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Comment aborder la première fois ? Comment en parler ensuite ? A qui ? Ceci ne va pas de soi, et comme c'est loin d'être simple, naturel ou inné... L'immense générosité qui se dégage de ce récit permet de poser un autre regard sur une intimité dévoilée. La prise de conscience est le début d'une parole à venir.
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Seitenzahl: 86
Veröffentlichungsjahr: 2022
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A celles et ceux que j’ai croisés au cours de ma vie, qui m’ont construite telle que je suis.
A cet homme auprès duquel je continue, aujourd’hui, de me construire.
A ma famille.
« Je vois dans ma vie une clarté. Hors de toi tout s’obscurcit”.
Dernière “Lettre à Anne”, 22 septembre 1995 ». De F. Mitterrand à Anne
Je ne veux retenir de vous
Que ces heures infimes
Ces moments de plaisir
Ces instants d’ivresse
Cet abandon
Ultime
De l’un à l’autre
Et
Réciproquement
De l’autre à l’un
De mon âme il me semble
Vous avoir tout donné
Et plus encore
Que vous ignorez
Jusqu’à l’Amour.
C’est vous,
C’est moi,
C’est l’enfant.
J e crois que je voulais parler de vous. Vous m'attendiez. Vous ne m'attendiez plus. J'ai eu le désir que vous m'attendiez chaque jour. Voilà que nous nous sommes croisés. Dire que cette fois-ci ne fut pas la première. J'hésite. Peut-être est-ce la dixième d'une longue série ? Vous devez le savoir mieux que moi. Je n'ai jamais eu cette mémoire-là. Votre corps et le mien se sont entremêlés donc aimés. Violements désirés. Y a-t-il un sens à s'aimer ainsi ? Ô, je ne ferai que me souvenir de cette chambre d'hôtel. Vous aviez les moyens de vous offrir ce grand luxe ostentatoire. Dans ces endroits, sans doute, l'amour qui se donne est plus intense. Celui qui est fait plus impardonnable, je crois que c'est comme cela. On croit que lorsqu'une chose est faite, c'est fini, je pense que non, au contraire, on reste dedans jusqu'à en mourir. Comment vous ai-je rejoint là-bas ? Je n'oublie pas. Votre appel à une heure tardive. L'échange est bref. Vous ne perdez jamais de temps. Votre voix qui m'invite à vous rejoindre, me dit de sauter dans un taxi. Vous me demandez si cela me gêne d'avancer l'argent pour payer le taxi, que je ne dois pas à m'inquiéter, vous me rembourserez la somme.
Vous vous demandez pourquoi la petite blanche a accouru ? Parce que j'aime cela, le retrouver.
Je n'ai fait que vous obéir comme si c'était une injonction que vous veniez de dire. Je me suis habillée en toute hâte. Je ne m'habille jamais comme il faut quand je le vois. Je regardais ce que j'étais capable de faire pour lui, parce qu'il me le demandait, et je ne m'étais jamais cru capable d'autant de servitude, ni même qu'une personne puisse asservir à ce point uniquement par le jeu du désir. Et puis il est devenu bien plus pour moi un sexe, une odeur : Vous parliez. Vous parliez de vous, vous disiez que vous vous étiez fourvoyé. Je vous écoutais. Je vous voulais. Je vous ai conquis. Je désirais apprendre ce que vous n'aviez pas appris aux autres, les précédentes car il y en eut ; je ne sais pas combien, j'ignore et cela m'est égal. Je ne vous ai jamais demandé. Il me semble m'être contenté d'imaginer. Je savais aussi que j'étais exclue de cette somme, j'étais à part.
Comme à chaque fois que cela a dû survenir, c’est dans le silence que ça a eu lieu. C'est cela qui arrive. Il faudrait se demander pourquoi ça ne peut pas se produire autrement. Voilà une question que la majorité des femmes ne se posent pas. Et, d’où provient cette impossibilité ? Je ne crois pas que cela aurait été possible autrement. Actuellement, cette impossibilité pourrait être le résumé de ma personne car c'est elle qui me caractérise le mieux, tant elle m'a toujours accompagnée. Je crois m'être projetée en elle bien avant que je sois confrontée à elle dans la vie réelle.
Un regard échangé auquel personne ne prête attention, car on ne se doute pas de son importance à venir. Un sourire discret, c’est ainsi que commence ce qu’il est convenu d’appeler le jeu de la séduction. Ténu, c’est si infime, le genre de détail qui peut avoir des conséquences dévastatrices. Qui n’a jamais connu le délice de succomber à ces petits signaux discrets, sentant bien que quelque chose vient de se passer en l’espace de cinq secondes. Homme ou femme, cela ne fait pas de différence. C’est ce qu’il y a de plus vrai, de plus inconnu, c’est ça qui vous foudroie. Cette certitude d’être le même désir.
L’indicible s'avère être violent, il se veut brutal, il ne laisse pas la place à autre chose. Il a l’obligation de se déployer. Personne ne peut lutter, ça ne sert à rien. C’est vain. Fermer les yeux, les baisser apaise cet aveuglement. On s’arroge le droit d’être intrusif dans le désir de l’autre. Alors, de quelle ambiguïté parle-t-on ? L’indicible explore ce qui se situe hors champ, amorce un lien jusqu’alors inexploré.
Je suis neuve de ce désir. Tu ne me reconnaîtras plus, toi ni personne. Un premier amour, écrit-elle, s'imposerait comme le centre de l’histoire. Il en serait à la fois la naissance et la mort. Il y aurait quelque chose de sublime et d’évanescent à voir. Si par hasard cette histoire devait connaître l’éternité, ça ne pourrait être qu’à travers ses maux. L’écriture serait censée venir après.
Celle qui écrit, c’est elle, la femme. Elle parle peu et d’une voix basse. Il n'y a que lorsqu'elle se met à pleurer que le ton monte dans les aigus. Son tempérament transparait ainsi, intraverti, timide, réservé, tout est dans la retenue. Elle touche tellement par sa candeur naturelle. Tout le monde comprend que cela fait partie de sa beauté, cette fragilité qu’elle trimbale.
Celui qui lit, c’est lui, l’homme. Il donne à voir un visage aux traits durcis. L’homme aurait écrit tout à fait autrement cette histoire. Différemment. La femme aussi, mais moins. À quoi cela tient-il ? On dit que les filles sont plus matures. Je ne sais pas si c’est à cause de cela. Il y a toujours une part de subversion. Un rêve n’est pas la réalité. Surtout pas. Un rêve crée sa propre réalité. Un rêve peut devenir réalité. Un rêve ne se confond pas avec la réalité. Et si chaque histoire d’amour naissait ainsi, au creux d’un rêve… Le rêve nous permet de prendre conscience de ce que nous n’avons pas encore perçu de nous-mêmes. Se souvenir de ses rêves comme d’une vie antérieure à venir. La réalité est une chute. Le rêve est censé supplanter toujours la réalité.
Aimer n’existe pas, croit-il.
Aimer est illusoire, croit-il.
Mais il est si nécessaire d’y croire, dit-elle.
Il naît,
Il grandit,
Il décline,
Il meurt.
Impossible autrement,
Il nous faut aimer obstinément.
Aimer,
C’est,
Irrévérencieux,
Irrésistible,
Irrespectueux.
Je suis née pour ce verbe : aimer. Être aimé, c’est d’abord aimer. Avant toute autre chose. L’Amour se veut immobile. L’Amour est mobile. Mobile et immobile à la fois. L’amour n’existe pas sans ses mouvements perpétuels, avec ses acmés et ses déclins. Et chaque jour, je me pose cette même question aussi : est-ce que je ne m’aime pas assez ? L’amour est un temps sacré. Il est le temps qu’il faut à un individu pour pénétrer celui d’un autre.
Ne pas savoir aimer aboutit au pire :
Dépression,
Solitude.
Non !
Je ne cesserai jamais d’aimer. Je ne le pourrai pas. Aimer. C’est tout ce qui reste à faire. C’est vécu comme une maladie incurable. Exactement. Je veux savoir comment seront les prochaines fois. Si tout serait de la même façon, identique, c’est-à-dire égal à cette fois-là. Je désire connaître les histoires à venir. Certains êtres se trouvent submergés par leurs propres émotions et celles des autres, qu’elles soient positives ou négatives. L’amour prend sa source chez moi dans l’absence paternelle, qui sonne toujours tel un glas. Il s’enracine dans cet abyme. Cette insuffisance affective, je parviens plus ou moins à la combler. Je la remplis bon an mal an. Je déteste toutes ces aventures sans lendemain. Cela ne rime à rien. Je cherche à inscrire ce sentiment dans le temps. Ah, amour et désir ! Désir et sexe ! Il s’agit de causes à effets si difficiles à trouver, à gérer, à oublier ! De tout temps, ce substantif fut pour moi beaucoup plus qu’un nom. Il existe un réel lien de subordination entre lui et moi. Il me soigne. Il réparait quelque chose. Il colmatait cette immense fissure. Cet abyme. Je compris que j’avais souffert de son manque. Est-il seulement envisageable de vivre sans amour ? Sans aimer ni être aimé(e) ! Est-il seulement possible ? Avoir le cœur enclin à aimer. Une seule et unique chose est nécessaire : aimer. Une seule et unique chose est utile : aimer. J’ai tellement aimé ! Aimer. Si intensément. C'est cela qui permet de savoir, qu'in fine, on aime toujours mal.
Si l’invraisemblance de soi-même lui apparaît comme étant quelque chose de surprenant, sortie de l’ordinaire, elle serait pour autant bien incapable de vous dire pourquoi. Analyser. Expliquer. Interpréter. Rendre compte. Détailler. Décortiquer. Donner sens à l’absurde. Elle éprouve, sans raison particulière, le sentiment que la totalité de son être se fond dans la folie. Ainsi naquit l’amertume de voir échouer la folie. De la voir s’arrimer. S’ancrer à jamais dans son corps. Ainsi, le moment est-il venu de cesser de se ronger les sangs. Face à vous, l’instabilité la fait osciller entre angoisse et exaltation.
À vous, elle confie sa folie.
Cela peut-être un cri.
Cela peut-être un geste.
Cela peut être…
C’est toujours une souffrance.
Quelle peut être la morale de cette histoire ? Visait-elle l’interdit ? Elle pense qu’elle cherchait avant tout à fracturer l’ordre établi. Cette croyance s’est incrustée de manière insidieuse durant son enfance, jusqu’à ce qu’elle en prenne pleinement conscience, jusqu’à devenir une manière d’être, plus, d’exister face aux autres.
Vous voir,
Vous toucher,
Vous sentir,
Vous goûter,
Vous entendre.
C’est un « vous » qui enferme d’abord vous, l’homme, et aussi lui, l’enfant.
Désolée, mais ce n’est pas lui qui a été vu en premier. Lui, l’enfant. Elle veut croire que tout s’est joué dans cette image. C’est là, l’image originale qu’elle a eue de vous. Celle qu’elle a gardée enfouie au creux de ses regrets. Elle ne sera pas non plus la dernière. Bien d’autres suivront. C’est pourquoi elle avait scruté le paquet, non avec surprise et stupéfaction, mais plutôt avec un très vif intérêt !
