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En pleine préparation du Christmas Challenge, Dune fait la rencontre de Joaquim...
A Hossegor, dans les Landes, Dune tente de combler le vide laissé par la mort de ses parents, à travers le surf. Auprès de ses grands-parents, elle vit comme ses amis, surfeurs également, au rythme des saisons et des vagues. Parce qu'au milieu de l'océan, Dune a toujours ressenti le désir de repousser plus loin ses limites, elle s'est lancé pour défi de participer au Christmas Challenge, une compétition de grosses vagues qui a lieu tous les hivers et exige une préparation intensive. Or, au même moment, Dune fait la rencontre de Joaquim, un jeune homme très captivant. Elle est alors entraînée par un courant contre lequel il lui sera difficile de lutter.
Découvrez le récit touchant d'une jeune fille passionnée de surf qui se voit entraînée par un courant contre lequel il lui sera difficile de lutter dont Joaquim, un jeune homme fascinant, est l'origine.
EXTRAIT
Le spectacle était majestueux. Les montagnes du Pays Basque étaient complètement découvertes sur la gauche et on distinguait même, au loin, le bout de l’Espagne. Face à elle, l’horizon était parsemé de quelques nuages et le soleil continuait sa descente derrière l’un d’eux. Le visage de Dune reflétait les couleurs du ciel, un mélange d’orangé, d’ocre, de pourpre. Ses yeux se perdaient dans l’horizon et elle se sentait couler comme le soleil derrière l’océan, vers un lieu inconnu où, pensait-elle, elle trouverait certainement ce qu’elle cherchait.
Une larme roula doucement sur sa joue. Elle pensait à ses parents. Régis et Jeanne, des passionnés de l’océan. Ils partaient souvent sur leur voilier, de nuit, afin de naviguer le long des côtes landaise, girondine, charentaise et arrivaient parfois même jusqu’en Bretagne. De leur bateau, ils aimaient admirer silencieusement les dunes façonnées par l’épreuve des intempéries, mais, qui se tenaient toujours, jour après jour, fidèles au poste. Pour eux, c’était un tableau hors de prix, si beau qu’ils décidèrent d’appeler leur fille, Dune, en espérant que, comme celles qu’ils aimaient contempler, elle serait forte et braverait les épreuves de la vie, avec confiance et prestance.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Née à l'île de La Réunion dans une famille très tournée vers la mer,
Mahalia Galais y a grandi et appris à surfer sur la côte ouest, vers l'âge de 15 ans. Plus qu'un sport, c'est véritablement devenu une manière de vivre. Quel que soit le support (bodyboard, shortboard, longboard, paddle, son propre corps), être au milieu vagues était son quotidien. Les compétitions ont donc été la suite logique dans son histoire, avec quelques beaux titres remportés dans la catégorie bodyboard ondine : plusieurs fois championne de La Réunion, Étoile du sport, 3 fois championne de France. Après avoir envisagé de se lancer dans une carrière professionnelle en bodyboard et surf, elle a finalement repris ses études en droit. Si elle a arrêté les compétitions, elle n'a pourtant pas cessé de surfer. En effet, son cursus en droit s'est déroulé principalement à Bayonne, ce qui lui a permis de vivre à Hossegor pendant un peu plus de 7 ans. Puis, ayant obtenu le certificat pour pouvoir exercer en tant qu'avocate, elle a commencé à Bordeaux. Aujourd'hui, de retour à La Réunion, Mahalia exerce au sein de barreau de Saint-Pierre.
Elle a toujours aimé écrire, des poèmes surtout.
Dune est son premier roman, très largement inspiré par la foi qu'elle vit chaque jour, ainsi que par ce moment de sa vie qu'elle a eu la grâce de passer à Hossegor.
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Seitenzahl: 230
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Mahalia GALAIS
Mentions légales
© 2018, Les Éditions du 20 Décembre
Les Éditions du 20 Décembre
1116 rue de Cambuston 97440 Saint-André
Tél: +262692732 094
Email: [email protected]
ISBN :979-10-92429-20-6
Couverture : Marion Dérand, Les Fabriques
Photographie : Anne-Cécile Lacoste
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ta passion pour Moi
te conduit vers des horizons inespérés…
Sommaire
ÉTÉ
AUTOMNE
HIVER
ÉPILOGUE
ÉTÉ
— Toi, tu restes ici !
« Quoi, pourquoi, mais qu’est-ce que j’ai fait ? Hum ! J’ai la tête qui tourne et les escaliers qui mènent à la piste de danse me semblent particulièrement abrupts… Abrupts ?! Mais pourquoi je pense à ce mot-là ? Et maintenant ?J’ai la tête qui tourne et je ne me sens pas très bien. Mes acolytes pour la soirée m’ont laissée en plan et ont dévalé les escaliers sans même s’inquiéter pour moi. »
Les pensées de Dune tournoyaient en elle.
L’un des videurs de la boîte de nuit la prit par le bras et la fit assoir juste à côté de l’entrée, de façon à ce qu’elle ne gêne pas les autres clubbers qui attendaient patiemment les bonnes grâces de son binôme pour pouvoir entrer…
« J’ai vraiment la tête qui tourne. Oh purée ! Je vous avais prévenus... j’avais la tête qui tournait ! Enfin, du moins j’ai essayé de vous prévenir », pensa-t-elle.
Le videur regarda Dune avec pitié et celle-ci se sentit trop mal d’avoir «un peu» gerbé sur ses pieds. Il l’attrapa à nouveau par le bras et l’entraîna beaucoup plus loin, dans les escaliers qui mènent à la plage. La peur envahit Dune, et, malgré son état d’ébriété, tout le début de la soirée défila rapidement dans sa tête tel un flashback. Ça avait pourtant bien commencé ! Qu’est-ce qui a mal tourné ?
La bande—Temaru, Reva et Antoine—avait apporté du vin, chez elle, pour commencer la soirée, puis ils étaient tous allés au bar de la plage.
« C’était vraiment génial ! Le barman nous avait même offert des shooters et, enfin, un gars qui connaissait Antoine nous avait offert des cocktails à base de vodka… Oh non ! Ce mélange… Rien qu’en y repensant je me sens mal à nouveau. »
— Hé !
« Oups le videur, c’est vrai, j’avais oublié ! Mais qu’est-ce qu’il me veut ? Pourquoi il m’a entraînée dans cet endroit sombre ? Il n’y a personne en plus ! Oh mon Dieu, si tu existes vraiment, sauve-moi !»
Dune voulut crier, mais tous ses mots restèrent coincés au stade de la pensée.
— Hé toi ! Attends-moi là ! T’es vraiment au plus mal, je vais prévenir tes amis, et toi, essaie de boire ça !
Il lui tendit une bouteille d’eau.
« Serait-ce un ange ? Dieu existe ?! Pfff ! J’suis trop bourrée, je divague. »
Dune essaya de boire l’eau. La proximité de l’océan avec son air frais et salé, comme une caresse sur son visage, lui faisait le plus grand bien.
— C’est la dernière fois que je bois autant de vin… et de shooters… et de vodka !
Cette fois-ci elle avait réussi à vaguement articuler.
Les autres arrivèrent dix minutes plus tard et en voyant son état, ils décidèrent de la reconduire chez elle.
Par chance, ses grands-parents avaient prévu de passer le week-end au Pays Basque. La maison était donc silencieuse et plongée dans l’obscurité, lorsqu’ils arrivèrent chez Dune.
***
***
Reva
Aujourd’hui j’ai vu une femme belle,
J’ai voulu être comme elle,
Être et donner, tout dans la simplicité,
Son visage hâlé reflétait la félicité.
Une beauté sans froufrous,
Un sincère sourire doux,
De vraies formes voluptueuses,
Tout en elle me rendait heureuse.
***
À son réveil, le soleil illuminait déjà, en grande partie, sa chambre. Dune avait tout le corps endolori et une abominable migraine. Lorsqu’elle arriva enfin à s’extirper de son lit, elle réalisa que ses amis avaient déjà déserté les lieux.
— Purée ! Mais ils se sont levés aux aurores ou quoi ? marmonna-t-elle en sortant du lit.
Un rapide coup d’œil à son réveil lui indiqua qu’il était déjà quatorze heures.
— Bon d’accord, j’ai un peu traîné, reconnut-elle, à contrecœur.
Elle était un peu triste de se retrouver seule au réveil, surtout après le fiasco de la veille.
Tant bien que mal, elle descendit à la cuisine, dans l’espoir de se faire un café, chose qu’elle réussit au bout de dix minutes, tant ses mouvements étaient au ralenti.
Avec sa tasse brûlante, Dune se posa enfin dans un fauteuil de jardin sur la terrasse. Rejetant la tête en arrière pour mieux apprécier les rayons dorés qui lui caressaient le visage, elle se sentit revivre, baignée par ce doux soleil d’un après-midi landais.
On était au début du mois de juin et, à cette saison, même si les jours se rallongeaient de plus en plus, il arrivait que le temps se fasse encore capricieux. En tous cas, à ce moment-là, tout était parfait, selon Dune. Celle-ci se remettait petit à petit de sa soirée un peu trop arrosée lorsque son téléphone vibra.
C’était Reva.
— Salut poulette ! Ça va ? T’as pris une sacrée cuite, hier soir ! Bon, là je suis aux Esta1. J’me mets à l’eau, tu viens ?
— Heu… Je suis HS. Je vais rester tranquille. Ce soir, j’irai sûrement faire une petite balade à vélo à Capbreton.
— Okay, on se tient au jus alors ! Bisous poulette. À tout’ !
Mais d’où sortait-elle toute cette énergie ?
Dune soupira. Tout était si simple avec Reva. C’est ce que Dune appréciait particulièrement avec sa meilleure amie. Aucune prise de tête, tout dans la simplicité. C’était sûrement sa mentalité de surfeuse et ses origines polynésiennes qui la rendaient aussi cool. Plus exactement, c’est son arrière-grand-mère qui était de l’île de Bora Bora. Son grand-père, très jeune, était venu s’installer en France, pour le travail. Il avait, par la suite, épousé une métropolitaine et, de cette union, étaient nés deux fils. Le père de Reva, Nunui, et son frère, Oncle Raimana. La mère de Reva, Françoise, était une Landaise pure souche qui avait grandi à Dax.
Reva avait un grand frère Temaru, vingt-cinq ans, beau gosse et toujours célibataire… et un petit frère Keanu, treize ans, mignon comme un petit ange.
Dune traînait toujours avec Reva et ses frères. Ils étaient tous animés de la même passion : le surf. Il y avait aussi Antoine, le petit ami de Reva qui était devenu l’un des amis les plus proches de Temaru, son « bro » comme ils disaient tous les deux. En fait, Dune ne savait plus très bien si ces deux-là avaient été amis avant que Reva ne soit en couple avec Antoine ou bien si c’est le fait qu’ils soient en couple qui avait permis de développer cette amitié virile. Bah, peu importe ! Ce qui comptait, c’était l’amour et le bonheur de son amie.
Dune aimait Reva comme une sœur. D’ailleurs, beaucoup les prenaient pour telles, même si Dune n’avait aucune origine polynésienne. Mais, elle était brune également et avait de grands yeux gris couleur océan les jours de tempête. Elle avait une peau fragile qui ne bronzait pas facilement—qui cramait plutôt, aimait-elle à rappeler en rigolant. Mais, claironnait-elle à qui voulait l’entendre, ça ne l’empêcherait pas de passer sa vie à l’eau, quels que soient le temps et la température !
Ainsi, les deux jeunes filles avaient grandi ensemble dans la région de Hossegor et avaient toujours partagé les mêmes classes de la maternelle au lycée, les mêmes cours de surf, les mêmes goûters, les mêmes soirées pyjama, les mêmes soirées tout court, les mêmes combinaisons et planches de surf. « Oui c’est vrai, de véritables sœurs ! », ronchonnait souvent Oncle Raimana, leur entraîneur attitré. Aujourd’hui, elles étaient plus proches que jamais, bien que la vie ait conduit Dune vers des études littéraires à l’université de Bayonne, tandis que Reva, elle, se concentrait sur une carrière de surfeuse professionnelle. Dune pensait de son amie qu’elle avait vraiment toutes les chances pour réussir, car Reva non seulement avait un excellent niveau technique, mais plus encore, elle était dotée d’une détermination à toute épreuve. Et puis, il faut le dire, car apparemment c’est quelque chose qui plaît aux sponsors, Reva était belle comme un cœur. Elle avait hérité des yeux bleus de sa mère et des traits polynésiens de son père. Plus important encore pour réussir dans ce milieu, Reva avait sa famille entière qui la soutenait et qui vivait, tout comme elle, au rythme du vent, des marées et du calendrier des compétitions. Ses deux frères étaient des compétiteurs nés : Temaru suivait le tour professionnel pour tenter de se qualifier sur le tour des championnats du monde, tandis que son petit frère participait aux compétitions nationales et européennes. Son père et son oncle étaient également d’excellents surfeurs, mais plutôt friands des grosses vagues ; aussi, chaque année, ils attendaient l’hiver avec impatience pour sortir leur gun2 et surfer la Nord—la Nord, spot de surf mythique à Hossegor qui a la réputation de tenir les grosses et longues houles. En fait, cela signifie que ce spot devient vraiment intéressant quand on le surfe à plus de deux mètres cinquante…
Reva n’était pas particulièrement fan des grosses vagues, mais son oncle Rai la poussait à dépasser ses limites car, disait-il, cela forge le caractère. Ainsi, pour surfer ces grosses vagues et pour surfer tout court, Reva suivait un entraînement intensif toute l’année. Dune la rejoignait souvent, surtout lorsqu’il s’agissait d’aller courir au lac ou bien de se mettre à l’eau tout simplement. En revanche, pour la salle de sport et les renforcements physiques sur la plage, elle préférait éviter ! Cependant, elle avait pris la décision de s’y mettre dès cet été, car il était grand temps qu’elle aussi dépasse ses limites.
Elle ne savait pas de quoi, mais Dune avait soif de quelque chose. Elle cherchait, mais elle ne trouvait pas. Elle se disait que, peut-être, cet hiver, en dévalant l’une de ces montagnes d’eau de trois mètres de haut, elle trouverait. Sa soif serait étanchée. Oui, c’était bien ça ! Elle avait soif de quelque chose de bien plus grand qu’elle. Elle repensa à la soirée de la veille. Boire pour oublier… C’est d’un cliché !
Perdue dans ses pensées, sous les doux rayons du soleil, Dune finit par s’assoupir. Deux heures plus tard, elle se réveilla enfin, alors que l’après-midi était déjà bien avancée. Elle se fit un sandwich au fromage en vitesse, prit une banane, son vélo, puis sortit de chez elle, avec en tête, l’idée d’une longue balade.
***
***
Un jour prend fin
Sous cette pluie d’or, une vie s’éteint,
Le soleil s’endort, un jour prend fin.
Pour le retenir, je tends les mains.
Mais il était déjà fixé, ton destin.
Mes yeux se voilent, je ne vois plus rien.
Reste-t-il quelque chose de bien ?
Ton sourire dans notre mémoire,
Tout doucement quand vient l’ombre du soir,
Nous entraîne comme dans un chant d’espoir,
Cette absence d’au revoir,
J’essaie de le croire,
C’est parce que nous allons nous revoir.
***
Trente minutes plus tard, Dune se retrouva sur la piste cyclable au milieu de la forêt de pins. Ils étaient si hauts et si touffus en cette saison qu’à certains endroits, on ne voyait plus le ciel. Dune adorait se promener ainsi au milieu des bois, cela lui permettait de réfléchir et de laisser libre court à son imagination.
Quand elle était plus jeune, elle imaginait les pins comme ses amis et leur faisait souvent la conversation, prenant même de leurs nouvelles lors des promenades hivernales, après de longs jours de tempête. Depuis, Dune avait grandi, mais elle ressentait toujours une présence bienveillante lorsqu’elle était dans la forêt, comme si les pins, ses amis, faisaient office de sentinelles tout autour d’elle. Elle pédalait à vive allure. Elle voulut s’arrêter pour leur faire un câlin. Oui, ça lui arrivait parfois ! Mais pas aujourd’hui, elle poursuivit son chemin rapidement.
Une fois à la lisière de la forêt, juste en contrebas de la dune, Dune descendit de son vélo et se mit à le pousser dans le sable déjà froid, pour atteindre le sommet.
— Waouh ! Juste à temps ! s’écria-t-elle.
Le spectacle était majestueux. Les montagnes du Pays Basque étaient complètement découvertes sur la gauche et on distinguait même, au loin, le bout de l’Espagne. Face à elle, l’horizon était parsemé de quelques nuages et le soleil continuait sa descente derrière l’un d’eux. Le visage de Dune reflétait les couleurs du ciel, un mélange d’orangé, d’ocre, de pourpre. Ses yeux se perdaient dans l’horizon et elle se sentait couler comme le soleil derrière l’océan, vers un lieu inconnu où, pensait-elle, elle trouverait certainement ce qu’elle cherchait.
Une larme roula doucement sur sa joue. Elle pensait à ses parents. Régis et Jeanne, des passionnés de l’océan. Ils partaient souvent sur leur voilier, de nuit, afin de naviguer le long des côtes landaise, girondine, charentaise et arrivaient parfois même jusqu’en Bretagne. De leur bateau, ils aimaient admirer silencieusement les dunes façonnées par l’épreuve des intempéries, mais, qui se tenaient toujours, jour après jour, fidèles au poste. Pour eux, c’était un tableau hors de prix, si beau qu’ils décidèrent d’appeler leur fille, Dune, en espérant que, comme celles qu’ils aimaient contempler, elle serait forte et braverait les épreuves de la vie, avec confiance et prestance.
Ce fut lors de l’une de ces sorties, au milieu d’une tempête arrivée sans crier gare, que Régis et Jeanne disparurent en emportant avec eux le souvenir d’une magnifique famille heureuse et unie. Dune n’avait alors que six ans. Son cœur fut brisé pour la première fois de sa vie. Ses grands-parents la recueillirent chez eux, lui donnèrent une double portion de leur amour, tentant ainsi de combler le vide laissé par son père et sa mère. Pourtant, en grandissant, Dune n’avait toujours pas comblé ce vide, et elle se raccrochait à son meilleur ennemi, l’océan, scrutant ses moindres mouvements, cherchant, encore et encore, des réponses. Dune était vraiment partagée entre sa passion pour l’océan, héritée de ses parents, et sa douleur, lorsqu’elle pensait que c’était lui, cet être imprévisible et indomptable, qui les lui avait pris.
« Dompter l’indomptable… Vais-je y arriver ?»
Le soleil finissait sa course et disparaissait complètement derrière l’horizon. Le ciel se teinta alors de vert et de violet, en plus des couleurs chaudes or et orangées. Dune se leva, sécha ses larmes, récupéra son vélo et descendit la pente. Il fallait qu’elle rentre avant qu’il ne fasse complètement nuit. Elle aimait la forêt, mais pas au point de s’y promener seule, tard le soir. Arrivée en bas de la dune, à côté d’un parking, elle réalisa alors que l’une de ses roues avait crevé.
— Mince !
Elle regarda tout autour d’elle. Elle n’avait rien prévu pour la dépanner et était bien trop loin de chez elle pour faire toute la route en sens inverse, à pied.
« Oh mon Dieu, si tu existes vraiment, aide-moi !»
Dune se surprit elle-même à faire, une nouvelle fois, cette prière. Pourtant, elle ne croyait pas en Dieu, elle croyait en… elle croyait en la nature ! Oui, c’est ça, la Nature, l’Univers, quelque chose qui nous dépasse quoi !
« Bon, se dit-elle, c’est bien beau tout ça, mais je fais quoi, moi, maintenant ?»
Le parking était désert. À l’exception d’un gros 4X4. Il n’était plus tout neuf et, vu la boue sur les roues, celui-ci devait certainement appartenir à un chasseur ou quelque chose du genre. Dune s’en approcha, mais il n’y avait personne. Elle s’apprêta à faire demi-tour, dépitée, quand quelqu’un l’interpela.
— Hé ! Qu’est-ce que tu veux ?
Elle se retourna et vit un jeune homme arriver, nonchalamment, d’un autre chemin par les bois. Il portait un appareil photo, avait un sac à dos et était accompagné d’un chien couleur caramel.
Le chien arriva en trombe sur Dune et trépignant d’impatience réclama des caresses.
— Caramel !
Dune explosa de rire. Il s’appelait vraiment Caramel ! Le jeune homme s’immobilisa à dix mètres de Dune et la regarda rire.
— Désolée ! C’est juste que ça lui va bien ce nom, pouffa-t-elle en observant le jeune homme.
Il était grand et beau. Dune ne trouva pas d’autres mots pour le décrire. Il avait les yeux couleur cime des pins, les cheveux coupés très court plutôt châtain clair et la peau du visage et des bras hâlés. Son nez aquilin lui donnait beaucoup de charme. Il devait avoir à peu près son âge.
— Qu’est-ce que tu veux ? répéta-t-il d’un ton plutôt bourru.
— J’ai crevé et je cherche de l’aide.
— Il va bientôt faire nuit, c’est dangereux pour une meuf de traîner dans les bois à cette heure-ci.
— Oui, je sais. Si je n’avais pas crevé, je serais presque déjà chez moi en ce moment.
— T’habites où ? J’ai rien pour te dépanner. Par contre, on pourrait mettre ton vélo à l’arrière du 4x4 et je pourrais te conduire jusque chez toi.
Beau et gentil en plus ! Malgré son ton bourru. Quand même, toute cette gentillesse, ça paraît louche. Bon, c’est ça ou rentrer à pied. Okay, dans les deux cas, je prends un risque. Mieux vaut prendre un risque avec le B.B. (beau bourru).
— J’habite à Hossegor, près du lac.
— Okay. Monte si tu veux ! Je vais là-bas aussi. Caramel a l’air content d’avoir une nouvelle copine. Au fait, moi c’est Joaquim !
Il lui tendit la main.
— Moi c’est Dune, dit-elle, un peu mal à l’aise.
En effet, d’un naturel plutôt réservé, Dune n’avait pas l’habitude de se faire raccompagner par des inconnus, aussi plaisants soient-ils !
Sur la route, ils n’échangèrent quasiment aucun mot, et ce n’est que lorsqu’ils furent presque arrivés à destination que la conversation reprit.
— Tu veux que je te dépose où exactement ?
— Juste à l’entrée du chemin qui longe le lac, pas très loin du grand hôtel.
— C’est drôle, c’est exactement là où je vais moi aussi. Tu vis là ?
— Oui, j’y habite avec mes grands-parents.
— Ah okay ! Et tu fais quoi dans la vie ?
— Je surfe ! Et je suis étudiante en lettres. Et toi, t’es photographe ?
— Ha ! Ha ! Non ! Je suis second de cuisine, au restaurant du Grand Hôtel. Tu connais ? La photo, c’est juste une passion.
Son sourire illuminait son visage.
— Okay ! C’est génial ! Pour les photos, ce soir, tu as dû te régaler, car les couleurs étaient incroyables !
Dune se garda bien de lui dire qu’elle connaissait bien le Grand Hôtel du Lac puisqu’elle y avait été prise pour la saison, comme femme de chambre.
Joaquim la regarda tout sourire. C’est vrai qu’elle était jolie, Dune. Ses grands yeux gris et ses longs cheveux bruns un peu décolorés par le sel et le soleil lui donnaient un air enfantin. Son air grave quand elle ne parlait pas et réfléchissait la rendait presque insaisissable. Puis, tout à coup, elle souriait, et le monde entier sautait de joie avec elle.
Une fois garé devant chez elle, Joaquim aida Dune à sortir son vélo du véhicule.
« Il est vraiment gentil » se dit-elle, puis tout haut :
— Tu habites où, au fait ?
— Pour la saison l’hôtel me fournit une chambre. En fait, ça va me permettre d’économiser car je cherche à m’installer dans la région, pourquoi pas monter mon propre restaurant ou en reprendre un… On verra bien ! J’ai plein d’idées en tête, mais avant, focus sur la saison. Ça va envoyer grave !
Dune était complètement sous le charme. Elle aimait bien sa façon de parler, et finalement, son ton bourru ne le rendait que plus irrésistible.
— Bon bien c’est super ! Merci encore pour ton aide !
— Ouais. Je suis sûr qu’on se reverra.
Il démarra et la laissa, toute pensive, regagner son cocon. La lumière du salon et de la cuisine était allumée et une odeur agréable de viande grillée flottait dans l’air. Dune lâcha son vélo devant l’entrée et se précipita à l’intérieur.
— Hé ! Salut poulette ! Alors, c’était comment les vagues aux Esta ?
Reva lui répondit en faisant une grimace.
— Okay ! Mais quelle idée d’aller surfer après la cuite d’hier soir ! Je sais même pas comment t’as fait pour tenir debout sur ta planche !
— J’étais obligée, oncle Rai m’attendait pour un training… On n’aurait pas dû boire autant. T’étais vraiment au plus mal, tu sais. Il a été hyper cool le videur de la boîte.
« Ah oui c’est vrai… Le videur !»
— Ouais c’est clair ! Hyper cool ! Je comprends toujours pas d’où lui est venu cet élan de compassion. Bizarre tout de même, tu trouves pas ?
— Nan, mais t’inquiète ! Te prends pas la tête, il était cool, c’est tout ! D’ailleurs, en parlant de gens cool, c’était qui là ? Je croyais que tu étais partie à vélo ? Pourquoi quelqu’un t’a ramenée ? J’ai vu par la fenêtre, il avait l’air pas mal…
— Je suis allée au sud de la forêt et j’ai crevé en grimpant la dune. Il y avait ce gars qui faisait des photos, apparemment. Il m’a ramenée. Il travaille à l’hôtel aussi.
— Quoi ?! Mais c’est trop énorme ! Il est comment ? Il est beau ? Il surfe ? Il s’appelle comment ? Il vient d’où ? Vous allez travailler ensemble à l’hôtel ! C’est trop cool !
— Ouais bon ça va, ne t’emballe pas ! Il s’appelle Joaquim et il travaille en cuisine. Je ne pense pas qu’on va beaucoup se voir…
— Roooh, j’hallucine ! Tu dis ça d’un air tristounet ! Ha ! Ha ! Mais c’est que ma surfeuse préférée aurait enfin craqué sur un gars !
— Bon allez, c’est bon ! Arrête ! T’as pas faim ? On mange ?
Reva avait préparé des aiguillettes de canard accompagnées de riz pilaf et de quelques feuilles de salades. Les filles s’installèrent tranquillement dans le salon pour manger. Quand les grands-parents de Dune étaient absents, Reva avait l’habitude de venir squatter chez sa meilleure amie et les deux commères se calaient toujours dans le canapé pour manger. Avec un grand thé brûlant sur la table basse carrée, des fruits et du chocolat pour le dessert, elles étaient posées bien confortablement pour débriefer en détail de la soirée de la veille.
— Alors qu’est-ce qu’il s’est passé avec Antoine ?
— Bah, pas grand-chose. On était tous les deux alcoolisés, alors ce n’était pas vraiment le moment d’entamer une grande conversation. Il m’a ignorée pendant toute la soirée de toute manière et je l’ai vu danser avec une meuf que je n’avais jamais vue avant.
— Ouais, tu sais c’est le début de la saison, les vacanciers et les vacancières commencent à arriver.
— Oui, oui, et aujourd’hui il était à l’eau aussi, mais tu sais, comme on était tous les deux en mode training, on ne s’est pas parlé non plus.
— Okay ! Merci les deux boulets !
— Mouais… Je ne sais vraiment pas comment faire.
— Et lui non plus, on dirait. Il va vraiment falloir tirer cette affaire au clair.
Tout en grignotant un carré de chocolat avec son thé, Dune repensait à l’histoire de Reva et d’Antoine. Ils se connaissent et sont amoureux l’un de l’autre, depuis qu’ils savent tenir debout sur une planche de surf. Ils étaient toujours trop mignons ensemble. Antoine avait toujours été aux petits soins pour Reva et Reva ne quittait pas une compétition sans avoir félicité et serré dans ses bras son amoureux. Cependant, ces derniers temps, Reva parlait et rêvait engagement. À vingt-trois ans, elle souhaitait savoir dans quel sens construire son avenir. Antoine, quant à lui, évitait soigneusement de lui donner une réponse claire et disait avoir besoin de concentration pour ses compétitions, surtout qu’il avait une magnifique carrière pro qui se présentait à lui. Reva aussi avait cette opportunité, mais pour les filles ce n’était pas exactement la même chose. Il y avait quand même un fossé au niveau financier. Bref, Reva en eut assez et, après une soirée bien arrosée de clôture d’une compétition, en Australie, en mars dernier, elle flirta avec un autre. Antoine l’ayant aperçue, ne dit rien. Il ne cria pas, ne fit aucune scène. Il devint juste très distant avec Reva sans pour autant mettre un terme à leur relation. Reva avait fait quelques tentatives mais n’avait toujours pas réussi à lui parler. Cet épisode s’était donc passé au mois de mars, et là, on était début juin. Oui, il serait grand temps qu’ils parlent tous les deux ! Reva n’exprimait que trop rarement ces sentiments, mais Dune la connaissait par cœur et savait très bien que sa belle polynésienne regrettait amèrement son comportement.
Une fois de plus perdue dans ses pensées, Dune, blottie contre Reva, au fin fond du canapé commença à somnoler. Reva quant à elle, flânait en regardant ses profils sur les réseaux sociaux.
— Dune ! Tu commences à quelle heure demain à l’hôtel ?
Dune, à moitié endormie, réussit à lui répondre :
— L’après-midi.
— Il va falloir qu’on fasse un programme de tes trois mois de vacances !
— Hum !
Reva se leva délicatement en essayant de ne pas trop faire de bruit, replaça le plaid sur son amie, puis elle rentra chez elle, après avoir soigneusement rangé toute la cuisine et refermé la porte derrière elle. Eh oui ! elle avait la clef. C’était sa deuxième maison tout de même !
Dune dormait à poings fermés.
***
***
L’Amour
L’amour promesse
L’amour ivresse
L’amour tendresse
L’amour toujours
L’amour qui court
Et qui parcourt,
La terre entière mais revient seul,
Mort, enfoui dans un linceul.
Pour l’amour, jamais, il n’est trop tard,
Il suffirait d’un simple regard,
L’amour promesse
L’amour ivresse
L’amour tendresse
L’amour toujours
L’amour qui court
Et qui parcourt,
La terre entière mais revient seul,
Mort, enfoui dans un linceul.
Pour l’amour, jamais, il n’est trop tard,
Il suffirait d’un simple regard,
L’amour promesse
L’amour ivresse
L’amour tendresse
L’amour toujours
L’amour qui court
Et qui parcourt...
***
Le lendemain, Dune avait commencé la journée avec Reva qui avait débarqué chez elle à huit heures tapantes, en tenue de sport. Cette dernière avait une séance de cardio autour du lac et comme sa meilleure amie habitait juste à côté, elle n’avait pas pu s’empêcher de la tirer du lit pour qu’elle se joigne à elle.
À cette heure matinale, le lac était calme et silencieux. Seule la respiration saccadée des sportives venait troubler la tranquillité des lieux. Dune s’étonnait tout de même qu’en cette période de l’année, elles n’aient pas croisé plus de joggeurs.
« Bon, au moins, se dit-elle, on a toute la place dont nous avons besoin pour faire nos fractionnés !»
Deux heures plus tard, la séance d’abdos et d’étirements terminée, les filles se retrouvèrent à nouveau chez Dune. Mais elles n’étaient plus seules. Renée et Léopold étaient enfin de retour.
— Coucou Nénée ! Coucou Léo ! C’est nous !
— Les filles ! Bonjour ! Venez ! On est sur la terrasse ! répondit Renée.
Reva et Dune les rejoignirent et ce fut un moment de grandes embrassades bien transpirantes.
— Tu m’as tellement manqué, ma chérie ! Vous avez passé un bon week-end ? Tu as bien fêté ta réussite aux partiels ?
Renée était d’un naturel curieux, alors que Léo, lui, était plutôt observateur. Ses yeux bleus perçants ne manquaient jamais aucun détail.
— Oui c’était génial ! On a pris un apéro avec Temaru et Antoine, puis on est sorties à la Centrale. Voilà c’est tout. Et hier, on n’a rien fait de spécial, je me suis baladée à vélo et Reva a surfé.
— Tu commences ton travail à l’hôtel aujourd’hui, non ? Tu y vas à quelle heure ?
— À 14h00 !
— Il va falloir que tu t’organises bien, parce que tes horaires sont quand même assez irréguliers !
Renée aimait toujours prévoir les choses longtemps à l’avance.
— Oui, oui, t’inquiète !
— Ah oui ! C’est ce que je me suis dit aussi, ajouta Reva. On va te faire un planning pour cet été car tu dois t’entraîner aussi, si tu veux surfer la Nord cet hiver… Je vais t’aider à bien tout programmer pour maximiser ton temps entre le boulot, les entraînements, et le repos. Ça va être génial de s’entraîner ensemble toutes les deux !
— Okay les filles ! Je vois que vous avez de bons objectifs pour le surf, mais Dune, tu penseras également à finaliser tes dossiers d’inscription pour la deuxième année de Master, s’il-te-plaît.
— Renée, voyons ! Laisse-la profiter un peu ! C’est officiellement son premier jour de vacances ! En plus, elle doit aller travailler !
