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"Des pleurs...Je peux encore entendre raisonner ces sons dans ma tête, dans mon corps. Mon coeur s'est serré dans ma poitrine, il s'est accéléré aussi. Je ne voulais pas croire au signal d'alarme que m'envoyait mon cerveau, mais au fond je savais. Le moment, ce moment était arrivé. Je savais qu'il viendrait. Il fallait que j'aille voir! Que j'aille vérifier que tout cela ne provenait pas de mon imagination." Amanda est une quadragénaire dont la vie a décidé de lui faire un cadeau très mal emballé, lui offrant ainsi la capacité de se découvrir et d'apprendre à exister pour elle-même. Seulement, voilà, ce cadeau Amanda ne l'aurait certainement pas choisi, elle n'aurait jamais souhaité ce voyage impromptu à travers les méandres de son passé.
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Seitenzahl: 242
Veröffentlichungsjahr: 2024
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“ Il est temps de vivre la vie que tu t’es imaginée.”
Henry James
“ Je suis qui je suis,
Pas celle que tu penses que je suis,
Pas celle que tu veux que je sois,
Je suis moi.”
Black Out
La beauté de la vie est de se lever chaque jour avec
une nouvelle envie.
Amanda
Aux hommes de ma vie, pour leur soutien et leur amour indéfectible,
À Valérie, pour son écoute et la justesse de ses mots, À Alma, mon âme cœur,
À Céline pour sa relecture attentionnée,
À la vie, pour ses cadeaux mal emballés,
À moi, pour l’Amour que désormais, je me porte,
À tous ceux qui ont besoin de s’aimer davantage,
Avec tout mon amour,
Amanda
-`♡´-
Chers lecteurs,
À travers mes maux, vous vous reconnaîtrez peut-être. C'est avec humilité que je viens déposer, par le biais de mon histoire, quelques mots maladroits qui, je l'espère, viendront panser vos blessures secrètes les plus profondes, vous donnant ainsi la force d'avancer et de vous réaliser sur le chemin de votre vie.
Croyez-moi, même dans les moments les plus sombres de votre existence, vous n'êtes pas seul. Il y aura toujours une âme à vos côtés pour vous entendre pleurer en silence à la tombée de la nuit. Pour la rencontrer, il est nécessaire de vous libérer et de garder à vos côtés, seulement ceux qui vous feront avancer. Le temps ne vous fera pas oublier, il vous fera grandir.
J'ai vécu dans le brouillard, sans savoir comment vivre pleinement dans l’instant présent, et maintenant que j’y ai goûté, je voudrais partager cette énergie solaire avec vous. Je vous raconte ici un peu de mon existence, la partie la plus difficile qui m'a été donnée d'être vécue, celle où j'ai dû lutter de toutes mes forces contre la douleur profondément ancrée dans mon cœur pour ne pas sombrer et, j’ai bien cru ne jamais me relever.
J'espère que vous trouverez un peu de réconfort au fil de votre lecture, un refuge pour apaiser votre solitude intérieure et si d'aventure, mon histoire peut vous accompagner dans votre voyage vers un mieux-être, alors ces heures passées à écrire ma souffrance sur le papier auront du sens. J’aurai réussi à semer une petite graine, celle de la renaissance, car il n’y a pas d’âge pour goûter au bonheur.
Tous les faits relatés à travers mes écrits sont authentiques, il s’agit de mon histoire, de ma réalité, seuls les noms ont été changés afin de préserver le droit à l’anonymat.
Avec toute mon affection,
Amanda
-`♡´-
1 La rupture
2 D’où je viens
3 Nicole
Les patins à glace
4 La bombe
Les passages à l’acte
5 Se retrouver, créer de nouveaux repères…
6 L'abandon
Je me suis promis que je ne lui ressemblerais JAMAIS !
7 Jacques
Mon père est un homme en colère.
8 Marius
9 Mathilde
10 Louis
11 Amanda
Ahhh, l'affaire des sabots !
Vilaine
16 ans
12 Léo - Et puis un jour, j'ai rencontré Léo
13 Devenir mère
Le jour J
14 La Maîtrise
15 Oublier
16 La descente
Janvier 2018
Octobre 2017
jeudi 4 janvier 2018
22 Juin 2019
17 L’enfer
Fin août 2021
18 Journal de bord
13 septembre 2021
Lundi 4 octobre 2021
Dimanche 10 octobre 2021
Lundi 11 octobre 2021
Samedi 16 octobre 2021
Jeudi 11 novembre 2021
Mercredi 24 novembre 2021,
Lundi 26 décembre 2022
4 janvier 2022
18 mars 2022
19 Un nouveau départ
20 J’avance
Épilogue
Le plan était parfait. Quel plan ? Celui de la Vie bien sûr.
Samedi 10 avril 2021, je viens d’acter la rupture. Réseaux sociaux, groupe de discussion familiale, téléphone, blocage total. Rupture virtuelle, pourtant rupture quand même. C’est l’étape qui découle de la désunion physique de juin 2019, le dernier lien qui maintenait le semblant de main mise sur ma vie. Peutêtre aurai-je la force que ce crève-cœur soit manifestement définitif à la fin de ces lignes.
Rupture à laquelle je songe depuis des semaines, voire des mois. Pourquoi aujourd’hui ? À quarante-deux ans un mois et vingt jours ? Pourquoi pas hier ou avanthier ? Pourquoi pas à dix-huit, vingt, trente ou quarante ans ? L’emprise était sûrement trop forte. Cette emprise qui transforme tous vos faits et gestes en culpabilité. Cette emprise qui fait que tous vos efforts, vos marques d’affections seront vains, comme invisibles. Ce poids trop lourd d’une famille à aimer parce que, justement, il s’agit de votre famille. Cette reconnaissance éternelle qui vous incombe pour vous avoir donné la vie… Cette emprise qui empoisonne toute pensée d’émancipation, mais offre un flot de sentiments sombres. Certains penseront que nous ne choisissons pas notre famil le et que, par conséquent, nous avons la liberté de ne pas les aimer. Mon histoire personnelle m'a montré que ce n’est pas si simple, même si cette liberté peut être réelle…
***
Au début, je les idolâtrais. Comme une petite fille aime ses parents, avec le regard admiratif et aimant. Cette sensation sécure en leur présence, comme si rien ne pourrait jamais m’atteindre puisque mes parents sont là pour veiller, protéger, combler, anticiper, et m’aimer d’un amour incommensurable. Et puis un jour, tout a basculé dans ma vie de jeune adolescente à peine pubère, je n’ai pas compris. Mon père, lui, est tombé de son piédestal, ma mère, elle, est devenue détestable. La suite ? Comment ai-je lutté pour me construire et ne pas leur ressembler… jusqu’à m’épuiser, jusqu’à en crever. Existe-t-il réellement une légitimité à raconter son histoire ? J'ai l'habitude de relativiser mes tracas, me disant que quelque part, quelqu'un d'autre endure des épreuves bien plus difficiles. Alors, je me réconforte avec l’idée qu’après une bonne nuit de sommeil, ça ira mieux et que demain sera un autre jour, sans doute meilleur. Même en ayant parcouru cet exil intérieur, touché le gouffre de la détresse et égaré le sentiment de ma propre valeur, je conserve cette pensée. Je m’accroche du plus fort que je le peux, ma nature optimiste suffira-t-elle à me sauver cette foisci ? L'écriture pourra-t-elle m'aider ? Partager mon histoire, mon vécu interne, me permettra-t-il d'exorciser ma souffrance ? Arriverais-je à me libérer de cette solitude intérieure, de ce sentiment envahissant de n'être comprise par personne ? Que va-t- il advenir désormais que la boite de pandore est ouverte ? Cette boîte imaginaire que je me suis attelée à conserver fermée toutes ces années, pour ne pas dire toute mon existence... Bonne ou mauvaise idée ? Je n’ai pas eu le choix… C’est Elle qui a œuvré pour briser le cadenas.
L’urgence de me livrer à la page blanche hurle en moi, portant la promesse d’un soulagement presque salvateur et nourrissant l’espoir qu’en libérant ma douleur par écrit, je parviendrai peut-être à un semblant de guérison. Voici le récit de mon chemin de vie, je vous invite dans mes tourments, là où je me suis perdue, au cœur même de ma souffrance. L’espoir qu’à travers mes maux certains se reconnaitront, et qu’éventuellement, vous pourriez vous sentir moins seul, me plaît à penser. Si seulement...
Issue d’une fratrie de quatre, je me place en troisième position. Durant huit années, je suis restée la petite dernière, puis, mes parents ont lancé l’idée d’un vote en faveur ou non de la conception « d’un petit quatrième ». Je crois bien qu’à l’unanimité, cela a été un oui. Néanmoins, l 'écho de cette scène compromettante où je les ai découverts bien malgré moi en pleine effusion d'amour résonne encore dans mon esprit, ce qui pourrait sembler cocasse pour certains n'était en réalité rien moins qu'une vision choquante pour la petite fille que j'étais.
Il est vrai qu’à huit ans, j’étais une petite fille curieuse et pleine de vie. De cette période, je ne conserve que des fragments épars, la plupart rapportés par les anecdotes de mes proches. D’après ma mère, j’étais capricieuse. Lorsque je questionne mon frère aîné avec son regard d’adulte, lui se remémore une petite fille triste qui pleurait beaucoup. Tous ces pleurs n’étaient sans doute pas sans fondement et avaient sûrement une raison bien plus profonde qui ne se résumait pas à une simple crise de caprice comme on me l'avait laissé entendre… Je n'oublierai jamais, entre autre, la paralysie faciale qui m'a atteinte à l’approche de la naissance de Marius. Un souvenir probablement ancré par la douleur du traitement par conduction électrique pour réveiller le nerf facial de mon visage. Cet épisode a été source d’interrogation. Un courant d'air ? Une recherche d'attention ? Ma famille avait ses théories sur mon visage inexpressif, néanmoins, ce qui résonne encore en moi, alors que je n’avais que huit ans, c'est l'écho des railleries, les séances douloureuses de stimulation électrique, l’attention que je portais invariablement sur le motif géométrique des dalles audessus de moi dans la salle de soins et le flot chaud de mes larmes silencieuses.
Jusqu’à la naissance de Marius, mon cadet, nous avons vécu à la campagne sur la rive droite de Bordeaux, dans une jolie maison construite par mon père. Initialement, il s’agissait d’une bergerie attenante à la partie habitable de la maison dans laquelle s’était installée l’une des sœurs de mon père avec son mari et leurs trois enfants. Jacques, mon père, s'est évertué à transformer laborieusement cette ancienne bergerie en un foyer accueillant, malgré des ressources financières très limitées. D’une bergerie est née une maison pleine de charme avec trois chambres à l’étage, mais avec l'arrivée du secondaire pour Louis et Mathilde, la rudesse de notre situation financière a poussé mes parents à prendre une décision drastique : délaisser notre foyer pour un logis plus économique au sein de la caserne des pompiers, au cœur du centre-ville. Ce fût le départ vers une nouvelle vie, mes aînés allaient se lancer vers l’autonomie, et j’allais être propulsée vers une croissance personnelle inopinée.
***
Dans la fratrie, nous sommes donc quatre enfants. Il y a tout d’abord Louis, mon aîné de huit ans, Mathilde sa cadette de dix-huit mois et Marius le benjamin de huit ans mon cadet. Moi, c’est Amanda et je suis le numéro trois. Avec Louis et Mathilde, l’écart d’âge est important, huit ans me séparent de mon frère et six de ma sœur. De ce fait, nous avons été élevés plus ou moins en binôme. Pour cette raison et d’autres, ils ont quitté la maison assez jeune et je me suis retrouvée l’aînée d’une fratrie de deux. J’avais douze ans et Marius quatre ans lorsque ma sœur est partie, Louis, lui, a quitté le domicile quelques mois plus tard pour s’installer avec Justine. La relation entre Louis et mon père était tendue, malgré mes douze printemps, je pouvais détecter l'animosité croissante qui marquait les rapports entre eux. L’ambiance était pesante à la maison, les deux hommes n’arrivaient pas à se comprendre, cette dualité père et fils semblait aller bien au-delà d’une simple rivalité masculine, c’était électrique et avec les années, le dialogue est devenu impossible entre eux.
Pendant sept ans, de huit à quinze ans, notre vie s'est déroulée au sein de la caserne des pompiers. J'éprouve une grande nostalgie pour ce morceau de vie, car c'est à cette époque que j'ai tissé des liens d'amitié indélébiles. Certains sont toujours présents dans mon quotidien, d’autres ont pris des chemins différents, mais garderont mon affection At vitam æternam. L’adolescence est le berceau des découvertes sentimentales, des expérimentations, d’une construction identitaire qui nous marque à vie. C’est une période qui peut s'avérer sensible pour certains plus que pour d’autres. Me concernant, mon adolescence a été brûlante, courte et longue à la fois. Courte par la nécessité de mûrir rapidement et longue par une répétition de douleurs qui, dans mon esprit, ne prendraient fin qu’à la majorité, moment venu de pouvoir quitter le foyer parental. Je me sentais pressée. Pressée de tout, je souhaitais que le temps s’accélère sans cesse, si un génie eut croisé ma route, je lui aurais à coup sûr, demandé de pouvoir me téléporter. N’importe où dans le futur, mais pas “ ici ”. Malheureusement, il n’a jamais croisé ma route, sans doute par ce qu’il s’agit de mon chemin, celui que je devais prendre pour me construire et être la femme que je suis aujourd’hui.
***
Tandis que l'été 1987 pointait à l'horizon, précédant de peu l'évènement joyeux de la naissance de Marius et le terme de mon parcours de classe élémentaire, le moment du déménagement avait sonné pour nous. Dans l'enceinte de la caserne, les logements familiaux étaient établis sur une aile tandis que l'unité opérationnelle s'étendait à l'opposé et nichée au milieu, une cour spacieuse servait de lieu de rencontre, notre terrain de jeu favori ! Tous les enfants des sapeurs s’y retrouvaient pour y jouer. Tous les jours ! Le soir après l’école, le week-end durant les gardes des papas et plus tard, alors jeunes pubères, pour planifier des plans sur la comète. Dans cette communauté soudée, l'arbre généalogique de chacun de nous n'avait plus aucun mystère. À chaque fois que je voyais mon père franchir la cour dans son uniforme, je ressentais une immense fierté, mon cœur se gonflait de fierté. À travers mes yeux d’enfant, mon père était le plus beau, le plus fort et tout le monde ne pouvait que l'apprécier, il sauvait des vies tout de même !
Nous occupions un appartement au troisième étage, un T5 où, jusqu’au départ de Mathilde, je partageais une chambre avec Marius. J’aimais bien cet appartement. Nous avions la chance d’avoir un grand balcon et pour mon plus grand bonheur, celui-ci m’offrait une vue imprenable sur la patinoire. Il m'était impossible de prévoir que cette vue, auparavant source de bonheur, se noircirait de chagrin, tandis que j'observais, de ma prison aérienne, mes comparses filer vers la patinoire, devenue pour moi un rêve interdit. Souvent sanctionnée, le balcon s'était transformé en mon poste d'observation et de tourments personnels, mais gardons ce chapitre-là pour plus tard !
***
Au quatrième étage, vivait Cédric, mon meilleur ami, avec ses parents. Tous les deux, nous étions du même âge. Fils unique, ses parents m’adoraient à l'image de la fille qu'ils n'auraient jamais et je dois reconnaître que j'aimais bien la place privilégiée que j'avais dans leurs cœurs. Je me sentais bien avec et chez eux. Ils me portaient de l’attention, ce dont j'avais besoin. Il me suffit de clore mes paupières pour que le crépitement aigre-doux des boissons gazeuses et le velouté des encas chocolatés me transportent à nouveau à cette époque. Nous étions nombreux à la maison et vivions avec le seul revenu de mon père, alors les petits “ plus ” n’étaient pas toujours possibles. Il fallait faire des choix. Je garde en mémoire que certains délices, spécialement réservés à mon frère cadet, exerçaient sur moi une irrésistible fascination, comme les MaronSui's… hummm… cette douceur était réservée à Marius. Cette mousse fondante et intense au bon goût de marron était le petit plaisir de mon cadet. J’avoue que j’ai bien dû en manger un ou deux en cachette, mais pas plus, promis !! Je me contentais d'une modération prudente... L’interdit a certainement rendu l’objet de ma frustration plus séduisant, alléchant, ce qui a éveillé mon intérêt pour ces douceurs sucrées, et, n’étant qu’une enfant, les petits plaisirs chez Cédric étaient d’autant plus appréciées.
Cédric et moi, passions beaucoup de temps ensemble, si bien que ses parents avaient pris l'habitude de rire en disant qu'un jour, nos j eux d 'enfants se transformeraient en échange de vœux. Globalement, nous étions complémentaires et très complices. Bien qu'un peu réservé, son imagination était tout aussi débordante que la mienne. Très inspirés, nous avons inventé au moins une dizaine de passages secrets pour nous rendre à l’école primaire et autant de jeux improbables, nous avons aussi découvert l’intérêt pour les sports de glisse ensemble, le hockey pour Cédric et le patinage pour moi.
Au collège, nous partagions nos devoirs, nos amis, nos sorties, parfois nos punitions... De temps en temps, j'accompagnais les parents de Cédric pour des escapades en camping-car, dans ces moments-là, nous ne répondions plus de rien ! Combien de langue avonsnous tirées lorsque nous étions dépassés par d’autres véhicules, alors à l'abri derrière le carreau du modèle voyageur ! Que l'insouciance est belle, qu'ils étaient bons ces moments, c'était chouette. Bien sûr, il nous arrivait de nous disputer, assez souvent même, nous réglions nos différents à grands coups de tirages de cheveux, la plupart du temps dans l'ascenseur puisqu’aucune issue n’était possible. De mémoire, aucun de nous n'a jamais lâché avant l'autre ! Je ne peux m'empêcher d'afficher un sourire, nous étions tout de même de sacrés numéros ! Au fond, quelque chose en moi, de manière tout à fait inconsciente, le jalousait. Parce qu’il était fils unique, sa vie semblait comporter certains avantages qui auraient pu s'apparenter à des privilèges dans la tête d'une môme issue d’une famille nombreuse. Selon moi, il est indéniable qu'il avait accès à un certain confort et une disponibilité parentale différente de la mienne. Alors, il m'arrivait de le rouspéter de temps à autre, comme cette mauvaise habitude de ronchonner avec toujours plus d’aisance envers ceux qui nous sont chers, comme ce jour ou malgré moi, et, d’une manière incontrôlable, le ressentiment m’avait envahi à son égard.
Je garde en mémoire cet incident du temps du collège où il avait choisi le bus plutôt que de marcher côte à côte avec moi. Comme j'étais une élève externe, je devais retourner à l'appartement pour le déjeuner, et répéter l'aller-retour à pied quatre fois par jour perdait rapidement son charme et les jours de mauvais temps, mes arguments semblaient moins convaincants même si Cédric aimait bien ma compagnie.
Si seulement il avait été à mes côtés ce jour-là, peutêtre que la peur m'aurait serrée moins fort contre elle.
***
Il patientait là, posté au niveau des boîtes aux lettres, juste devant la cage d’escalier, attendant sa proie. Pas de chance, ce jour-là, c’était moi. Je garde encore en mémoire sa dégaine et sa main agitant son sexe. Coincée dans ce minuscule hall d’entrée, entre l’ascenseur et l’escalier, j’étais sidérée par la vue de cet homme défroqué, prenant du plaisir et se laissant aller à des gémissements dégoutants devant une gamine de 11 ans. J’ai eu tellement peur. Il n’aura fallu que quelques secondes, une minute peut-être pour que je prenne la fuite par l’escalier en criant. J’ai déguerpi si vite que sa main n’a pas eu le temps de s’accrocher totalement à mon pull, pourtant je peux encore sentir les doigts machiavéliques déraper sur mon lainage. Les trois étages à grimper m’ont semblé durer une éternité. Tandis qu'il avait pris la fuite, l'idée même de me retourner m’horrifiait. Le soulagement de toucher enfin mon seuil s'est instantanément mué en panique lorsque mes yeux ont rencontré la serrure fermée de ma porte, m'abandonnant seule et vulnérable dans un couloir silencieux. Le souffle court, mobilisant l'ultime énergie qui me restait, j'ai martelé la porte sans réussir à émettre le moindre cri. Alerté par le bruit, le voisin a ouvert en même temps que mon père. À peine ail entrouvert la porte, que déjà, j'étais à l'intérieur. Je me suis précipitée dans le couloir pour décrocher le colt à usage décoratif du mur et me suis jetée accroupie, dos à la porte suffoquant de larmes, comme prête à attendre mon agresseur. L’homme n’a jamais été confondu, mais une plainte contre X a été enregistrée suite à ma déposition, moment qui restera gravé dans ma mémoire. Apparemment, je n'étais pas la seule victime à la caserne; par conséquent, des mesures ont été prises et des portes renforcées installées, quant à moi, suite aux recommandations paternelles, j'ai maintenu mes habitudes et, c’était désormais armée de mon élégant parapluie-canne que j’allais continué de me déplacer, un accessoire très pratique pour se défendre selon mon père, mais que je considérais plus fantaisiste les jours de soleil… J’ai gardé ce réflexe très longtemps. Bien sûr, j'aurais pu envisager d'autres possibilités comme le vélo ou même les transports publics, cependant, compte tenu de la situation financière tendue de mes parents, souscrire à un abonnement de bus n’était pas une option. J'ai donc accepté la situation telle qu’elle était, sans montrer mon angoisse intérieure.
Mes parents font partie de la génération des crédits à la consommation des années 80-90. À un moment, il apparaît que ces derniers n'ont pas eu, sans doute, d'autre choix que d'y avoir recours afin d’assurer le quotidien. La problématique est qu'un emprunt en amène souvent d'autres, et sournoisement se construit un puits sans fond.
Dans ces conditions, le quotidien est difficile. Une fois les factures et les remboursements payés, les fins de mois se faisaient âpres comme chez bien d'autres familles en difficulté, les habits changeaient de mains, passant de cousin en frère, de sœur en cousine, le manque d’argent forçait souvent mes parents à repousser certaines activités, ou à économiser scrupuleusement, et comme le répétait Nicole, il fallait se serrer la ceinture. La question n'est pas de lancer une analyse comparative, mais de comprendre les émotions, le vécu associé à la différence. Dans notre éducation, on nous avait enseigné le silence des demandes et la courtoisie des remerciements. Notre mère annonçait sans mesure et avec emphase : "le Roi dit, nous voulons !”. Pourtant, je me suis aperçue, souvent à mon désavantage, que bien des contraintes familiales auraient pu être mieux régulées sans les excès financiers de Nicole...
Ce chapitre s'avère être, sans l'ombre d'une hésitation, la partie la plus éprouvante à écrire. Aujourd’hui encore, j’éprouve des sentiments mélangés entre regrets et colère. La déception remplace petit à petit la culpabilité, mais c'est toujours aussi douloureux. Cette déception est liée au fantasme des parents idéaux, de ceux avec lesquels je ne pourrais plus rien partager, mais encore faudrait-il que cela fut le cas un jour… Le partage n’a, à mon sens, jamais existé au sein de notre famille, toujours dans un sens, rarement dans l’autre, avec l’idée que l’on doit respect aux aînés…
***
Nicole, c’est ma mère. C'est le prénom qui résonne avec amertume dans mon esprit, symbole de relations tumultueuses et de souvenirs troublants. Issue d’une famille nombreuse de la classe moyenne, Nicole est l’avant-dernière d’une fratrie de six, composée de trois garçons et trois filles. Nicole est donc ma mère, bien que je fusse la sienne quelques années en arrière. Lorsqu'elle parle de sa personne à l’adolescence, elle se décrit comme “ une rigolote ” que son entourage surnommait Charlotte. Elle raconte aisément les prouesses scolaires dont elle aurait été capable si elle avait été plus sérieuse, ne manquant jamais d’illustrer ses propos:
– Tu sais, j'aurais pu devenir médecin si je l'avais voulu ! me répétait-elle en boucle.
Mais il n’en a rien été. La possibilité d'intégrer l'internat religieux, loin d'être perçue comme une opportunité, s'est imposée à elle comme un fardeau dans une époque où la communication entre parents et enfants n'avait que peu de place. Nicole était restée dans l'incompréhension des efforts financiers soutenus par ses parents pour son éducation, faute d'avoir été informée de leurs espoirs de la voir s'investir pleinement dans ses études, vu ses aptitudes d’apprentissage. L’expérience de l'éloignement familial, selon Nicole, a été le catalyseur d’une curiosité grandissante pour les transgressions des règles. Ma mère est un être doté d’une certaine intelligence pour sûr, mais à mon sens, sa nature est aussi empreinte de malignité et d’un soupçon de perversité. Sa personnalité victimaire se faisant aidante, elle excelle à captiver l'attention et la sympathie des autres, ce qui me fait sortir de mes gonds, puisque sa parole en devient presque d'une véracité absolue. Au plus loin que je me souvienne, Nicole n'a jamais été très affectueuse, alors pour les câlins et le réconfort, il fallait plutôt se diriger vers mon père, pourtant, pour épater la galerie et attirer l’attention sur elle, Nicole, ne lésinait pas sur les effusions en public, mais ces élans s'estompaient dès que les regards se détournaient.
L'histoire familiale maternelle m'échappe en grande partie, cependant, il m'a été impossible de ne pas noter les relations conflictuelles entre Jacques, mon père et certains membres de sa belle-famille. Ma mère évoquait son père avec une grande affection, s'efforçant toujours d'alléger ses épreuves, notamment lorsque, interdite de table, il lui apportait des plateaux en guise de dîner dans sa chambre. Ma grand-mère possédait une nature plus sévère, elle n’a pas eu la vie facile, un accident vasculaire cérébral survenu à l'âge de trente-six ans l'a rendu hémiplégique, avant que la maladie d'Alzheimer ne fasse inexorablement son œuvre. Cette maladie neurologique a laissé des traces dans ma mémoire. J’ai toujours connu ma grand-mère ainsi, peu bavarde et observatrice. En réalité, elle était déjà dans un ailleurs, perdue dans sa mémoire, et vivait dans le passé. Un passé dans lequel elle n’avait pas encore d’enfants et encore moins de petits-enfants. Les périodes estivales déclenchaient chez elle des orages émotionnels et des gestes hostiles avec sa canne, moment où sa maison de campagne se voyait envahie, dans sa perception altérée, par des visages non reconnus tels que ma tante, son mari, leurs enfants et moi, une conséquence directe de sa vie figée dans le temps. C’est un souvenir douloureux pour moi, ce n’est pas évident à onze ans d'être secouée ainsi. Décidément, l'amour inconditionnel ne trouvait jamais sa place parmi mes proches, et, mon cœur de petite fille s’est habitué à grandir ainsi, dans la carence affective. Heureusement, Alfred, mon grand-père maternel était un homme affectueux et généreux, je garde en mémoire des souvenirs agréables en sa présence, il savait trouver les mots pour apaiser, comme les petites attentions qui donnent le sourire, comme les bonbons au réglisse « Stop Tout », la pièce de dix francs donnée en douce ; « les canards dans le café » ou les prunes à l’eau-de-vie. Il nous a quittés lors de ma treizième année, cette année-là, je ne l’oublierai jamais, c’est l’année où tout a basculé.
***
Au début des années soixante-dix, Nicole a rencontré mon père lors d'un bal en plein air. Ma mère était une jolie jeune femme, une brune d’un mètre soixante aux formes généreuses. Déjà courtisée, elle a choisi l'homme qui allait devenir mon père sans hésitation et du haut de leur jeune âge, ils se sont lancés dans la vie les poches vides.
Bien que je ne souhaite pas m'attarder sur le passé de mes parents, je ne peux m'empêcher de leur chercher des circonstances atténuantes, peut-être dans l'espoir de nuancer les conséquences de leurs actions. En d’autres termes, indépendamment des aléas de l’existence, les enfants ne devraient jamais être impliqués dans les conflits des adultes. On ne peut nier que la vie est jalonnée de difficultés, certaines atteignant une intensité accablante, mais, n’est-ce pas la principale mission des parents que d’assurer à leurs enfants un environnement avec lequel règnent amour, sécurité, bienveillance et protection ?
***
J’ai peu de souvenirs de moments chaleureux partagés avec ma mère. Pas très maternante, elle n'était pas tactile et j’ai beau me creuser les méninges pour rappeler à ma mémoire un câlin, je n’y parviens pas. Hormis les moments où elle tressait mes cheveux, ceux passés à assembler un costume de clown pour la fête de mardi gras et lorsque, âgée de sept ans, j’ai feint de porter son ventre arrondi pour lui offrir un semblant de répit, photo à l’appui, je ne parviens pas à me souvenir DU lien d'Amour. C’est en grandissant, dans le tumulte de l'adolescence, qu’une complicité à sens unique s'est formée avec Nicole, ponctuée de confidences uniques et de secrets partagés, comme cette fois où, sous mes yeux, elle a été surprise en flagrant délit par un vigile avec des produits de beauté volés à la sortie d'un magasin.
Je n’ai jamais connu Nicole en activité professionnelle, je sais qu’elle a travaillé un temps dans un magasin de laine et que cela n’a pas duré. Elle est très manuelle, en couture, tricot, elle est douée, c’est vrai, je crois bien que rien ne lui résiste. Elle a toujours occupé ses journées ainsi, en tricotant devant une série ou un film, puis elle s’est mise au patchwork et bon sang, comme elle est douée. Très minutieuse et appliquée, elle assemblait des minuscules morceaux de tissus les uns avec les autres pour donner vie à un tableau, de véritables tentures, magnifiques. Tellement habile, qu’elle parviendra plus tard à donner des cours au sein d’une association. Évidemment, ces activités manuelles nécessitaient quantité de matières premières telles que laine, tissu, boutons, rubans, biais, aiguilles… Par conséquent, elle se retrouvait souvent à renouveler son stock et laissait une somme conséquente derrière elle chaque fois qu'elle passait en caisse. Très fréquemment, pour ne pas dire constamment, Nicole me rendait complice de ses petits secrets, me faisant promettre de garder le silence auprès de mon père. À mon sens, ses arguments étaient logiques, motivés uniquement par l'impératif, la nécessité… et, elle avait cette fâcheuse manie de m’impliquer dans ses cachoteries. Le fameux secret
