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Depuis la nuit des temps, le chat fascine les écrivains. Alternance de douceur, de volupté et de force, il est un compagnon d'écriture idéal. "Entrechats" vous propose de découvrir quatre histoires incroyables. L'omniprésence du chat du docteur Bourdelon, psychiatre réputé. Odilon et sa machine à revisiter l'histoire. L'étrange histoire d'adoption du cinquième chat de Margareth. Gilles, le roi du quartier, toujours sur le qui-vive pour le rester. Après ces lectures, vous ne verrez plus vos petits minous de la même façon...
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Seitenzahl: 173
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Year of the cat Ergé
Psychocat Dominique VAN COTTHEM
Dis donc, Odilon Emilie RIGER
Coriace Rosalie LOWIE
Le syndrôme Frank LEDUC
À Novalie
By Ergé
Petit à petit, les chats deviennent l'âme de la maison Jean Cocteau
Ce jour-là, il faisait un temps de cochon à ne pas mettre un chien dehors, encore moins sortir sans capote. Ça me rappelait mes dernières vacances sur la Côte d’Opale dans cette charmante station balnéaire rafraîchie par les alizés de l’été une fois dans le Nord où je m’étais rendu lors d’un road trip estival pour parfaire mon free style de surfer. Une tempête de force 8 - prénommée Rosalie - balaya cependant mes dernières velléités de parader sur les vagues de la Mer du Nord. Je me méfie toujours des noms que les météorologues attribuent aux tempêtes comme si leur douceur pouvait atténuer leurs grondements.
Rosalie était déchaînée et le souffle de son rugissement s’étendait jusqu’à l’intérieur des terres, ratiboisant tout sur son passage. J’ai cru que mon dernier été sur la côte était venu. Finalement, j’en suis revenu. J’appris quelques jours plus tard, une fois rentré à bon port, que Rosalie avait provoqué un véritable raz-de-marée dans les Hauts de France et qu’un nombre impressionnant d‘articles avaient été publiés à son sujet pour en expliquer l’ampleur. La presse quotidienne titra d’ailleurs à sa une : les Hauts des Hurlements, on n’avait jamais vu ça avant.
Toutes les librairies s’emparèrent du phénomène et la mirent en tête de gondole, et de Wimereux à Venise, en passant par Liège, Labenne ou Montargis, on ne voyait qu’elle. Depuis cet avènement, Wimereux devint un bien bel endroit à découvrir. Des cars entiers de touristes déferlèrent sur la ville, en quête d’une photo souvenir ou d’une dédicace de la star locale internationale. Moi-même, je suis reparti avec un coquillage - un bigorneau de la plage des Dunes de la Slack - et quand je le mets à mon oreille, j’entends le bruit de la tempête.
Pour revenir à nos moutons et comme je le disais plus haut, le temps était maussade ce jour-là.
Heureusement, je n’en étais qu’à la saison 3 de Walking Dead et à part les zombies, je ne voyais pas trop qui allait me tenir compagnie en ce jour de pluie.
Mes chats peut-être.
J’en ai quatre. RiRi, FanFan, LoLo et CoCo.
Des chats de gouttière certes mais ils avaient reçu la plus belle des récompenses lors d’un concours de chasteté au salon des Félins en Folie, dans le quartier de Pigalle à Paris, un haut lieu du Chakra. Leurs poils soyeux, leurs yeux perçants, leur corps fin et musclé et leur allure élégante avaient conquis le jury qui les avaient placés - les quatre à égalité - sur la plus haute marche du podium devant des chats de race.
Ils avaient de surcroit remporté le concours de Chaud Show Cat. Une épreuve de lap dance qui consistait à laper sa gamelle de pâté sans en renverser et en se tenant uniquement sur les pattes avant, chaussées de talons aiguilles.
Le président du salon, un certain Luigi Chtigardimou qui avait fait fortune en se frisant les moustaches sur le dos des bêtes, m’avait chaleureusement félicité d’avoir atteint un tel degré de perfection dans l’éducation de mes chats. Il avait même offert à chacun d’eux un ruban rouge à mettre autour de leur cou ainsi qu’un abonnement annuel à Minou, la revue qui fait dresser les vibrisses.
Luigi, qui était aussi un fieffé menteur en scène pour des films de série B, me proposa de mettre mes chats en boîte en adaptant leur histoire au cinéma mais je sentais bien que ces derniers n’étaient pas très appâtés par le projet. Ça sentait le cramé. Je déclinai la proposition. Je vis Luigi décliner aussi.
Ma vie prit alors un tournant à angle droit. Ça tombait bien car, depuis quelque temps, je me voyais foncer droit dans le mur à force de ronronner.
De foire en foire, de concours en concours, mes quatre matous écumèrent les prix et changèrent leurs croquettes en pépettes. Bien entendu, pour eux, le goût du succès avait toujours le goût d’une boulette de Royal Canin au poulet ou d’un pack mousseline light weight saumon-rognons-lapin en sachet lyophilisé de chez Gourmet Gold, mais pour moi ils étaient devenus des poules aux œufs d’or, transformant ainsi mon ronron quotidien en une vie trépidante. Après les avoir cajolés, je me mis à les couver.
Ils étaient devenus des bêtes de spectacle et faisaient l’objet de toutes les sollicitations. On les appelait les 4-KAT, surnom qui leur allait comme une moufle vus les chevaux qu’ils avaient sous le capot et leurs yeux hypnotisants, semblables à des roulements à billes.
Invités à participer à de nombreuses manifestations et autres foires aux bestiaux, ils étaient les vedettes qu’on voulait approcher, toucher, caresser, entendre miauler, voir faire la roue, prendre en selfie… comme ce jour où ils avaient fait de l’ombre à Miss Aquitaine lors d’une participation à la Fête au boudin de Cambo-les-Bains. Faut dire que ce n’était pas une lumière, la pauvrette, si l’on se fiait aux potins du boudin. Organiser leur planning était devenu un job à temps plein. Je m’en léchais les babines jusqu’à cette matinée cafardeuse où la pluie redoublait et que les zombies se multipliaient à l’écran. Les cafards étaient décidément partout.
Horreur ! Malheur ! Mes chats avaient disparu.
D’habitude si prompts à venir réclamer leur dose de câlins et jamais en reste pour grimper aux rideaux, ils occupaient chacun à leur manière leur territoire.
RiRi, le chat noir de la bande, avait été abandonné tout jeune dans la forêt d’Orléans et recueilli par trois braconniers gitans qui prospéraient dans le trafic d’animaux du Gâtinais.
Pêle-mêle dans leur roulotte aménagée en laboratoire de vivisection, cohabitaient toutes sortes de bestioles de la faune locale : libellules déprimées de Ladon (libellula depressa), coronelles lisses de Ouzouer (Coronella austriaca), grenouilles rousses de Châtillon-Coligny (Rana temporaria), martins-pêcheurs de Briare (Alcedo atthis), sangliers de Lorris (Sus scrofa), chevreuils de Paucourt (Capreolus capréolés), hérissons de Cepoy (Erinaceus europaeus), etc… Je leur avais acheté le chat au marché de Beaune-La-Rolande, un dimanche où je cherchais à tuer le temps et que Beaune-La-Rolande était l’endroit idéal pour se suicider.* (*non mentionné dans la plaquette de l’Office de Tourisme du Loiret).
FanFan, lui, avait été placé très tôt en pension car il faisait toujours le fanfaron. C’était un oiseau de nuit - d’où son pelage gris - qui revendiquait son indépendance et menait une vie de pacha au bord d’une piscine hollywoodienne chez un paysagiste de renom des quartiers nord de Labenne lequel faisait ses choux gras dans l’agroforesterie et l’import de baobabs nains.
FanFan, j’aime bien l’appeler le Grand Duc.
LoLo, c’est le chat tigré qui s’était réfugié à bord de mon van ce fameux jour de tempête, làhaut, dans le Nord, quand l’espoir s’était teinté de noir et que ma capote - celle de mon Pick-Up - nous avait sauvé la vie. Ce jour-là, LoLo s’était dit : ‘’Dès que le vent soufflera, je repartira ‘’ et dès que les vents avaient tourné, on étions repartis vers des contrées plus sereines.
Enfin, Coco, un chat roux à poils longs, que j’avais recueilli après qu’il ait été emporté par le courant de la Meuse lors des terribles inondations de Belgique et dérivé pendant des semaines sur un radeau de bouchons de liège. La phobie de l’eau était à jamais ancrée en lui et il avait trouvé refuge dans ma cave à vins, posté comme un sphinx devant une citadelle de chardonnay.
‘’Neuf heures du mat' j'ai des frissons
Je claque des dents et je monte le son
Seul sur le canapé dans mon plaid bleu froissé
C'est la panique, moral cassé
Je perds la tête et mes cigarettes sont toutes fumées
Dans le cendrier
C'est plein d'Kleenex et d'bouteilles vides
J'suis tout seul, tout seul, tout seul’’
Pendant que Deezer se désespère, je poursuis mes recherches à cent à l’heure.
Je cherche partout. Dans tous les recoins, dans tous les renfoncements et même là où il n’y a ni recoins ni renfoncements. Dans les placards, les armoires, les tiroirs, l’égouttoir, le dortoir, le videordure, la voiture, le frigo, le congélo, sous le lit, même dans les trous de souris …rien. Aucune trace de mes quatre loustics.
Soudain, je remarque que la chatière a été fracturée, un trou béant remplace la trappe faisant office d’entrée et sortie pour qui décide d’entrer chez moi comme dans un moulin. Une lettre est punaisée sur la porte. Je la dépunaise, la décachète, la lis. Punaise ! Je suis sous le choc. Mes chats ont été kidnappés et une rançon m’est demandée en échange. Mais pas n’importe laquelle.
La sonnerie du téléphone retentit. Une fois, deux fois. Le téléphone sonne toujours deux fois. Sauf en Belgique où il ne sonne qu’une fois.
Je décroche. Une voix déformée me transmet un court message me précisant que cet appel est susceptible d’être enregistré au cas où je veuille faire une réclamation. Elle m’indique un point de rendez-vous où me rendre et je suis les indications à la lettre. Le i d’abord, puis le n et ainsi de suite jusqu’au point final. J’ai la bizarre impression de revoir cette scène de Seven quand Brad Pitt va récupérer un paquet au milieu du désert et que, dans le paquet, il y a la tête de sa femme. Un truc à vous faire perdre la boule. J’ai les boules. Comment peut-on s’en prendre à des animaux aussi inoffensifs que mes chats ? Enfin… inoffensifs, c’est vite dit car, entre nous, les quatre sont de redoutables prédateurs. Je ne compte plus les souris éventrées qu’ils ont ramenées de leurs expéditions punitives, les chiens agonisant dans le caniveau, les yeux percés, parce qu’ils croyaient être les plus forts à chat perché et les griffures endurées par mon canapé en cuir. Car avant d’être en cuir, c’était une vache, une dure à cuire. C’est vrai qu’à force de mater Walking Dead, mes matous étaient devenus des experts en embrochage et autres techniques de self défense. Faut dire qu’ils suivaient en plus un entrainement intensif avec Isko, leur coach sportif et accessoirement mon fidèle Cavalier King Charles qui prend les chats pour des proies comme les rats pour les chats.
Dehors, la pluie redouble. Des cordes s’abattent. Des nœuds au ventre se forment.
Accompagné de Waze, mon chien renifleur, un croisé coyote qui m’accompagne dans tous mes déplacements, je me rends à l’endroit indiqué par la voix mystérieuse. Il s’agit d’une voie sans issue mais Waze, quand il cherche un lieu à localiser, il ne donne jamais sa langue au chat et c’est drôlement pratique pour ne pas errer comme une âme en plaine.
Rue Marcus Kubiak. Au 13.
Je me gare en double file indienne, sors de mon Pick-Up et rampe comme un comanche devant Fort Alamo. La rue est quasi-déserte, seuls des "tumbleweeds", ces boules d'herbes jaunâtres, traversent le paysage au gré du vent. J’entends le grincement d’une porte qui se referme, des persiennes couinent et un chien aboie à la mort ou presque sinon il n’aboierait pas. Quelques ossements de crânes que le sable n’a pas encore recouvert me mettent en alerte. Je reste sur mes gardes. Ses yeux dans mes yeux, la main crispée au-dessus du pistolet calé à la ceinture, en train de mâchouiller un brin d'herbe, un type à la mine patibulaire me dévisage sur un air inquiétant d’harmonica. L’espace est comme suspendu. L’ambiance est tendue. Des volets claquent. Mes dents aussi.
Un homme à la barbe de trois jours rase les murs essaimant sur sa route des jetons de poker tombant de ses poches. J’ai l’impression de l’avoir déjà vu quelque part. Peut-être à la Une de France Football mais je n’en suis pas sûr. Trois femmes lui emboîtent le pas. De drôles de dames. Une petite, une moyenne et une grande. Environ de tailles XS, M et L. Elles aussi ne me sont pas inconnues. J’ai trois magnets sur mon frigidaire qui leur ressemblent étrangement.
Les quatre s’engouffrent au 13 de la rue Marcus Kubiak. Je les suis.
Devant la porte close d’une maison close qui subitement s’ouvre par la force du Saint Esprit, à moins qu’elle ne soit actionnée par quelqu’un avec suffisamment d’ouverture d’esprit. Peu importe, elle s’ouvre. J’en franchis le seuil avec une certaine appréhension, comparable à celle d’un Ukrainien évacuant l'usine Azovstal de Marioupol.
C’est un bar. Le Bar à T’chat, c’est marqué sur un néon multicolore qui diffuse sa lumière clignotante tout autour. Des chats de toutes sortes squattent l’endroit, certains se prélassent dans de cosy canapés de velours rouge, d’autres sont occupés à jouer avec des pelotes de laine ou à faire un brin de toilette avant d’aller conter fleurette aux humains qui côtoient le lieu. Au centre, sur le toit d’une cage en verre, une chatte Persan fait des entrechats et se dandine autour d’une gouttière en plexiglass, rendant le toit brûlant et l’atmosphère électrique. En contrebas, des chats de bas étage font du lèche-vitrine, la langue bien pendante.
Le bar à T’chat est donc bien un bar à chats. Un bar à chats clandestin si j’en crois le service de sécurité tatoué jusqu’aux oreilles, à qui il faut montrer patte blanche et coussinet manucuré pour fréquenter l’établissement. J’appris plus tard que c’était aussi un bar à stups, vu le nombre de chattes toilettées qui y faisaient des allers et retours.
Deux lascars me conduisent devant leur chef, un certain Gilio Barakat dont je perçois immédiatement le rôle de parrain qu’il occupe dans ce repaire. Un peu le Negan local, sans la batte mais avec un gros cigare et un collier à larges maillons en plaqué or autour du cou. Le temps de taper son nom sur google et les moteurs de recherche me remontent quelques informations précieuses.
Ex-pigiste à 30 millions d’amis, Gilio Barakat s’était autrefois lancé dans l'écriture de fables animalières mais ses bouquins n’avaient jamais rencontré le succès escompté. Les chats, c’était pas vraiment son dada à Gilio mais il avait trouvé un filon à creuser car parler de minous était le meilleur moyen de conquérir le cœur des lectrices. Appâté par le gain et fort d’un ego surdimensionné par rapport à sa taille, il était passé maître dans l’art d’embobiner les ménagères de plus de 50 ans, celles de moins de 50 ans aussi, les femmes au foyer, les wonder-women, les ados, les jeunes mamans, les féministes, les boomers, les millennials, et bien d’autres encore. Cependant, la queue qu’il provoquait dans les salons de rencontres canines était inversement proportionnelle à ses interminables minauderies pour vendre ses bouquins. Il avait une chance sur un milliard de devenir populaire. Mais parfois le hasard fait mal les choses.
Ce que Google ne mentionnait pas sur Gilio Barakat, c’est qu’il séquestrait quatre écrivains dans son bar à T’chat, dont le point commun entre chacun était un amour indéfectible des chats, dans le but de lui servir de prête-plumes. Son écriture se diluant dans la banalité, il devait absolument faire appel à des ‘’’nègres’’ pour faire le boulot à sa place. (Bien entendu le terme de nègre est à prendre avec des pincettes à une époque où Agatha Christie n’y retrouverait plus ses dix petits). Je le compris en reconnaissant l’homme et les trois femmes qui m’avaient précédé dans le bar. En permission exceptionnelle pour quelques heures de liberté conditionnelle, ils étaient de retour dans leur geôle pour écrire le livre à succès qui raviverait la gloriole de leur ravisseur. Au milieu des chats, dans un cadre idéal.
Gilio Barakat, jamais en manque d’idées surtout quand la fin justifiait les moyens, avait commandité l’enlèvement de RiRi, FanFan, LoLo et CoCo. Il partait du constat que de grands écrivains avaient jadis évoqué leur animal de compagnie dans leurs livres et que cela leur avait porté chance.
Aussi, pour éviter le potentiel coup de mou de ses prête-plumes, il était persuadé qu’avec mes quatre fantastiques, il aurait de la matière pour écrire un futur best-seller.
Bien entendu, celui-ci serait signé de la patte de mes chats.
Lui signer un certificat de cession des droits d’auteur de la signature de mes chats, c’était le prix à payer pour récupérer RiRi, FanFan, LoLo et CoCo. Mais encore fallait-il que le livre des quatre auteurs soit à la hauteur.
Je propose alors un marché à Gilio.
Des célébrités animales ayant eu du succès dans un domaine spécifique sont associées à des professionnel(le)s de l’écriture, formant ainsi des duos littéraires.
Le concept lui plaît. Il en reprendra le principe pour Danse avec les Stars dans sa troisième vie sans me rétribuer de quelconque royaltie pour mon trait de génie.
Chacun de mes chats devint donc associé à un auteur et c’est ainsi que naitra quelques semaines plus tard ce recueil ‘’Entrechats’’ dans lequel sont consignées quatre nouvelles écrites par de fines plumes et qui, contrairement à de nombreux écrivains, ne se sont jamais mis à poil pour être édités.
Dehors, la pluie a cessé. Le soleil pointe ses rayons de couleur. L’amertume s’est dissipée.
Sur le thème du Chat, c’est Dominique Van Cotthem qui ouvre le bal.
Son histoire de catharsis imprégnée de la folie d’un Michel Foucaud et de la cruauté d’un Wes Craven est à couper le souffle. Un huis clos dans lequel il est préférable de ne pas être hanté ni par ses démons ni par le chat du Docteur Bourdelon.
Emilie Riger lui prend le témoin.
Elle commence toujours par ‘’Je m’appelle Emilie et je suis écrivain. Impressionnant non ? » et termine toujours par ‘’avec un rayon de lumière’’. Entre, il y a cette histoire fantastique d’Odilon et de sa machine à revisiter l’Histoire. Une aventure extraordinaire à travers les civilisations, parmi les Grands Hommes et jusqu’au centre de la Terre.
Rosalie Lowie lui emboîte le pas pour nous conter l’étrange adoption du cinquième chat de Margareth. Une histoire coriace à ne pas mettre entre toutes les griffes.
Frank Leduc conclut avec brio mais aussi avec l’histoire de Gilles, connu comme le loup blanc dans le quartier du lotissement des Marguerites, et sa rencontre avec Arthur, qui laissera des traces. Et une trace avec la griffe de Frank, c’est toujours indélébile.
Ainsi naquit ‘’Entrechats’’.
La suite appartient à vous cher·ère lecteur.ice et ami.e des bêtes, et puisqu’il est maintenant entre de bonnes pattes, RiRi, FanFan, LoLo et CoCo vous remercient car, grâce à vous, ils ont pu être libérés sains et saufs et coulent désormais des ronrons heureux devant la cheminée.
Je vous souhaite en leur compagnie et celle de leurs fantastiques auteurs une excellente lecture au coin du feu.
PS : je certifie sur l’honneur qu’aucun animal n’a été maltraité durant la rédaction de cette préface.
Dominique Van Cotthem
– Elle m’a regardé, c’est de sa faute. Faut pas me regarder.
– Il se peut que cela soit arrivé sans intention particulière, une sorte de réflexe, elle vous a croisé et ses yeux se sont posés sur vous.
– Non ! Elle m’a souri. Faut pas me sourire.
– Que s’est-il passé ensuite ?
– J’ai fait comme avec les autres. Je l’ai draguée, elle a marché à fond. Toutes pareilles, trois compliments et c’est dans la poche.
– Quel genre de compliment ?
– Ça dépend.
– Bien, continuez.
– Il y a deux semaines, j’avais repéré un hangar désaffecté près des quais. Je lui ai proposé une balade le long de la Meuse. Après, tout a été très vite. Beaucoup trop vite. Je n’ai pas eu le temps de me remplir.
– Qu’entendez-vous par « vous remplir ».
– Vous le savez, je vous l’ai déjà expliqué, quand je les tue lentement, ça gave l’anguille et je peux dormir en paix. Si ça va trop vite, elle a encore faim la bestiole, je le sens, elle grouille à l’intérieur, ça me rend dingue.
– Avez-vous songé à nourrir l’anguille avec des repas, disons plus conventionnels ?
– Il n’y a pas d’autres menus possibles. Dès qu’on me regarde, elle se tortille, elle réclame son dû. Faut pas me regarder.
– Cette jeune fille vous l’avez, elle aussi, tuée à l’arme blanche ?
– Oui. Toujours le même cran d’arrêt. Je l’ai saignée, elle est morte en trois secondes la connasse. Pour me venger, je lui ai fracassé le crâne avec un bloc de pierre. Elle ne souriait plus la truie. J’ai balancé le corps dans le fleuve, puis je suis rentré chez moi.
– Bien, bien, bien. Il y a des récurrences et deux constantes fondamentales : toutes les victimes sont des femmes et vous rentrez toujours chez vous après.
– Oui, toujours.
