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Marie Paule

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Beschreibung

Récit du long cheminement d'un couple dont le désir d'enfant tarde à se concrétiser. Malgré un mode de vie émaillé par d'autres projets plutôt bien réussis, ce manque impacte de plus en plus leur parcours. Aussi après des années de doute, puis d'investigations, ils entrent dans le monde de l'Assistance Médicale à la Procréation, là où les attendent de lourds traitements et des déceptions qui se répètent. Et si enfin un espoir parvenait à se profiler, reste à affronter une incertitude quant à l'arrivée du petit être très attendu pour son rendez-vous avec la vie...

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Veröffentlichungsjahr: 2024

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Sommaire

Préambule

La fin d’une époque

Un mode de vie qui interroge

L’âge limite

L’événement déclencheur

1 er mai 1986

5 mai 1986

15 mai 1986

16 mai 1986

17 mai 1986

18 mai 1986

19 mai 1986

26 mai 1986

De premiers appels à la vie

Juin 1986

Juillet 1986

Août 1986

Septembre 1986

Octobre 1986

Novembre 1986

Décembre 1986

Janvier 1987

Février 1987

De premiers contrôles

Mars 1987

Avril 1987

Mai 1987

Juin 1987

Juillet 1987

Août 1987

Septembre 1987

Octobre 1987

Novembre 1987

Notre vœu le plus cher de l’année

Décembre 1987

Janvier 1988

Février 1988

Un départ sans espoir de retour

Mars 1988

Avril 1988

Mai 1988

L’amorce d’un grand tournant

Juin 1988

Juillet 1988

Août 1988

Septembre 1988

Un très fort signal d’alarme

Octobre 1988

Novembre 1988

Décembre 1988

Un calendrier dans la tête

Janvier 1989

Février 1989

Mars 1989

Avril 1989

Mai 1989

Juin 1989

Juillet 1989

Août 1989

Septembre 1989

Octobre 1989

Novembre 1989

Décembre 1989

Janvier 1990

Février 1990

Mars 1990

Avril 1990

Mai 1990

Juin 1990

Juillet 1990

Août 1990

Septembre 1990

Octobre 1990

Novembre 1990

5 décembre 1990

16 décembre 1990

18 décembre 1990

19 décembre 1990

Janvier 1991

Février 1991

Mars 1991

Avril 1991

Mai 1991

Juin 1991

Juillet 1991

Août 1991

Septembre 1991

Octobre 1991

Un double anniversaire

Vendredi 1er novembre 1991

Samedi 2 novembre 1991

Dimanche 3 novembre 1991

Lundi 4 novembre 1991

Mardi 5 novembre 1991

Mercredi 6 novembre 1991

Jeudi 7 novembre 1991

Vendredi 8 novembre 1991

Samedi 9 novembre 1991

Dimanche 10 novembre 1991

Lundi 11 novembre 1991

Mardi 12 novembre 1991

Mercredi 13 novembre 1991

Jeudi 14 novembre 1991

Vendredi 15 novembre 1991

Samedi 16 novembre 1991

Dimanche 17 novembre 1991

Lundi 18 novembre 1991

Mardi 19 novembre 1991

Mercredi 20 novembre 1991

Jeudi 21 novembre 1991

Vendredi 22 novembre 1991

Samedi 23 novembre 1991

Dimanche 24 novembre 1991

Lundi 25 novembre 1991

Mardi 26 novembre 1991

Mercredi 27 novembre 1991

Jeudi 28 novembre 1991

Vendredi 29 novembre 1991

Samedi 30 novembre 1991

Dimanche 1er décembre 1991

Lundi 2 décembre 1991

Mardi 3 décembre 1991

Mercredi 4 décembre 1991

Jeudi 5 décembre 1991

Vendredi 6 décembre 1991

Samedi 7 décembre 1991

Dimanche 8 décembre 1991

Lundi 9 décembre 1991

Mardi 10 décembre 1991

Mercredi 11 décembre 1991

Jeudi 12 décembre 1991

Vendredi 13 décembre 1991

Samedi 14 décembre 1991

Dimanche 15 décembre 1991

Lundi 16 décembre 1991

Mardi 17 décembre 1991

Mercredi 18 décembre 1991

Jeudi 19 décembre 1991

Vendredi 20 décembre 1991

Samedi 21 décembre 1991

Dimanche 22 décembre 1991

Lundi 23 décembre 1991

Mardi 24 décembre 1991

Mercredi 25 décembre 1991

Jeudi 26 décembre 1991

Vendredi 27 décembre 1991

Samedi 28 décembre 1991

Dimanche 29 décembre 1991

Lundi 30 décembre 1991

Mardi 31 décembre 1991

Mercredi 1er janvier 1992

Jeudi 2 janvier 1992

Vendredi 3 janvier 1992

Samedi 4 janvier 1992

Dimanche 5 janvier 1992

Lundi 6 janvier 1992

Mardi 7 janvier 1992

Mercredi 8 janvier 1992

Jeudi 9 janvier 1992

Vendredi 10 janvier 1992

N’ÊTRE… CAHIER DE BORD

Samedi 11 janvier 1992

Dimanche 12 janvier 1992

Lundi 13 janvier 1992

Mardi 14 janvier 1992

Mercredi 15 janvier 1992

Jeudi 16 janvier 1992

Vendredi 17 janvier 1992

Samedi 18 janvier 1992

Dimanche 19 janvier 1992

Lundi 20 janvier 1992

Mardi 21 janvier 1992

Mercredi 22 janvier 1992

Jeudi 23 janvier 1992

Vendredi 24 janvier 1992

Samedi 25 janvier 1992

Dimanche 26 janvier 1992

Lundi 27 janvier 1992

Mardi 28 janvier 1992

Mercredi 29 janvier 1992

Jeudi 30 janvier 1992

Vendredi 31 janvier 1992

Samedi 1er février 1992

Préambule

Pendant longtemps j’ai refusé de donner à l’homme que j’aimais, l’enfant qu’il réclamait. Mes amies d’enfance annonçaient les unes après les autres la naissance de leur premier enfant, puis celle des suivants. Et moi je reportais, d’année en année, ma décision de franchir cette étape.

Arrivée à l’âge adulte je ne voulais pas prendre les yeux fermés le chemin de soumission ayant été imposé à mes aînées. Et comme une partie des filles de cette génération bouillonnante j’étais de celles qui chantaient, banderoles à l’appui : « Un enfant si je veux et quand je veux » ! Je me voulais totalement libre de mes choix.

J’ai pu le rester tant que les années que j’avais devant moi m’y autorisaient. Mais au moment où je suis arrivée au terme de cette horloge biologique qui allait m’interdire définitivement d’être mère, il m’a fallu trancher.

Après avoir tant scandé ce fameux : « Il est interdit d’interdire », là il ne s’agissait plus seulement de remettre en cause l’ordre moral. Je devais m’en remettre aux résultats irréfutables des études que la science opposait à ma procrastination. Aussi j’ai fini par accepter l’idée de devenir mère.

Mais dans le feu de mes premières revendications : « Un enfant si je veux et quand je veux », un élément clef était passé à la trappe ! Ce « Si je peux » un conditionnel occulté au départ, m’est tombé dessus de façon inattendue. Car ce qui m’était apparu depuis toujours comme acquis d'avance, la nature me l'a alors refusé !

Je me suis alors retrouvée devant une dure réalité. Ce que je considérais comme un du, cela ne l’était, ni pour mon destin, ni pour je ne sais quoi d’autre… Alors si jusque-là beaucoup m'avait été donné il m’a fallu apprendre avec bien des larmes, que tout ce à quoi j’aspirais pouvait se faire attendre, voire risquer de ne jamais être obtenu !

La fin d’une époque

Au moment de quitter mon environnement familial, un nouveau mode de vie s’ouvre devant moi. Bouleversant celui qui existait depuis une éternité au détriment de la gente féminine, cette nouvelle génération, dont je fais partie, espère pouvoir mener sa barque plus librement !

Je pars à la conquête d’un parcours allégé de diverses contraintes, auquel conjointement, une partie des jeunes hommes de mon âge aspirent. Dans ce monde-là, je peux enfin m’affranchir d’un certain nombre des interdits qui m’ont été inculqués.

Avec l’accès à des moyens de contraception de plus en plus fiables, une certaine égalité avec les hommes peut être mise en place dans notre vie sexuelle. D’ailleurs je participe aux manifestations de femmes revendiquant pour chacune, le droit de disposer de son corps. Là où comme d’autres, je fais circuler des pétitions en faveur de l’avortement. Il n’est pas encore légalisé et pour y recourir sans danger, il faut aller dans des pays voisins.

Nous nous trouvons à la frontière de deux univers. Nous voulons dépasser celui des valeurs étriquées de nos parents. Mais nos exigences se heurtent aux traces tenaces d’un passé dont nous voudrions faire table rase.

Malgré tout les choses avancent. Le tablier de la ménagère, vouée corps et âme à son conjoint et à ses enfants ne fait plus guère rêver. Au niveau des études supérieures, des jeunes filles s’inscrivent dans des filières réservées aux hommes jusque là. Le droit, la médecine, la recherche, l’aviation, la politique… Elles n’hésitent plus à entreprendre des études longues. Elles se forment et osent enfoncer des portes pour occuper des postes dits « incompatibles » avec leur force physique et leur résistance comme les secteurs de l’armée, de la police ou de la mécanique.

Enfin pour celles qui ne sont pas aussi déterminées, la tendance va globalement vers l’acquisition d’une indépendance financière. Entrer dans le monde du travail plutôt que se réfugier dans un mariage qui se voudrait protecteur, devient la priorité de beaucoup de femmes.

Un mode de vie qui interroge

Lors des années suivant notre fameux « Mai 68 », l’idée que chacun doit mener sa vie selon ses aspirations propres commence à faire son chemin, même si insidieusement, la voix du passé se fait encore entendre.

Tandis que le nombre d’années de notre vie commune s’accroît, la relation que j’entretiens avec mon compagnon, Laurent, interroge autant les personnes qui nous connaissent depuis longtemps que celles que nous rencontrons.

Nous sommes un couple ayant ensemble de multiples projets. Nous affichons une stabilité certaine et cela sans manifester la moindre intention d’y intégrer une descendance dans les années à venir…

C’est suspect ! Aussi des questions souvent intrusives me sont plus particulièrement adressées. Elles se présentent sous la forme d’une pseudo compassion liée à une stérilité, d’origine féminine forcément, qui nous empêcherait de goûter au bonheur d’être parents.

Ce n’est pas notre cas puisqu’au tout début de notre vie commune, un début de grossesse étant survenu, nous avons pris la décision de l’interrompre. Mais je le passe sous silence, y compris lorsque toute nouvelle occasion de nous « sonder » revient… Soit en raison d’un besoin de satisfaire une certaine curiosité, soit pour nous accuser, mine de rien, d’être de parfaits égoïstes !

Je me suis armée pour faire face à ces « interrogatoires » que je juge déplacés. Sous forme de plaisanteries bien dosées, je sais renvoyer autant les indiscrets que les donneurs de leçons dans les cordes.

Ayant lu ou entendu des femmes qui ont hésité à s’engager dans l’aventure de la maternité, ainsi que celles qui l’ont refusée définitivement, je me me sens plutôt à l’aise sur le sujet. Car la plupart font état de ces jugements de valeur et de cette forme de mise au ban des accusées qu’elles ont subis.

L’âge limite

Tandis que les années passent, tant dans mon entourage personnel que professionnel, c’est de façon plus en plus insistante que le rappel à l’ordre de « mon horloge biologique » m’est adressé.

Malgré ce contexte et l’aspiration de Laurent à devenir père, lorsque j’arrive à l’âge fatidique m’annonçant le début de la « dégringolade de mes chances de procréer », je ne me sens pas pour autant dans l’urgence. Ces données restent relativement abstraites pour moi. Après tout, beaucoup de femmes ont échappé à ce couperet en accueillant leur premier enfant autour de la quarantaine. D’autres comme ce fut le cas pour ma mère donnent à cet âge-là naissance à leur petit dernier.

Cela n’empêche pas l’option « maternité » de germer plus ou moins dans ma tête. Malgré une bonne part d’hésitation restante, cela reste pour moi une éventualité lorsque je songe aux années à venir. Sans avoir le sentiment que les mises en garde qui me sont faites m’y poussent. Ou alors, c’est enfoui tellement profondément dans mon inconscient que je ne parviens pas à en retrouver le lien !

Toujours est-il que je me donne du temps pour réfléchir à ce tournant pouvant remettre en cause une liberté que je tiens à garder. En effet, je suis parfois confrontée aux décisions intempestives de Laurent qui tend à s’affranchir de mon avis pour ce qui nous concerne tous les deux. Et puis avec le recul de nos quelques années de vie commune, je constate qu’à la maison, la révolution des moeurs s’arrête souvent au niveau des déclarations d’intentions ! Aussi j’ai de bonnes raisons de craindre d’être quasiment seule pour tout ce qui concerne la prise en charge d’un petit.

Je peine donc à arrêter toute contraception mais dans un tout premier temps, je cesse de recourir à la plus fiable : la pilule. Je me tourne vers des méthodes accusant un certain pourcentage d’échec qu’éventuellement, je pourrais accepter. En fait j’agis comme si le hasard devait prendre, à ma place, une décision qui étonnement, rejoindrait alors le « non choix » de mes aînées que j’ai tant dénoncé !

L’événement déclencheur

1er mai 1986

Cette date marque à jamais un premier pas vers ma lente acceptation de la maternité.

Nous sommes à l’aube du plus joli mois de l’année et un long weekend de congé s’annonce. La veille au soir, nous avons fait le plein de courses et préparé notre matériel d’observations ornithologiques. Puis dans notre 4x4, sommairement aménagé pour des nuits en extérieur, nous partons vers la grande forêt d’un parc naturel régional. Et c’est au cours de cette nuit-là qu’au beau milieu d’une période de fécondité, un préservatif lésé met sur la touche notre méthode contraceptive...

Au petit matin, il fait un temps magnifique et la nature est en pleine explosion. Cependant comme la veille au soir, au cours des quelques trajets que nous effectuons d’un point à un autre, l’auto-radio évoque non-stop un autre type d’explosion : la toute récente catastrophe de Tchernobyl !

Entre les haltes de notre circuit d’observation des oiseaux, défilent les analyses de ses premières retombées. Les uns après les autres, des experts donnent leur avis avec les mauvais pronostics auxquels nous pouvons nous attendre. Au travers du nuage qui se dirige vers nous des dégâts encore invisibles, mais sûrement pas anodins, peuvent nous menacer.

Tout ce qui nous est asséné relance en moi le refus de mon éventuelle maternité. Dans ma décision de mettre ou non un enfant au monde, j’ai à peine commencé à bouger que les répercussions de cet accident nucléaire pèsent fortement dans les « moins » de ma balance. Elles majorent une inquiétude survenue au moment où cette fichue protection nous a trahis !

Laurent est bien plus optimiste que moi. En dépit de l’actualité, il se réjouit de ce qui vient de nous arriver. Aussi il profite de l’occasion pour dénoncer l’inutilité de précautions destinées à éviter ce à quoi il aspire, lui ! En attendant, je suis bien obligée de m’en remettre à ce qui quelque part, se décidera sans moi pour la suite. Et j’entre dans une phase non dénuée d’appréhension….

5 mai 1986

Notre escapade est terminée. Au réveil, Laurent garde cet air radieux acquis depuis le raté de notre contraception dont il espère un hasard heureux ! Cependant nous échangeons essentiellement sur les très belles observations faites au cours de notre long week-end.

Puis nous partons vers nos lieux de travail respectifs : le bureau d’études d’une entreprise locale pour lui et le bloc opératoire de l’hôpital le plus proche pour moi.

En journée, le travail m’éloigne la plupart du temps de ce qui m’inquiète. Mais au moindre creux deux alternatives se confrontent dans ma tête... Continuer à m’affranchir de toute responsabilité familiale ou accepter les renoncements que la mise au monde d’un enfant impliquent ?

15 mai 1986

Au fil des jours mon anxiété s’est atténuée. Cependant en l’absence de signes avant-coureurs d’un nouveau cycle, a priori proche, elle est ravivée.

Je sais bien que ceux-ci ne se manifestent pas systématiquement. Car il est vrai que de ce côté-là, je n’ai jamais été « à un jour près ». Mais ce jour de retard, qui finalement n’en est pas vraiment un selon mon fonctionnement approximatif, exacerbe certaines peurs intérieures.

16 mai 1986

Aujourd’hui encore, j’interroge mon corps sur ce qu’il en est de mon cycle tandis qu’il reste désespérément muet.

Je ne devrais pas m’en inquiéter autant mais notre récent accident de contraception m’amène à être exagérément soucieuse ! Et puis, nous n’en avons toujours pas fini avec Tchernobyl. Le contexte dans lequel nous baignons tous m’inquiète fortement.

17 mai 1986

Pour ce nouveau week-end férié, je dois rester disponible pour mon travail. Dans la foulée de mon activité quotidienne, l’angoisse née en ce début de mois était passée au second plan. Mais ce matin, consignée à domicile, je me sens plutôt fébrile.

Or petit à petit, une forme de résignation se met en place. Après tout si le hasard décidait que je sois enceinte plus rapidement que prévu, ne devrais-je pas me tenir prête à l’accepter ?

18 mai 1986

Il faut que je me rende à l’évidence ! Si, suite à l’incident du premier mai, une grossesse non programmée se profilait, je ne serais ni la première, ni la dernière à être confrontée à cette surprise. D’ailleurs je crois bien être née de l’une d’elles…

Alors au cœur de mon flou intérieur, sans être tout à fait fixée sur ce que je voudrais vraiment, je sens naître en moi comme une invitation à la « capitulation ». Peut-être que le moment de poser les armes est arrivé !

19 mai 1986

En raison de mon astreinte qui se poursuit, je n’accompagne pas Laurent qui part en forêt pour la journée. Aussi je suis seule à la maison au moment où mes règles arrivent.

Pour cette fois, la grossesse redoutée ne sera pas au programme. Et intérieurement, je remercie aussitôt le sort pour son indulgence.

Pourtant, au cœur de la valse d’hésitations dans lesquelles je tourne depuis un certain temps il y a dans cet épisode qui se finit bien, comme un avertissement :

— Tu as eu peur ! Je t’ai maintenue dans ta position de « non recevoir », mais ne laisse pas tes chances t’échapper trop longtemps...

26 mai 1986

Maintenant que nous sommes fixés sur les conséquences de notre « imprévu », nous échangeons plus facilement au sujet de la naissance d’un enfant qui dorénavant, pourrait être d’actualité entre nous.

Imprégnée par ce que je viens de vivre comme un avant-goût de l’aventure de la maternité, je « revois ma copie ».

Attendre le retour d’un cycle qui ne reviendra pas avant longtemps et prendre le chemin d’une telle responsabilité me semble moins redoutable. Tandis que la déception de Laurent se mue en davantage de détermination pour être père.

Ainsi ces discussions nous amènent à une première forme de consensus : la mise en route d’une grossesse, toutefois sans forcer les choses ! Laisser simplement de côté toute méthode de contraception, y compris les plus aléatoires...

De premiers appels à la vie

Juin 1986

C’est sûr que nous pouvons nous permettre de prendre notre temps. Après ce qui nous est arrivé au début de notre vie commune, nous ne nous sentons pas concernés par tout ce qui touche à la crainte d’une stérilité. Nous ne voyons pas l’intérêt de nous focaliser sur un calendrier menstruel afin de favoriser une naissance rapide ou à une époque censée être plus favorable.

En toute décontraction j’entre dans une étape où je m’abstiens même de répertorier le début de mes cycles sur mon agenda… Désormais je m’en tiendrai à un confortable « à peu près » en attendant d’être « désignée par le sort » au moment où il le décidera !

Quant à Laurent, qui voit son projet de paternité acté maintenant, il évite de me mettre sous pression. Il ne m’interroge plus sur le stade d’avancée de mes cycles.

Affranchie d’une contraception que je gérais depuis longtemps, je découvre une nouvelle forme de liberté. Par exemple lors de la préparation de nos expéditions où, quelle qu’en soit la durée, je n’ai plus à me soucier d’avoir ce qu’il faut dans mes bagages !

Juillet 1986

Autour de nous, nous n’évoquons pas encore le tournant que nous sommes en train de prendre. Il sera temps d’en faire l’annonce au moment opportun, lorsque les signes de survenue d’une grossesse seront confirmés.

Et l’été étant maintenant bien en place, nous continuons à improviser nos escapades ! De temps à autre, il m’arrive d’imaginer que bientôt nous devrons tenir compte d’une liste d’endroits déconseillés pour un bébé et prévoir davantage de matériel. Alors j’accueille plutôt bien le nouveau cycle qui arrive. Il m’offre un supplément de temps sans ces contraintes et pour me faire à l’idée d’être mère.

Août 1986

L’arrêt d’un recours à toute contraception marque un pas de taille en direction du monde d’un petit qui deviendra grand ! À présent nous nous considérons comme en partance vers ce qui est pour nous, comme un nouveau voyage. Celui-ci s’annonce bien plus long que tous ceux réunis que nous nous sommes offerts. La seule inconnue restante, c’est le top de départ ! Mais puisque que nous ne faisons plus rien contre son arrivée, il ne devrait plus tarder...

Pourtant cette période de vacances qui se termine nous laisse sur notre faim. Nous attendions qu’une date « d’embarquement » vers le monde de la naissance nous soit communiquée. Mais cette fois encore nous voilà réinscrits dans la liste de ceux qui restent à quai !

Septembre 1986

À ce stade, parmi ceux qui, de deux veulent passer à trois, nous restons malgré tout déterminés à « laisser faire la nature ».

Nous refusons les « pseudo-trucs » calendaires qui circulent et nous pousseraient à forcer les choses. Et je persiste à ne pas notifier sur mon calendrier la date d’arrivée de mes cycles. Désormais, je ne me soucie guère du moment où le prochain va se déclencher.

D’ailleurs devant la course des parents en pleine rentrée scolaire, c’est quasiment avec soulagement que j’accueille mes dernières règles. De nouveau j’y vois le petit plus d’une liberté qui me fera sûrement défaut bientôt.

Octobre 1986

Dans l’une de ses chansons, Jacques Brel célébrait ces vieux amants sans enfant en disant d’eux : « Qu’il leur avait fallu bien du talent pour être vieux sans être adultes ». Pour notre part, nous nous sommes décidés, depuis peu, à ne pas faire partie de ceux-là.

Si jusque là j’en étais restée aux dires de personnes qui se disaient heureuses sans enfant, maintenant les récits d’autres vécus me reviennent en mémoire. Ceux de ces femmes qui, ayant tardé à s’engager dans la voie de la maternité, regrettaient de l’avoir laissée passer au profit d’une liberté devenue vaine.

Je n’ai nulle envie de les rejoindre dans cet amer constat. Si je veux être mère c’est maintenant ou jamais qu’il me faut trancher et c’est fait ! Psychologiquement comme physiquement je me sens tout à fait prête.

Novembre 1986

L’attente qui se profile pour le mois qui commence ne m’inquiète nullement. Notre arrêt de toute contraception étant récent, il n’y a pas de quoi s’affoler. D’autant plus que jusqu’à présent, nous n’avons pas voulu forcer les choses.

Enfin je ne suis pas sans ignorer que, si bien des grossesses peuvent se déclencher à l’issue d’un seul rapport, c’est loin d’être toujours le cas. Selon ceux qui œuvrent autour de la natalité, quelques mois de patience pouvant aller jusqu’à une année, sont souvent nécessaires avant qu’une grossesse désirée se déclare.

Décembre 1986

Nous n’avons pas prévu d’expédition lointaine comme nous le faisons souvent en fin d’année. Persuadés que mon état nous limiterait dans le choix des endroits à explorer, nous n’y avons même pas pensé.

Alors fuyant l’effervescence de cette période, nous passons quelques jours paisibles dans un joli coin de campagne.

Et si une fois encore le grand changement attendu dans notre vie n’est toujours pas d’actualité, nous nous rassurons mutuellement… Il faut laisser là un peu de temps au temps !

Janvier 1987

Maintenant je n’ai plus d’appréhension quant à l’investissement qu’une naissance impliquera dans notre vie. Et je vais jusqu’à préparer doucement Laurent aux tâches que nous devrons nous répartir, en lui rappelant bien qu’il fut le premier à vouloir un enfant.

En effet, nous parlons de plus en plus souvent de la façon dont nous allons nous organiser puisqu’à ce stade, nous sommes absolument sûrs de ce que l’avenir nous réserve...

À court ou à plus moyen terme, mon test de grossesse va s’avérer positif. Et très bientôt l’enfant souhaité, pour ne pas dire « commandé », va s’annoncer !

Février 1987

Devant le rythme inchangé des manifestations de mon corps, le soulagement est de nouveau à l’ordre du jour pour moi. Or cette fois il n’est pas lié à des réticences internes qui seraient en train de ressurgir.

En fait c’est parce que dans mon travail, j’ai été récemment exposée à des rayons X, sans tablier de plomb... Car lors de certaines interventions pour lesquelles des contrôles radiologiques s’imposent, ces protections n’étant pas en nombre suffisant, une partie de l’équipe doit s’en passer. Et dans de tels cas, nous avons pour consigne de nous éloigner de l’appareil au moment des clichés ce qui, nous le savons tous, n’est pas très efficace…

C’est peut-être un excès d’anxiété de ma part. En tous cas en dehors du début de mes cycles, désormais depuis que je suis susceptible d’être enceinte je crains plus que tout les effets néfastes de ces rayons X.

De premiers contrôles

Mars 1987

Aujourd’hui, ce n’est peut-être pas le hasard qui m’amène à pousser la porte d’une papeterie. Malgré la date avancée dans ce premier trimestre de l’année, j’en sors peu après avec un grand calendrier sous le bras. Avec sa configuration en douze colonnes sur une seule face, il devient un outil incontournable pour le suivi de notre projet d’enfant.

Et après avoir surligné en jaune fluo la date d’un nouveau cycle qui commence, je fixe cette vaste plaque de carton au-dessus du plan de travail de la cuisine.

Avril 1987

La mise en place d’une supervision plus précise de mes cycles, est devenue une façon de conjurer le sort pour moi. Car il me faut reconnaître qu’au lieu d’appréhender l’arrêt de mes règles, j’aimerais maintenant n’avoir plus à noter leur arrivée sur le calendrier et cela pendant un certain temps !

Une naissance à venir ne me fait plus du tout peur. Au contraire constater, comme c’est le cas ce mois-ci, qu’un tel bouleversement se fasse autant attendre devient quelque peu perturbant.

Mai 1987

Les manifestations du printemps dans la nature marque la fin d’une première année d’essais plus ou moins hasardeux pour démarrer une grossesse. En voir de tous premiers signes pourrait être une forme de cadeau pour nous à l’occasion de ce pseudo anniversaire ! Or il n’en est rien. Je suis ramenée à une réalité qui se précise de plus en plus insidieusement.

Et c’est d’autant plus difficile pour moi que cette fois, je vois poindre un certain doute chez Laurent. Il me demande si, par hasard, je ne poursuivrais pas une contraception « en douce »… Certes il le dit sur le ton de la plaisanterie, mais il est clair que sans l’exprimer ouvertement, il commence lui aussi à s’interroger.

Juin 1987

J’attends de façon de plus en plus marquée, tout signal nous mettant dans la liste des couples attendant un enfant. Mais j’ajoute une nouvelle ligne fluorescente aux côtés de celles qui ont égrené nos précédentes déconvenues. Et cela devant Laurent. Nous nous interrogeons. Devons-nous nous attendre à ce que scénario se répète indéfiniment ?