiançailles ornant l’annulaire de sa main gauche. Ce n’était pas gagné cette histoire. D’autant qu’elle s’intéressa rapidement à mes murs parsemés d’affiches.

— Roter, c’est la santé ? m’interroge-t-elle du bout des lèvres.

— Faites, chérie, faites. On ne fait pas de chichi lorsque l’on se sent à l’aise !

— Pardonnez-moi Sergio, mais je lisais seulement les affiches que vous avez placardées au mur…

— L’amour est une petite fleur fragile est mon affiche préférée. Vous parle-t-elle aussi ?

Poète et câlin dans mes gestes, j’ai déboutonné ma chemise l’air de rien pendant que je remplissais sa tasse de thé. Pour le moins impressionnée, mon esthéticienne de voisine devint alors aussi blanche que mes murs. Peu cordiale, elle recula de quelques pas après avoir entendu mes griefs : « Ma chère, faisons l’amour maintenant et n’attendons pas que le thé refroidisse. Ne nous obligeons point à glisser nos mains ailleurs par dépit pour les réchauffer… »

Des mots que je me souvienne, il m’avait pourtant semblé y avoir mis l’élégance et la manière. Un peu de poésie ne fit pas de moi plus mauvaise espèce qu’auparavant. Bien au contraire. Sauf que la demoiselle répondit à ma question par un énorme crochet dans les dents, m’arrachant deux incisives au passage. Vexé, je l’ai accompagné vers l’une des fenêtres qui donnaient sur la rue, histoire de la mettre dehors au plus vite. Pressé qu’elle déguerpisse, la capricieuse n’eut pas la force de se débattre. La poussant sèchement, elle chuta dans le vide pour s’empaler violemment sur un lampadaire deux étages plus bas.

Première fois que je tue quelqu’un. Ça y est. C’est assez étrange comme toutes les premières fois d’ailleurs. J’aime bien en fait. Elle était pourtant jolie la petite esthéticienne. On aurait dit une petite poupée avec son visage tout frais et sa peau dépourvue du moindre point noir. Un peu déçu de ce gâchis, j’ai passé un moment à l’observer par la fenêtre pour lui rendre hommage. Ma tête pivotait une fois dans un sens, une fois dans l’autre. Je tentais d’aligner mes yeux avec les siens. Les labradors font la même chose lorsqu’ils veulent un gros câlin ou un os. On aurait pu négocier, car le câlin aurait suffi à calmer mes ardeurs. Un labrador s’en serait aussi largement contenté. Je ne comprendrais donc jamais pourquoi les femmes finissent toujours par user de la violence. « Tu vois, tu ne m’aurais pas giflé, on serait en train de passer un bon moment, là, tous les deux… » me suis-je adressé à elle avec rage.

Ma victime ne souriait pas trop. Un coup si, un coup non. Parole de spasmes ? Difficile à dire… Après ces quelques grimaces, j’ai vraiment cru qu’elle se réveillerait. Même pas. Elle a préféré bouder. Suspendue là, l’air de rien, inerte et ridicule à quelques centimètres de la fenêtre de sa cuisine. Une ou deux enjambées lui auraient suffi pour aller se faire cuire un œuf. Son appétit coupé, sa route fut brève, le chemin vertical et les sensations décuplées.

Pendant ce temps, ma lèvre gonflait à vue d’œil et battait la pulse violemment. Contrarié, j’essuyais mon sang et tournais en rond pour essayer de me calmer. Je me suis finalement penché une nouvelle fois par la fenêtre. « Réveille-toi, tu vas prendre froid ! Eh oh ! Réveil ! Ça caille dans ce pays » lui ai-je vivement chuchoté. Puis, j’ai visé sa tronche pour lui cracher en pleine bouille les deux dents qu’elle venait de me casser. Elle ne réagit point. « Fais pas la gueule ! Ça ne sert à rien, autant discuter ! Je suis prêt à négocier » j’ai ajouté. Rancunière, l’effrontée continuait à me tirer la langue sans se lasser. « Oui c’est ça… C’est vachement intelligent ce que tu fais. Tu crois que c’est comme ça qu’on va entretenir des relations cordiales ? » Déçu, j’ai refermé la fenêtre et me suis promis que si une autre femme devait entrer à nouveau dans cet appartement, elle ne terminerait pas son thé avant de passer à la casserole. C’était la règle. Sauf qu’avec deux dents en moins et une lèvre éclatée, les invitations risquaient de se faire plus rares à l’avenir.

***

4

— Cette dent ne devrait pas tarder à tomber aussi, Monsieur Caliz. Attention à ne pas vous étouffer, hein ? Je vais devoir vous poser deux dents en céramiques. Vous avez une bonne complémentaire santé ?

— Ahggh zournech fauteche chi fanouce Ahggh…

— Vous allez voir, vous serez à nouveau très mignon après cela. Je trouve que vous prenez bien soin de vous quand même ! C’est important ça ! Tous les garçons de votre âge, même s’ils affichent une belle forme physique ont parfois tendance à oublier les petits fondamentaux qui plaisent aux jolies jeunes femmes. Et pour elles, un joli sourire c’est le début du bonheur !

— Acheutacht chifff aygg ayy ayye !

— Oui, je sais ce que vous êtes en train de penser. Vous êtes en train de vous dire : De quoi est ce qu’elle se mêle ? Mais croyez-moi, jeune homme. Un jour, vous repenserez à moi et à ce que je vous dis. Et vous viendrez me remercier, vous verrez ! Je passe beaucoup de temps avec des gens de votre âge. Je me sens mieux, maintenant. Je ne me vois plus vieillir et les conversations sont moins ennuyantes, surtout ! Quand on prend le temps de converser en tout cas… Ah ah ah !

— Arghwaa Arg ohi Ayouwaya !! AAYAAAOUHH !!!

— Oui, oui, je vois bien que je vous fais mal ! Vous ne vous êtes pas loupé. Une sacrée chute dites-moi ?! En roller, c’est bien ça ? Tous les lundis matin, c’est la même chose ! Le week-end on fait n’importe quoi pourvu de se donner bonne conscience et épater les filles. Mais c’est dangereux ces choses-là ! En même temps, ça donne du travail aux dentistes. Ce n’est pas bien grave, Monsieur Caliz. Vous me paierez plus tard. Mais pas trop, ajouta-t-elle d’un joli sourire blancheur fluor.

Ses doux yeux bleus étaient remplis de compassion bidon. Je n’avais donc qu’une hâte : qu’elle la ferme une bonne fois pour toutes. Je ne supportais plus ses discours à rallonge. C’était une femme d’une quarantaine d’années aux extrémités mammaires développées et dont la croupe tremblait à peine. Son absence de blouse pendant l’intervention n’aurait pas été une piètre idée pour calmer les douleurs assez conséquentes qu’elle m’occasionnait. Elle aurait eu de l’avenir dans les métiers du bâtiment. La quadra maniait sa fraise à peu de chose près aussi bien qu’une pioche. Au choix, j’aurais préféré lui confier le détartrage de mes w.c. plutôt que celui de ma bouche. Quoiqu’une réconciliation tête-bêche, dans le rocking-chair de la salle d’attente pour me calmer les sens ne m’aurait pas déplu. Miam la dentiste ; viens-là que je te croque le bout des poires pour te punir. J’ai regretté de ne pas avoir tenté le coup même si cela n’aurait fait qu’empirer l’état de ma lèvre.

En sortant du cabinet, j’ai voulu soigner le mal par le mal. Mon estomac interpellé par les douze coups de midi me guida directement chez « Howard Johnson »