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Lorsque tout vole en éclats…
Mon nom est Eileen. Forcée de déménager, me voilà dans mon nouveau lycée, comme une étrangère. Ma vie a changé il y a quelques mois, j’ai changé. Je pensais sincèrement que mes problèmes se trouveraient dans ce nouvel établissement, tragique erreur de ma part. Ils sont bien plus proches que ce que j’aurais pu imaginer. J’ai envie de fermer les yeux, ne pas être témoin de ces horreurs, mais c’est impossible. Tout est là, devant moi.
Que dois-je faire ? Supporter les cris et les pleurs ? Agir ?
Aidez-moi…
Face à la violence intime et quotidienne, que doit faire un enfant ? Réagir ? Se taire ? Et surtout, comment peut-il se construire ?...
À PROPOS DE L'AUTEURE
N’ayant pas eu l’enfance la plus rose, Pauline Séchet a créé sa propre thérapie grâce à l’écriture. Dorénavant professeure des écoles, elle souhaite offrir une atmosphère chaleureuse à chaque enfant et leur permettre de s’épanouir malgré les contextes familiaux parfois difficiles. L’écriture lui sert désormais à faire ouvrir les yeux sur certains sujets sombres et encore cachés, comme les violences conjugales notamment.
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Seitenzahl: 211
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Pauline SÉCHET
Éclats
Roman
Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN Papier : 978-2-38157-495-0ISBN Numérique : 978-2-38157-496-7
Dépôt légal : Mars 2023
© Libre2Lire, 2023
« Être spectateur peut parfois vous emmener plus loin que vous ne le pensez. »
Remerciements
Je tiens à remercier les amis qui suivent cette aventure depuis le début. Ceux qui m’ont apporté un grand soutien, encouragé et aidé à avancer grâce aux diverses remarques constructives.
Certains ont joué un rôle d’autant plus grand. Ma chère Marie, si tu n’avais pas été là, je pense que cet ouvrage n’aurait jamais vu le jour. Un immense merci à toi pour tes précieux conseils qui ont fait grandir cette histoire.
Un dernier merci à vous, lecteurs. Vous permettez à ce roman de poursuivre son chemin.
Je suis sortie de l’eau pour aller récupérer le ballon maladroitement lancé par ma petite sœur. Il fait très chaud en ce jour de printemps, anormalement chaud. L’eau perle sur ma peau légèrement bronzée. Mes cheveux châtains collent sur mon front et dans le haut de mon dos. Mon maillot de bain rouge, neuf et trempé, est légèrement trop grand. Je savais que j’aurais dû l’essayer avant de l’acheter. Mon regard balaie la piscine de long en large. Ma petite sœur est au fond, elle ne bouge pas. S’amuse-t-elle encore à m’effrayer en faisant semblant de s’entraîner pour son concours d’apnée imaginaire ? Ce n’est pas possible, cela fait trop longtemps. La panique monte en moi. Je ne ressens plus la chaleur harassante du soleil de mai, je ne ressens plus les gouttes qui tombent de mes cheveux pour venir s’écraser en bas de mon dos, je ne ressens plus que de la peur.
Je ne réfléchis pas une seconde de plus. Je me mets à courir vers la piscine, mon pied arrive sur le bord et je plonge, tête la première, en direction de ma sœur. Son corps est remonté à la surface. Mes bras viennent entourer sa taille, j’émerge de l’eau et fais de mon mieux pour rejoindre les marches de la piscine. Je sors Angèle pour la déposer sur l’herbe, elle est lourde, beaucoup trop lourde pour une petite fille menue de huit ans. Ses yeux sont fermés, elle ne bouge pas. Je hurle.
Je la secoue, aucune réaction. Je place mes doigts dans le creux de son cou. Rien, je ne ressens rien. Mes parents débarquent en courant dans notre direction… Ma direction.
Soudain, j’ouvre les yeux. Je suis assise dans mon lit, trempée de sueur, cette fois. Je me tourne vers mon réveil qui indique 4:54. Mais après ce cauchemar, impossible de me rendormir.
L’alarme de mon portable sonne. Je me suis finalement rendormie après le cauchemar de cette nuit. Je secoue la tête, je ne veux plus y penser. Je me dirige vers la salle de bain pendant qu’il n’y a personne et saute dans la douche. Je m’habille rapidement. Mon petit haut blanc fluide s’accorde parfaitement avec mon jean bleu foncé. Tiens, une ceinture va être nécessaire si je ne veux pas me retrouver en petite culotte au lycée. J’ajoute une petite touche de mascara sur mes cils, un peu de baume à lèvres et je suis prête.
Je descends dans la cuisine. Ma mère et mon père sont déjà tous les deux en train de boire leur café tout en prenant leur petit-déjeuner. Aucun des deux ne tourne la tête à mon arrivée, Pearl semble bien plus s’intéresser à moi. Il réclame des caresses, frotte son museau contre mes cuisses et me regarde comme si j’étais le plus gros sac de croquettes qu’il n’ait jamais vu. C’est déjà mieux que rien. Je me mets à sa hauteur et lui fait un gros câlin, il le mérite. Ces derniers mois, c’est grâce à lui que je ne suis pas tombée dans une violente dépression. Ce chiot égaie chacun des moments les plus simples que je vis. Enfin, maintenant qu’il a deux ans, il ne ressemble plus vraiment à un chiot ce golden. En tout cas, il y a bel et bien un lien qui nous unit. Vous pouvez trouver cela stupide mais c’est pourtant bien réel.
C’est à ce moment que mes parents remarquent ma présence.
Mon père et sa froideur glaçante, ma mère et sa gentillesse légendaire. On dit que les opposés s’attirent, mes parents en sont la preuve. En tout cas, je ne risque pas de manquer le petit-déjeuner. J’adore par-dessus tout ce repas. Je prends alors un bol et le remplis de céréales. Au moment de verser le lait, mon père grogne car il vient de tacher sa cravate. Lui et ses costumes, c’est une grande histoire d’amour. Je ne comprends pas en quoi travailler dans une banque implique le fait de porter ce genre d’habits. Le costume ne fait pas le banquier. Enfin, vous voyez ce que je veux dire. En tout cas, ma mère peut se tacher, elle est encore en pyjama et ne risque pas de porter de tailleur comme elle le faisait à l’époque maintenant qu’elle passe ses journées à la maison. Ce qui ne déplaît nullement à mon père, lui qui adore se sentir chef de la maison. Bref, laissons-le penser cela.
Je mange en vitesse car je ne veux pas être en retard pour mon premier jour en première dans mon nouveau lycée. Il est vrai que j’ai une boule au ventre. Une rentrée basique est déjà stressante, mais elle l’est encore plus dans un nouvel établissement où absolument chaque tête nous est inconnue. En me dépêchant, une mèche de cheveux glisse de mon oreille et vient faire trempette avec mes céréales. Parfait, je me présente, Eileen, maladroite dans l’âme et riant de son sort.
Au moment de monter dans le bus pour me rendre au lycée, ma gorge se serre et mon cœur s’accélère. Oui, ma mère aurait pu m’emmener pour mon premier jour, mais je ne veux pas être une personne dépendante ou qui fuit devant ses appréhensions. En plus de cela, elle est déjà bien occupée à la maison et je ne voulais pas la déranger. De toute manière, j’ai déjà fait le trajet la semaine dernière afin de faire du repérage et m’enlever un peu de stress. Alors je me ressaisis et me dis que cette première journée sera sûrement difficile, mais que plus les jours passeront et mieux ça ira.
Le trajet est assez long pour se rendre jusqu’au lycée Grandmont, cela est normal étant donné qu’il se trouve de l’autre côté du fleuve. J’ai le temps d’admirer ma nouvelle ville, Tours. Elle est assez jolie. Cela change de notre ancien village perdu au fin fond de la Normandie, entouré de vaches, beaucoup trop de vaches. Oui, il est vrai que je préfère le milieu urbain, cette effervescence qui le caractérise, les mille et une choses que l’on peut y faire et le shopping. Certains vont me penser superficielle, d’autres me comprendront, faites comme bon vous semble.
Le trajet se poursuit et je me sens comme une étrangère au milieu de tous ces gens et de cette grande ville que je connais à peine. J’ai eu l’occasion de m’y promener cet été mais il faut se le dire, se promener seule dans une ville inconnue n’est pas très amusant. Et puis, ma mère et mon père étaient bien trop occupés avec l’emménagement et tous les détails à régler qui vont avec. Je regarde par la fenêtre du bus et remarque que je suis bientôt arrivée.
Est-ce que j’aurai la chance de me faire de nouveaux amis ? Vais-je réussir mon année de première ? Est-ce que les personnes de ma classe seront accueillantes et sympathiques ? Trop de questions se bousculent dans ma tête et je vais faire en sorte de ne pas me faire remarquer dès le début.
Le bus s’arrête, ça y est, je suis prête ! Mon sac sur le dos, je descends et me retrouve face à ces bâtiments immenses. Oui, j’ai un sac à dos et pas ce genre de sac à main que toutes les filles à la pointe de la mode ont. Ce n’est absolument pas pratique. En plus de ça, quand tu as trop d’affaires de cours à transporter tu te retrouves à ressembler à la mamie du coin qui a trop chargé son sac de courses et qui tente tant bien que mal de marcher sans zigzaguer. Cependant, j’apprécie tout de même bien m’habiller, n’allez pas m’imaginer comme une fille négligée, ce n’est juste pas ma priorité.
Comme la première fois où je l’ai vu, le lycée me semble gigantesque. Rien à voir avec mon petit lycée totalisant un peu plus de 300 élèves. Cela peut paraître ridicule mais au moins on s’y sentait bien. Et pour tout vous dire, pour l’instant ce n’est pas le ressenti que j’ai en voyant celui-ci. Allez Eileen, arrête d’être pessimiste, cela ne te ressemble pas.
Il y a déjà beaucoup de monde devant le lycée, certains fument, d’autres rigolent entre eux ou sont plongés dans une discussion passionnante, ou peut-être pas intéressante du tout. Une fille sur ma gauche court dans ma direction. Je la regarde, écarquillant les yeux, intriguée. Elle se rapproche, un grand sourire aux lèvres. Elle porte une jupe rose très courte, pas de mon goût si vous voulez mon avis. Elle se rapproche très vite et passe juste à côté de moi, me bousculant presque. Elle hurle de joie, il me semble, et saute dans les bras de deux filles justes derrière moi. Elles poussent toutes les trois de petits cris stridents, bien trop aigus pour mes oreilles. Je dois l’admettre, elles ont l’air très heureuses.
Comment font-elles pour être autant à l’aise devant tant de monde ? Pour tout vous dire, je n’ai rien en commun avec ces filles. Excepté la bonne humeur, mais je ne peux pas la hurler comme elles le font, je suis bien plus introvertie. Note à moi-même : éviter ce genre de personnes, nous sommes trop différentes.
Il est maintenant temps pour moi d’entrer dans mon nouveau lycée et commencer cette nouvelle vie. Je suis toujours postée devant le portail de l’établissement. Je frotte mes paumes de mains sur mon jean pour essuyer la transpiration qui s’en dégage et prend une grande inspiration lorsque tout à coup on me percute de plein fouet. Je me rattrape de justesse avec le peu d’adresse que possèdent mes jambes. On me lance un très aimable :
Un grand gaillard se retourne vers son pote, il rigole tout en lui donnant un coup de coude. Il porte une grosse casquette rouge en arrière, mais je n’ai pas eu le temps de voir son visage. Je reprends mes esprits et je me sens un peu humiliée. J’ai honte de ce qu’il vient de se passer. Je regarde autour de moi m’attendant à une centaine de paires d’yeux moqueurs mais ce n’est pas le cas. Respire, un pas devant l’autre et tout ira bien.
Je suis l’une des premières personnes à entrer dans la salle de classe indiquée afin de faire la petite réunion de rentrée officielle. Enfin bon, cela permet exclusivement de distribuer les emplois du temps et tous les documents obligatoires, tout cela accompagné de la petite morale au sujet des épreuves anticipées du baccalauréat. Ça y est, rien que d’y penser j’en ai la boule au ventre.
Je m’installe au deuxième rang. Je ne choisis pas le premier pour éviter que l’on me colle dès le premier jour l’étiquette de l’intello de service. Mais je ne veux pas non plus me mettre tout au fond pour ne pas me retrouver avec ceux pour qui l’étiquette d’intello ferait le plus grand bien. On me lance quelques regards indiscrets, mais je ne peux que les comprendre. Ils doivent sûrement se dire « Bizarre, je ne l’ai jamais vu avant. Était-elle dans ce lycée l’année dernière ? » Ou peut-être qu’ils ne se demandent absolument rien, c’est bien plus probable.
De plus en plus de lycéens entrent dans la salle. Il y a de tous les styles, mais ils m’ont l’air tous bien trop extravertis pour moi. La quasi-totalité d’entre eux me dévisage en passant la porte. J’ai peut-être quelque chose sur le nez, je le frotte machinalement. C’est vraiment déstabilisant et désagréable. On pourrait croire que je ne suis pas sociable, mais ce n’est pas le cas. J’aime bien rencontrer de nouvelles personnes, sortir, m’amuser, mais les évènements de ces derniers mois m’ont rendu la tâche bien plus difficile qu’en temps normal.
Personne ne s’est assis à côté de moi, plutôt logique. Dans un sens, je suis tranquille et ne me retrouve pas à côté de quelqu’un qui risquerait de ne pas être aimable et avec qui je n’aurais pas envie de parler. Dans un autre, je me sens seule car je suis l’unique personne à être dans ce cas. Je ne veux pas être le bouc émissaire de la classe, la fille rejetée, celle avec qui l’on ne souhaite pas faire de travaux de groupe. Vous visualisez sûrement très bien cette personne.
Les emplois du temps nous sont distribués. Je reçois le mien quasiment la dernière, ceux qui sont de la fin de l’alphabet savent de quoi je parle. Merci papa. Je regarde en détail le planning que je devrai suivre tout au long de l’année. Il est vraiment chargé comparé à l’année dernière, je peux remercier mon professeur de latin qui m’a poussé à continuer jusqu’au bac. Et moi je l’ai écouté bien sagement, je commence à regretter cette décision. J’ai également décidé de me dédier un peu plus à l’art, et me voilà avec une option en plus à gérer. Je peux te remercier Angèle.
Je sens quelque chose glisser derrière moi et entends un bruit de frottement. Je me retourne. Ma veste en jean vient de tomber du dossier de ma chaise. Je me retourne complètement et me baisse pour la ramasser. En me redressant, je remarque tous ces yeux qui me fixent sans absolument aucune gêne. Une casquette rouge attire mon attention. Serait-ce celui qui m’a bousculé un peu plus tôt ce matin ? C’est fort probable, il m’a l’air costaud et la porte de la même façon. Encore plus honteuse, je sens mes joues devenir de plus en plus rouges et je me retourne très rapidement.
Mon premier cours de l’année est un cours d’anglais. Je suis plutôt contente car je me sens à l’aise dans cette langue. J’ai pris pour habitude de regarder des séries et des films en version originale, mais avec des sous-titres bien sûr. Ne croyez pas que je suis si douée que cela. Et puis, je ne regarde pas tout en anglais non plus, j’ai aussi des moments de flemme pour lesquels lire les sous-titres est un trop gros effort. Je suis certaine que vous me comprenez.
Je m’installe également au deuxième rang. Je commence à sortir ma trousse et mon bloc-notes, quand quelqu’un m’adresse la parole. Une fille pas très grande, à peu près comme moi, me regarde et me demande :
Je la regarde dans les yeux et regarde autour de moi. Effectivement, il n’y a plus de tables complètement disponibles, il reste seulement trois places éparpillées. Cette fille veut que je change de place pour qu’elle puisse avoir cette table avec sa copine ? J’adore le ton qu’elle a employé avec moi, comment se permet-elle de donner des ordres comme elle vient de le faire ?
Elle me dit cela tout en mâchant son chewing-gum d’une manière dégoûtante et en me regardant de haut. Mais pour qui se prend-elle celle-là ? La pauvre, elle ne s’est pas adressée à la bonne personne, je déteste ce comportement.
Il est clair qu’elle ne s’attendait pas à cette réponse de ma part. Je suis plutôt fière de moi sur ce coup. En revanche, on dirait bien qu’elle est choquée. Elle me regarde et ne sait pas quoi répondre. Elle se croit sûrement au-dessus des autres, mais elle n’a clairement aucune répartie. Avec un regard noir, elle se dirige vers une autre place, et sa copine fait de même. Bravo Eileen, ce n’est pas comme cela que tu vas te faire des amis dans ce lycée.
Notre professeur d’anglais nous parle du programme de cette année pendant que je croise les doigts pour qu’elle oublie de nous imposer le fameux exercice de présentation devant toute la classe.
Génial, je vais arrêter de croire à ce truc de croisement de doigts, cela fonctionne à merveille. Mis à part cette bonne nouvelle, j’ai l’impression que la moitié de la classe ne comprend rien à ce que l’enseignante nous explique. Un vide gênant s’installe. Désespérée, elle ouvre la bouche :
Sans vouloir me lancer des fleurs, vraiment, je suis très à l’aise en anglais donc c’est très facile, mais je déteste parler devant les autres. Le jugement est forcément présent et j’ai beaucoup de mal à passer outre. En plus de cela, je ne connais personne dans cette classe et ils ne m’ont pas l’air d’être très accueillants. J’espère qu’il y a quelqu’un bien plus douée que moi en anglais pour qu’on m’oublie. L’enseignante interrompt mes pensées.
Elle passe en revue la liste d’appel.
Alors pour être imprévisible c’est réussi ! J’ai beaucoup de chance aujourd’hui dis donc, il fallait que cela tombe sur moi. Ce n’est pas comme si nous étions vingt-huit dans cette classe. Je me lève, les joues en feu et me dirige vers le tableau. Je me tourne devant mes camarades et me présente. J’essaie de faire court et précis pour abréger ce supplice.
Je ne perds pas un instant pour retourner à ma place. Un silence se fait pendant que l’enseignante choisit sa nouvelle victime. Cette pause est assez longue pour que j’entende tout un tas de petits murmures dans mon dos.
Le pire dans cette journée n’est pas le fait de se retrouver seule et jugée en classe, mais le fait de n’avoir personne avec qui partager mon déjeuner. Heureusement pour moi, je trouve une table dans un coin du self, il n’y a personne et j’en profite pour m’installer. Je repense à mes amis de l’an dernier. Le moment de la pause de midi était notre préféré de la journée. On se racontait tout ce qui se passait, on riait, on se battait pour ne pas aller remplir notre pichet d’eau, toutes ces choses simples qui forgent une amitié. Me souvenir de ces moments me rappelle également que je n’ai plus de nouvelles de mes deux meilleures amies. Après l’incident de ce début de printemps, j’ai fait une dépression qui a duré environ trois mois. Je ne voulais plus voir personne. Aucune d’entre elles ne pouvait comprendre ce qui m’arrivait et ce que je ressentais. Je regrette désormais amèrement le choix que j’ai fait de les tenir à l’écart de la situation que je vivais. Quand j’ai enfin sorti la tête de l’eau, drôle de métaphore, je leur ai envoyé un message à toutes les deux. Mais elles avaient passé beaucoup de temps ensemble. Selon elles, je ne les considérais pas réellement comme des personnes proches si j’avais pris la décision de m’éloigner d’elles pendant un moment. Ce fut à leur tour de me tenir à l’écart et de s’éloigner petit à petit de moi. Le déménagement a été la matérialisation de cette rupture d’amitié et le début d’une nouvelle vie, loin du drame familial. Au début, il est vrai que j’en ai voulu à mes parents, mais maintenant je les remercie pour cela. Malgré ces évènements de fin d’année dernière, j’ai pu valider mon année de seconde en allant seulement aux examens. Et maintenant, me voilà ici, assise, seule, mangeant de jolies carottes coupées en zigzag, mais absolument immondes.
Je suis en train d’attendre le bus, appuyée contre un mur, sale sûrement, la journée est enfin terminée. Elle s’est déroulée de la même manière tout du long. L’après-midi m’a permis de me rendre compte que je ne souhaitais pas sympathiser avec qui que ce soit de ma classe. Mon côté sociable ressort très bien aujourd’hui vous ne trouvez pas ? J’ai essayé de discuter avec quelques personnes qui me paraissaient être les moins hostiles de tous. J’avais remarqué que ces trois énergumènes se plaçaient toujours devant en cours et n’essayaient pas de se faire remarquer d’une manière ou d’une autre. Ils étaient souriants, avaient l’air de discuter de sujets intéressants et ne s’égosillaient pas comme la plupart le font de nos jours. Pour être claire, ils me semblaient être à peu près comme moi. Entre deux cours, j’ai donc pris la décision d’aller les voir. Je me suis présentée et leur ai expliqué que je débarquais juste, que je ne connaissais personne et que j’essayais donc de rencontrer des gens. Ce à quoi le garçon du groupe m’a répondu :
Et après cette petite réponse, ils sont tous les trois partis. Soit j’ai une tête qui ne revient pas aux gens, soit je n’ai vraiment pas de chance. Je vais donc me résigner à rester seule toute l’année, je crois que ce sera mieux. Il faut que j’arrête de me torturer l’esprit.
Je passe la porte d’entrée de la maison, moment que j’ai attendu toute la journée. Pearl me saute dessus et me fait la fête, comme si lui aussi avait passé une mauvaise journée et que ce moment était le meilleur. Je me déchausse et pose ma veste sur le porte-manteau tout en criant :
Je la rejoins, guidée par l’odeur des petits oignons qui caramélisent, un délice. Je la vois en train de remuer ce qui me met l’eau à la bouche et je remarque quelque chose. Elle a l’air fatiguée, très fatiguée même. De gros cernes sont visibles sous ses beaux yeux verts. Elle semble avoir les traits tirés, comme si elle était inquiète. Elle a seulement dû passer une mauvaise nuit. Elle devait se faire du souci pour moi et stresser comme si c’était elle qui allait vivre cette rentrée. Ma mère a toujours été très empathique. Elle me tire alors de mes pensées.
Je réfléchis un instant avant de répondre. Si je lui dis que ma journée a été difficile, elle risque d’encore mal dormir cette nuit en s’inquiétant pour moi.
Elle me dit ça avec tellement de joie que je ne peux lui dire la vérité.
Je souris péniblement. Elle me regarde bizarrement, je pense qu’elle a compris que j’en avais rajouté, mais elle n’insiste pas.
Comme s’il avait compris ce que je disais à ma mère, Pearl court vers la porte d’entrée et revient vers moi comme un fou avec sa laisse dans la gueule. Il sautille, tourne sur lui-même, couine. Je m’agenouille, récupère la laisse et le caresse.
J’enfile mes baskets et au moment où je m’apprêtais à ouvrir la porte, celle-ci s’ouvre.
Je passe à côté de lui quand il dit :
— Cécile, dis donc ça sent bon. J’espère que tu ne vas pas tout faire brûler juste après.
Et la porte se ferme.
Malgré son jeune âge, Pearl ne tire pas sur la laisse. Il faut dire que j’ai passé du temps à le dresser et à lui apprendre à bien se tenir lors des promenades. Cela n’a pas été une mince affaire, plus il grandissait et plus c’est lui qui me promenait. Plus il me promenait et plus je riais. Plus je riais et plus j’étais incapable de le dresser. Autant vous dire que ce travail sur nous deux a pris un peu de temps.
