Empreintes - Benoît Houssier - E-Book

Empreintes E-Book

Benoît Houssier

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Beschreibung

Parfois un sourire ou un accident, un rêve ou un fait divers, voire un défi, tout est prétexte à raconter, explorer, rencontrer. Les six nouvelles proposées dans ce recueil nous embarquent dans des univers familiers ou fantastiques. Certains personnages sont particulièrement détestables, voire terrifiants, et d'autres sont tellement attachants. Tous impriment leur personnalité sur le style, marquant ainsi leur histoire de leur signature. Traces de vies, de mort et d'oubli. Autant d'empreintes laissées par des existences imaginées en écho au réel, avec parfois une pointe d'humour noir. Des souvenirs parfois cruels, des vies intenses, qui pourraient sortir d'une mémoire collective. Empreintes nous invite à la rencontre d'une galerie de portraits, marqués par l'absence, la disparition et l'amour.

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Seitenzahl: 153

Veröffentlichungsjahr: 2017

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À mes chers disparus tant aimés.

Ces nouvelles étant des fictions, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne serait que fortuite et pure coïncidence. Par ailleurs, quelques scènes pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs. Ces précisions apportées, espérons que la lecture de ces histoires vous sera agréable.

Sommaire

DECOLLAGE

CHASSEZ LE NATUREL

MUTATIONS

A FLEUR DE PEAU

RACINES

HASARDS DU CŒUR ET DERIVES DE L’ESPRIT

DECOLLAGE

Le lieu du départ avait été tenu secret aussi longtemps que possible. De toute façon, la majorité de la population ne se souciait pas de savoir ni où ni quand aurait lieu le grand départ. La plupart d’ailleurs n’étaient même pas informés de l’évènement. Mais, comme quelques recalés de dernière minute, je faisais partie de ceux qui avaient su écouter les informations filtrer. Je voulais être là pour assister au décollage. Je voulais être là pour dire au revoir à Adeia. Je ferais en sorte que ma présence ne nuise pas à son envol mais je savais qu’elle serait sensible à ma présence. Le choix de la piste n’avait évidemment pas été laissé au hasard. Les esprits les plus éclairés avaient débattu longuement avant de s’accorder pour un espace large et dégagé. Le décollage se préparait là où poussait autrefois l’antique forêt des Carnutes. Une immense foule était rassemblée, comme un essaim gigantesque, ou plutôt une sorte d’interminable galette. Près de trois millions de personnes assises en tailleur. Au même moment, dans mille autres sites, répartis de façon stratégique sur la surface de la planète, d’autres voyageurs s’apprêtaient à décoller.

Jamais je n’avais ressenti une telle émotion. Bien sûr, j’étais frustré de ne pas être parmi les sélectionnés, j’aurais tant aimé partir avec Adeia. Malheureusement, seuls pouvaient partir ceux qui étaient suffisamment familiers des techniques dont dépendait la réussite du processus. Or, je manquais encore un peu de pratique, quelques heures de vol. Et j’allais devoir continuer à supporter les bassesses de l’humanité, pendant qu’Adeia allait contribuer au rayonnement universel de l’espèce. Cette perspective m’enchantait malgré tout et surpassait ma frustration. Je savais que les explorateurs réussiraient et j’étais finalement aussi excité que si je m’apprêtais à décoller moi-même ! Et puis Adeia m’avait dit avant de partir : « Diamoni, ne sois pas triste, nous nous retrouverons bientôt puisque je ne te quitterai jamais ». Ce à quoi j’avais répondu : « Je ne te quitterai jamais puisque tu ne partiras pas vraiment ».

La population de la Terre avait dépassé depuis longtemps son seuil critique et l’humanité n’avait pas réussi à prendre les décisions qui s’imposaient. L’espèce humaine devenait de plus en plus nuisible chaque jour. N’étant pas prête à lâcher ses vieux réflexes, l’humanité persévérait dans la barbarie. La vie sur Terre devenait plus qu’insoutenable et de nombreux courants s’étaient élevés pour réagir. De par le monde, quelles que soient leurs origines, leurs cultures et leurs organisations sociales, des groupes croissant de jour en jour se réunissaient, poussés par un appel qui les dépassait. Face à l’accélération des dérèglements climatiques, à l’accroissement des inégalités et à la perversion des politiques économiques, des voies plus nombreuses au fil des années s’élevaient pour faire silence, stoppant net la course aux boulimies technologiques. Le phénomène, d’abord clairsemé à la surface du globe s’était étendu comme une source jaillissante et les groupes avaient fini par se rencontrer. Alors conscients de leur force ils avaient compris qu’ils n’avaient plus d’autre choix que de programmer l’évènement qui allait enfin se produire sous nos yeux ébahis. Nous étions quelques témoins de cet instant historique. Une partie de la population de la planète allait partir à la découverte de nouveaux horizons en espérant rencontrer de nouvelles formes d’intelligence. Pendant ce temps, l’autre moitié allait rester pour évoluer à son rythme. Comme d’autres ayant manqué de peu d’être sélectionnés, je serais chargé d’accompagner ceux qui étaient plus à la traine que moi encore. Il s’agissait d’amener la majorité de la population vers plus de conscience. Je n’allais donc pas manquer de boulot car pour le moment, le niveau de conscience de la plupart de ceux qui restaient était au ras des pâquerettes. D’ailleurs, peu savaient ce qu’avait été une pâquerette !

En attendant, l’aboutissement de cet incroyable projet était imminent et j’avais bien l’intention de ne pas en perdre une miette. Les millions de personnes rassemblées sous mes yeux étaient installées dans une position méditative qui semblait les figer pour l’éternité. Un silence d’une intense harmonie régnait et dégageait une douceur rassurante.

J’adoptais la même position pour savourer pleinement les minutes suivantes. C’est alors que je sentis le sol frissonner. Des entrailles de la Terre, monta une basse sourde et puissante. Puis, des corps immobiles, jaillit une multitude de rayons colorés, projetés vers le ciel. La base d’un arc en ciel large comme une colonne de plusieurs dizaines de kilomètres de diamètre s’élevait devant moi, accompagnée d’une voix délicatement parfumée. Cela dura quelques secondes qui me parurent une éternité. Puis plus rien. Ils étaient partis. Ils étaient partis et tous ne reviendraient sans doute pas.

Quelques médias firent allusion à des phénomènes météo inhabituels mais les programmes d’abrutissement de la population reprirent et personne ne prêta vraiment attention à ce qui venait de se passer. Des milliards d’humains venaient de partir explorer l’univers dans toutes les directions, espérant partager des connaissances avec d’autres intelligences et apprendre de nouvelles façons de vivre peut-être, pour permettre à l’humanité de mieux exister… et tout le monde s’en fichait ! J’avais beau savoir que je ne serais pas seul dans ma mission d’accompagnement de mes semblables, je me sentais bien isolé tout à coup. Ils étaient partis.

Enfin, pas vraiment. Leurs esprits était partis mais leurs corps restaient posés là, tels qu’ils les avaient laissés. Des milliards de statues assises en tailleur, vides de leur propriétaire, attendant le retour des explorateurs. J’étais vide aussi. Quand Adeia reviendrait-elle ? Est-ce qu’elle reviendrait seulement ?

Chaque semaine je venais rendre visite aux statues vides, Adeia n’étant pas la seule que je connaisse assise là. J’aimais venir près des voyageurs pour penser à eux et espérer qu’ils reviennent bientôt avec des esprits neufs. Au bout de quelques mois, alors que je désespérais de voir mes semblables évoluer malgré nos efforts à tenter d’éveiller leurs consciences, j’ai ressenti un premier avertissement. Un avertissement oui, comme si je devais me préparer à quelque chose. Et quelques jours plus tard, alors que je méditais, assis près du corps d’Adeia, j’ai reçu la première communication. Il s’agissait d’un extrait de son journal de bord ! Finalement l’ensemble de ses pensées m’est parvenu par la suite. Elle avait été assez maline pour trouver un moyen de me les transmettre, me permettant ainsi de conserver le contact avec elle.

21 juin

Voilà, nous sommes partis. Tout se passe comme nous l’avions prévu. Au décollage nous étions des milliards à prendre notre envol tous ensemble, quel bonheur ! Et quelques secondes plus tard nous sommes seuls, propulsés chacun dans une direction différente, chacun suivant une trajectoire particulière, vers un bout d’univers à explorer. Comme j’aimerais que Diamoni vive cela avec moi. Mais je sais qu’il va tant apprendre de sa mission sur Terre. Il apprécierait tant cette vitesse à laquelle je me propulse dans l’espace. La sensation est encore plus impressionnante que lorsque nous pratiquions nos exercices au sol. Sans doute le décollage collectif réunissant un tel nombre de voyageurs est-il pour quelque chose dans cette accélération.

22 juin

Nous avons convenu que dès que nous rencontrons un objet nous nous arrêtons, nous l’explorons, l’analysons et retournons sur Terre pour partager notre nouvelle connaissance. Pour le moment, rien n’arrête ma progression. J’avance.

23 juin

Rien.

24 juin

Toujours rien.

25 juin

Pas mieux.

26 juin

Et si nous nous étions trompés ?

27 juin

Mon histoire m’est revenue aujourd’hui. J’ai eu un peu de mal à me retenir de ne pas sombrer dans la nostalgie.

28 juin

Ouf ! Je l’ai échappé belle, je suis passée à un cheveu de la traîne glacée d’une comète. Elle brillait d’une lumière douce et aveuglante à la fois.

29 juin

Aujourd’hui j’ai eu comme un flash : l’humanité m’est apparue dans son entière cruauté ! Puis elle s’est retournée et j’ai reconnu son vrai visage. Un regard d’une intense sérénité baignant dans un halo de bienveillance.

30 juin

Puisque visiblement rien n’a l’air prêt à stopper ma course, je vais ralentir encore l’activité de mes pensées.

14 juillet

C’est une vraie révolution ! Je viens de rencontrer une forme que personne n’avait touchée avant moi. Il s’agit d’une matière modelable, étirable, extensible et en plus elle sent bon. Ma première sensation a été d’avoir l’impression de remettre les pieds dans mes pantoufles préférées alors que je les avais quittées depuis des années. Cette chose a la saveur d’un doux foyer. Je n’arrive pas à en définir les contours ni les dimensions mais mon intuition me laisse penser que cet objet côtoie l’infini.

J’aimerais poursuivre mon journal mais je ne sais plus quel jour nous sommes. J’ai perdu la notion du temps. Je me souviens de l’époque où nous pensions manquer d’espace pour vivre tous ensemble mais je n’arrive plus à me souvenir précisément quand c’était. Où était-ce d’ailleurs ?

Aujourd’hui m’est revenue l’image confuse de ma rencontre avec Diamoni. Je crois qu’il est temps que je retourne sur Terre. Il faut que je partage cette découverte avec lui et que nous en fassions profiter tout le monde. J’ai le sentiment qu’il y a dans ce que j’ai rencontré une vérité qui m’échappe, un je-ne-sais-quoi qui pourrait peut-être répondre à nos questions.

J’écoutai paisiblement les pensées d’Adeia, assis près d’elle, lorsque j’ai entendu enfler un souffle. Un accord parfait qui montait de la plaine. Les millions de voix des millions de corps rassemblés là émettaient un son mélodieux et puissant. Le chœur s’est mêlé aux autres chants émis sur Terre.

Puis j’ai senti une main se poser délicatement sur mon épaule. Adeia me souriait et a murmuré :

« Et si c’était l’amour » ?

CHASSEZ LE NATUREL

Le train roulait depuis une heure et demie déjà et égrainait son catac-catac comme le mécanisme d’une vieille machine à remonter le temps. La pluie battait les vitres et Marco s’ennuyait ferme. « Même pas moyen de rêvasser devant le paysage qui défile. On n’y voit rien. Et rarement vu un train aussi vide », remarqua-t-il. Il n’avait d’ailleurs vu personne monter ni descendre à la gare. Encore sept longues heures à poireauter avant de fouler à nouveau la terre de ses ancêtres, comme on dit. Si seulement il pouvait s’endormir et ne se réveiller qu’au terminus. Il s’en serait bien passé de retourner voir sa famille mais son père avait insisté pour qu’il assiste aux obsèques de sa grand-mère. « Jamais pu l’encaisser cette vieille peau ! » lui avait-il rétorqué. « Tu lui dois bien ça, après tout, c’est quand même elle qui s’est occupée de toi quand ta mère s’est barrée, non ? ». Cet argument ne l’avait pas convaincu, mais si son père insistait tant c’est que ça lui importait. Et comme il l’aimait bien son vieux, il avait accepté de se taper neuf heures de trajet pour le soutenir. Et puis, après tout, ça lui éviterait de supporter que l’autre casse-pieds ne vienne taper à sa porte. Il venait de la quitter la veille et n’avait aucune envie qu’elle débarque à l’improviste et vienne lui chialer sur l’épaule. « Les martyres ça va un temps ! Mais je l’ai pas jetée pour qu’elle revienne m’emmerder tous les quatre matins », tonna-t-il à voix haute, sans gêne aucune, seul dans le wagon.

Lorsqu’il l’avait rencontrée la première fois, elle ne s’était même pas rendu compte, la gourde, qu’il lui faisait du plat. Il avait dû y aller avec ses gros sabots pour qu’elle finisse par comprendre. Elle n’avait pourtant pas l’air si nouille. Lui en revanche, ne brillait pas par son raffinement. Toujours est-il qu’il l’avait emballée et ils avaient fini au pieu comme on aurait pu le parier. Elle en avait redemandé toute la nuit et pour la première fois de sa vie, Marco avait eu la sensation d’être rassasié avant que l’appétit de sa partenaire ne soit comblé. « Une fille comme ça, il faut la garder mon pote », s’était-il déclaré à lui-même comme un serment. Ils avaient donc continué de flirter et leur liaison lui convenait comme ça. Ils se voyaient presque tous les week-ends, souvent une fois la semaine, parfois deux. Ils ne se lassaient pas tous les deux, semble-t-il, de leurs parties de jambe en l’air. Ils avaient appris à mieux se connaitre aussi et il s’était aperçu qu’en effet elle était loin d’être sotte. Secrétaire chez Marinaud, le plus gros transporteur de la région, c’était plutôt flatteur pour une fille comme elle, issue d’une famille de bouseux dégénérés. Alors que lui n’avait même pas été foutu de décrocher son bac et n’était bon qu’à faire les trois huit à l’usine d’embouteillage du patelin, et sans doute y passerait-il toute sa chienne de vie. Ce qui le sauvait, c’était sa belle gueule et comme il aimait à le rappeler à ses copains : « Mon gros calibre avec qui je pourrais braquer plusieurs bourgeoises en même temps si je voulais ! » Heureusement pour lui, personne n’avait jamais osé lui dire à quel point il n’était pas drôle, ce qui le maintenait dans une assez haute opinion de lui-même. « Les gonzesses c’est vraiment l’enfer », ressassait-il, bercé par le roulis du train. « Quand on n’en a pas, on les cherche et quand on tient une, elle nous casse les couilles ! ».

Sûr que ce n’était pas tous les jours dimanche depuis qu’il connaissait Fiona. Ils avaient plutôt bien vécu la première période de leur vie commune. Tout pendant qu’ils ne se voyaient qu’occa-sionnellement, ça allait. Mais quand il avait lâché son meublé pour aller s’installer chez elle, les choses avaient changé. Au début, elle était au petit soin pour lui. « Tu veux une bière ? » lui proposait-elle, dès son retour de l’usine. « J’ai envie de toi ! », lui susurrait-elle au creux de l’oreille, en se lovant sur lui, avant même qu’il ait avalé la première gorgée. Ils filaient un parfait amour. Enfin, au moins elle ! Lui n’était pas sûr de l’aimer mais il trouvait la situation plutôt agréable. Il était comme un coq en pâte. Et ça avait duré un moment avant que la situation ne se dégrade. Il lui semblait qu’il n’avait pas connu d’autre vie avant et se délectait de toute la douceur dont ils débordaient l’un pour l’autre, surtout elle. Elle le comblait. Il la sautait copieusement en retour et elle avait l’air d’adorer ça. « Le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière ! » s’amusait-il à répéter à ses potes avec lesquels il continuait de partager un ou deux demis à l’occasion.

Les choses avaient commencé à ne plus tourner rond, le jour où elle lui avait gentiment demandé s’il lui serait possible de jeter ses vêtements dans le panier à linge plutôt que de les laisser traîner dans la chambre. Et puis quoi encore ? Elle ne voulait pas qu’il repasse lui-même ses fringues aussi ? Il l’avait donc rembarrée comme elle le méritait, lui avait fait un peu la gueule et l’avait laissée s’endormir frustrée ce soir-là, menaçant d’aller en voir une autre si elle s’avisait de répéter ce genre de protestation. Fiona l’avait donc laissé tranquille les semaines suivantes. Mais un soir, elle était revenue à la charge, cette fois en lui demandant s’il ne pourrait pas de temps en temps faire une ou deux courses en rentrant du boulot. « Tu crois peut-être qu’avec les horaires que je me tape, je peux débarquer comme ça à n’importe quelle heure dans les boutiques en demandant gentiment aux commerçants de m’ouvrir leur porte pour acheter trois paquets de nouilles et une livre de farine ? Tu vis sur quelle planète toi ? Allez, viens plutôt me faire un câlin avant qu’on se fâche ! », lui avait-il répondu. La conversation s’était donc arrêtée là.

Inquiet tout de même de la proximité de ces deux évènements, il s’était confié à son copain Ritchie un soir. L’autre lui avait répondu que la situation devrait se reproduire le mois suivant, laissant Marco surpris. « Bin oui gros benêt, les anglais débarquent ! » avait-il ajouté. Et devant le regard interrogatif de son copain, Ritchie avait poursuivi « Elle a ses ours crétin ! T’es puceau ou quoi ? Tu sais bien que les gonzesses racontent n’importe quoi une semaine par mois… au moins ! » Cette allusion finale les avait bien fait marrer et le mois suivant Marco avait décidé de prendre les devants. Il était arrivé à la maison un soir avec un paquet cadeau qu’il tendit à Fiona en rentrant, impatient de voir la tête qu’elle ferait lorsqu’elle le déballerait. Fiona n’en croyait pas ses yeux. Elle avait rarement reçu des cadeaux de ses amants et lorsqu’elle vit le petit paquet, son cœur ne fit qu’un tour. « Vu la taille du paquet ça ne peut être qu’une bague de fiançailles. Es-tu vraiment prête ma vielle ? », pensa-t-elle. C’était sans compter l’humour douteux de celui qu’elle pensait être enfin l’homme de sa vie. Aussi, elle fondit en larmes lorsqu’elle déballa le paquet et découvrit une boîte de tampons. « Bin quoi ? On peut plus déconner ? Moi qui croyais que ça allait te faire marrer ! Allez, détends ta moule ! », avait-il claironné. « T’es bête ! J’croyais que t’allais me demander en mariage et au lieu de ça tu te payes ma pomme alors que tu sais très bien que je suis susceptible quand j’ai mes trucs ! », avait-elle pleurniché. « Ho tu m’emmerdes à la fin ! Si tu chiales même quand j’essaye de te faire rigoler, moi je vais picoler avec mes potes, au moins avec eux j’m’ennuie pas ». Et il l’avait laissée plantée là, dans la cuisine, avec sa boite posée bêtement sur la table devant elle, au milieu du papier cadeau déchiré.