Eagles of Freedom - Elys Sayers - E-Book

Eagles of Freedom E-Book

Elys Sayers

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Beschreibung

Eagles of Freedom, club de bikers réputé dans le Montana, vit depuis des années au rythme d'une vendetta. Venger la mort de la femme de leur leader, sauvagement assassinée. Le jour où le coupable semble sur le point d'être puni, Ajay Lane s'en mêle. Fils du président du club, il ne cautionne plus l'acharnement de son père. Calliopé Cortez, fille du président des Démon Crew vit une liberté en demi-teinte entourée d'un père trop protecteur, de garde du corps et d'une meilleure amie prête à tout pour qu'elle mène une vie normale au moment où son passé la rattrape. Etaient-ils destinés à se rencontrer? Vont-ils faire entendre raison au leader des EoF? Entre représailles, secrets et rapprochement, la vie de Calliopé et Ajay ne sera plus jamais la même.

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Seitenzahl: 355

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Eagles

Of

Freedom

Elys Sayers

19

Ajay9

215

Calliopé15

321

Ajay21

428

Calliopé28

534

Ajay34

641

Calliopé41

747

Ajay47

853

Ajay53

959

Calliopé59

1065

Ajay65

1172

Calliopé72

1276

Ajay76

1380

Ajay80

1483

Malcom Cortez83

1586

Calliopé86

1696

Ajay96

17108

Calliopé108

18119

Ajay119

19125

Calliopé125

20131

Ajay131

21142

Calliopé142

22150

Ajay150

23159

Calliopé159

24166

Ajay166

25173

Eleazar Lane173

26178

Ajay178

Épilogue187

Calliopé187

Bonus190

© 2023 Elys SayersTous droits réservés

ISBN : 9782322473236

Edition : BoD – Books on

Demand, Norderstedt

Couverture : Pixabay

On se demande parfois si la vie a un sens

Et puis on rencontre des êtres

Qui donnent un sens à ta vie

Brassaï

.

Lexique d'un club de Biker

Président (ou Prés) : Il dirige le club et ses hommes et prend les décisions importantes. Il représente son club dans les transactions commerciales, financières et avec les autorités. Il peut demander son avis à son VP.

Vice-Président (ou VP) : Bras-droit du Président, il le représente si ce dernier est absent. Il sert de conseiller et s'occupe des livraisons importantes.

Sergent d'armes : Il se révèle être le garde du corps du Président. Il s'occupe des conflits avec les autres gangs et sait se faire respecter au sein de son club sans user de la violence. Il est chargé de la discipline au sein des membres.

Captain Road : Lors d'un convoi, d'un run, c'est lui qui définit la route à prendre en choisissant la formation à adopter. Il doit connaître la route par cœur.

Membres du club : Ils portent le cuir du club avec l'emblème de ce dernier, participent aux activités du club et aux messes données par le président.

Nomades : Ils font parties du club mais vont de chapitre en chapitre au gré des besoins des uns et des autres.

Prospects : Ils sont candidats pour devenir membres officiels. Après une période de probation au sein du club, ils deviennent membres officiels après avoir fait leurs preuves. Ils n'assistent pas aux réunions, portent leur gilet sans patch et accomplissent les basses besognes du club.

MC : Motorcycle club.

Brebis : Fille facile du club.

Messes : réunions où les membres discutent des activités du club entre eux dans une pièce réservée à cet effet où une personne ne faisant pas partie du club à interdiction d'entrée.

Chapitre : endroit où est installé un club. Il peut y en avoir plusieurs par état.

Run (Randonnée) : Période de quelques jours où les chapitres se retrouvent entre eux pour faire la fête et traiter des affaires du club.

DC : Demon Crew, club de biker.

BS : Blood Snake, club de biker.

Cette histoire est celle d'un mec banal né dans la mauvaise famille, au mauvais endroit avec un destin tout tracé. Celui de reprendre les rênes des affaires de son père. D'obéir, d'écouter et de faire ce qu'on lui demande sans avoir la possibilité de faire ses propres choix par lui-même. Vivre dans la noirceur et du mauvais côté de la barrière. Ne pas avoir le droit d'éprouver, ni de ressentir. Prendre mais ne pas rendre. Vivre pour soi, ses frères du club mais ne pas voir au-delà des barrières derrière lesquelles il a grandi.

Celui d'un homme qui a eu son lot de conneries, qui a obéi comme un mouton, qui s'est rebellé adolescent en compagnie de ses meilleurs amis mais à qui la vie n'est qu'une garce qui vous emporte dans ce tourbillon de malheur et de vengeance.

J'ai souffert, subi, accepté mais le moment de faire mes propres choix a sonné. Je ne laisserai pas passer le coche, cette occasion de me révéler et de suivre mon propre chemin.

Grâce à une seule personne. Elle et toujours elle.

Cette histoire est la mienne, celle d'un mec banal qui a décidé de prendre son destin en main lorsque la plus belle des sentences est apparue.

1

Ajay

Eleazar Lane est le leader d'un MC sur les terres du Montana. Les Eagles of Freedom (qu’on appelle aussi les EoF), dont moi, Ajay Lane, je suis membre depuis mes seize ans. J'ai passé la phase de prospect suivie d'une entrée en tant que membre officiel l'année de mes dix-sept ans.

Nous formons un club de bikers qui trempe dans des affaires pas nettes dirigé par un président qui n'est autre que mon père. Lorsque ma mère, Margareth Rivers, l'a rencontrée dans un bar un soir de juillet lors de vacances avec ses amies, mon vieux était déjà membre des EoF depuis un bout de temps en qualité de vice-président. Il n'en était pas encore le président officiel mais sur le point de le devenir. Après cette rencontre, elle n’est jamais rentrée chez ses parents en Californie pour reprendre sa petite vie tranquille et continuer ses études. Elle est tombée follement amoureuse de mon paternel et est restée ici, à Chester dans le comté de Liberty. Lui, qui était d’un naturel dur, et dont le caractère dominateur et autoritaire n’était plus à démontrer, devenait un véritable petit toutou lorsqu’il s’agissait de celle qu’il appelait affectueusement Maggie.

Lorsqu’elle était là, plus rien n’avait d’importance. Un homme méconnaissable. Un mari transi d’amour pour son épouse. Un homme prêt à tout pour garder auprès de lui, cette femme qu'il vénérait. L’année de mes dix ans, ma mère a été abattue par un club rival, en pleine rue et de sang-froid. Elle attendait un enfant, qui s’en est allé avec elle. Mon vieux ne s’en est jamais remis. Moi non plus, d’ailleurs. Depuis, mon père a juré de venger l’amour de sa vie et de faire payer à ceux qui lui avaient pris ce qu'il avait de plus cher.

Les membres du EoF l’ont aidé à ne pas sombrerafin qu’il puisse continuer de diriger le club   avec autant d’adresse que par le passé. Et tout ceci aux côtés de son éternel vice-président et meilleur ami, Dick Sanders. Dans le club, c’est un pour tous, tous pour un. Nous sommes unis par le même serment, des frères luttant pour la même cause. Au-delà de son rôle de chef de club, mon paternelest le propriétaire d’un garage spécialisé dans la customisation de motos en tout genre et d'un bar. Assez pratique, car cela nous permet de blanchir l’argent obtenu après chaque transaction illégale.     Le trafic d’armes, rapporte, alors mieux vaut être discrets pour ne pas se faire pincer par la flicaille du coin.

Accolé au garage, le bar Freedom est tenu depuis de nombreuses années par Martha, la régulière de Dick qui se charge de nous accueillir tous les soirs de lasemaine avec les brebis habituelles. Un nouvel arrivage arrive tous les six mois au club. Elles passent une sorte de test évaluant leurs compétences au pieu et celles qui le réussissent haut la main obtiennent le droit de rester. Logées, nourries, blanchies, elles aspirent toutes à la même chose : devenir nos régulières.

Chose qui n'arrive jamais !

Elles peuvent toujours rêver !

Elle tente leur chance, échoue, persiste et termine à notre botte pour réaliser toutes nos envies les plus dégueulasses.

Ce soir, de nouvelles gonzesses débarquent au sein du club. Elles sont à l'essai et vont tenter de se faire une place dans les rangs du MC.

Que la meilleure gagne mes jolies !

C’est à ce moment-là que tout bascule pour moi.

En entrant dans le brouhaha du Freedom, au côté de mon meilleur ami Lawson, ce soir-là, je ne le sentais pas. Une simple intuition face à la journée affreuse que je venais de passer. En me levant ce matin, je pressentais déjà que ma journée serait assez pourrie.

Allez savoir pourquoi !

Pour commencer, mon réveil n’a pas sonné et il n’y avait plus de café dans mes placards. Plus un t-shirt propre dans mes tiroirs, la panière débordait de linge sale et j’avais bien d’autres choses à faire que de m’en occuper. L'eau chaude a mis un temps fou à arriver et cette douche froide m'a mis sur les nerfs. Ensuite, au garage, Ace, le chef mécanicien, était d’une humeur de chien. La livraison du nouveau moteur d’une des Harley à deux jours de retard, impossible, donc, pour lui, de terminer son boulot.

Une chose inconcevable pour cet homme. Alors à part envoyer tout le monde se faire foutre et crier comme un possédé sur les gars, Ace a passé sa matinée au téléphone à essayer de dégoter le fameux moteur. Sans résultat. Je pensais que ma journée ne pouvait pas être plus minable quand mon ordinateur s’est mis à faire desmises à jour et s’est subitement éteint alors que je tentais de finaliser une commande d’armes en provenance d’Afrique du Sud. Mon père me rabattait les oreilles comme quoi j'avais déjà quelques jours de retard et une messe devait avoir lieu le lendemain pour faire le point sur cette fameuse livraison.

Plus d’une heure à attendre qu’il veuille bien se rallumer pour installer les fameuses mises à jour. C’est seulement après ça que j’ai pu repasser ma commande, parce que, bien entendu, les données ne s’étaient pas enregistrées et j’ai dû tout reprendre à zéro.  Impossible d'entrer dans le service de conversation cryptée mise en place par notre informaticien pour communiquer avec mes contacts. Une journée merdique, en somme. Rien de plus que les autres, tout compte fait.

Mais le pire m’attendait…

— Allez mec ! Journée de loose, soirée d’extase.

— Tu parles…soufflé-je en secouant la tête lorsque je traverse le bar au milieu du brouhaha et de la musique country.

— Ce soir, les nouvelles brebis débarquent, fait remarquer Lawson en passant son bras sur mes épaules. Ça va être l’éclate, mon pote ! De la chair fraîche et qui ne demande que ça !

— Pas pour moi. Pas ce soir…ça ne me dit rien. Je vais juste me poser au bar, boire quelques bières et rentrer chez moi.

— Tu plaisantes ?! rugit-il en se stoppant les yeux grands ouverts.

— Pas du tout, marmonné-je en haussant les épaules.

— Le tombeur de toutes les petites culottes du Montana ne veut pas en faire tomber une seule ce soir ?

Il semble choqué par mon refus.

Je te laisse les culottes en question, mon pote !

— Eh bien, faut croire qu’il y a un début à tout, grommelé-je tout bas.

— Si tu le dis…tu ne sais pas ce que tu loupes. En attendant, moi, je ne vais pas me faire prier ! Mon marteau piqueur n’attend que ça, plaisante-t-il avec un énorme sourire sur le visage.

— Et bah moi, mon burineur est au repos ! Je te laisse ma part du gâteau.

Je le plante au milieu de la vaste pièce pour rejoindre le comptoir et ainsi saluer Martha, en pleine discussion avec son mari et mon père, que je ne suis pas étonné de trouver ici. Il passe la plupart de ses soirées, accoudé au bar du Freedom, silencieux à observer les membres du club décompresser de leurs journées. Sauf que ce soir, je tique en découvrant le verre qu'il tient en main. Après le décès de ma mère, il a traversé une période de profonde déprime et le seul moyen qu’il avait trouvé pour atténuer la douleur était de descendre plusieurs litres de whisky par jour. Il lui a fallu plusieurs mois pour se sortir de cet enfer et se sevrer, alors le voir avec un verre d'alcool à la main est plutôt surprenant. J’en déduis donc qu’il doit se passer un truc vraiment très important pour qu'il retape dans la bouteille.

— Salut fiston !

— Bonsoir papa…Dick, Martha, dis-je en hochant la tête.

Prenant place à ses côtés, je l’observe du coin de l’œil tandis qu’il descend son scotch d'une traite.  Il fait tourner les glaçons dans son verre signifiant que ce dernier est vide. Martha s'empresse de récupérer la bouteille et de lui en servir une autre rasade. Une bouffée de chaleur m'envahit lorsque du coin de l’œil, je le vois enchaîner les verres tout en continuant de discuter tranquillement avec son VP, comme si de rien n’était. La barmaid semble gênée et ses coups d’œil inquiets dénotent son malaise et attise le mien. 

Qu'est-ce qu’il fout ?!

Elle me tend une bière que j’accepte. Je plisse les yeux dans sa direction pour lui demander silencieusement ce qui se passe mais elle secoue doucement son visage et part à l'autre bout du comptoir pour servir quelques-uns de mes frères fraîchement débarqués.

J’écoute d’une oreille distraite le débat entre mon vieux et Dick.  Nerveux, il ne tient pas en place ce qui dénote une impatience qui attise un peu plus macuriosité. Quand tout à coup, certains mots retiennent mon attention ; Demon Crew.

Il s’agit du club ennemi qui a abattu ma mère.  Il est aussi l'un de nos principaux rivaux dans le Montana. Calliopé Cortez…Cortez…Il s’agit du nom de famille du chef de ce fameux club mais ce prénom lui ne me dit rien. Vengeance. Brebis. J’essaye de faire le lien entre tout ça, mais rien n’a de sens.

— Rien ne m’arrêtera Dick ! Ils paieront pour ce qu’ils ont fait à ma Maggie, lance mon père en reposant violemment son verre sur le comptoir.

Bon sang ! Qu'est-ce que mon vieux a trouvé ?!!

Je me détourne vers lui au moment où il essuie nonchalamment sa bouche de son bras recouvert de tatouages et du prénom de ma mère à jamais gravé en grosses lettres sur son avant-bras.

Une vague d'émotions me prend lorsque mes yeux se posent sur ce dernier. J'inspire longuement pour tenter de repousser la douleur qui m'envahit. J'engloutis la moitié de ma bière et observe mon vieux du coin de l’œil.

Il porte toujours le même gilet sans manches en cuir, celui sur le dos duquel est brodé l’emblème des Eagles of Freedom. Pas un seul jour ne passe sans qu’il ne le porte. Mon regard s'attarde sur le patch de président sur le haut de sa veste en me demandant ce qu'aurait été ma vie loin du club et de ses règles.

Différente, à coup sûr !

— Je sais mon vieux, je sais…

Dick me lance un coup d’œil désolé en secouant légèrement la tête. Je reporte aussitôt mon attention sur la bière presque vide posée que je tiens entre mes mains. Après toutes ces années, mon père ne lâche rien. Toujours cette foutue rancune envers les Demon Crew qui finira par le bouffer, jusqu'à le mener vers une mort certaine. Si nous ne faisons pas dans la dentelle, eux non plus et à force de les chercher, il risque de se frotter aux démons. J’agrippe plus fort ma bouteille, que je porte à ma bouche, au moment même où une musique s’élève dans le bar. Un truc important va se produire. C’est d’autant plus vrai lorsque je remarque le sourire qui a élu domicile sur le visage de mon paternel.

Sadique.

Cruel et vicieux.

Du fait que nous ayons toujours eu une relation difficile lui et moi, je sais qu’il ne me dira rien. Il ne se confie jamais à son fils. C'est un biker dur et froid et il fait honneur à son titre en tout point.

— Salut beau gosse, susurre langoureusement Sweety à mon oreille en approchant dangereusement sa main de mon entrejambe.

Je vire cette dernière et recule tout en la scrutant d'un œil sombre.

— Dégage...je n'ai pas envie. Ne me touche pas comme ça. Comme si je t'appartenais.

— Tu ne disais pas non pourtant, les autres fois. Au contraire, tu en redemandais, mon lapin.

— Comme tu dis si bien...les autres fois, appuyé-je sur ces derniers mots. Je ne suis pas d'humeur.

— Siffle-moi, bébé...si tu retrouves cette humeur, ajoute-t-elle d'un clin d’œil. Je m’empresserai de venir te faire plaisir.

Je ne peux empêcher mon regard de descendre sur son derrière bien ferme emprisonné dans un foutu short en cuir rouge d'où dépasse le bas de son cul. Je connais Sweety par cœur. Chacun de ses gémissements, ses paroles salaces en plein acte. Je connais la moindre de ses préférences, de la plus hard à la plus sensuelle. Une vraie garce de première lorsqu'il s'agit d'agripper un bout de ma queue.

— La voilà ma vengeance…offerte sur un plateau d’argent ! chantonne mon vieux, triomphant dans mon dos.

En me tournant sur mon tabouret, je tombe nez à nez avec une quinzaine de paires de jambes nues. Brunes, blondes, rousses… Plus ou moins habillées, elles arborent toutes le même sourire séducteur et salace face à la horde de mâles qui les observent. Leurs vêtements sont quasi inexistants révélant bien trop de peau aux yeux d'une horde d'hommes affamée de chair fraîche.

— Bienvenue au Freedom, mesdemoiselles ! entonne James, le recruteur de ses dames. Les règles sont simples. Vous êtes ici, ce soir, pour postuler au rôle de brebis chez les EoF !

Un long silence s’ensuit. Quelques membres du club font également leur entrée et observent la marchandise avec beaucoup d’intérêt. Les nanas rendent les œillades séductrices et n’hésitent pas à minauder pour s’attirer les bonnes grâces des gars.

— Pour faire partie des nôtres, vous devrez satisfaire ces hommes ! annonce-t-il en pointant du doigt les bikers présents. Soyez coquine, soyez sexy et audacieuse ! Épatez-nous ! Seules quatre d’entre vous seront retenues. Autant vous dire que les places valent de l’or. 

Maintenant, les membres du club vont approcher…pour tâter la marchandise ! Bonne chance à toutes ! Faites-les rêver, mesdemoiselles.

James se retire et intime les gars de s’avancer. Bien entendu, aucun d’eux ne se fait prier. À l’exception d’un, moi. Et ça ne passe pas inaperçu auprès de mon père qui s’empresse de me faire une remarque.

— Tu n’y vas pas, fiston ? lance-t-il étonné. Elle ne demande que ça. Regarde-les...toutes plus chaudes l'une que l'autre.

Je l’entends à peine, car mon regard s’est posé sur une petite brune cachée derrière le groupe de nanas. Immobile, elle ne bouge pas, ses yeux verts et vides dans le vague, comme si elle était seule, se préoccupant peu de ce que les gars vont faire d’elle.

Plusieurs de mes frères lui tournent autour, lui parlant sûrement, posant leurs mains sur elle, mais toujours aucune réaction. Elle reste là, au milieu des autres, impassible, jusqu’au moment où elle semble reprendre vie. Son attention se pose alors sur moi, et remonte lentement. Aussitôt, un brasier    grimpe au plus profond de moi tandis que je plisse les yeux ne comprenant pas ce qui se passe. 

Mon cœur cogne plus fort dans ma poitrine m'envoyant des putains de shoots d'adrénaline. Ma gorge se resserre lorsque je tombe sur deux billes émeraudes dévastées par la peur. Si j’écoutais mon corps, je succomberais à son appel silencieux, mais mon cerveau me raisonne et me contraint à rester assis sur mon tabouret pour analyser ce qui se passe dans la pièce.

Je suis habitué à côtoyer les brebis, plutôt de près que de loin mais celle-ci est différente de celle dont j'ai l'habitude. Un coup de vent renforce le frisson qui me transperce en étudiant le visage de la brunette tandis que près de moi, je découvre que la place est vide. J’ai à peine le temps de réagir qu’Eleazar Lane agrippe déjà le bras de la jolie brune pour la tirer derrière lui.

Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'il fout ?!!

.

2

Calliopé

Un jour plus tôt

— Lily…écoute, cette fête, je ne veux pas y aller, alors n’insiste pas ! J'ai envie de rester ici devant un film et un paquet de cheetos sweet chili !

Elle va me rendre folle !

— Tes préférées, ça je sais mais Callie ! ronchonne-t-elle les mains sur les hanches. Lâche-toi un peu ! Une soirée avec les gars de l’équipe, c’est tranquille. Un peu de musique, quelques bières, des beaux mecs et on rentre tout de suite après, promis.

Elle se met à danser, agitant ses bras en faisant tinter son bracelet en argent, surmonté d’une sublime painite, que je lui ai offert il y a quelque temps déjà pour son anniversaire.

— Lily…soufflé-je décontenancée.

— Oui, ma chérie, tu sais que je t’aime, minaude-t-elle avec une petite moue boudeuse.

Encore une fois, je suis tombée dans le panneau. Je n’ai jamais été friande de soirées étudiante et cela s’est confirmé l’année dernière, lorsque ma meilleure amie, Lily, m’a traînée à une fête organisée par l’un de ses amis de fac. Ce fut l’un des pires moments de toute ma vie. Terminer dans la piscine, tout habillée, avec autant d’alcool que de sang dans les veines n’a pas été l’expérience la plus palpitante de ma courte existence.

La plus horrible, oui !

Mon estomac s'en souvient encore, bordel !!

J'ai vomi tripes et boyaux devant mon père sur le point de convoquer tout ce beau monde pour m'avoir laissé prendre cette cuite monumentale. Enfin, j'en ai pris pour mon grade mais je n’ai pas été la seule. Lily aussi ! Et, il n'y a pas été de main morte.

— OK…mais ne me laisse pas seule, c’est tout ce que je te demande. Tu sais comment est mon père…j’ai eu de la chance qu’il accepte de me laisser me promener sans gardes du corps aux fesses, alors s’il se passait quelque chose à cette soirée, je serai entourée de gros bras jusqu’à la fin de mes jours. Je n’en ai vraiment pas envie.

— Papa Cortez n’a pas à s’inquiéter. Tu es entre de bonnes mains ! ricane Lily en haussant outrageusement ses sourcils.

— C’est ce qui m’inquiète, justement. Toi et tes idées à la con…

— Tu aimes ma folie ! répond-elle en me désignant du doigt.

Le sourire que je lui lance prouve ses dires. Quand j’ai rencontré cette fille, le jour de mon entrée à la Faculté, nous sommes très vite devenues amies. Nous avons partagé la même chambre puis nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Depuis toute jeune, j’ai grandi dans un    monde composé uniquement d’hommes alors Lily est devenue la présence féminine qui me manquait.

Malcom Cortez, mon père, dirige le club des Demon Crew, installé dans une petite ville au nord du Montana depuis une vingtaine d’années maintenant. N’ayant pas connu ma mère, il m’a élevé seul. J’ai grandi entourée d’un trop-plein de testostérone et de muscles.

Cependant, bien que les membres du club paraissent bourrus, rudes et austères, ils sont tout le contraire avec moi. Seule femme au milieu de ces mâles, mon entrée à l’université, il y a un an, a marqué un tournant dans mon existence, et dans la leur également. Les débuts ont été quelque peu compliqués pour un père comme le mien.

Continuellement sous escorte lors de ma première année en dehors de l’enceinte du QG des Demon Crew, monsieur Cortez craignait pour ma sécurité. Alors deux de ses plus fidèles hommes m’ont accompagnée lors de mes déplacements sur le campus.

Impossible de passer inaperçue avec deux nounours de plus de cent kilos collés aux basques et arborant la traditionnelle tenue de biker. Pantalons en cuir, blousons à l’effigie du Demon Crew, lunettes noires et leurs airs de Ne m’approche pas, sinon je te fais la peau !

Les étudiantes étaient plutôt excitées alors que la gent masculine fuyait dès qu'un des deux molosses se trouvaient dans les parages. Au début, Lily trouvait le contexte plutôt amusant. Tout lemonde s’écartait face aux hommes qui nous ouvraient la voie. Aussi serviable l’un que l’autre, nos plateaux nous étaient servis, chacun de nos caprices était passé, nous étions des reines. Et pour les sorties entre filles, ils avaient même la bonne idée de troquer leurs motos contre une berline noire rutilante, plus confortable et sécurisante selon papa. Brock, l’un de mes « bikers du corps », tenait de conducteur, Biggle surveillait nos arrières.

Un vrai duo de choc !

Cent trente kilos de muscles, une carrure de rugbyman, de belles gueules à n'en pas douter et un cœur énorme. Au bout d’une année de surveillance, mon père a enfin compris que je ne craignais rien et m’a autorisée à sortir seule. À une condition bien sûr…

Forcément, c’était trop beau pour être vrai !

Mademoiselle  Calliopé Cortez, vous rentrerez tous les week-ends chez vous, et vous serez libre de faire ce que vous avez envie.

Ce qui, dans le langage de papa, sous-entend bien sûr, tu resteras dans la maison, sous surveillance vidéo libre de tes mouvements.

Durant toute mon enfance, je suis restée enfermée dans ces bâtiments froids et ultra-sécurisés à jongler entre mes cours à domicile et les quelques sorties octroyées par mon paternel, toujours accompagnée par quelques-uns de ces hommes. Ma sécurité…c’est le mot qui m’a été répété tout au long de ma vie.

Pour le persuader que j'avais compris, j'aurai dû l'apprendre en plusieurs langues !!

Je me réveille, sécurité. Mange sécurité et m'endors, sécurité. Je vis à travers ça et passe mon temps à sonder les alentours en frissonnant aux moindres visages suspects. À l'écoute du moindre bruit bizarre et retiens ma respiration si un inconnu s'approche un peu trop près de moi.

Merci Malcom Cortez pour cette méfiance que tu m'as si bien inculquée !

Bien évidemment, je comprends mon père et son désir de me savoir saine et sauve à toute heure du jour et de la nuit, sauf que plus le temps passe, plus cette situation m’étouffe. Chaque pan de ma vie m’oppresse. Toujours sous surveillance, je rends des comptes et appelle mon père tous les soirs pour lui assurer que tout va bien te lui envoie un message le matin avant le début des cours.

Quant à mon avenir, il a été formel. Il n’accordera ma main qu’à un membre du club, et ça, pour moi, c’est hors de question. Les autres hommes n’auront aucune chance et seront chassés par mon cher paternel et son club entier s'il le faut. Pourtant, quand mes années à l'université toucheront à leur fin, il faudra faire face à la réalité. Moi et mon destin refusons de rester enfermés au club. Je ne me résous pas à passer ma vie entre quatre murs privés des joies de l'extérieur.

Je ne peux pas le laisser m'enfermer encore !

Hier après-midi s’est joué le premier match de nos footballeurs, les Grizzlies du Montana. Ils ont battu à plate couture leurs adversaires.  Comme dirait Lily, ils leur ont botté le cul.  Alors ici, comme toute victoire équivaut à une fête, je me retrouve embarquée dans celle de ce soir par ma meilleure amie. Si mon père l’apprenait, ma surveillance serait rétablie dans la minute qui suit et finit ma semi-liberté !

Aujourd’hui, je prétends que comme nous sommes un mardi, je vais me coucher tôt puisque      demain matin, j’ai un cours important pour la fin du semestre qui arrive.

Menteuse…tu vas sortir…et contre ton gré qui plus est !

En plus, c’est pour suivre Lily à une fête d’étudiants. Fête où, bien entendu, il ne sera pas question    d’alcool pour moi et où je vais jouer la nounou pour ma meilleure amie qui risque, une fois de plus, de faire n’importe quoi. Alors ce soir, j’endosse mon rôle de pot de glu pour éviter tout débordement.

Les bains de minuit, j’ai donné ! La course à poil dans le jardin ? C’est fait aussi. Galérer en lui courant après avec mes talons et la mini-jupe qu’elle m’avait obligée à porter, également. Lui interdire beer-pong et jeux de la bouteille ? Check. Les galipettes dans les chambres avec      n’importe quel mec ?  Beurk...j’ai vu assez d’horreurs pour le restant de mes jours ! J’envisage même de nous accrocher l’une à l’autre pour éviter de la perdre dans la foule de ce soir.

Note à moi-même : investir dans une paire de menottes et reléguer les talons hauts au placard et enfiler une paire de baskets.

— Prête, Calliopé ?

Oui, ce n’est pas juste Callie, mais Calliopé en réalité. Ce jour-là, mon père aurait mieux fait de se casser une jambe. Un biker, dirigeant l’un des plus célèbres clubs du pays, fan de mythologie grecque ?

On aura tout vu !

— Oui, oui !! Callie enfile ses chaussures de torture et se dévoue pour te surveiller toute la soirée !

— Me surveiller ? demande-t-elle suspicieuse. Parce que tu crois que j'allais te lâcher dans la fosse aux lions, petite maligne !!

— Oui, ma jolie…te surveiller. On a dit qu’on restait ensemble. Donc Matthew Gordon va remballer son asticot ! Grant Sopkins se trouvera un autre plan cul et moi, je garderai ma meilleure amie pour moi toute la soirée.

— Plaisante pas avec le sexe, Callie ! J’en ai besoin.

Je secoue la tête en guise de réponse et souffle longuement. Même la pire grimace ne me fera pas flancher. Elle peut même se mettre à genoux et me supplier de la laisser une heure de champ libre que je ne céderais pas.

— Jalouse ? chuchote-t-elle sur un ton conspirateur. Toi aussi tu veux un coup de…

Je ne la laisse pas terminer et plaque ma main sur sa bouche. Cependant, elle se débat et je perds momentanément l’équilibre. Nos jambes s'emmêlent et je pousse un cri lorsque nous tombons lourdement toutes les deux avant de nous retrouver étendues sur le lit. Prises d’un fou rire, nous rions à nous en déchirer la gorge.

— Allez, ma Callie…si tu me laissais te trouver un homme, un vrai, tu pourrais oublier ce      connard de Tucker.

Tucker Jamings. Joueur de basket de l’université, fraîchement diplômé, et qui s’en est allée avec ma virginité aussi vite qu’il l’avait prise. Ce fut une mauvaise expérience. Alors, depuis, je fuis la gent masculine. Si mon père apprenait ça, je ne donnerais pas cher de la peau de Tucker et de ce qu’il a entre les jambes.

Bordel ! Tout le club lui tomberait dessus !

— Ça ne m’intéresse pas pour le moment. Les études…pour l’instant, c’est ce sur quoi je dois me concentrer. Le reste peut encore attendre un peu, tu ne crois pas ?

— Comme tu veux ma belle…

Elle semble un brin contrariée par ma réponse, mais tant pis, c’est comme ça et pas autrement.

— C’est déjà tout vu ! J’ai dix-neuf ans et toute la vie devant moi pour trouver quelqu’un.

— Tu peux aussi t’amuser sans t’engager, tu sais ? Regarde-moi…je m’éclate sans l'ombre d'un petit ami trop collant et ce que j’ai là, précise-t-elle en désignant son intimité, en redemande à chaque fois !

— Lily !

— Ben quoi ? C’est la nature, ma poulette.

Nous restons encore allongées, l’une à côté de l’autre. Silencieuses, je repense à la conversation que nous venons d’avoir. Avoir un homme dans ma vie (ou uniquement dans mon lit), ce n’est pas pour moi.

****

Maudite Lily !

J'aurais dû m'écouter et rester tranquillement chez moi au fond de mon lit à me goinfrer de cochonneries. Je me suis encore faite avoir...

Malheur à moi d’avoir osé tourner le dos pour récupérer mon verre de soda. Elle s’est éclipsée en douce, disparaissant entre les corps en sueur qui se déhanchent au son de la musique lente qui fuse dans les enceintes. Encore une fois, elle m’a semée. Son vagin a eu raison d’elle. Sûrement sur la trace de l’un de ses plans culs présents ici ce soir.

Elle va m’entendre !

L’ambiance est lourde et pesante. L’air se fait rare, annihilé par les souffles chauds des invités. Je balaye la pièce d’un regard circulaire et aperçois la porte d’entrée dans le dos de tous ceux qui se défoulent sur la piste de danse. Je fends la foule comme je peux évitant les mains baladeuses et les invitations à rejoindre les danseurs et fonce vers la porte, la pousse pour gagner l’extérieur afin de respirer un peu l’air frais du dehors. Je prends une grande inspiration, soulagée de pouvoir respirer pleinement et scrute les alentours déserts.

Je me retrouve sur le parvis de la maison, qui donne sur une vaste rue peu passante engloutie par la noirceur de la nuit. Quelques voitures sont garées le long du trottoir mais il n’y a pas âme qui vive. Je descends lentement l’allée marche après marche, la tête baissée sur mes pieds qui me font un mal de chien dans ces nouvelles sandales à plateforme. La lanière de derrière laisse une trace rouge sur ma cheville. Je jure doucement en tentant de la retirer quand, tout à coup, on me soulève et je décolle littéralement du sol. J’ai juste le temps de voir un bras tatoué m’encercler avant qu’une odeur de chloroforme ne remplisse ma gorge et mes narines. Puis plus rien. Le vide total.

Non ! Non...non.

3

Ajay

Plusieurs fois, j’essaye de me fourrer dans ma tête que mon père vient de passer la porte de la réserve avec l’une des postulantes de ce soir.

C’est quoi ce bordel ?

Mon vieux et une brebis.

Jamais auparavant il n’avait fait ça. Il ne fricote pas avec ces dernières. En tout cas, je ne l'ai jamais vu de mes yeux batifoler avec une brebis, même une postulante. Je ne l'ai même jamais vu pendant toutes ces années fricoter avec aucune femme. C'est comme s'il avait voué à ma mère sa vie entière, une vie chaste sans sexe depuis sa mort.

— Dick, il se passe quoi là ? Mon père et cette…nana-là ? je demande en montrant de la main la porte qui vient de se fermer derrière Eleazar.

— Rien, fiston, dit-il en haussant les épaules. Lâche l'affaire.

Comme si de rien n’était, il se retourne face au bar en m’ignorant totalement. Je passe et repasse nerveusement ma main dans mes cheveux en les ébouriffant un peu plus sur mon crâne. Il se trame quelque chose de bizarre ici et je découvrirai quoi.

— Alors, mec...regarde ce que j'ai trouvé ?

Lawson se place face à moi en tenant contre lui une petite rousse qui ne cesse de s'accrocher à la ceinture de son jean de ses doigts manucurés de rose bonbon. Ce dernier halète dangereusement en lui jetant quelques coups d’œil excités attendant toujours une réaction de ma part. Sauf que cette nana pourrait être à poil et je n'en aurais toujours rien à foutre. Toute mon attention est rivée sur mon vieux et la gonzesse avec laquelle il vient de se tirer dans la pièce d'à côté. Un mauvais pressentiment s'enfonce un peu plus au creux de mon ventre. Mon cœur cogne toujours aussi fort.

Je m’écarte du comptoir et fais claquer mes bottes en cuir noir sur le parquet en bois de la vaste pièce pour m’approcher de la fameuse porte derrière laquelle se trouve sans doute la jeune femme que mon vieux a emmenée. J'ignore mon pote qui crie mon prénom dans mon dos. Je vois encore son regard implorant me supplier de la tirer de là.   

Pourquoi m'a- t-elle regardé comme ça ? Je ne la connais même pas.

Avec le nombre de gars présents ici…c’est sur moi que c’est tombé !

Elle ne se comportait pas comme toutes les postulantes qui viennent ici deux fois dans l’année. Ces nanas viennent de leur plein gré et connaissent la raison pour laquelle elles sont ici. Mais cette fille-là…c’était différent pour elle.

Sa posture qui ne la mettait pas du tout en avant, ni même ses vêtements, la panique dans ses yeux, tout ça, ça ne trompe pas. Je rentre dans la pièce voisine sans frapper à la porte. Devant moi, s’étalent les étagères de bouteilles d’alcool en tout genre, de la plus infâme piquette au meilleur scotch du Freedom.

Les fûts de bière sont alignés contre le mur les uns à côté des autres sur le sol. Mais aucune trace de mon père ni de la fille. Il n’existe qu'une seule sortie dans cette pièce et c'est celle que je viens d'emprunter. Je tends l'oreille et n’entends toujours aucun bruit. Les seules portes qui s’y trouvent sont celles des immenses boxes frigorifiques que Martha a fait installer il y a quelques années, quand elle a décidé d’ouvrir le midi pour faire de la restauration rapide. Un chantier titanesque puisqu’il avait fallu abattre le mur du fond pour y construire l’entrée des box. La large porte en métal me fait face. Il est évident que tous les deux se trouvent derrière.

Où pourraient-ils être si ce n’est là ?

Je tourne la poignée en ferraille et pousse la lourde porte avec mon épaule pour ouvrir. Je tombe alors sur de la bouffe à profusion, des cagettes de salades, de tomates et de légumes et plusieurs cartons à même le sol que je suis incapable d’identifier.

Il fait un froid de canard ici !

Je serre les dents et souffle, un léger nuage de fumée sort de ma bouche et se diffuse dans l’air glacial. Je colle mes mains sous mes aisselles en les croisant autour de moi. Je fais quelques pas puis traverse une allée de bidons de ketchup mêlés aux congélateurs de viande et découvre au fond, mon père et la brunette recroquevillée au sol dos au mur.

Debout devant elle, ancré fermement sur ses deux pieds, mon paternel la surplombe de toute sa hauteur. Bien qu’il soit de dos, je ressens l'excitation et l'agressivité qui émanent de lui. L'atmosphère pue la monstruosité et la dangerosité. Lorsque j’entends le son rauque et dur de sa voix, j’ai l’impression de voir l’aigle sur son gilet en cuir me sauter à la gorge pour me punir d'espionner la scène que je ne suis pas censé voir. Je m'approche en silence, et me positionne de façon à le voir de profil, il a vraiment l’air sérieux.

— Petite putain…tu vas payer pour ce qui s’est passé ! crache-t-il en la pointant du doigt.

Il lui arrive quoi là ? De quoi il cause ?

La nana ne répond pas et se balance d’avant en arrière, comme une enfant. La tête enfouie dans ses genoux, je l’entends simplement renifler.

— Lui aussi va souffrir ! Sa petite chérie va morfler…

Planqué derrière une étagère de légumes, je joue au voyeur et écoute leur discussion sans me faire voir.

— Je ne comprends pas…bredouille-t-elle la voix hésitante.

Son visage ravagé de larmes se relève vers mon père, dont les yeux débordent de colère.

Qu’est-ce qui peut bien le mettre dans un état pareil ?     

Elle lui a refusé une pipe ou quoi ? 

Une haine indescriptible émane de lui, mais il ne bronche pas face à la détresse de la petite brune.

— Tu vas devenir l’une de nos brebis, assure-t-il. La meilleure de toutes. Tu m'obéiras ! Tu feras tout ce que je te dis de faire. Tu seras à ma botte comme la petite chose que tu es.

— Non, non…panique-t-elle en secouant la tête.

— Oh que si ! Tu n’as pas ton mot à dire. Ici, c’est moi, Eleazar Lane, qui juge, ordonne et dicte les règles. Tu es chez les Eagles of Freedom, ma jolie, sur mon territoire.

— Je ne vous obéirai pas, vous ne pouvez pas m’y obliger…

Mon père lâche un rire rauque, guttural et mesquin, le genre de rire dont il a le secret.  Il essaie de l’impressionner puis lui sort le jeu du grand chef de club à qui on ne refuse rien.

Bordel ! Mais à quoi il joue ?!!

Contre toute attente, la brunette se relève difficilement pour lui faire face. Elle ne se démonte pas devant la montagne de muscles qui se tient devant elle et se rapproche même de lui.

Elle est déterminée, la petite. Rarement vu ça !

— Ne me tiens pas tête ! Sinon, tu vas le regretter, petite chose !

Elle se retrouve collée à son torse, les bras croisés. Elle le défie, elle a du cran. Cette dernière relève légèrement la tête pour soutenir son regard.  Pour le coup, je suis impressionné. Se confronter à lui est une chose que peu de personnes peuvent se vanter d’avoir faite. Peu de personnes, dont Dick, son vice-président. À l’heure actuelle, les autres bouffent les pissenlits par la racine profondément enterré je ne sais où. Il ne faut pas chercher Eleazar Lane. Beaucoup ont compris de quoi il était capable et reposent six pieds sous terre même pour un mot de trop.

Lorsque ses lèvres se redressent pour laisser apparaître un énorme sourire, je ne donne pas cher de sa peau. Elle s’oppose au leader des EoF,  et d’ici quelques minutes, il va vraiment péter un plomb.

— Mon père va venir me chercher, dit-elle tout bas comme sur le ton de la confidence. Et à ce moment-là…

— Attends, petite…tu crois vraiment que ton papa chéri osera se pointer ici ? Il ignore où tu te trouves. La seule chose qu’il sait, c’est que sa fille adorée a disparu. Après le doute subsiste.

— Le doute… ? demande-t-elle, suspicieuse.

Le vieux ricane et poursuit sa tirade non sans laisser la nana reculer et frissonner sous son attention malsaine.

— J’ai un plan pour tout. Tandis que mes hommes t’embarquaient, d’autres faisaient un petit tour chez toi, pour y déposer un message pour ta gentille petite colocataire.

« Lily,

J’ai besoin d’air, de liberté.

Je pars quelques jours.

Ne t’inquiète pas pour moi. Tout va bien.

Je reviens vite.

Callie. »

— C’est le mot que tu as laissé chez toi, à côté de ton téléphone portable. Question de crédibilité. Elle transmettra le message à Malcom donc toi et moi avons un peu de temps devant nous avant qu'il rameute ses branquignoles. Il n’est pas près de te chercher ton papa chéri, ironise-t-il.

— Il n’y croira pas une seule seconde !

Plus j’écoute, plus je me dis que tout ça pue. Ouais, ça ne sent vraiment pas bon et je me retrouve spectateur d’une scène sordide.

— Allez, ne fais pas d’histoires. Pour l’instant, tu es là, avec nous et sans aucun moyen de partir. La sécurité de chacun est importante pour moi, tu sais ? C’est pour cette raison que chaque mètre carré de cet endroit est placé sous vidéosurveillance. Toutes les portes sont blindées et les serrures sont biométriques à empreintes digitales. Toutes les sorties et tous les accès vers l’extérieur sont gardés par mes hommes. Tous me sont fidèles, tu imagines donc qu’ils ne laisseront passer personne sans mon autorisation. Tu ne sortiras pas d’ici ! lance-t-il haut et fort en posant son index sur son front.

À ce sujet, il a raison. Nos bâtiments sont de vraies forteresses. Quant à mon père, son laxisme d’il y a quelques années lui a coûté la vie de ma mère alors depuis, la principale chose à laquelle il tient, c’est la sécurité des siens.

Tout à coup, la brunette s’éloigne de mon vieux, se retrouvant subitement collée au mur derrière elle. L’expression de son visage a changé du tout au tout. Elle réalise sans doute ce qui va lui arriver. Alors qu’elle assimile que personne ne va venir la chercher, Eleazar se colle à elle tout en faisant glisser son index le long de sa joue. Du bout du doigt, il trace une ligne le long de son cou en plongeant son visage sur le côté. J’entends les légers grognements de mon père tandis que la jeune fille se raidit. Ses poings se resserrent, ses bras se contractent.

Cette nana pue la rage et la colère à plein nez, mais arrive encore à rester maître d’elle-même. C’est juste épatant. Moi, je suis tout l’inverse : le moindre mot de travers me fait partir dans une rage folle. Le terme contrôle ne fait plus partie de mon vocabulaire depuis bien longtemps.   

Grandir au milieu des armes, des coups de feu, de la drogue, m’a rendu insensible. Les sentiments n’ont pas leur place dans ma vie. Et peu m’importe le sort des personnes extérieures au club. Seulement, depuis l’instant où cette mademoiselle a plongé son regard dans le mien, son visage s’est imposé dans mon esprit. Impossible de l’en déloger.

En voilà une drôle de sensation.

Observer le corps de mon père collé au sien provoque en moi de drôles d'émotions, des sensations que je ne peux pas expliquer.  Encore inconnu.  Quoique…je ressens quand même du dégoût monter en moi, puis du mépris.  Pour terminer, par de la haine pure et dure.     

C’est sérieux ? Il m’arrive quoi là ?

Juste pour elle ?

Lorsque sa main atteint la poitrine de la brunette pour la compresser, mon souffle se coince plusieurs fois dans ma gorge. En me retournant pour ne plus assister à la scène qui se joue sous mes yeux, je me heurte aux gémissements suppliants qui sortent de sa bouche. Ma tête repose sur le métal froid de l’étagère dans mon dos, la colère se diffuse dans mes poings, me donnant envie d'envoyer valser le premier truc qui me passera sous la main.

Je ressens ce besoin de cogner plusieurs fois l'arrière de mon crâne contre le métal froid pour tenter d’atténuer cette vague d'animosité qui virevolte dans ma poitrine.

Et puis…à quoi je pense à cet instant ?

J’ai envie de la sortir de ma cachette, de me planter devant mon père et de lui dire d’aller se faire foutre.

Mauvaise idée…personne ne s’oppose à Eleazar Lane, même pas son propre fils.

Plus jeune, il m’est arrivé de me confronter à lui. Nerveux et agressif après la mort de ma mère, je me suis retrouvé plusieurs fois au tapis, le corps couvert de bleus. Avec papa, nous en venions constamment aux mains lorsque je lui tenais tête.  Les mots ne suffisent plus, il nous faut un peu d'action. Il passait son temps à me convoquer sur le ring pour un combat à mains nues et me laissait à chaque fois recouvert de bleu et en sang. Il a perdu le contrôle de sa propre vie après la mort de sa femme et j’en ai payé le prix. Il avait ce besoin continuel de me punir.

Pourquoi ? Allez savoir...