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Quand j'étais petite, un jour de pluie alors que je partais de chez moi parce que je m'étais encore faite disputer, je criais dans la rue : "Quand je serai grande j'aurai plein de bébés et mon prince charmant m'aimera et sera gentil avec moi." Il ne suffit pas de le rêver, il faut le vouloir. Le bonheur, chacun d'entre nous le mérite, alors imposons-nous le. J'avais raison d'y croire car aujourd'hui c'est arrivé...
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Seitenzahl: 109
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Première parution en avril 2006 sous le nom de Enfance volée, aux Éditions du Havre de Grâce.
Préface
Présentation de ma famille
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Mon vrai père
Une nouvelle vie
Conclusion
Note : Des prénoms ont été modifiés pour respecter l'anonymat des personnes citées.
Ceci est le message d'une enfant abandonnée par ses parents et séparée de ses quatre sœurs, d'une enfant privée de tout ce qui est très important pour qu'un être humain devienne stable et équilibré : la famille, la tendresse, l'affection, la protection de son quotidien (hygiène, nourriture, soins…).
Ceci concerne tous les enfants, abandonnés ou arrachés de force à leur famille, sans contrôle, sans recherche au niveau de la famille proche, ensuite placés dans des familles dites « d'accueil », apparemment honnêtes mais bien souvent sans amour à donner, sans scrupules, plutôt intéressées par l'argent que ceux-ci leur rapportent. Un argent qui leur permet d'acheter des appartements, des maisons ou encore des voitures, etc.
Pensons aussi aux enfants maltraités, qu’ils soient battus, violés, affamés, ou malades, qu'on ne connaît pas et qu'on oublie.
En leur nom, je demande :
Laissons s'ouvrir les Villages Familles.
Réunissons frères et sœurs ensemble, soit avec une mère d'adoption ou leur propre parent même s'il est en difficulté, qu’il existe une aide à la mère ou au père avec son accord, afin de reconstituer la famille, de se retrouver et de se responsabiliser. Incluons également les foyers d'accueil en les transformant ou en les incorporant aux Villages Familles. Ceci dans un environnement social très performant, qualifié et surtout humain. Ce changement souhaitable de la protection de l'enfance serait non seulement plus bénéfique à l'enfant qui serait protégé et aimé, mais aussi bien moins onéreux pour l'état.
Quel bonheur ce serait pour ces enfants que de pouvoir vivre en toute sécurité avec une famille dans un contexte sain, affectueux, protecteur !
Quand ma mère rencontra mon père, qui effectuait ce jour-là la traversée des piétons, car policier de profession, ce fut le coup de foudre. Dès cet instant débuta leur liaison.
Ma mère, alors âgée de vingt-quatre ans, sans aucun diplôme scolaire et sans emploi, vivait à la charge de ses parents ; père et mère travailleurs, élevant le mieux possible leurs enfants, en essayant de répondre à leurs besoins.
Mon père, âgé de quarante-deux ans, policier au Havre, était marié et déjà père de six enfants.
Ils se voyaient en cachette et de cette liaison, qui dura trois années, naquirent trois filles : Sandrine en 1966, Karine en 1968 et Carole, moi-même, en 1969.
Nous avons eues, toutes les trois, une enfance et une adolescence sans amour, sans repère, sans famille, ni explication d'aucune nature, séparées dès notre naissance, jusqu'à nos retrouvailles vingt-cinq ans après.
Sandrine, l'aînée, fut dès sa naissance abandonnée à l'hôpital. Heureusement pour elle, ma grand-mère maternelle l'accueillit sous son toit, sous l'égide de la DDASS, jusqu'à ses quatorze ans, âge où ma sœur perdit notre grand-mère. Elle souffrit énormément de ce décès. Notre grand-mère lui avait donné beaucoup d'amour, de tendresse et une certaine stabilité.
Elle fut replacée ensuite par la DDASS chez ma mère (malgré ses abandons répétés), qui à cette époque, en 1980, vivait avec Jacques, un deuxième homme, qui possédait en tout et pour tout une caravane. Ma mère ne voulait pas garder Sandrine, elle la rejeta et la rapporta comme un vulgaire objet à la DDASS, qui la plaça en foyer d'accueil de quinze à dix-sept ans. Elle y fut plus en sécurité, tant sur le plan moral que sur le plan affectif.
Vers l'âge de dix-sept ans, elle rencontra un garçon, ils vécurent ensemble pendant trois ans, puis il partit. Elle se retrouva sans travail et sans logement et se réfugia chez sa cousine qui l'hébergea pendant six mois. Refusant d'être assistée, elle trouva par le biais de la mairie un petit studio et un emploi de femme de ménage.
A vingt-et-un ans, elle rencontra l'homme avec lequel elle a eu une fille.
Karine, la cadette, fut, elle aussi, abandonnée dès sa naissance à la clinique. Recueillie par la DDASS, celle-ci la plaça en famille d'accueil. D'après ce qu'elle me raconta de sa vie lors notre première rencontre, vingt-cinq ans après, sa famille d'accueil fut bien plus responsable et aimante que la mienne. Elle y resta jusqu'à ses dix-huit ans. À ce jour, je n'ai plus de nouvelles d'elle.
Moi, Carole, je suis la dernière-née, un an seulement après Karine.
Dès que ma mère fut enceinte de moi, elle dit à mon père qu'elle lui donnerait autant d'enfants que sa femme légitime, pour qu'il vienne vivre avec elle. Mon père, voyant que sa liaison devenait dangereuse, décida de rompre définitivement.
Ce que mon père n'avait pas prévu, ni même imaginé, c'est qu'elle se vengerait. Suite à un vol qu'ils avaient commis ensemble, dans un magasin de télévisions, quelques temps avant ma naissance, ma mère le dénonça à la police ; ce qui valut à mon père trois ans de prison, mais ne l'empêcha pas d'écrire à ma mère qu'il l'aimait toujours.
Ma mère était-elle complice ?
Le fait d'être enceinte et de l'avoir dénoncé, lui avait-il épargné la prison ?
Je ne le saurai jamais !
À ma naissance, je ne fus pas abandonnée immédiatement. Elle me garda deux ans, temps de la peine qu'il restait à purger à mon père, pensant qu'il reviendrait vivre avec elle après sa sortie. J'étais en quelque sorte son otage, elle me gardait pour récupérer mon père.
Pendant ces deux années, je fus continuellement ballottée de droite à gauche, confiée à des personnes de passage qu'elle connaissait plus ou moins et qu'elle ne payait pas. D'après les dires de ces gens, j'étais souvent couchée et ne mangeais pas à ma faim. Privée d'affection et de soins, j’étais déjà abandonnée moralement.
Dès sa sortie de prison, mon père décida d'aller vivre en Provence avec sa famille légitime. Quand ma mère apprit ce départ, elle me porta à la DDASS immédiatement.
Ce que je ne comprends pas, c'est qu'elle n'a jamais été surveillée, ni inquiétée pour ses faits et gestes à notre encontre et ses abandons répétitifs.
Quelle valeur ont les enfants ?
Où était la protection de l’enfance ?
Heureusement, Sandrine, l'aînée, était là, confidente de Christelle qui n'en pouvait plus et voulait se sauver avec son aide.
Elle trouva refuge au « foyer du Havre ». Elle venait d'avoir seize ans et rencontra un garçon qui l'attendit deux ans, le temps qu’elle ait atteint la majorité. Ils emménagèrent dans un appartement au Havre et par la suite naquirent trois enfants. À ce jour, ils sont toujours ensemble et forment une famille aimante, surtout avec les beaux-parents de Christelle. Ce sont des personnes attentives et affectueuses qui l'ont toujours aidée, entourée, ce qui lui a permis de prendre un nouveau départ dans la vie et de connaître enfin la chaleur et la valeur d'une vraie famille.
Après mon véritable abandon à la DDASS, suite à la sortie de prison de mon père, je fus placée dans une famille d'accueil en 1972 à Dollemard, au Havre. J'avais trois ans.
À mon arrivée chez mes parents nourriciers, la peur m'envahit, je hurlais, j'étais terrorisée : que m'arrivait-il ? Ma nourrice se prénommait Anne, son mari Jacky. Ils avaient la trentaine passée, un fils, Nicolas, âgé de six ans et un chien, Schesman.
Anne, mandatée par la DDASS pour être ma nourrice, avait-elle effectué un stage ou une formation pour faire face à ce genre de situation ? Le faisait-elle par amour des enfants ou uniquement pour l'argent ?
Jacky, salarié, était pépiniériste au Havre. Ils habitaient une maison avec jardin, mais je n'avais pas de chambre, ni d'endroit bien à moi. Je dormais dans la salle où se trouvait un lit placard et la télévision. Chaque nuit je cauchemardais car au-dessus de ce lit se trouvait un vrai crâne humain que mon nourricier avait trouvé et mis à côté de quelques livres. Sans doute trouvait-il ça décoratif ?
Il me faisait peur chaque fois que je le voyais avant de m'endormir, vers les onze heures du soir.
Je devais aller dans la chambre de mes nourriciers jusqu'à la fin du film et ensuite il me rapportait dans mon lit assez tard. Bien souvent le bruit de la télévision me réveillait et à cause de la vue du crâne je ne me rendormais que tard dans la nuit.
Ceci n'était pas la seule cause de mes cauchemars, puisque des souris se promenaient tranquillement sous mon lit. J'appelais mes nourriciers, mais seul Jacky se levait. Il mettait des tapettes sous le lit et dès que j'entendais le « clac », je savais que des souris étaient prises et je me rendormais plus sereine.
Quand l'orage éclatait la nuit, paniquée, je frappais à la porte de leur chambre.
« Entre » me répondait Anne.
« Je peux dormir là ? lui demandais-je.
− Oui par terre. »
Je m'allongeais donc par terre sur la moquette rose, sans couverture ni oreiller. Je me croyais plus en sécurité auprès d'eux. J'avais une peur bleue de l'orage, je croyais que la foudre allait tomber sur nous.
Jamais ma nourrice ne me prenait dans ses bras pour me rassurer ou me calmer, ce dont j'avais énormément besoin dans ces moments-là. Cette angoisse de l'orage dura jusqu'à mes quatorze ans.
À n'importe quelle heure de la journée, quand Anne faisait du bruit dans la cuisine, j'accourrais, pensant que c'était le moment de manger. J'avais toujours faim. Est-ce pour ça, que j'ai un jour mangé dans la gamelle du chien ?
J'étais si maigre, piteuse à voir et si souvent malade, à cause du manque de soins et de nourriture, et cela depuis ma naissance !
Quand je sortais avec Anne et Jacky, pour une promenade, ils marchaient derrière moi de peur que je tombe tellement mes jambes ressemblaient à des allumettes.
Le moment que j'appréhendais le plus, c'était l'heure du bain dans la petite salle de bain avec un sabot : j’étais la dernière à y aller, après Anne et Jacky, et ils ne changeaient pas l’eau. Ils se contentaient de la bleuir avec du produit Obao, pour cacher la couleur de l'eau sale. Mais pour Nicolas, leur fils, ils vidaient le bain et remettaient de l'eau propre. Le prix de ma consommation d'eau était pourtant compris dans le règlement qu'Anne percevait de la DDASS. Ça dura ainsi jusqu'à mes quatorze ans.
Le seul souvenir paradisiaque de cette époque dont je me souvienne, et qui reste pour moi un merveilleux moment, se déroula un jour à 1'école maternelle.
J’avais quatre ans, j'étais assise sur la pelouse dans la cour, et je me revois en train de sentir cette odeur de fleur du début de l'été, de regarder le ciel qui était si bleu ; j'étais bien, j'étais heureuse. Cette image est toujours présente dans mon esprit.
Par contre, à six ans, à l'entrée en primaire, certains enfants se moquaient de moi car je n'avais pas le même nom que mes nourriciers inscrit sur mes cahiers d'école. Je ne comprenais pas, je croyais qu'ils étaient mes parents, alors un soir à table, je leur demandais :
« Pourquoi je n'ai pas le même nom que vous ? »
Mal à l'aise, ils me répondirent en pleurant :
« Nous ne sommes pas tes vrais parents, ta mère t'a abandonnée à la DDASS, quand tu avais trois ans. »
Imaginez le choc que ça a été pour moi ! Je ne comprenais plus rien. Je me rappellerais à jamais du jour où j'ai posé cette question et de cette réponse, dite avec si peu de précautions, qui me déchira le cœur.
Je ne voulais pas croire que je n'étais pas sortie de son ventre et ce jour-là beaucoup de larmes ont coulé.
Malgré cela, j'ai toujours voulu les aimer comme mes vrais parents, mais en échange je n'ai reçu que quelques moments très rares de tendresse durant toute mon enfance passée avec eux. J'ai su beaucoup plus tard, par un membre de la famille de mes nourriciers, que je n'étais pas la petite fille modèle dont ils avaient rêvé.
Comme j'étais un vrai garçon manqué, ma nourrice me mettait les bermudas, les tee-shirts et autres vêtements, de son fils. Il n’y avait que ses slips que je ne portais pas ! J'adorais jouer aux billes, aux voitures et faire du vélo, ce qui ne m'empêchait pas de jouer à la poupée, que je dorlotais.
Un après-midi, alors que je me chamaillais avec Nicolas, que je considérais comme mon frère, ma nourrice intervint :
« Nicolas, va dans ta chambre », ce qu'il fit aussitôt.
Elle se tourna vers moi :
« Carole, assieds-toi sur cette chaise et ne bouge plus ». Puis elle ajouta :
« Si un jour quelqu'un doit partir, ce sera toi bien sûr. »
À ces mots, mon cœur sursauta et de grosses larmes chaudes coulèrent le long de mes joues. Pourquoi disait-elle ça ? J'avais si mal que je voulais mourir. C'est très facile pour un adulte de dire de telles paroles à un enfant.
Voyant mon état, au bout de quelques minutes, elle s'excusa de cette phrase :
« Est-ce que tu me pardonnes ?
