Duos Confinés - Juliette Bonenfant - E-Book

Duos Confinés E-Book

Juliette Bonenfant

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Beschreibung

La pratique théâtrale étant devenue physiquement impossible pendant le confinement, deux acteurs ont décidé de continuer à "jouer" en improvisant des scènes... à l'écrit. Le binôme se crée, des textes naissent et de plus en plus, l'envie d'écrire, d'écrire encore, vite... répondre, répliquer, réfléchir, rétorquer... vite... l'écriture à quatre mains devient un jeu compulsif ! Nos acteurs deviennent auteurs et s'engagent dans une relation fictive avec laquelle ils s'amusent dans l'espace et dans le temps. Ils composent chaque jour de cette longue réclusion sanitaire avec le plaisir de n'être pas tout à fait soi-même. Ce recueil regorge de duos qui constituent toute une flopée de petites scènes cocasses et si étonnement drôles ou troublantes, une traversée de vies imaginées, de scènes de vies ordinaires... ou extraordinaires mais surtout, de vies non confinées.

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Seitenzahl: 84

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Un grand merci à la folie !

Celle de Sébastien, qui nous a lancé une perche et soutenu tout au long du projet.

Celle de Delphine et Yann qui partagent nos vies et nos envies !

Aux Armateurs qui nous supportent et nous transportent !

A tous ces fous qui nous écoutent, nous aiment, nous encouragent, nous secondent, nous inspirent, nous énervent, nous font rire...

Bref, tous ceux à qui nous devons ce livre et à tous ces fous qui enfièvrent ces textes !

Tables des matières

Préface

On s’connait ?

Le discours

3 jours

La fugue

Monde de fous

Brigitte

A l’œil

Ça cache quelque chose

L’insolent

Parfait

Les folles années

13 à table

Bonne fête Papa

Rocco

La Liberté

Les bagages

L’oubli

Préface

En mars 2020, la France toute entière était plongée dans un confinement inédit et mortifère à notre liberté et à notre imagination. Là, les acteurs du collectif "Les Armateurs" étaient, comme c’était le cas pour une grande majorité d’artistes dans le monde, interdits et empêchés. Avant tout, ils étaient seuls, et notre projet qui devait se jouer en mai était reporté à un "plus tard" très incertain. Le bec dans l’eau et dans cette incommensurable distance qui nous séparait les uns des autres, j’ai eu la timide intuition que nous pouvions correspondre par l’écriture, et que cela permettrait peut-être d’agrémenter nos visioconférences où le plaisir à se "retrouver" était voilé aussitôt par la prise de conscience de ce que nous étions, en réalité, si éloignés. Aussitôt, la plupart d’entre eux se prêtèrent au jeu, tout en se disant "ben, pourquoi pas ?!" … Ils n’avaient, pour beaucoup, jamais fait cela.

Le principe d’écriture était simple et clair : une première réplique était lancée, proposition à laquelle l’autre "répliquait" et ainsi de suite… C’est un peu comme s’ils improvisaient sur scène, en direct, à la différence que chacun pouvait méditer secrètement sa réponse. Aussi, il était impossible de savoir où mènerait l’exercice, et j’avais aussi interdit de communiquer au sujet de ce qui était en train de s’écrire. L’idée était de construire à chaque fois une relation exclusive par l’échange de répliques et par l’écriture à "quatre mains". Une sorte de bulle relationnelle, parfaitement libre et indépendante, le temps de quelques répliques et au plus fort du confinement.

De cette écriture où l’on se cherche, où chacun tente de deviner le projet ou l’envie de l’autre, il s’en ressent forcément un désir de savoir, une écoute curieuse et très attentive du partenaire… un peu comme dans une entreprise amoureuse de séduction. Un peu plus tard, les protagonistes de ces duos me confièrent que l’exercice devenait parfois frénétique et impulsif, sollicitant l’un et l’autre à n’importe quelle heure du jour et de la nuit… à la manière d’une respiration nécessaire en quête d’un oxygène rare, comme il en va de l’envie de jouer sur scène, de faire du théâtre, de se transposer dans un ailleurs ou vers un "autre soi-même"…

C’est ici que nos deux acteurs/auteurs entrent en scène et, s’engagent dans une relation fictive avec laquelle ils s’amusent dans l’espace et le temps d’un exercice subtil et libre. Ils se jouent d’une relation conflictuelle, ils s’étreignent ou se repoussent, ils s’aiment aussi beaucoup. En bref, ils composent chaque jour de cette longue réclusion sanitaire avec le plaisir de n’être pas tout à fait soi-même. Ces deux-là, Juliette et Pascal, n’ont pas fait autre chose que de se rencontrer par l’écrire, comme on se rencontrerait amoureusement un soir, et de ce coup de foudre à l’encre de chine, il naîtra une foultitude de petits ébats.

Dans "On s’connaît ?!" ils se découvrent un lien… un truc qui les unit et qui vient de loin. Avec "Le discours", ils passent de la pleine rhétorique au rapport charnel… dans un désir féroce et fiévreux d’écrire plus fort, plus grand et sans complexe… Et puis nous rions de bon cœur, car c’est aussi cela leur force : "3 jours" est sordide et cocasse à souhait… et pathétiquement drôle. Avec "La fugue", ils prennent l’air et se rêvent déconfinés avant l’heure, mais c’est pour nous dire finalement une toute autre vérité, sombre et pesante… Dans "Monde de fous", le duo s’émancipe follement. Puis, avec "Ça cache quelque chose" on perçoit l’influence du cinéma et du théâtre d’horreur - mais avec humour toujours - avant de s’en prendre avec style et drôlerie aux bigotes dans "L’insolent". "Parfait" est délicieusement imprévisible et cache un fond de vérité pour tout à chacun. Avec les "Folles années" ils retournent dans le dur, dans le vrai du couple et du temps qui passe… mine de rien, tout en vérité et avec une simplicité si rare. Dans le croustillant "13 à table", il est question de la famille, et de mathématiques ! "Bonne fête papa" ou la promesse d’un ascenseur émotionnel est si pur, alors que "Rocco" tient ses promesses et porte bien son nom, pire encore que la "légende" mais si drôle, toujours. Dans "Liberté" ils arrivent encore à nous surprendre sur le thème de l’amitié et du temps qui passe quand dans "Les bagages" il est question d’Amour avec un grand "A" (comme Alcool !). Et si dans "L’oubli" il était question d’un peu plus que de l’oubli… et si le duo d’auteurs devenait inséparable, à la vie à la mort…

Enfin bref, toute une flopée de petites scènes cocasses et si étonnements drôles, une traversée de vies imaginées par deux auteurs/acteurs qui avant d’être confinés ne savaient même pas qu’ils étaient sur le point de produire tout cela. Comme quoi cette saloperie de virus aura eu du bon dans notre malheur à tous, et j’aime à lire ce recueil comme une réponse instantanée à tous ces morts que nous pleurons encore et dont on calculait le nombre chaque jour à la télévision.

A l’heure où nous publions, l’épidémie sévit encore et nous continuons de compter les décès. Mais nous luttons aussi, et avons retrouvé le chemin des planches, non sans difficultés. De cette expérience, et de toutes ces scènes partagées, notre collectif en est sorti grandi, et plus fort. C’est à croire que les mots ont ce pouvoir-là : nous sortir de notre condition, nous rapprocher, nous faire nous aimer un peu plus, un peu mieux. Alors, faites comme moi et parcourez sans bouder votre plaisir les aventures de ces personnages. Ils n’auront de cesse de vous parler et surtout de vous surprendre. Ils sont là pour nous rappeler le sens de la vie, ses plaisirs, ses déboires et ses drôleries. Ils sont la mémoire d’une époque. Ils sont à l’isolement et à la mort une juste réponse, sans concession, et surtout et d’abord, un bel hommage à la Vie.

Sébastien Lenglet

Metteur en scène,

Professeur aux

Conservatoires de

Dunkerque et Lille

On s’connaît ?

Une femme et un homme, dans la rue.

Elle : Bonsoir Monsieur...

Lui : (étonné) Bonsoir... (puis détourne le regard)

Elle : (hésitante) Pardon... excusez-moi de vous aborder ainsi mais... j'ai l'impression de vous connaître... je me trompe ?

Lui : Ohhh, l'autre... le plan drague à deux balles...

Elle : Oh ! Mais enfin... pas du tout... je ne suis pas ce genre de femme, Monsieur.

Lui : Et elle insiste... mais lâche-moi... mocheté !!

Elle : Mais… mais... je n'insiste pas du tout... quel mufle vous êtes ! et vous vous croyez beau peut-être ?

Lui : Mais pourquoi elle me parle... (se tournant vers elle) je t'ai rien demandé... tu m'accostes, tu me dragues et mainten... mais... mais… on s'connait non...?

Elle : Pfffff... je ne sais pas... je ne sais plus... vous êtes si méchant !

Lui : Ah mais non... enfin si... mais non, je n'avais pas envie d'être importuné...

Elle : Ah ben c'est bien ça... vous essayez de vous rattraper, je le vois bien... il ne faut pas vous forcer surtout...

Lui : Non, non mais... c'est que, à vous regarder de plus près... votre tête... me dit quelque chose...

Elle : Et bien moi aussi... c'est ce que je me disais... mais quant à savoir où et quand... je ne saurais dire...

Lui : Ah bah, on est d'accord... la tête oui mais... j'ai pas de contexte... (parlant plus bas) et pas forcément mon genre en plus...

Elle : Mais vous concernant, j'ai souvenir d'un nom bizarre... vous ne vous appelez pas Marc-Aurèle ou quelque chose comme ça ?

Lui : Ohhhh... mais oui… enfin non... enfin merde... ça fait une éternité que... mais... vous êtes qui, vous ?

Elle : Oui... et bien... que dire... je m'appelle Nathalie, j'habite dans le quartier, je suis psychologue... vous n'êtes pas un de mes anciens patients quand même ?!

Lui : Nathalie... Nathalie la psychologue... non... ça ne me dit rien de bon... Nathalie la coiffeuse, Nathalie l'esthéticienne, Nathalie la serveuse du Bomba Club... oui... mais Nathalie la psychologue, non... (silence) allez voir un psy... nooooonn, t'es dingue ou quoi ?!

Elle : Bon... bon... en même temps, je n'ai pas toujours été psychologue...

Lui : Serveuse...? Je tourne pas mal dans les bars, ça pourrait expliquer...

Elle : Pourquoi ? Tu es musicien ?

Lui : Oui ! Ça te revient ?!

Elle : J'ai été serveuse pendant mes années d'étudiante, je travaillais au Macumba. Il y avait pas mal de groupes qui venaient jouer...

Lui : Possible qu'on se soit rencontré à ce moment mais ça n'explique pas... comment tu connais mon véritable prénom... Marc-Aurèle...?

Elle : Oui... non... je ne sais pas... (un temps) ce n'est pas possible... je me souviens... oui, ça me revient... comment est-ce possible ? Regarde-moi ?

Lui : Hein ?! Quoi ? Qu'est-ce que...

Elle : Depuis longtemps, j'ai l'impression de ne pas être entière, comme s'il me manquait une partie de moi-même... n’as-tu jamais ressenti cela ?

Lui : Hein, qu'est-ce que tu racontes ? Je ne comprends pas... (un temps) enfin si, un peu... difficile à dire... (un temps) dans une fête de famille, un soir, un oncle, complètement bourré, m'a raconté, que j'avais été séparé. Il s'est fait engueuler par ma tante et ça s'est arrêté là... je n'ai pas compris ce que ça voulait dire mais ça m'a toujours turlupiné... ça fait un peu le même effet, non...? Quelqu'un de pas complètement fini en quelque sorte...