Et si finalement, c'était possible? - Camilla Serrana - E-Book

Et si finalement, c'était possible? E-Book

Camilla Serrana

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Beschreibung

Toute sa vie, il avait été celui dont le rôle était de combler les exigences de sa mère. Une mère capricieuse, puérile et intolérante. Il avait longtemps porté ce poids, il avait longtemps été malheureux. Elle s'était mariée trop tôt, trop vite. Elle voulait "rentrer dans le moule", "être dans la norme". Le jour où son amie d'enfance est décédée, elle a tout remis en question. Elle n'avait finalement jamais été vraiment heureuse. Ils ont toute une route à parcourir pour enfin connaître le bonheur. Ils étaient faits pour se rencontrer.

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Seitenzahl: 325

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

Introduction

Chapitre 1 : Le début de mon histoire avec Xavier, en 2012

Chapitre 2: L’histoire de mon premier mariage en 2007, avec Alfred

Chapitre 3: Le début de mon histoire avec Xavier, en 2012

Chapitre 4: Je vous raconte l’histoire de Xavier avant 2011

Chapitre 5: Je vous raconte mon histoire avant mon divorce, printemps 2009

Chapitre 6: Je vous raconte l’histoire de Xavier et Sandrine de 2008 à 2011

Chapitre 7: Les vacances de Betty et Daphnée au printemps 2009

Chapitre 8:Xavier et Sandrine, avril 2010

Chapitre 9: Xavier en Inde, avril 2010 :

Chapitre 10: Daphnée, été 2010

Chapitre 11: Xavier et Sandrine : juin 2010

Chapitre 12: Daphnée – été/automne 2010

Chapitre 13: Xavier, septembre 2010

Chapitre 14: Xavier et Daphnée, l’épilogue, janvier 2012

Epilogue

Introduction

J’ai souvent entendu parler de ces enfants qui ont grandi avec des mères destructrices. Je n’avais alors qu’une vague idée de ce qu’une telle enfance pouvait entraîner chez un être en construction et des dégâts qu’elle occasionnerait à l’adulte qu’il deviendrait quelques années plus tard.

A dire vrai, je n’en avais même aucune idée avant de rencontrer mon mari. Pour ma part, j’ai eu une enfance tout à fait banale : j’ai grandi dans un village en banlieue d’Orléans, dans une maison plein pied des années 80 au papier peint fleuri et aux lourds meubles en bois ciré. Mon père, Christian, était ouvrier dans une usine d’armement. Il a été licencié à l’aune de sa retraite après plus de 40 ans passés au même poste. Il est arrivé au travail par un matin qui ressemblait à tous les autres, sauf que ce matin-là, il a rapidement été reçu dans le bureau du directeur : « Nous avons une mauvaise nouvelle à vous annoncer Monsieur BEQUET. Notre entreprise fait l’objet d’un plan de licenciement économique, et vous êtes parmi les premiers concernés. Votre poste est supprimé. Je vais vous demander de nettoyer votre plan de travail, de nous rendre votre badge et vos vêtements de sécurité. Ensuite, vous pourrez rentrer chez vous ». La perte de son emploi d’une manière aussi brutale a été pour mon père un véritable traumatisme. Il n’a plus jamais été le même après cela. Il a perdu le peu de confiance qu’il avait en lui et il est entré dans une sorte de dépression chronique qu’il a toujours refusé d’admettre. Ma mère, Martine, quant à elle, était agent de service hospitalier dans un établissement de rééducation professionnelle. Après une enfance plutôt rude à la ferme, elle avait trouvé ce travail à l’âge de 18 ans et ne l’avait jamais plus quitté. Mes parents avaient fait construire une petite maison dans le village où ils avaient grandi. Nous étions ainsi entourés de toute notre famille. Nous ne roulions pas sur l’or et mes parents n’étaient pas les parents parfaits, ils avaient leurs défauts : la peur de la nouveauté, du monde extérieur, de l’inconnu, du changement… et même si je me suis construite en contradiction par rapport à eux, mon enfance a été aussi banale qu’ennuyeuse.

J’ai rencontré mon mari, Xavier, sur internet. La mode des sites de rencontre, sauf que parfois… ça marche vraiment. Je peux dire aujourd’hui que j’ai rencontré mon âme sœur, sans cliché, ni romantisme exagéré. J’ai déjà été mariée une fois avant Xavier, je connais bien l’échec du couple ainsi que ses signes avant-coureurs et je sais que Xavier est celui avec qui je finirai ma vie.

Notre relation a débuté à distance : lui à Perpignan et moi à Orléans.

A 25 ans à peine, je sortais d’un divorce un peu tumultueux, d’une relation extra-conjugale compliquée et, après avoir passé quelques années à Paris, je revenais vivre dans ma ville natale d’Orléans, où je commençais un nouveau job : responsable d’un service urbanisme dans une collectivité territoriale du Loiret.

Mon ancienne vie ne s’était pas arrêtée sans séquelles : mes parents, fidèles à eux-mêmes et réfractaires à tout changement, ne parvenaient pas à me pardonner mon divorce. Ils gardaient contact avec mon ex-mari et me rejetaient complètement.

Je n’avais jamais été très proche d’eux, cette situation ne m’avait donc pas franchement déstabilisée. J’ai toujours su avancer sans leur soutien. Mais leur réaction avait tout de même laissé des traces dans la confiance que je pouvais leur porter. Et même si je ne leur ai jamais vraiment tenu rigueur de leur attitude, je n’ai néanmoins rien oublié. Cela m’a permis de comprendre que je ne pouvais et ne devais pas compter sur eux.

J’étais d’autant plus seule dans cette séparation mouvementée que ma meilleure amie de l’époque, Emilie, m’avait également tourné le dos. Sa réaction avait d’abord été pour moi un vrai mystère et puis, un jour, j’ai compris que ma décision l’avait mise face au propre échec de son couple et de son incapacité à prendre une quelconque décision à ce sujet. Elle m’en voulait de la mettre face à sa réalité.

Partie de chez moi à l’âge de 15 ans pour faire mes études en internat, je m’étais installée dès la sortie du lycée avec Alfred (mais tout le monde l’appelait Fred car il détestait son prénom), celui qui deviendrait mon ex-mari.

A l’âge de 18 ans, je vivais donc en couple, je poursuivais des études de droit et je faisais des petits boulots d’étudiante. Je pense qu’inconsciemment, je reproduisais le schéma de mes parents : une vie sans bosse et sans surprise.

Et puis un jour, j’ai perdu mon amie d’enfance d’un cancer. Elle avait 26 ans, elle est partie en 6 mois, à compter du diagnostic de sa maladie. Mandy souffrait d’un cancer du péritoine. Cette maladie l’avait frappée juste après qu’elle ait été touchée par un autre terrible drame.

Je connaissais Mandy depuis l’âge de 3 ans. Nous avions tout connu ensemble : la maternelle, l’école primaire, le collège et le lycée. Puis, j’étais partie étudier le droit à l’université : Mandy avait quant à elle préféré trouver un job et commencer sa vie de femme. Elle était une jeune fille au fort tempérament, un peu rebelle sur les bords. Adolescentes, alors que mes parents m’interdisaient formellement toute sortie quand ils étaient absents, il nous était souvent arrivé de prendre nos vélos et de partir sur les routes départementales afin de rejoindre des villes plus animées que celle où nous vivions.

A 18 ans, elle était enceinte de son premier enfant, Maëlys, une magnifique petite fille qui lui ressemblera comme deux gouttes d’eau. A 20 ans, elle attendait son deuxième enfant, Jérémy, qui sera tout le portrait de son père. A 22 ans, elle était enceinte de son troisième enfant, Kévin. A 23 ans, elle devenait mère célibataire. Elle s’était enfin séparée du père de ses enfants, pas une grosse perte celuici… Il finira d’ailleurs par disparaître complètement des radars quelques semaines après leur séparation. Un bien, je pense, pour elle, comme pour ses enfants.

Et puis, un jour, il y eut ce coup de fil. Ce coup fil de fin octobre qui avait marqué le début du changement. Mandy était complètement éteinte au bout de fil. J’arrivais à peine à entendre ce qu’elle me disait. Je suis encore aujourd’hui incapable de me souvenir de ses mots, j’en ai juste saisi le sens. Kevin, ce petit bonhomme de 3 ans, s’était éteint. Mort, il était mort dans la nuit. Pendant son sommeil. Son cœur s’était arrêté, comme ça, d’un coup, sans raison. Une sorte de mort subite du nourrisson mais…tardive.

Tout était alors devenu flou d’un coup dans mon esprit. J’étais perdue, sans réponse. Et puis je m’étais reprise, j’avais pensé à elle, à Mandy, à mon amie d’enfance. Comment allait-elle pouvoir se reconstruire après une telle tragédie? J’avais pensé à Maëlys et Thibaud qui, si jeunes, allaient déjà traverser l’une des plus terribles épreuves de leur vie.

Mais la vie justement n’en avait pas terminé avec eux. 6 mois après le décès de son fils, Mandy s’était vue diagnostiquer un cancer du péritoine, à un stade déjà avancé. Ce putain de cancer qui, quand il se colle sur une vie encore jeune, l’aspire à une vitesse vertigineuse. Elle n’avait même pas eu le temps de se battre, de faire front. Il avait été plus vite qu’elle, plus vite que les traitements, plus vite que tout. Il l’avait emportée en quelques semaines seulement.

Ce soir-là, elle avait essayé de m’appeler. Oui, la nuit où elle est partie, elle avait tenté de me joindre à plusieurs reprises. Mais je n’avais pas répondu, je n’avais pas entendu mon téléphone… En me réveillant le lendemain matin, j’avais alors vu les appels en absence. J’avais rappelé, tout de suite. J’étais tombée sur sa mère, en larmes. Mandy s’était éteinte durant la nuit. Elle s’était sentie partir et elle avait cherché à me joindre, mais je n’avais pas répondu… J’ai mis longtemps à me pardonner de ne pas avoir été là, une dernière fois.

En à peine un an d’intervalle, je venais d’assister à l’enterrement d’un petit garçon de 3 ans et à l’enterrement de mon amie d’enfance.

De quoi vous mettre une bonne claque dans la tête et vous faire prendre conscience du caractère précieux de la vie.

Ces deux drames successifs avaient au moins eu le mérite de me donner le courage de regarder ma vie en face et de me poser les vraies questions.

Nous étions en 2007, je venais de me marier avec Fred, mon premier mari donc. Un mariage sans grande conviction, juste une suite logique à l’histoire que j’avais débutée à la sortie du lycée.

Je m’étais alors posé la question : Daphnée, es-tu heureuse ? La vie que tu as est-elle vraiment celle que tu veux ?

Les chapitres ci-dessous vous apporteront sans doute la réponse. Ils ne sont pas linéaires, tout comme l’histoire de ma vie.

Chapitre 1

Le début de mon histoire avec Xavier, en 2012

25 décembre 2012, me voici dans un cimetière perdu au fin fond des Corbières. Le paysage rocailleux et aride, où la garrigue se confond avec le bleu du ciel dans lequel brille un soleil qui réchauffe les cœurs malgré la saison et le contexte, me ferait presque penser à un décor de film de Pagnol. Je suis avec Xavier, qui deviendra bientôt le père de ma fille, et mon second mari. Le bon, cette fois. Son grand-père, le Papette, nous accompagne également.

La mère de Xavier est partie depuis plus de 2 heures en claquant la porte, sans dire où elle allait. Cela lui arrive à priori souvent, nous ne sommes donc que moyennement inquiets.

Tout a commencé comme un repas de famille classique un jour de Noël : nous arrivons chez les grands-parents de Xavier qui vivent dans une petite maison perchée en haut d’un rocher dominant la vallée des Corbières, en contrebas de laquelle coule paisiblement une rivière. La vue de leur terrasse est à couper le souffle, j’adore m’y attarder, d’autant que leur intérieur, qui reflète bien leur âge avancé, est un peu moins bucolique. Le Papette s’amuse souvent à rappeler qu’il n’a pas touché à la décoration depuis plus de trente ans, étant persuadé à l’époque que lui et sa femme ne resteraient pas en vie au-delà de 70 ans, et qu’il était par conséquent inutile de se perdre en frais injustifiés pour la petite dizaine d’années qu’il leur restait à occuper leur maison ! Xavier et moi arrivons donc chez ses grandsparents les bras chargés de cadeaux et avec des plats pour le repas qui s’annonce. Puis arrivent ceux qui deviendront mes futurs beaux-parents, en retard, comme d’habitude, la mère de mon futur mari ayant beaucoup de mal « à l’allumage ».

Je ne connais pas encore sa famille, mon déménagement dans le Sud interviendra un an plus tard, quand j’apprendrai que je suis enceinte.

Pour l’instant, j’ai un job qui me plait, un appartement que j’adore à Orléans, et des amies célibataires avec qui j’enchaîne les verres de vin et les camemberts rôtis le vendredi soir.

Je suis avec Xavier depuis un an, après des échanges de messages sur le net, notre histoire a réellement commencé dans un hôtel près de la Gare du Nord.

Je ne connais pas ses parents, je ne les ai jamais vus avant aujourd’hui. Pour tout dire, je ne suis pas franchement pressée. Sa mère m’a tout l’air d’une tarée et j’ai déjà donné dans ce domaine.

Avec mon ex-mari, Alfred, j’ai vu ce que c’était d’avoir une mère qui ne vous veut pas du bien, une mère psychologiquement malade : en l’espèce, Alfred, que tout le monde appelait Fred (il préférait) avait une mère jalouse de tout ce qu’il pouvait réussir. Je garderai toujours en mémoire, le moment où Fred, qui venait de commencer un nouveau travail, nous a annoncé alors que nous dînions chez ses parents :

« Ça ne va pas le faire, ce boulot ne me plait pas. C’est trop dur et les horaires sont trop contraignants. »

Nous venions de louer une maison au lieu de notre petit appartement Orléanais et d’acheter une nouvelle voiture. J’étais alors encore étudiante. Nous étions jeunes et la situation qui s’annonçait nous angoissait terriblement : comment arriver à boucler les fins de mois quand, dans un couple, on a une étudiante et un chômeur ?

Quand mon futur ex-mari a commencé à nous expliquer le problème, nous étions à table, tous plus ou moins le nez dans l’assiette. Je me souviens avoir levé la tête, croisé le regard désespéré et angoissé de mon compagnon d’alors, puis, j’ai tourné la tête vers ma future ex-belle-mère et je l’ai vue regarder son mari, une lueur de joie dans les yeux et un sourire aux coins des lèvres. Cette joie mauvaise qu’ont les gens qui vous détestent quand vous leur faites part des problèmes que vous rencontrez.

Cette situation résume bien l’histoire de mon ex-mari avec sa famille : lui qui n’a jamais vraiment connu son père, était très attaché à sa mère. Mais pour sa mère, ce fils ne faisait que lui rappeler cet homme avec qui elle avait vécu une histoire violente et tumultueuse. Après un remariage et deux autres enfants, ce fils la ramenait sans cesse dans le passé.

Il s’agit là d’une histoire bien triste et terriblement classique.

L’histoire de Xavier et la relation imposée par sa mère sont bien plus complexes et destructrices. Quand j’ai rencontré mon mari, il se définissait comme un clown triste. J’ai trouvé cette description plutôt étonnante pour finalement la trouver très juste au fur et à mesure où j’apprenais à le connaître.

La mère de Xavier est une culpabilisatrice dans l’âme. Je ne pourrai vous la présenter au travers de quelques mots, la description serait trop limitative et donc erronée. Seuls les récits d’évènements vécus permettront de comprendre la personne qu’elle est, et l’impact qu’elle a sur son entourage.

En ce jour de Noël donc, nous arrivons les bras chargés chez les grands parents de Xavier dont l’âge avoisine désormais les 90 ans. Par tradition, le repas se passe chez eux afin de leur éviter les déplacements, les parents de Xavier vivant à Lyon et Xavier à Perpignan situé à une cinquantaine de kilomètres de chez ses grands-parents.

Il est évident qu’avec des hôtes de cet âge, il nous appartient de préparer le repas afin de ne pas leur créer trop de travail. Nous nous mettons donc en action. Il aurait bien évidemment été de bon ton que leur fille soit de la partie mais vous apprendrez au fil de ces pages que cette femme obéit à une seule règle : faire ce dont elle a envie.

Viviane, alias Bibou, est donc arrivée à 12h30 en ce 25 décembre, telle une grande diva, surmaquillée, surbronzée (en plein mois de Décembre…à croire que sa peau était marquée à jamais par le farniente intensif) et en n’ayant absolument pas conscience qu’un tel repas nécessitait tout de même quelques préparatifs.

Elle n’avait pas vu son fils depuis quelques semaines et lui lança un « Salut Titou, tu te souviens de moi ? Je suis ta mère », suivi d’un « ahahah » sonore et caractéristique, sous entendant que la remarque était dite sur le ton de l’humour. Elle n’en pensait pas moins malgré tout. Absolument toutes les saloperies (et elles sont nombreuses) qui sortent de la bouche de cette femme, sont suivies d’un « ahahah » dont la présence voudrait faire croire que tout est dit sur un ton badin. Je l’apprendrai au fur et à mesure des années.

Absence de réponse de Xavier à cette sympathique entrée en matière, qui décide de se diriger vers son père pour le saluer.

Le père de Xavier est une énigme pour moi. Il n’a jamais voulu se marier avec Viviane. Il a pourtant failli. C’est la grand-mère maternelle de Xavier qui m’a raconté l’anecdote. Peu de temps après la naissance de son fils, Gérard est venu trouver les parents de Viviane pour leur dire qu’il comptait prendre toutes ses responsabilités et épouser la mère de son enfant. La grand-mère de Xavier, aussi surprenant que cela puisse paraître, le lui a fortement déconseillé. Pour elle, le mariage est un boulet qui vous enchaîne. Avoir un enfant était un boulet déjà bien suffisant. C’était une vision des choses avec laquelle le père de Viviane était quant à lui moyennement d’accord… Mais Gérard a insisté et il a maintenu sa demande. Il a donc obtenu d’avoir la main de Viviane.

Et puis, Gérard a fait le calcul et il est revenu voir les parents de Viviane… Tout compte fait, ce mariage allait lui coûter très cher alors qu’il avait déjà une femme et un enfant à nourrir, et qu’il était seul à subvenir aux besoins du foyer. Il a donc préféré repousser l’échéance à une date ultérieure…. Tellement ultérieure qu’elle n’a d’ailleurs jamais eu lieu. Les parents de Xavier ne se sont jamais mariés. Et Gérard, alors qu’il était « libre » n’est jamais parti non plus. Il a passé sa vie à céder à cette femme capricieuse au physique magnifique dans ses jeunes années (Viviane a longtemps fait tourner la tête des hommes qui croisaient sa route) : il a cédé à ses coups de tête, ses colères, ses caprices. Leurs disputes étaient nombreuses, Xavier en garde d’ailleurs des souvenirs intacts. Et puis, Gérard a appris à subir en silence, à la protéger, pour finir par la défendre, dans des situations où elle est toujours inexcusable. Un bon vieux syndrome de Stockholm quoi…

Viviane est tombée enceinte sans se soucier de savoir si son compagnon voulait également se lancer dans cette grande aventure, et surtout, avec elle... Le fait qu’elle souhaite, elle, devenir mère était largement suffisant. Totalement inutile que le père de l’enfant soit consulté à son goût.

Xavier a passé les 6 premiers mois de sa vie sans connaître son père. Je pense que Gérard, à cette période, a bien tenté de prendre la poudre d’escampette. Mais Gérard est un « sauveur », il est revenu, a décidé de rester et d’être totalement solidaire avec celle qui allait partager sa vie jusqu’à la fin de ses jours. Je n’envie pas ses choix. Je pense qu’il les regrette d’ailleurs souvent.

Je m’approche donc des parents de Xavier afin de pouvoir leur être présentée. J’ai déjà beaucoup d’à priori sur ma belle-mère car nous parlons souvent avec mon compagnon de son attitude à son égard : une étape nécessaire afin de l’aider à avancer dans sa vie. Le comportement de sa mère empoisonne son quotidien. Je n’aime donc déjà pas cette femme et cela se confirme au premier échange de regards : je ne perçois rien dans ses yeux, son regard est vide. Vide mais mauvais, surtout quand elle me voit au bras de son fils. J’ai l’impression d’avoir devant moi une épouse jalouse. C’est stupéfiant.

Je m’approche donc d’elle pour lui faire la bise : « Bonjour, je suis Daphnée, enchantée » (ou pas).

Pour seule réponse, j’ai droit à un « ah oui…bonjour.» Genre, tu es là toi ? Je ne t’avais pas vue.

Puis, je m’approche du père de Xavier. Ce que je lis dans ses yeux me plaît, c’est un homme gentil, cela se voit. J’apprendrai plus tard que ses mauvais choix peuvent néanmoins parfois le rendre particulièrement mauvais.

La grand-mère de Xavier, dont les 90 ans ne l’empêchent pas de donner (très/trop souvent) le fond de sa pensée, dit alors à sa fille : « AlorS Bibou, (j’appuie sur le S car dans le Sud, on l’entend à la prononciation), c’est à cette heure-ci que tu arrives ? Tu crois que ça se fait tout seul le repas ? »

Les relations entre ma belle-mère et sa mère sont très ambigües.

La grand-mère de Xavier est tombée enceinte alors que c’était seulement la 2è fois qu’elle voyait l’homme qui deviendrait son mari et le père de ses deux enfants.

Leur première rencontre avait eu lieu quelques années avant sa grossesse, à Nîmes, avant que Bernard (c’est son prénom mais aujourd’hui tout le monde l’appelle « le Papette ») ne parte faire son service militaire au fin fond de l’Allemagne rurale.

Viviane a donc été conçue lors de cette deuxième rencontre à un bal du 14 Juillet, derrière un grand platane. Je pense qu’après cela, la grand-mère de mon mari a gardé en horreur les grands platanes, les 14 juillet et les deuxièmes rencontres.

Ses sentiments vis-à-vis de sa fille sont assez complexes, voire contradictoires. Il s’agit d’ailleurs d’un trait caractéristique qui concerne tous les membres de cette famille. Chacun souffle le chaud ou le froid en fonction des « conflits » en cours.

Je pense que la grand-mère de Xavier, Bernadette de son prénom mais plus communément appelée Mamette, n’a jamais supporté la nonchalance, le je-m’en-foutisme et la fainéantise de sa fille. Mais, parallèlement, elle a accepté beaucoup de choses par pur sentiment de culpabilité envers cette fille non désirée.

A 12 ans, Viviane était renvoyée de l’école, après plusieurs avertissements de son professeur lui enjoignant de ne pas parler pendant la classe et surtout de ne pas copier sur son voisin. Elle a quitté l’école en claquant la porte et en se défendant de la sorte : « ce n’est quand même pas de ma faute s’il laisse sa feuille à portée de vue !! »

Cela résume assez bien l’histoire de sa vie: claquer les portes et faire porter aux autres la faute de ce qui tourne mal dans sa vie. A 16 ans, elle passe malgré tout un diplôme de sténo-dactylo mais ne réussira jamais à conserver un emploi plus de 6 mois… La faute aux employeurs, bien sûr ! Heureusement que l’assurance chômage n’avait pas encore connu sa grande réforme (on en était loin d’ailleurs) et que conserver un travail durant 6 mois permettait de percevoir malgré tout des indemnités chômage. Pour l’anecdote, Viviane ne se privera pas d’estimer lorsqu’elle aura 70 ans que « certains profitent tout de même du système. Ils ne travaillent que 6 mois et touchent le chômage. C’est aberrant ! » De mauvaise foi, vous pensez vraiment ?!?

Autant Mamette ne mâche pas ses mots avec sa fille et a beaucoup de mal à la supporter, autant elle est très exigeante vis-à-vis de Xavier, qui doit, lui, tout supporter, tout accepter d’elle, « parce que quand même, c’est ta mère ».

Et voici la phrase qui gâchera la vie de mon mari car elle sera reprise par tous ses proches, pour justifier leur couardise et leur exigence à son égard : « Quand même, c’est ta mère ». Tout est dit. Par ce fait, tu dois tout subir et surtout ne jamais rien dire. Personne pour défendre cet enfant d’une mère oppressante, étouffante. Xavier était un petit garçon anorexique de la naissance jusqu’à l’âge de 6 ans, jusqu’à ce que sa mère se décide enfin à l’envoyer à l’école et à lui lâcher la grappe !

Concernant cette anorexie, sa mère l’avait d’ailleurs emmené voir un pédiatre, afin de comprendre ce qui n’allait pas. Elle avait alors expliqué que comme son fils refusait de manger ses « bons petits plats », elle lui laissait de la nourriture un peu partout dans la maison : du gruyère coupé était posé sur les chaises, sur les rebords des meubles…pour qu’il puisse « picorer ».

La seule réponse du pédiatre avait alors été : « Foutez lui la paix à ce gamin, il va très bien. Il a juste besoin de respirer un peu ».

Viviane avait alors pris son fils sous le bras et l’avait sorti du cabinet en hurlant : « Il n’est pas bon ce toubib ! ».

Lorsque Xavier arrivait chez sa grand-mère à chaque vacances scolaires, celle-ci l’examinait de la tête aux pieds, elle regardait ensuite sa fille en lui disant : « Et bah…il a pas grossi ce petit. Tu vas voir, je vais te le remplumer moi ! » Et c’est ainsi que commençait une course à la prise de poids. Il fallait que Xavier reparte alourdi de quelques kilos !

Le calvaire continuait donc pendant les vacances ! Le seul qui sauvait un peu Xavier de ces ambiances pesantes, c’était son grand père. Il l’emmenait partout avec lui : à la pêche aux palourdes, faire de la planche à voile, lui apprendre à nager… La vie à ses côtés, c’était un peu comme dans les films de Pagnol.

C’est donc l’école qui sauva ce petit garçon de la famine à l’âge de 6 ans. Et oui, pas avant ses 6 ans l’école, « il est bien mieux avec sa mère qui lui prépare à manger et qui l’emmène avec elle au parc tous les jours » ! Mais il étouffe déjà ce petit bonhomme avec cette mère qui est sans arrêt en demande de lui, en attente de toute cette présence et qui ne le laisse pas respirer. Cette mère qui a eu un enfant pour combler le vide de sa vie.

Alors oui, elle s’en occupe de son fils, même trop, beaucoup trop. Les enfants ont besoin d’espace, elle ne lui laisse rien, si ce n’est combler son espace à elle, qu’elle a en bien trop grande quantité. Il doit vivre pour elle, à travers elle.

Alors elle donne, certes, mais elle exige, également. Elle n’exige pas seulement de son fils. Elle exige de tout son entourage. Tout est dû, parce que c’est ELLE. Les autres : ses parents, le père de Xavier tolèrent un peu ses exigences, par confort, pour éviter le conflit, et puis au bout d’un certain temps ils explosent, refusent, se révoltent. Cela se termine en cris et en disputes. Malheureusement, sans aucune remise en question de la part de Viviane. Le monde entier peut s’énerver contre elle, et bien, c’est le monde entier qui aura tort et qui ne saura pas reconnaître sa valeur. Elle aurait pu inspirer Sartre : « L’enfer, c’est les autres ».

Elle est la seule personne que je connaisse qui est capable de se fâcher simultanément avec tous les membres de sa famille et qui viendra vous expliquer « qu’elle est la tête de turc », « le vilain petit canard de cette famille ». Cependant, le seul qui n’a pas le droit de refuser les exigences de Viviane, ni même de les contester, c’est son fils.

Sur ce point, ils sont tous d’accord : le père et les grands parents. Le fils, lui, il doit tout accepter. C’est une façon pour eux de se déculpabiliser vis-à-vis de cette femme, de cette fille, dont ils ne supportent pas le comportement, mais vis-à-vis de qui ils se sentent malgré tout responsables car « la pauvre Bibou, elle est malade » : dépressive selon eux, d’une bêtise et d’un égoïsme déprimants, selon moi.

A ce déjeuner de Noël, Mamette s’octroie donc le droit de dire à sa fille que c’est un peu tard pour arriver car il aurait été bien qu’elle aide à la préparation du repas.

Ce à quoi sa fille répond : « Ouh là là là… mais c’est Noël hein…je ne suis pas venue pour faire la boniche moi… »

« C’est pas faire la boniche que d’aider à mettre la table et faire le repas pour aider un peu ses parents » répond la grand-mère de Xavier.

« Oui, bah, elle est là, elle (moi, donc), elle peut aider, elle aussi » rétorque la mère de Xavier.

« Oui, mais elle (toujours moi, donc), elle ne connaît pas la maison, c’est la première fois qu’elle vient ! » explique la grand-mère.

« Et alors, je m’en fous moi, c’est pas mon problème ça ! Je suis fatiguée : j’ai pris un Lexo pour dormir, et ce matin, j’arrivais pas à me réveiller, j’ai bu 3 cafés et comme après j’étais un peu énervée, j’ai repris une moitié de Lexo. Du coup, je suis fatiguée ! » explique la mère de Xavier. Personne n’a réagi à cet enchaînement de prise de médicaments… Je me suis juste fait la réflexion : « Heu…non…là, tu n’es pas fatiguée, tu es défoncée en fait… ».

Mais bon, je n’ai rien dit. Pas le premier jour… Cependant, vous auriez vu ma tête à ce moment-là… J’ai dû perdre un œil, sachant, en plus, que tous ces médicaments venaient s’ajouter à un traitement antidépresseur assez fort.

« Ca alors, ma pauvre Bibou, tu en tiens une sacrée couche quand même ! » se lamente Mamette.

Gérard, le père de Xavier, tente une piètre conciliation avec un « c’est bon, c’est bon » à l’attention de Viviane qui produit l’effet inverse et décuple son énervement.

« Mais tais-toi Gérard ! Non, ce n’est pas bon. Je dis ce que je veux quand même. Je suis chez moi ici, je te signale que les grands-parents nous ont fait une donation de cette maison ! Et puis, je ne vais quand même pas accepter de me faire engueuler comme une gamine ! »

Ce à quoi Gérard répond : « Non mais on va les aider, il reste une partie de la table à mettre, regarde ».

Viviane : « Mais non, je ne veux pas mettre la table moi ! C’est Noël, je ne suis pas venue là pour faire la boniche. T’as qu’à la mettre toi ! ».

Gérard ne répond rien et se dirige vers le vaisselier en soufflant.

Et le Papette d’y aller de sa petite remarque : « De toutes façons, tu n’as jamais été bien courageuse. Il faut rien te demander à toi. »

Et ce fut la goutte d’eau… Viviane s’est alors mise à crier « mais foutez moi la paix, allez tous vous faire foutre ! » et elle est partie en claquant la porte. Même en pleine crise d’adolescence, je pense que je n’ai jamais été aussi stupide que la femme que je venais de rencontrer.

Et voilà comment je fis connaissance avec ma belle-famille un jour de Noël.

Je pense que le plus perturbant pour moi est, que, suite à cet épisode, tout le monde fit comme si de rien n’était et l’organisation du repas suivit tranquillement son cours.

Gérard bougonna une phrase incompréhensible et se planta dans le canapé avec le journal ; le Papette nous aida du haut de ses 88 ans à mettre la table sous les remarques acerbes et autoritaires de sa femme qui ne pouvait plus bouger de son fauteuil, ses déplacements étant devenus trop difficiles avec l’âge : « Mais qu’est-ce que tu fais Bernard ?!? N’importe quoi, ce ne sont pas ces verres là qu’il faut mettre ! »

« Bernard, change les assiettes ! Elles sont moches celles-ci, prends les autres, dans le buffet du salon. »

« Bernard, c’est quoi cette corbeille à pain que tu as donnée aux enfants ? T’en as pas trouvé une plus moche encore ? »

Puis toutes ces remarques ont commencé à bien gonfler Bernard qui nous a sorti un tonitruant : « Tu m’emmerdes Bernadette ! »

Mamette a donc décidé de reporter son attention sur Xavier qui était en train de s’occuper de la préparation du repas. Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’elle se fit rembarrer aussi sec par ce dernier. Elle replongea donc le nez dans sa télé en attendant que tout le monde ait fini ce qu’il avait à faire.

La préparation du repas achevée, tout le monde s’installa au salon pour prendre l’apéritif. Personne ne revint sur l’absence de ma belle-mère et nous fîmes comme si de rien était.

Le Papette est un homme gentil et drôle. Il m’a posé beaucoup de questions sur ma ville natale, sur mon travail puis, il est parti dans la narration de ses souvenirs de service militaire : son arrivée en Allemagne, les conditions de sa vie là-bas où il aidait à la récolte agricole. Bernard était donc en train de m’expliquer comment il avait débuté ses années de jeune adulte en Allemagne, quand sa femme le coupa par un « Tu nous emmerdes Bernard avec tes histoires de vieux ! Va donc nous rechercher des petits fours ».

Deux heures après le clash, au moment de passer à table, le Papette finit par dire qu’il faudrait peut-être aller chercher Bibou.

Hum…oui peut être effectivement…

Le grand père de Xavier nous demanda de l’accompagner. A mon grand étonnement, Gérard ne bougea pas du canapé dans lequel il s’était de nouveau installé. Peut-être voulait-il s’accorder encore un moment de répit. Il voulait profiter du calme jusqu’au bout, comme les parents lorsque leur enfant est à l’anniversaire d’un copain et qu’ils attendent le tout dernier moment pour aller le récupérer…

Le village où habitent les grands-parents de Xavier n’est pas grand, nous en fîmes donc vite le tour sans trouver Viviane. Le Papette eut alors l’idée d’aller la chercher au cimetière. Oui, oui, vous avez bien lu.

Elle avait apparemment l’habitude de s’y rendre dans ses moments de « crises » (je ne sais pas trop comment qualifier ce qu’il s’était passé). Et voilà, comment nous sommes arrivés en ce déjeuner du 25 décembre dans le cimetière de Portel des Corbières pour partir à la recherche de Bibou.

Nous avions pris chacun une allée et nous avancions au milieu des tombes. Nous cherchions la tombe de l’arrièregrand-mère de Xavier dont personne ne se souvenait exactement où elle se trouvait. Et le grand-père d’y aller de sa petite blague avec son accent du Sud : « On se croirait à une battue aux sangliers ». Cela m’a fait rire malgré le contexte un peu sinistre ! Il a de l’humour le Papette !

Et après une dizaine de minutes de recherche, nous avons fini par trouver la tombe sur laquelle était assise Viviane en train de « pique-niquer ». Elle était allée s’acheter un sandwich et avait décidé de passer Noël avec sa grandmère. Au moins tout cela ne lui avait pas coupé l’appétit…

« Allez Bibou, rentre, tu ne vas quand même pas rester là » lui dit son père.

Et Viviane de répondre : « Ca y est ? Elle a fini sa crise Maman ? »

Et là je me dis …. Heu… comment ça « sa crise » ? C’est toi ma cocotte qui t’es conduite comme une ado attardée !

Et le Papette répond : « Oui, c’est bon, allez reviens ! »

Je vous laisse imaginer les yeux écarquillés que j’ai pu faire, et le regard désespéré de Xavier qui m’implore de ne pas faire de réflexion. Il me fera souvent ce regard dans les années à venir…

Nous avons donc ramené Viviane à bon port et le cours du repas a repris comme si rien ne s’était passé. Personne ne s’est excusé et personne n’a fait allusion à rien. Je venais de rentrer dans une dimension inconnue … Welcome !!

Chapitre 2

L’histoire de mon premier mariage en 2007, avec Alfred

« Et c’est pas bientôt fini cette comédie ? », c’est en ces termes peu diplomates, mais tout à son image, que la grand-mère de Xavier lui a répondu lorsqu’il lui a expliqué qu’il ne serait pas dans le coin le week-end prochain car il venait me voir à Orléans.

Cette famille où tout le monde donne son avis sur la vie de tout le monde a vraiment le don de m’exaspérer.

Je n’y suis pas vraiment habituée. Chez moi, on juge mais on se garde bien de dire ce qu’on pense à l’autre ! Très hypocrite mais finalement assez reposant au quotidien, cela évite les justifications interminables.

Lorsque mes parents étaient mécontents ou en désaccord avec mes choix, je le devinais seulement à leurs lourds silences. La seule fois où mon père a explosé, c’était lors de ma séparation d’avec mon ex, Alfred (Fred). Mes parents le considéraient comme leur fils, cela a été une véritable épreuve pour eux d’accepter ce qu’il se passait.

Je travaillais à l’époque au siège social d’une banque à Paris. Avant ma séparation, je vivais à Orléans et je faisais les allers-retours en train. Mon ex-mari et moi venions de faire construire une jolie petite maison à la campagne.

Lors de notre séparation, un après notre mariage, j’ai pris mes valises sous le bras et je suis partie m’installer chez ma cousine qui avait un appartement dans le 13è arrondissement de Paris. La pauvre…je m’entends encore lui dire par téléphone : « J’ai quitté Fred, je peux venir m’installer chez toi 2/3 jours le temps de me retourner » ?

Je suis arrivée avec deux énormes valises sous le bras et je suis restée presque deux ans, le temps de divorcer, de vendre la maison et de prendre mon envol. Le contenu de ces deux valises constituera d’ailleurs mon seul bien une fois que tout sera achevé. Je n’ai rien cherché à prendre, à garder, à conserver : aucun meuble, aucune voiture. Je n’ai pas voulu lutter sur des sujets matériels. Je laissais tout sans problème et sans regret, je voulais simplement que tout s’arrête. Je voulais commencer une nouvelle vie… MA nouvelle vie.

J’avais très peu échangé avec mes parents au sujet de la séparation. J’avais eu droit à de longs silences au téléphone, assez explicites pour que je puisse comprendre leur désapprobation. Néanmoins, ils devaient penser que cette idée me passerait et que j’avais perdu la tête avec ce nouveau travail « dans la Capitale ». Il suffisait d’attendre que je recouvre la raison. Mais lorsque j’ai fait mes valises, entamé la procédure de divorce et parlé sérieusement de mettre en vente la maison, les choses ont pris une tout autre tournure…

Un jour alors que j’étudie un dossier important un soir au bureau, le téléphone sonne, il est 20h. Je râle d’être dérangée à cette heure, « les parisiens n’ont vraiment aucune limite au sujet des horaires de travail ! » Je décroche en pensant donc qu’il s’agit d’un client au bout du fil. Erreur, c’est mon père. Mince, mais comment il a eu mon numéro de fixe du boulot ?!?

J’ai à peine le temps de décrocher que je l’entends pleurer à chaudes larmes à l’autre bout du fil : « Daph’, c’est papa, je comprends pas… je comprends pas… pourquoi tu nous as fait ça ? »

Je mets quelques secondes à comprendre de quoi il parle, puis les connexions se font rapidement.

« Alors, à vous, je n’ai rien fait du tout… J’ai quitté Fred… Aucun rapport avec vous, très clairement ».

En donnant cette réponse à mon père, je pense aux scènes qu’on voit dans les films où les parents qui divorcent expliquent à leurs enfants que : ce n’est pas parce que papa et maman ne s’aiment plus, qu’ils n’aiment plus leurs enfants : « Maman n’aime plus papa, mais elle vous aime toujours autant et cela ne changera jamais ».

C’était dans les grandes lignes ce que j’essayais d’expliquer à mon père lorsque j’ai entendu ma mère crier au loin : « Tu nous fais honte ! On ose même plus aller à la boulangerie à cause de toi ! »