Et Puis Marcher - Bruno Blanzat - E-Book

Et Puis Marcher E-Book

Bruno Blanzat

0,0
3,49 €

-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Le recueil réunit des textes écrits il y a 15 ans, suite à une rencontre à Paris. De là est née une histoire d'amour. Une passion. L'auteur s'est perdu entre poésie, prose et musique, des incantations pour sauver une chose aussi fragile et intangible que la relation entre deux êtres humains.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
MOBI

Seitenzahl: 80

Veröffentlichungsjahr: 2020

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Pour Laura

Table des matières

Et puis marcher

Piano Man

Matin

It’s a hard world

Le rêve américain

Suite n°1 en Sol majeur (Praeludium)

Dans le passage couvert

Typical situation

Chevalier de la foi

Charms of the night sky

Perdre pied, tomber amoureux

The Little Negro

L’appartement

Goodbye Stranger

Normandie

In a Graveyard

Conte de l’ermite

J’sais pas où t’es parti

La volonté d’énoncer

English Man in New York

Et puis s’écrouler

Never is a promise

Parole sans musique

La table à repasser

Spontané

Néant sous le soleil

Grand vague

Cosmogonie

Remerciements

Songs for Laura

L.A.U.R.A

Marin élu

1

er

mars

Warrior

Normandie

Prayer

Rêver de pagaille

Berceuse lointaine

Ton absence

Blues

Memento mori

Mon beau sapin

Une sieste

Allongé dans la neige

Un copain d’un copain

Tes couettes

L’Ourse

Catilina

Diphtongue et Hiatus

Bruno BLANZAT

Et puis marcher

Suivi de Songs for Laura

Piano Man

Je suis né en 1973, entre les notes d’un piano bar, et j’ai continué de flotter autour des gens enfumés. Je suis né de l’autre côté de la mer, plus proche de l’autre même, en exil, je suis le souvenir, la ville rêvée, abandonnée. Je suis né loin du familier, les semelles usées, dans un bar enfumé, et j’ai continué de flotter dans le cœur des gens en volutes mêlées. Je suis né consommé, regretté, remis à plus tard pour une saveur retrouvée, rêvée, oubliée mais désirée. Je suis né là où tout commence et a déjà commencé, entre les visages inconnus de ceux qui portent sur eux l’expérience, le tout vu, le tout aimé, le tout rejeté. Je suis né dans la suspension, entre deux temps bien marqués, dans l’oubli, l’infini, l’infime silence, la résonance qui appelle la suivante. Je suis né dans une montée et descente de clavier, je suis apparu en petites touches, toutes seules, sur fond de silence, pas un bruit de chaise ou de glaçons dans un verre de scotch.

Puis la voix juvénile mais déjà forte, chaque mot pesé, pensé, ancré sur l’instrument qui se suffit à lui-même, avant le sax, avant la batterie, avant le quatuor à cordes qui fait monter plus haut que les gratte-ciel.

Je suis né dans une tonalité et une voix qui monte, je suis né à New York sans y être et n’y être jamais allé. Je suis né dans un état d’esprit.

*

Et j’ai flotté, j’ai entendu derrière moi le reflet de mes mille répétitions. Je suis né dans un éclat, une étincelle, et ont suivi les mille répétitions de mes effets.

Je les ai laissées derrière moi, mes réflexions, et j’ai empli l’air de ma résonance. Elles ont raisonné, j’ai résonné, elles se sont figées sur du vinyle, j’ai embrassé l’air et traversé la mer. Pas celle-là, l’autre. J’ai habité ceux qui m’ont oublié, parti en fumée, pendant plusieurs années.

Puis je me suis posé dans une autre ville.

Matin

Les rideaux mal tirés laissaient passer la lumière pâle qui tombait sur le parquet de la chambre. Du lit on pouvait apercevoir le toit de l’immeuble de l’autre côté de la cour, à gauche quelques feuillages encore verts mais aussi attaqués par le fauve de l’automne. On n’entendait rien d’autre que les bruissements de la couverture sur les deux corps l’un contre l’autre.

Elle dormait encore, ses lèvres entrouvertes laissaient passer un petit souffle tiède sur son épaule, et il aimait ça. Il guettait chaque inspiration et goûtait chaque soupir, il se disait que le bonheur était là et qu’il y avait un sacré trou dans le temps pendant ces moments-là. Il était sur le ventre, en caleçon, le bras gauche sous l’oreiller, l’oreiller sous le menton, le bras droit sur sa cuisse, à elle, en culotte, sur le dos, sa main sur la sienne ou inversement, dans ces cas-là ça compte pas.

Les diodes rouges sur noir du réveil indiquaient 6h02. Dans huit minutes le bip vicieux. De sa main sub-oreillenne il abolit le compte à rebours. Dans neuf minutes ses lèvres se poseront sur les siennes, doucement, elle ronronnera un peu, puis en voyant l’heure elle s’affolera, grognera. Pour une minute de retard. Pour lui, c’était une minute de plus.

It’s a hard world

Je suis le genre de type qui ne peut pas sortir d’une maison, d’un immeuble ou d’un train sans s’arrêter sur le seuil. Je ne peux pas sortir de quelque part sans regarder dans un geste lent de la tête vers la droite, puis vers la gauche. Je suis le genre de type qui se tient droit, respire à la limite du soupir, puis engage ses pas.

Je frappe le pavé tous les jours, j’écoute les bavardages incessants. Mais je m’en fous, je respire et je prends la pause. Ce n’est plus le même souffle, ce ne sont plus les mêmes gestes. Un moi supérieur, celui du gars qui s’est fait bouler souvent, qui vit enfermé trop longtemps.

Je suis bâti pour durer, mon pas n’est pas militaire mais prend des airs, surtout l’air de rien mais toujours là. Chacune de mes articulations est consciente d’elle-même, comme ces vieux trains à vapeur quand ils se mettent en branle. Chaque rouage se met consciencieusement en marche, ils le font naturellement et s’en donnent l’air, et donnent l’impression de forcer sans forcer.

J’ai la tête haute, les mains dans les poches, sûr de là où je vais. Je me fais une idée bien singulière de ceux qui sont autour de moi. Je les croise sur leurs trajets quotidiens, instinctifs à force de répéter les mêmes correspondances, les mêmes couloirs de métro, la même main posée sur le même escalator, traître chaque fois qu’il reste statique. Chaque jour. Je me figure comme ils me voient. Je suis celui qui sait où il va, ou qui s’en donne l’air. Souvent je manque la rue dans laquelle je dois passer, la station où je dois m’arrêter. Je fais mine de rien, la bifurcation est indifférente. Alors je prends la suivante, comme si celle-ci ne pouvait être que celle-là. Je fais un grand tour, mais j’atteins mon but à temps.

On me voit passer, pensif, occupé, puis disparaître dans l’inconnu, mes alentours ne sont plus leur espace, c’est là où je vais.

En vérité je ne vis que dans le passage, les autres ne lient pas les parties, pas plus que moi. Désespérément je reconnais la continuité, aucune rupture. Je veux marcher jusqu’à la Lune, mais je n’ai pas trouvé l’escalier.

Le rêve américain

Quand il était au lycée, il rêvait qu’il n’avait pas de famille, pas d’attache, et qu’un jeune couple de new-yorkais le recueillait après avoir atterri loin de la France aux États-Unis. Ils s’appelaient Brenda et Eddy, ils s’étaient rencontré au printemps 75, peu de temps avant le bal de promo. Idéalement, ils avaient 28 ans, donc il aurait investi leur petit appartement en 85, c’est-à-dire à l’âge de 4 ans, mais il s’y voyait plutôt à 17 ou 18. Il fallait faire fi de toute vraisemblance, tout abstraire, son pays, sa famille, son âge. Il ne restait plus grand-chose, si ce n’est lui-même avec beaucoup d’indécision.

Ce qu’il imaginait, c’était une situation purement improbable, un frenchy en exil outre atlantique dormant dans le canapé du petit salon, portant des jeans comme d’autres portent des pantalons en velours, faisant figure d’intellectuel ou de poète maudit, tissant des liens avec un jeune couple bien encombré d’un ado qui se contentait de vivre dans leur environnement. Il fallait peut-être aussi extrapoler sur la vie, les aventures. Une imagination galopante ou galopine aurait vu un quotidien trioliste ou le mélodrame facile. Il n’oscillait pas du tout entre le porno et le film tragique d’un adultère fatal. Ils se donneraient rendez-vous certains soirs dans un restaurant italien, la même table banquette de velours rouge donnant sur la rue, une bougie dans un verre troué en forme de verre à cognac, la nappe vichy rouge et blanc. Ils arriveraient l’un après l’autre un peu en retard, les joues roses en faisant passer leur pashmina par-dessus la tête, tout sourire, ils auraient bu du bon vin avec une indifférence feinte.

La seule image vivante dans son esprit était l’appartement. La platine vinyle teintait l’air pêle-mêle de Ray Charles, Ella Fitzgerald, Tony Benett, Billy Joel, Gill Scott Heron, Franck Sinatra, Stevie Wonder, Gladys Knight, Dionne Warwick, Lena Horne, The Duke, Joe Jackson. Tous quittaient l’étagère et leurs pochettes bien alignées pour distiller du piano, de la batterie à balais, de la contrebasse, de l’accordéon, de la trompette, du saxophone. Les chansons parlaient de dimanche soir, de lundi matin, de rupture, d’urbanisme amoureux, d’amours urbains, de jours pluvieux…