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June, une adolescente innocente et pleine de vie débarque à Paris. C'est une nouvelle aventure qui commence, loin de sa campagne tranquille et de ses habitudes. Mais elle est loin d'imaginer que désormais, rien ne sera plus comme avant. Entre coup de foudre, déceptions et surprises du destin. Il s'avère que l'amour n'est pas vraiment comme dans les livres...
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Seitenzahl: 314
Veröffentlichungsjahr: 2024
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A toutes celles et ceux, qui rêvent de l’amour comme dans les livres.
Ecrivez votre propre histoire.
CHAPITRE 1: LA FIN DE L’ETE
Août
CHAPITRE 2: NOUVEAU DEPART
Septembre
CHAPITRE 3: LE DANGER RÔDE
CHAPITRE 4: BON RETABLISSEMENT
CHAPITRE 5: IAGO
CHAPITRE 6: L’ANGE GARDIEN
CHAPITRE 7: CE QUE CACHE LA COUVERTURE
CHAPITRE 8: SUIS-MOI, JE TE FUIS…
Octobre
CHAPITRE 9: FUIS-MOI, JE TE SUIS…
CHAPITRE 10: QUAND LE COEUR S‘EMBALLE
Iago
June
CHAPITRE 11: UN CAILLOU SUR LA ROUTE
Iago
June
Iago
June
CHAPITRE 12: PANSER LES PLAIES
Iago
June
Iago
June
Iago
June
CHAPITRE 13: UN FLEUVE PERSQUE TRANQUILLE
June
Iago
June
Iago
CHAPITRE 14: COMMENT SE TISSENT LES LIENS
June
Iago
June
Iago
CHAPITRE 15: QUAND TOUT DERAPE
June
Iago
June
Iago
June
Iago
June
CHAPITRE 15: PARTIE 2
June
Iago
June
Iago
June
Iago
CHAPITRE 16: DU BAUME AU COEUR
June
Iago
June
Iago
CHAPITRE 17: UNE MAUVAISE NOUVELLE N’ARRIVE JAMAIS SEULE
NOVEMBRE
June
Iago
June
Iago
June
Iago
CHAPITRE 18: LE COEUR OU LA RAISON
FEVRIER
June
Iago
CHAPITRE 19: LES RETROUV…AÏE
June
Iago
June
Iago
June
CHAPITRE 20: SANS TOI
MARS
June
Iago
June
CHAPITRE 21: TOURNER LA PAGE
June
Iago
June
Iago
CHAPITRE 22: ROUVRIR LE LIVRE
Iago
June
CHAPITRE DERNIER: ET SI C’ETAIT TOI…
June
Iago
June
Iago
June
Iago
June
Iago
June
Iago
June
FIN
Les vagues allaient et venaient sur le sable encore chaud en effaçant sur leurs passages les dernières traces de pas.
Complètement hypnotisée par le bruit des rouleaux je ne me rends pas compte que les filles reviennent déjà. Elles sont allées acheter des chichis, moi je n’aime pas ça alors je suis restée sur ma serviette. Absorbées par leur discussion elles me laissent encore un instant dans ma rêverie, et j’en suis ravie. Je me remémore les souvenirs de cet été incroyable, qui malheureusement s’achève bientôt. J’ai une pensée pour ma mère, elle dit tout le temps cette fameuse phrase ; « toutes les bonnes choses ont une fin », c’est vraiment nul comme concept…
Ces dernières semaines furent tout simplement exceptionnelles, c’est certainement le meilleur été que je n’ai jamais passé. Je suis partie voir ma grandmère dès la fin de mon année de terminale, je suis toujours ravie d’aller passer du temps chez elle malgré mon âge. Elle habite un mas provençal absolument gigantesque, à Alès, bien qu’elle vive seule maintenant. Ah non j’ai failli oublier Monky son labrador, et Prune aussi sa vieille chatte. Enfin bon, pas sûr qu’ils aient besoin des quatre chambres et des deux salles bains, inoccupées la plupart du temps. Il y a aussi un grand jardin, que Simon le paysagiste entretient à merveille, avec une piscine où j’ai toujours rêvé d’organiser une pool party géante, mais à vrai dire je n’ai pas assez d’amis là-bas pour organiser un tel évènement. J’ai une chambre qui m’est dédiée, avec mon dressing et ma salle de bain le grand luxe. De ma fenêtre j’ai une vue magnifique sur les champs de lavande et le soir on peut apprécier le chant des grillons. D’habitude, pour les vacances d’été je viens avec mes deux petits frères, mais cette année mes parents les ont envoyés en colonie de vacances, dans le sud, ou dans le Jura je ne sais plus vraiment. J’ai quand même des amis à Alès du fait que j’y passe une bonne partie de mes étés depuis que j’ai quatre ans. Et à l’époque le club des enfants de la ville c’était THE place to be. C’est là que j’ai rencontré mes amis, on est un petit groupe de cinq, il y a Amélie, Julia, Bastien, Mathieu et moi.
Mais depuis l’année dernière c’est plus pareil, Mathieu craquait grave sur Amélie, bah depuis qu’on a quatre ans je pense, il a tenté sa chance, mais malheureusement ça ne s’est pas vraiment passé comme il l’imaginait. Forcément cette histoire a mis un froid entre eux et quand on sortait il y en avait toujours un qui trouvait une excuse pour ne pas venir. C’est nul parce que maintenant qu’on est presque tous majeurs on aurait pu s’éclater à faire la tournée des bars en centre-ville jusqu’au bout de la nuit. Mais ce n’est pas grave parce que de toute façon je n’ai pas besoin d’eux pour m’amuser, avec mamie je rigole tout le temps et on s’occupe bien ensemble. On cuisine, elle m’apprend toutes ces meilleures recettes oui c’est un peu cliché mais on fait vraiment ça hein ! On joue au poker, et non, pas de scrabble chez nous, et pour la première fois cet été j’ai réussi à la battre. Sinon le mercredi et le dimanche matin je l’accompagne au marché, j’adore la regarder choisir avec soin ses fruits et légumes. En revanche j’aime un peu moins attendre qu’elle finisse de papoter avec chaque commerçant, c’est dingue comme les vieux peuvent aimer les potins. Mais ce que je préfère entre toutes ces activités c’est quand on se pose dans les transats au soleil, notre livre à la main et qu’on s’interrompt mutuellement toutes les cinq minutes pour se raconter un tas de choses. Ce qui est bien avec mamie c’est qu’elle n’est pas vieux jeu, je peux absolument tout lui raconter, mais en fait à chaque fois je constate que je n’ai pas une vie vraiment trépidante pour une jeune fille de dix-huit ans. Enfin voilà, c’est un peu ma deuxième vie là-bas.
Bref, j’y ai passé presque deux semaines, c’est moins que d’habitude mais j’avais un programme chargé. Après ça j’ai fait une halte de trois jours à la maison, afin de faire quelques lessives, de me reposer et de refaire mes bagages. J’habite avec mes parents une petite maison de campagne vers Alba-la-Romaine, pas loin de Montélimar. J’aime bien ma vie à la campagne, c’est calme et joli, il y a de l’espace et aucun bruit. Mes parents sont mariés depuis vingt ans ou peutêtre même plus, ils viennent tous les deux de Bretagne où ils ont emménagé dans leur premier appartement et vécu plusieurs années. Ils m’ont eu, ainsi que Raphaël, mon premier petit frère, il a déjà 15ans je n’y crois pas… Puis on a déménagé ici en Ardèche, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi quitter la campagne pour une autre campagne, mais bon c’est cool ici, et je n’ai passé que quatre ans en Bretagne alors je n’en ai pas beaucoup de souvenirs. À peine un an après notre arrivée ma mère donnait naissance au deuxième zigoto, Noah.
Des souvenirs de vacances quand on était petits me reviennent, je crois qu’un sourire se dessine sur mon visage :
- June ! Eh oh ! crie Emmy qui me sort brutalement de mes pensées.
- Heu… Oui quoi ? lui répondis-je un peu dans le brouillard.
- T’es d’accord avec le programme de ce soir ?
A vrai dire je n’ai rien suivi de leur conversation.
C’est notre dernier jour à Nice, on a passé une semaine toutes les quatre dans un airbnb assez modeste mais suffisant pour le temps qu’on y passait.
Emmy est ma meilleure amie depuis que j’ai emménagé à Alba-la-Romaine il y a maintenant 14 ans. Dès le premier jour d’école on s’est liée d’amitié. Je crois qu’elle avait eu pitié de moi quand elle m’avait trouvé recroquevillée dans les toilettes pendant la recrée. Je détestais être la nouvelle, et ce premier jour aurait été l’enfer sur terre si elle ne m’avait pas tendu la main pour m’inviter à venir jouer avec elle. Depuis on ne s’est jamais quitté, à part en cinquième quand on s’était disputé parce qu’on appréciait le même garçon, ridicule, d’autant plus qu’aucune de nous deux ne lui a jamais adressé la parole. On est restée fâchée une semaine à tout cassé. Puis à l’entrée au lycée on a rencontré Chloé et Nina qui étaient dans la même classe que nous. Nous nous sommes très bien entendu toutes les quatre et avons passé nos trois années de lycée ensemble.
Ce qui explique cette semaine de vacances entre copines pour décompresser après ces années maudites par le bac.
Comme je l’ai dit, j’ai passé quelques jours transitoires à la maison après mon séjour chez mamie pour ensuite repartir une semaine à Biarritz dans la maison de famille d’Emmy, avec elle et ses parents. Ça été une semaine de folie qui s’est résumé à grasse matinée, bronzette, surf, boite de nuit. Mais le retour à la réalité fut brutal, j’avais décroché un job d’été en tant que vendeuse dans une boulangerie de Montélimar. Par conséquent je commençais très tôt. Mais l’avantage c’est que j’avais mon après-midi de libre. Puis ce n’était pas si mal, mes collègues étaient très sympathiques et Nina travaillait dans une boutique de fringue pas loin alors on déjeunait ensemble le midi. Pour être sûre d’avoir assez d’argent pour mes vacances je travaillais en plus le soir dans le bar d’un ami de ma mère, il m’avait arrangé le coup et pour pas être emmerdé avec la législation il me filait ma paye de la main à la main. C’était super cool d’être serveuse, tous les soirs le bar était bondé et l’ambiance rendait le travail moins fastidieux. Tout cela m’avait bien fatiguée mais avait été rentable, je m’étais fait suffisamment d’argent pour me faire plaisir durant ce séjour entre copines.
D’ailleurs c’était l’objectif de cette dernière semaine de l’été, profiter à fond ! Les filles ne manquaient pas d’idées pour atteindre ce but.
Nous avons passé des après-midis entières à jouer au volley à la plage avec un groupe de garçon que nous avions rencontré dans notre résidence.
Le soir on sortait jusqu’à pas d’heure et souvent un peu pompette, enfin pas pour ma part, je n’aime pas l’alcool, surtout depuis cette soirée en seconde où j’ai vomi mes tripes. Sinon on sortait en ville faire les boutiques, ou siroter un verre en terrasse. Un jour on est allé faire du jet ski, c’était vraiment l’éclate, mais vraiment très cher aussi. Et de l’accrobranche aussi, fin c’était la vieille ça, mais qu’est-ce qu’on avait ris de voir Chloé pétrifier sur la poutre suspendue à plus de quatre mètres du sol. Oh on a fait un bowling aussi, avec un groupe d’amis qu’on avait rencontré dans un bar la veille. Ça aussi c’était très drôle, parce qu’il est vrai que d’essayer un strike avec 3 grammes dans le sang ce n’est pas gagné. Quand je me refais le film dans ma tête j’ai du mal à saisir comment on a pu faire tout ça en une semaine. Enfin bon c’était vraiment génial mais ce soir c’est le dernier et il faut que ça déménage.
*
- Emmy ça va ? réponds s’il te plait, criai-je à travers la porte.
- Je t’apporte un verre d’eau, ajoute Chloé.
Visiblement les huitres sont mal passées. On a décidé de se faire le bon resto de la plage qui nous fessait de l’œil depuis notre arrivée. Emmy a voulu se faire plaisir avec ses fruits de mer préférés mais à en constater son état ce n’était pas la meilleure idée. J’entends Nina râler derrière moi et dire qu’elle va mettre une mauvaise note sur tripadvisor, fou rire intérieur !
Emmy est vraiment mal et rend tout son repas. Tant pis pour la dernière soirée nous ne sortirons pas. Les filles sont déçues et Emmy insiste pour que nous sortions faire la fête sans elle. Moi je refuse cette idée et préfère prendre soin d’elle. Les filles me suivent et proposent une soirée films d’amour. J’adore !
Emmy menace d’aller se coucher immédiatement si l’on met ce genre de film, elle les déteste depuis qu’elle n’est plus avec Sandro. Ils se sont séparés il y a plusieurs mois, mais après plus de deux ans de relation elle a du mal à s’en remettre. Depuis elle crache sur tout signe d’affection, de tendresse, ou d’amour qu’elle puisse voir. Alors les films romantiques ça ne sera pas pour ce soir.
En effet l’ambiance change radicalement puisqu’on finit par mettre Conjuring, par sûr que ça aide à remettre l’estomac en place… Puis finalement je constate que cette soirée tranquille ne fait de mal à personne puisqu’au bout d’à peine trente minutes nous avons perdu deux soldats.
*
Le réveil de Chloé sonne tôt ce matin. Nous devons faire nos valises et nettoyer l’appartement pour rendre les clefs à onze heures. Comme à son habitude Nina se lève vingt minutes après tout le monde et de mauvaise humeur, mais on s’y habitue, puis en général après son café ça va mieux. Nous nous répartissons les tâches et le ménage est fini en un rien de temps, ce n’est pas comme si on avait un palace à récurer.
Ce petit appartement va me manquer, il est très fonctionnel et nous avons passé de bons moments dedans, surtout avant de sortir le soir. La musique à fond, on défilait chacune notre tour dans le couloir pour demander un avis sur la tenue qu’on allait porter. La salle de bain devenait un champ de bataille entre les serviettes étalées sur le sol, les trousses de maquillage éventrées, les lisseurs, boucleurs et autres appareils chauffants dont les câbles trainaient autour des vasques. J’adorais ces moments où l’on se préparait comme pour monter les marches de cannes, sauf moi. J’étais toujours celle qui était habillée et maquillée le plus simplement. Je ne me sentais pas à l’aise dans des tenues trop extravagantes. Les filles, elles, assumaient leur style et ça leur allaient à ravir.
J’ai toujours été dans la simplicité et ça m’allait bien, mais j’avoue que parfois je me sentais un peu nulle face à elles qui étaient si sexy et assumées, pas étonnant que n’ai toujours pas de petit ami. Je coupe court immédiatement à mes pensées car c’est un terrain glissant que de parler de ma vie amoureuse, inexistante.
Le propriétaire me rend mon chèque de caution et nous descendons non sans effort les trois étages sans ascenseur avec nos valises. Je commence à percevoir sur le visage de mes copines une certaine mélancolie de quitter notre lieu de vacances. J’ai pris soin de commander un Uber hier soir, et heureusement il est à l’heure, très galant il range nos bagages dans le coffre. Pendant trente secondes je crains qu’il ne puisse pas le fermer. Ça passe !
*
Une sonnerie retentit et une voix féminine très douce nous annonce l’arrivée en gare. Je réveille les filles et nous nous levons pour aller chercher nos bagages.
Je suis tellement contente de retrouver ma famille que je leur saute dans les bras. Il manque Raph et ma mère m’explique qu’il passe la journée chez un ami. Je pose mon sac, laisse ma valise à côté de la voiture et retourne dire au revoir aux filles.
Je mettais préparée à ça des centaines de fois dans ma tête depuis que j’ai appris qu’on allait déménager, mais c’est beaucoup plus dur en vrai. Je sais que je ne les reverrai pas avant la toussaint au moins, et je suis optimiste. Je ne peux retenir une larme. On se prend dans les bras et nous nous promettons de s’appeler au moins une fois par semaine sur notre groupe WhatsApp. Je leur souhaite bonne chance pour leurs rentrées respectives.
Emmy et Nina intègrent la même école de commerce à Lyon. Chloé par vivre en suisse chez une tante pour travailler dans son hôtel de luxe en alternance. Au fond de moi je sais que je ne les reverrai certainement pas, ou du moins très rarement et séparément. Nous nous adressons un dernier au revoir digne d’un film dramatique et je les laisse.
*
Je n’arrête pas de parler de toute la route, ça m’empêche d’y penser. Je raconte comment se sont passé mes vacances entre copines et je peux voir à l’expression de mes parents qu’ils sont contents pour moi.
Une fois à la maison je m’affale sur le canapé et met au moins une heure à me motiver pour ranger mes affaires, faire mes lessives, et finir mes derniers cartons…
L’idée de quitter cette maison me déprime et avoir nié ce fait tout l’été ne m’a pas aidé à l’accepter. J’y ai passé quasiment toute ma vie et tous mes souvenir sont ici, une discussion avec ma mère à ce sujet me revient : « non June ils ne sont pas ici tes souvenirs, ils sont avec toi, dans ta tête, dans ton cœur et peu importe où la vie te trimballera tu les amèneras avec toi. C’est une nouvelle vie qui commence ma chérie et je sais que c’est déstabilisant pour toi que tout va être chamboulé mais tu vas voir tout va bien se passer… » ça me réconforte autant que ça m’énerve de repenser à cette discussion. Car je sais que ma mère ne pensait pas un mot de ce qu’elle disait. Elle est aussi déprimée que moi de devoir quitter notre campagne, elle doit abandonner sa boutique de vêtement et ses amies. Tout ça pour s’installer dans un je ne sais combien de mètre carré mais moins que ma maison ça s’est sûr, à Paris ! Voilà je l’ai dit, à Paris.
On dirait que depuis que mes parents me l’ont annoncé, fin juin, cette ville n’existe plus dans mon cerveau. Je vais vivre à Paris putain…
Mon père est directeur commercial pour l’Oréal Paris et il y a quelques mois il a été promu directeur marketing. Ce nouveau poste nécessite sa présence quotidienne au siège. Il a d’abord réfléchi puis les numéros en bas de la fiche de salaire l’ont convaincu. Mais le problème fut qu’il ne voulait vraiment pas partir le dimanche soir pour passer une semaine, seul à l’hôtel, et rentrer le vendredi. De plus, ma mère souligna le fait que Paris sera idéal pour mes études et si nous y habitions tous ensemble à l’année ce serait plus confortable. Je me souviens combien j’avais été énervée de servir de bon prétexte pour déménager. Je sais pertinemment que mes parents détestent les grandes villes, mais ils seraient prêts à tout pour garder notre famille soudée. Heureusement nous ne nous installerons pas à Paris même, mais en banlieue, vers Saint-Germain en Laye, je crois que c’est ça le nom.
Mes parents ont déniché une petite maison dans un quartier résidentiel, apparemment tranquille. Mon grand jardin et le calme allait tellement me manquer…
Le déménagement était prévu pour dans deux jours, nous débarquerons la veille de la rentrée, super le temps d’adaptation.
Je vais étudier la psychologie à l’université Paris Nanterre.
Ça y’est je commence à avoir le trac, je repense à ma rentrée en primaire, je déteste être nouvelle !
J’essaye de distraire mon attention en me reconcentrant sur mon bureau à vider. J’en profite pour bazarder tous mes cours du lycée qui ne me serviront certainement plus à l’université.
***
La sonnerie de mon téléphone me tire d’un sommeil profond, pourtant je ne me rappelle pas avoir programmé de réveil, c’est Emmy en face time :
- Allo ?! je te réveille ou quoi ? il est 12h mademoiselle ! cri-t-elle à travers le téléphone.
- Hein ?! déjà…
- Bon meuf, je viens de poser mes derniers cartons, regarde ! me dit-elle toute excitée.
Elle me fait visiter son appartement à Lyon. Il est petit mais il a l’air chouette et je sais qu’elle saura très bien le décorer. Elle me pose sur une étagère et nous discutons pendant qu’elle déballe ses affaires. Nous sommes samedi, la rentrée c’est après demain, je ne réalise pas encore que nous rentrons en étude supérieure.
Ma mère a dû m’entendre parler, elle ouvre ma porte pour me prévenir qu’ils passent à table. J’ai vraiment du sommeil à rattraper pour me réveiller à une heure pareille. Je raccroche, enfile un short de sport, des claquettes et rejoins tout le monde pour déjeuner.
Nous nous installons dehors sur la terrasse et profitons du dernier repas au soleil. Après avoir débarrassé la table je me pose dans une chaise longue avec mon livre. C’est une romance qui raconte la vie de deux adolescents atteint du cancer qui tombent amoureux à l’hôpital et se soutiennent mutuellement. C’est une histoire très touchante et j’arrive d’ailleurs sur la fin. Je marque une pause dans ma lecture et m’imagine vivre une histoire d’amour. Je ne suis jamais sorti avec personne.
Je sais que ce n’est pas mon physique qui repousse car j’ai déjà reçu des compliments, mais je pense que je suis trop réservée et pudique. Puis en réalité aucun garçon ne m’a jamais attiré. Je n’ai jamais ressenti de picotement ou de papillons dans le ventre comme peuvent le décrire mes copines. Même les plus beaux garçons du lycée ne me provoquaient aucune réaction. Je suis amie avec eux mais c’est tout. Et maintenant ça commence à me peser. J’aimerai moi aussi tomber follement amoureuse et vivre un tas de nouvelles choses. Même si j’ai pu constater en assistant à la rupture d’Emmy à quel point la chute peut faire mal, je crois que j’aimerai quand même connaitre ce sentiment.
La route est longue jusqu’à Paris et j’ai fini mon livre donc je m’ennuie un peu. Le garçon est mort, j’ai pleuré, sa copine aussi. Mes frères jouent sur leur téléphone en écoutant de la musique et je décide de faire pareil, en espérant que le temps passe plus vite. Le camion de déménagement est devant nous et j’imagine comment je vais pouvoir aménager ma nouvelle chambre.
Papa m’a prévenu, elle est plus petite que celle que j’avais et il n’est pas sûr que je vais avoir assez de place pour ma bibliothèque. D’ailleurs j’ai hâte de découvrir les librairies parisiennes, non, non, non je n’ai pas hâte d’aller à Paris ! me rappelle ma petite voix. Nous nous arrêtons manger un bout sur une aire d’autoroute. Je mange mon panini, un peu distraite, quand une notification me ramène sur terre. C’est un mail de l’université pour rappeler que la rentrée c’est demain, comme si je pouvais oublier, et qui précise les horaires ainsi que le bâtiment et la salle dans laquelle se rendre pour assister à l’accueil des premières années.
***
Il est bientôt 17h et nous arrivons enfin dans notre nouveau chez nous. La maison est nettement moins grande que l’ancienne mais elle est mignonne ; il y a un petit terreplein devant qui est joliment fleuris et une allée en dalle mène à la porte d’entrée. Noah rentre en premier, il est surexcité à l’idée de découvrir l’intérieur, je ne comprends pas son enthousiasme.
Je crois que maman remarque mon manque d’entrain car elle pose sa main sur mon épaule et me sourit avec un air compatissant. Je pénètre enfin dans la maison ; l’entrée est petite mais j’apprécie le grand miroir qui s’y trouve. Nous arrivons directement au salon ouvert sur la salle à manger qui elle-même donne sur la cuisine mi- ouverte, ou mifermée tout dépend du point de vue. Tout est décoré dans des tons neutre ce que j’apprécie directement. Il y a un canapé d’angle, une grande télé et entre les deux une petite table en bois clair posée sur un grand tapis tressé. Dans la salle à manger une grande table pour six éclairée par un joli luminaire suspendu, occupe tout l’espace. La cuisine est un peu petite mais j’aime le style moderne noir et blanc, bien qu’en y pensant ça ne va pas trop avec le reste de la salle.
Noah et Raphaël débarquent en furie des escaliers réclamant leurs cartons. Nous créons une chaine du camion jusqu’à la porte ; papa réceptionne les cartons que le déménageur lui descend, il les passe à maman qui me les donne et je les passe à Noah qui les déposent dans l’entrée pour que Raph aille les mettre directement dans les bonnes pièces. Il n’y eu pas beaucoup de travail étant donné que nous louons la maison meublée. Nous avons simplement apporté quelques meubles qui allait dans les chambres ou dans le bureau ainsi que nos affaires respectives. J’arrive dans le couloir du haut qui desserre la salle de bain, le bureau et les quatre chambres.
La distribution des piaules se déroule étonnement bien, tout le monde se met d’accord en un rien de temps et c’est réglé.
L’atelier déballage de cartons et rangement dure au moins deux heures. Ma chambre est effectivement un peu plus petite que mon ancienne et papa avait raison, je n’ai pas la place pour y mettre ma bibliothèque. Elle ira dans le bureau. Un pan de mur est quasiment inexploitable car mon placard encastré en occupe presque toute la largeur, je décide alors de mettre sur le mètre de mur restant, mon miroir sur pied et ma fausse plante. En face de la porte il y à la porte fenêtre qui donne sur mon petit balcon où j’ai juste la place pour une chaise. À droite de la fenêtre j’ai mis mon bureau et en face il y a mon lit collé au mur avec une petite table de chevet à sa gauche. C’est fonctionnel et finalement assez aéré, j’aime bien. Je rajoute les dernières décorations ; une guirlande lumineuse sur le cadre de mon miroir, un petit tapis à côté de mon lit, ma fontaine à eau sur mon bureau et la lampe de chevet.
Quelque chose me dérange… mais oui tous les murs sont blancs, c’est triste !
Il faudra que j’achète des cadres ou une grande tapisserie murale pour accrocher audessus de mon lit.
Il est déjà 20h, nous n’avons pas mangé et demain tout le monde reprend le boulot, sauf ma mère qui doit trouver un nouvel emploi. On se fait livrer chinois.
Premier repas dans la nouvelle maison. Je m’y sens plutôt bien et c’est un bon point, car même si je n’ai pas envie d’être ici je n’ai pas le choix alors autant y trouver des avantages tout de suite.
*
Je sors d’une bonne douche purifiante, saisi mon téléphone et appelle Emmy en face time la serviette encore sur la tête. Elle décroche immédiatement et son visage apparait sur l’écran. Je lui montre ma chambre, qu’elle trouve très cool. Mais ce n’est pas le but de mon appel, demain je rentre à l’université et je n’ai aucune idée de ce que je vais porter. Je veux faire bonne impression sans en faire trop et surtout en restant moi-même. En moins de temps qu’il faut pour le dire, les vêtements que j’ai soigneusement rangés dans mon placard une heure avant, se retrouvent éparpillés sur mon lit. Emmy et moi hésitons entre deux tenues, qui n’ont… rien à voir.
Finalement après trente minutes à peser les pours et les contre de chaque assortiment, oui c’est toujours un grand débat, j’opte pour un pantalon noir fluide avec un pull blanc accompagné de bottines en cuir noires et d’un trench beige. Je prépare mon sac tout en imaginant avec Emmy à quoi ressemblera le beau gosse du campus. Je n’ai pas vu l’heure passer et nous raccrochons à 22h. Je programme un réveil plus tôt que nécessaire pour ne pas risquer d’être en retard pour le premier jour, et m’endors devant ma série préférée en pensant à demain.
Le jour commence tout juste à se lever, j’attends sur le quai de la gare, les muscles crispés par le froid parisien. Je suis d’ailleurs très entonnée de constater que je suis la seule à le ressentir, la plupart des gens ne portent d’un simple sweat ou encore pire un tee-shirt. Le train de 7h15 arrive. Il est bondé et je vais devoir passer le trajet debout, à lutter contre la fatigue. Je sens le stress monter au fer et à mesure que l’on passe les arrêts, je décide alors d’écouter du jazz, ça me détend en général.
Une voix robotique annonce mon arrêt, je me prépare à descendre et un creux se forme dans mon estomac. Je n’ai rien pu avaler ce matin et je le regrette déjà.
Lorsque j’arrive devant l’université je décide de prendre un air confiant et rassuré. Je ne m’attarde pas devant le grand portail ouvert, où plusieurs petits groupes fument tel des trains à vapeur, et me dirige directement vers le bâtiment C comme indiqué dans le mail d’hier.
Je pénètre dans la bâtisse et dieu merci des flèches et des pancartes indique le chemin à suivre pour se rendre dans l’amphithéâtre 4. Je décide de m’asseoir dans une rangée ni trop haute ni trop basse sur un siège au milieu. Je constate qu’il n’y a pas beaucoup de gens installés, je regarde mon téléphone, j’ai quinze minutes d’avance.
*
Je sors de mon premier cours d’histoire de psychologie à midi et demi. Le prof était un peu mou mais je vais mettre ça sur le dos de la rentrée.
Je ne reprends pas les cours avant 14h, alors j’en profite pour faire un tour du campus qui m’a paru immense ce matin, mais que le trac m’a empêché de visiter.
Dans le bâtiment C il n’y a que des amphithéâtres et une cafeteria. Je repère la bibliothèque dans le bâtiment A, je sais déjà que j’y passerai tout mon temps libre.
À l’arrière des bâtiments, s’étend un grand espace verts assez arboré et agrémenté de table de pique-nique.
Plus loin, deux bâtiments attirent mon attention, je me souviens du plan qu’on nous a donné en première heure et constate que ce sont une piscine et un théâtre, sympa !
J’ai faim et décide de chercher une boulangerie à proximité. J’avance vers la sortie du campus, un peu dans la lune, comme d’habitude.
Et ce qui devait arriver arriva, je bouscule quelqu’un sur mon passage. Je fais volte-face et m’excuse spontanément :
- Oh ce n’est rien t’inquiète, me répond gentiment la fille.
Elle a un carré blond, les yeux d’un vert perturbant et plusieurs grains de beauté sur le visage, elle doit en faire craquer plus d’un.
Je lui souris et elle reprend sa route, ce doit être une deuxième année.
J’arrive en moins de dix minutes à la boulangerie indiquée sur plan de mon téléphone. Le soleil est là, et une petite chaleur agréable se fait sentir. Je retire mon pull pour laisser place à mon tee-shirt manches courtes bleu marine, un peu trop décolté, ce qui me met mal à l’aise.
J’achète une salade césar et un chausson aux pommes que je déguste dans un petit parc à proximité. J’aime bien manger tranquille c’est pourquoi je ne retourne pas sur le campus. Ma petite voix me rappelle qu’il serait temps que j’aille à la rencontre de nouvelles personnes pour essayer de me faire des amis. J’étais tellement stressée ce matin que je n’ai même pas adressé un regard à quiconque.
*
Il me reste vingt minutes avant de retourner en cours, j’en profite pour aller découvrir la bibliothèque. Une dame d’une cinquantaine d’années m’accueille très aimablement. Elle m’explique qu’il me faut une carte d’accès pour pouvoir utiliser les ordinateurs ou emprunter des livres. Elle demande ma carte d’identité, ma carte étudiante et mon attestation d’inscription, en cinq minutes ma carte est faite.
Ma salle de cours est à l’autre bout des bâtiments, je m’y rends de ce pas. J’arrive encore avant tout le monde. Je sors de mon sac de quoi noter et cherche un chewinggum :
- Salut !
Je relève la tête pour découvrir mon interlocuteur, ou mon interlocutrice.
C’est la fille de tout à l’heure, elle est nouvelle aussi alors. Je lui adresse un grand sourire et la salut à mon tour. Elle s’assoie à côté de moi, ce qui me surprend. Il reste quelques minutes avant le début du cours, le prof est déjà là et dispose ses notes sur son bureau. Elle engage la discussion, ouf… :
- Pourquoi une licence de psycho ? je m’attendais à plus basique comme question pour commencer, mais ça me plait parce qu’en fait les questions basiques m’ennuient en général. Elle a l’air sympa.
- Depuis petite j’analyse tout ce qui m’entoure et en particulier les gens. J’ai une certaine capacité à les sentir, les déchiffrer et j’adore écouter, donner des conseils. On m’a souvent dit que j’étais faites pour aider les gens à aller mieux, et mes amis ont toujours été impressionné par mon soutien sans faille et mon empathie. Alors ça m’a poussé dans cette voix qui m’intéresse depuis le collège. Je ne peux pas m’empêcher de faire un monologue quand on me pose une question, c’est insupportable. Et toi ?
- Hm… c’est un des rares domaine qui attise ma curiosité. Mon vrai rêve c’est de devenir créatrice de mode mais les écoles sont beaucoup trop chères. Alors je me suis rabattue sur ça. Elle doit voir la compassion sur mon visage car elle renchérit : mais ça va hein j’aime ça !
Ce premier cours de psychologie cognitive fut vraiment passionnant. Je quitte la salle, devancée par… je ne connais même pas son prénom :
- Eh au fait ! Je ne t’ai pas demandé, mais, comment tu t’appelles ?
- Alix, dit-elle un peu surprise par ma prise de parole soudaine, et toi ?
- June.
Je vois à sa réaction qu’elle n’a jamais entendue ce prénom, comme la plupart des gens que je rencontre :
- Oui ce n’est pas commun, ça vient d’un film américain que mes parents sont allés voir pour leur premier rendez-vous. Ils ont tous les deux beaucoup aimé un des personnages ; une jeune femme pleine de caractère et d’audace, courageuse et d’une beauté admirable- visiblement le prénom ne fait pas tout… s’exaspère ma petite voix en songeant à ma personnalité totalement opposée à celle de cette héroïne -et elle s’appelait June.
- Intéressant, mais tu lis souvent dans la tête des gens ?
- Oh non, dis-je un peu gênée, c’est juste qu’on me demande souvent d’où ça vient alors…
- Aha t’inquiètes je plaisantais, elle a dû remarquer ma gêne.
Son sarcasme me désarme un peu, mais elle a un très beau rire cela dit.
Le début d’après-midi passe vite, et je profite de mon heure de trou pour aller à la bibliothèque, m’avancer sur mes premiers devoirs. Ce prof de neurobiologie ne rigole pas.
Il n’y a pas grand monde et c’est agréable.
Je lève la tête de mon livre pour réfléchir lorsque je croise le regard d’un jeune homme. Il est grand, bien bâti et est habillé simplement. Il porte un pantalon droit crème qui tombe sur des tennis blanches, ainsi qu’un tee-shirt blanc. Ses yeux verts me fixent un instant et je l’observe. Son visage est harmonieux, il a des trais fin ce qui lui donne un air d’ange, malheureusement d’où je suis-je ne peux voir plus de détails. Ses cheveux bruns sont un peu longs sur le dessus et dégradé sur les côtés, il est coiffé décoiffer, trop beau !
Soudain ma petite voix me hurle de détourner le regard car je dois le fixer depuis au moins une minute. Lui s’est déjà repenché sur son portable et n’a même pas dû faire attention à moi, même si j’ai l’impression que lui aussi me regardais.
Mais de toute façon depuis quand je me préoccupe de ça.
Je me souviens d’Emmy qui m’a fait promettre de m’intéresser un peu plus aux garçons que ces 14 dernières années. J’ai un pincement au cœur en pensant à elle. Je décide donc de lui envoyer un message.
À : Emmy <3
Cc, alors ce premier jour ?!
J’ai rencontré une fille qui est en cours avec moi, Alix, elle a l’air sympa. Là je suis à la bibliothèque et je pensais justement à toi. Tu me manques déjà.
Distribué à 15 :46.
Je me remets au travail car mon dernier cours de la journée commence dans vingt minutes.
*
En arrivant dans le salon je retrouve maman affalée sur le canapé devant une série télévisée :
- J’ai passé une vraie journée de mère au foyer me dit-elle avec un ton qui témoigne de sa fatigue. J’étais au supermarché à l’ouverture pour faire un ravitaillement, ça m’a pris au moins deux heures. En rentrant j’ai préparé des repas à l’avance pour éviter de cuisiner le soir, ça m’a ouvert l’appétit donc j’ai mangé. Je me suis pris une demi-heure de pause puis j’ai épluché toutes les offres d’emploi d’internet. J’ai lavé la maison et défaits les derniers cartons. Et c’était déjà l’heure d’aller chercher tes frères au collège. On a fait les devoirs et je viens seulement de poser un cul. Et toi ma chérie ? me demandet-elle essoufflée de sa tirade.
- Eh bien… quelle journée ! Moi ça été. Pour l’instant je n’ai rencontré que trois profs et ils ont l’air bien sauf celui d’histoire de psycho il me parait ennuyant.
- Bien. Tu as rencontré des gens ?
- Ah oui une fille que j’ai bousculé en guise de bonjour, dis-je en rigolant.
- Toujours aussi douée, souligne ma mère.
Je lui parle un peu d’Alix et en vérité je n’ai pas grand-chose à dire car je ne la connais pas vraiment. Je ne lui parle pas du garçon de la bibliothèque car elle me bassinera avec pendant les 6 prochains mois.
Je passe dire bonjour aux garçons qui jouent à la console dans la chambre de Raph puis pars me détendre sur mon lit en regardant les
