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ENSEMBLE est un scénario original (pour le cinéma) d'Isabelle PÉRUSAT.
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Seitenzahl: 137
Veröffentlichungsjahr: 2019
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à F et H.
Scène 1 : Fond de générique très sobre
Scène 2 : Int. Jour Institut Psychiatrique Hongrie
Scène 3 : Int. jour Bureau de la juge Catlineau
Scène 4 : Institut Psychiatrique Hongrie
Scène 5 : Int. Jour Théâtre (France) Flash-Back de Hannah
Scène 6 : Institut Psychiatrique Hongrie (suite)
Scène 7 : Int. Jour Le bureau de la juge
Scène 8 : Int. nuit Théâtre
Scène 9 : Int. Fumoir du théâtre
Scène 10 : Ext. Nuit Sortie du théâtre
Scène 11 : Route de campagne France Aquitaine
Scène 12 : Chemin menant au Château XVe
Scène 13 : Devant le château XVe
Scène 14 : Int. Nuit Château entrée
Scène 15 : Int. Nuit Château Entrée
Scène 16 : Int. Nuit Château Salle de buffet
Scène 17 : Int. Nuit Château Grande Salle
Scène 18 : Int. Chambre d’hôtel
Scène 19 : Int. Jour Bureau de la Juge
Scène 20 : Int. Jour Escalier
Scène 21 : Int. Jour Appartement (Aquitaine France)
Scène 22 : Int. Jour Escalier
Scène 23 : Int. Jour Appartement (Aquitaine France)
Scène 24 : Int. Nuit Appartement (Aquitaine France)
Scène 25 : Int. Jour Institut Psychiatrique Hongrie
Scène 26 : Int. Jour Maison
Scène 27 : Int. Jour Salle de Projection
Scène 28 : Int. SDB appartement France
Scène 29 : Int. Jour Maison de Lisa
Scène 30 : Int. Jour Chambre Lisa
Scène 31 : Int. Jour Bureau de la Juge
Scène 32 : Int. Jour Institut Psychiatrique Hongrie
Scène 33 : Ext. Nuit Moscou
Scène 34 : Int. Nuit Club Moscou
Scène 35 : Ext. Nuit devant Club Moscou
Scène 36 : Int. Nuit Hôtel Moscou
Scène 37 : Int. Nuit Couloir Hôtel Moscou
Scène 38 : Int Nuit Chambre Hôtel Moscou
Scène 39 : Int. Jour Appartement France
Scène 40 : Int. Nuit Maison de Lisa
Scène 41 : Int. Nuit nouvel an
Scène 42 : Ext. Nuit devant la Maison
Scène 43 : Int. Jour Théâtre Bordeaux après-midi
Scène 44 : Int. Jour Maison de Lisa
Scène 45 : Ext. Jour Maison de Lisa
Scène 46 : Int. Jour Maison de Lisa
Scène 47 : Int. Jour Voiture Théo
Scène 48 : Int. Nuit Bureau de la Juge
Scène 49 : Int. Nuit Salle de spectacle Théâtre
Scène 50 : Int. Nuit Escalier du Théâtre
Scène 51 : Int. Nuit Fumoir Théâtre
Scène 52 : Int. Nuit Living-Room Château
Scène 53 : Int. Nuit Bureau de la Juge
Scène 54 : Int. Nuit Salle d’embarquement aéroport province
Scène 55 : Int. Nuit Avion
Scène 56 : Int. Jour Voiture devant Ambassade de France Budapest.
Scène 57 : Int. Jour Ambassade de France Budapest
Scène 58 : Int. Fin de journée Les Bains de l’hôtel Guellert Budapest
Scène 59 : Int. Nuit Bureau de la Juge
Scène 60 : Int. Voiture Petit Jour
Scène 61 : Int. Jour Institut Hongrie
Scène 62 : Ext. Jour devant école Flash-Back Hannah Institut
Scène 63 : Int. Jour Suite Institut Hongrie
Scène 64 : Ext. Jour devant Institut psychiatrique Hongrie
Scène 65 : Int. Jour Avion
Scène 66 : Ext. Jour Village Aquitaine (en été) Flash-Back Lisa
Scène 67 : Ext Nuit Jardin Flash-Back Lisa
Scène 68 : Ext. Jour Parapente Flash-Back Lisa
Scène 69 : Int. Jour Chambre Lisa Flash-Back Lisa
Scène 70 : Int. Jour Avion
Scène 71 : Int. Jour Ambassade de France Budapest
Scène 72 : Bureau de la Juge
Scène 73 : Int. Nuit Voiture 2 (sur la route, Hongrie)
Scène 74 : Ext. Nuit Devant l’Opéra Bordeaux (flash-back)
Scène 75 : (suite) Int. Nuit Voiture 2 sur la route, Hongrie
Scène 76 : Bureau Juge
Scène 77 : Ext. Nuit devant Institut psychiatrique
Scène 78 : Int. Nuit Voiture 1
Scène 79 : Ext. Jour Bord de mer
Scène 80 : Int. Jour Voiture 1
Scène 81 : Ext. Jour Bord de mer
Scène 82 : Int. Jour Voiture 2
Scène 83 : Ext. Jour Bord de mer
Scène 84 : Ext. Jour Campagne Aquitaine
Voix off masculine en fin de générique d’entrée.
La voix d’un homme Français Théo. Un son d’accident de voiture, des rires féminins, une petite mélodie au piano, une explosion, sont mixés à l’envers comme une aspiration mêlée à sa voix :
VOIX OFF THÉO
« Voilà les faits auxquels j’ai assisté… Ce que je peux dire…
Aujourd’hui…
Les salauds ont toujours raison… »
Une femme parle face caméra : HANNAH. Elle est digne, d’une beauté particulière. Elle est assise à une table en bois foncé ébène vernis mat. Elle est vêtue d’une sorte de pull rouge en laine bouillie carmin très près du corps qui souligne la musculature de ses bras et rehausse son teint très pâle. Les manches cachent la naissance des poignets. Ses mains larges sont à plat sur la table. Ses ongles sont soignés. Elle est brune coiffée en arrière, deux petites barrettes roses retiennent des mèches. Elle a à peu près quarante ans… Elle se tient droite, les épaules bien placées comme les danseurs. Elle fixe intensément la personne en face d’elle. Son visage est marqué, ses yeux marron clair ont des reflets presque verts. On devine l’état émotionnel dans le regard appuyé et profond. Derrière elle, des reflets de vitres flous, des formes d’arbres, des sapins, un parc.
Quelqu’un la filme, quelqu’un dont on voit juste le bras droit, une chemise blanche aux plis très repassés, une paire de boutons de manchettes en or. Un poignet petit, fort et dégagé. La naissance de la main, des veines fortes un peu bleutées marquées. Dans le cadre à gauche quelques mèches de cheveux châtains, ondulés. Quelqu’un que l’on n’entendra jamais poser les questions. Une tendresse immense circule entre les deux protagonistes. Les voix sont douces, prises dans l’émotion. Hannah s’exprime en Français avec un fort accent d’Europe centrale. Elle est Hongroise. L’élocution est un peu lente, elle choisit ses mots et en mesure tout leur sens.
HANNAH
« Bien sûr je te reconnais… quand j’ai su ta venue… je me suis
maquillée, un petit peu, avec ce qu’il me restait au fond de ma
valise avant que j’arrive ici… un morceau de charbon du
théâtre japonais… »
« Je ne voulais pas que tu me filmes… J’avais peur tu sais
comme avant… mais comme je crois que c’est terminé tout
ça… Alors enfin… j’accepte. Tu sais… je t’attendais… Ça a
changé de sens… C’est mon tour… »
Une pièce assez vaste éclairée par deux hautes fenêtres à petits carreaux. Il n’y a ni rideaux ni stores. La lumière, en faisceaux, vient se poser sur le parquet travaillé en carrés, cela pourrait sentir la cire.
Entre les deux fenêtres, un bureau en plexis glass transparent aux lignes contemporaines. Un cartouche en plexis noir porte l’inscription blanche : Juge K. Catlineau
Un ordinateur portable blanc fermé est posé. Une tasse en porcelaine de Chine avec des dragons rouges, un peu de rouge à lèvres sur le bord. Un gros cendrier rond en cristal, quelques feuilles blanches, un stylo en laque noire. Un fauteuil noir à haut dossier inclinable. Un bouquet de roses rouges dans un immense vase en cristal rouge est posé à l’extrémité droite du bureau. Une lampe sur un pied d’acier mat est éteinte. Nous sommes en plein après-midi. Face au bureau, plus bas que le plateau transparent, deux fauteuils en tissus invitent les visiteurs à s’asseoir plus bas que leur interlocutrice. Les fauteuils ventrus sont vétustes et élimés sur les accoudoirs, l’un est vert foncé, décoloré par le soleil, l’autre est d’un orange minable. Une petite ficelle de crins traîne sur l’accoudoir du fauteuil orange, le fauteuil semble avoir servi beaucoup, reçu beaucoup d’aveux. Le contraste est déstabilisant.
Par les vitres, le paysage de la Garonne est morcelé par les petits carreaux 18e. Nous sommes à Bordeaux.
Une femme est au fond de la pièce, face à un mur rouge, elle redresse un grand tableau abstrait et sombre qui penche du côté droit.
JUGE CATLINEAU
« C’est agaçant… !! Anton ? Aidez-moi… Asseyez-vous à ma
place et dîtes moi… si c’est droit !! »
Un homme d’environ 25 ans, grand aux épaules un peu rentrées s’avance d’une allure nonchalante. Il est vêtu d’un pantalon treillis militaire d’une chemise bleu foncé qui vient par-dessus son pantalon. Il est chaussé de baskets sombres. Ses cheveux noirs sont tirés et ramassés dans un catogan. Il s’assoit dans le fauteuil.
ANTON
« Plus à droite… Bloquez-le !.… »
Il porte un appareil dentaire qui enserre la partie supérieure de sa dentition.
Anton sourit. La juge se retourne vers lui. C’est une femme d’environ cinquante ans mais qui pourrait en avoir cinq de plus ou moins. Elle est vêtue d’un jean délavé, d’un pull noir cashmere col roulé. Elle est chaussée de Répéto noires. Elle est mince de taille moyenne. Ses cheveux sont d’un châtain indéfini avec de drôles de reflets… Elle sourit. Il émane de sa personne une force particulière que l’on perçoit. Sa voix est posée, le ton bas presque sensuel chante un peu sur les fins de phrases et remonte comme dans une chanson.
JUGE CATLINEAU
« C’est fou l’allure que cela vous donne, vos dents
argentées !.… »
Quelqu’un frappe et demande au travers d’une porte et dit :
QUELQU’UN
« Madame ! Votre rendez-vous ! »
JUGE CATLINEAU
« Faites entrer dans trois minutes, le temps que je m’installe. »
Elle soupire, s’assoit ouvre son ordinateur, ordonne ses papiers et comme pour elle-même.
JUGE CATLINEAU
« La bataille commence !! »
JUGE CATLINEAU (voix timbrée)
« Entrez !! »
On entend des pas sur le bois qui craque un peu, des semelles de crêpes qui couinent sur la cire. La juge ne lève pas les yeux, elle semble occupée à fixer ses feuilles blanches. On découvre à hauteur de son regard un homme habillé d’un manteau de belle coupe, bleu nuit. Il se tient debout devant elle, les épaules voûtées dans une attitude qui pourrait être une sorte de respect, les mains basses comme s’il priait ou tenait une paire de gants…
Il parle avec un fort accent d’Europe Centrale. On ne voit pas encore son visage.
YANOS COVAC
« Bonjour Madame »
JUGE CATLINEAU (sans lever les yeux vers lui)
« Asseyez-vous Monsieur Covac ! »
Il semble hésiter entre les deux fauteuils…
JUGE CATLINEAU (d’une voix posée)
« Le fauteuil orange s’il vous plaît ! »
Il s’assoit, ouvre son manteau visiblement assez à l’aise, il s’installe au fond du fauteuil, croise ses jambes puis il se rend compte que le fauteuil est un peu bancal. Il se penche sur le côté. On découvre son visage. Un homme d’une cinquantaine d’années : son regard est bleu, profond, sa bouche est assez large, charnue et sensuelle. Sa chevelure brune avec un peu de gris est coiffée en arrière. Ses mains longues sont soignées, manucurées. C’est un homme charismatique. Il fixe la juge et il lui sourit. Ses dents sont belles. Il se penche encore, par la chemise bleue entrouverte on découvre la base du cou musclée et travaillée. C’est apparemment un homme qui travaille son corps.
La juge le regarde droit dans les yeux :
JUGE CATLINEAU
« Je sais… Il est toujours mal calé… mais il est confortable !
N’est-ce pas ?… ! »
Yanos Covac ouvre de grands yeux innocents.
YANOS COVAC
« Excusez-moi. »
Anton, l’assistant de la juge, passe derrière elle et lui remet des documents.
La juge fixe Covac droit dans les yeux. Son regard est fort, énigmatique, appuyé et direct.
On ne sait pas ce qu’elle pense, si elle aussi est sur la séduction, ou l’attaque, ou bien les deux.
Anton partit au fond de la pièce vers le grand tableau. Il est assis devant une table basse rectangulaire.
Il regarde l’écran d’un ordinateur. Il semble étranger à la scène.
JUGE CATLINEAU
« Monsieur COVAC, cela fait la troisième fois que je vous reçois
dans mon bureau… quelque chose m’échappe… J’ai beaucoup
réfléchi à cela… et… en fait… je me demande
comment faites-vous pour être aussi parfait ? »
Covac se cale plus profondément dans son fauteuil. Il croise ses doigts, les index à la hauteur de la bouche il semblerait esquisser un sourire. Il regarde la juge dans les yeux. Il ne répond rien. Il la regarde.
JUGE CATLINEAU
« Ce qui m’échappe, c’est votre capacité à vous contrôler ; vous ne doutez jamais ? Avez-vous déjà eu peur ? Répondez-moi… »
Yanos Covac semble perdu.
JUGE CATLINEAU (enchaîne directement)
« Vous savez Monsieur Covac… Je ne suis pas sensible à votre
charme… Vous ne m’impressionnez pas… non plus »
Yanos Covac ne répond toujours pas et décroise les jambes. La juge qui semblait fixer la posture de Covac redresse la tête. Elle devient confidente. Elle se penche un peu en avant. Imperceptiblement elle semble aller vers lui.
JUGE CATLINEAU
« Monsieur Covac, comment étaient vos rapports avec votre
femme à l’intérieur du groupe ? »
YANOS COVAC
« Le groupe ? »
JUGE CATLINEAU
« Oui, le groupe ! Le groupe de travail, la troupe, avant que
vous soyez metteur en scène… parlez-moi de cela… Par
exemple à l’époque de Médée… J’étais dans la salle c’était à
Bordeaux, ici… j’étais à l’époque très impressionnée par la
prestation de votre femme… Parlez-moi de vos relations avec
les autres chanteurs… heu… acteurs… pardon… Vous
supportiez d’être dirigé ?
Yanos Covac ne répond rien.
JUGE CATLINEAU
Monsieur Covac… JE VOUS PARLE ! »
YANOS COVAC (explose en larmes)
« Madame le juge je ne suis pas là pour parler de théâtre, je
veux voir ma fille… »
JUGE CATLINEAU (compréhensive)
« Je sais, je sais… Mais j’ai besoin de comprendre pour vous
aider… Nous parlerons de votre fille, mais tout
d’abord, aidez-moi à vous aider… La nature humaine est complexe…
comment viviez-vous la célébrité de votre femme ? »
YANOS COVAC
« Elle a jamais été célèbre ! »
La Juge Catlineau semble surprise.
JUGE CATLINEAU
« Ah bon ! Il me semblait un peu quand même…
La Juge Catlineau incline un peu le dossier de son fauteuil noir. Elle marque un temps, puis d’une voix posée :
JUGE CATLINEAU
C’est quoi la célébrité pour vous ? Dans une interview récente
que vous avez donnée, vous avez déclaré, je vous cite : La
célébrité c’est la possibilité de faire ce que l’on veut quand on
veut avec qui on veut… C’est-à-dire ? »
YANOS COVAC
« Je ne me rappelle pas… »
Dans le salon en rotonde Hannah est face caméra.
HANNAH
« Regarde ce que j’ai pour toi… Je l’ai cueillie dans la serre,
près du parc… C’était beau tout ce rose dans le ciel… Tu te
rappelles la première fois quand nous étions en France avec
Médée ? Il faut de l’eau pour cette fleur rose »
Elle sourit, un sourire très doux et de grosses larmes coulent en même temps…
HANNAH
« Tu sais je n’ai pas résisté… La mort de Maman… ça a été si
horrible et inattendu,
tout a basculé… j’ai cru devenir folle… de tristesse… je me suis
retrouvée seule, seule… Je ne suis pas folle tu le sais ? N’est-ce
pas ?
Elle regarde intensément Lisa.
LISA (dans un souffle)
« Je le sais tu n’es pas folle… »
HANNAH
« Puis il y a eu cette histoire au théâtre où j’ai failli mourir…
accrochée à un fil… »
Hannah en avant-scène, le dos au vide. Elle est sanglée dans un harnais noir relié à un câble tenu par Yanos Covac, qui lui est au milieu du plateau.
TECHNICIEN 1
« Ça va aller Hannah ? »
Hannah hoche la tête en souriant, elle éclate de rire.
HANNAH
« Je vais prier. »
TECHNICIEN 1
« Mais ça va, ça va ? T’es sûre ? »
HANNAH
Oui, oui, certaine…
TECHNICIEN 1 (s’adressant à Yanos Covac)
« Yanos… tu l’assures… Tu arrêtes ça chute dès qu’elle est à 15 cm au-dessus des fauteuils ! Regarde la marque là-bas au fond, tu vois, quand elle est là, tu la stoppes. Après elle se balance comme un ange au-dessus du public, 30 secondes et puis tu la remontes ! Tu as les tops dans ton oreillette, ok ? Ne déconne pas ! »
Yanos Covac hoche la tête en signe d’acquiescement.
TECHNICIEN 1
« Vous y êtes tous ? »
