Expansion - Alain Vertier - E-Book

Expansion E-Book

Alain Vertier

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Beschreibung

Anna adore titiller sexuellement son époux à travers des allusions plus ou moins entendu.

Un jeu auquel tout les couples se donnent.

Seulement, au fil des ans, Jorge, son mari, a commencé par se questionner sur ces mots prononcés à la sauvette car quand il mettait en opposition l’éducation, combiné à la pression morale que sa femme a eu jusqu’à son adolescence au Brésil et de l’autre, l’intonation de sa voix quand elle le taquinait certaine fois, les pièces ne s’emboitaient pas.

Et si derrière ces insinuations, une envie inconsciente de se libérer de son passé tentait de faire surface ?

Jorge, après des années, a décidé qu’il était temps d’en avoir le cœur net.

Pour elle, pour lui, pour eux.

Quitte à s'aventurer dans l'inconnu.


À PROPOS DE L'AUTEUR

Alain Vertier - Depuis tout petit, Alain est impressionné par la puissance des mots. En grandissant, la découverte d'une autre force, celle des hormones, s'est révélée.

En combinant les deux, il savait qu'il existait une infinie d'histoire à écrire.

Quadra, citadin, papa de 3 enfants, il adore le brouhaha de la ville pour mieux apprécier le silence de la nature quand il s'y présente.



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Veröffentlichungsjahr: 2024

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Editeur d’Amélie Moigne

 

Presente

 

Expansion

 

 

Alain Vertier

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

 

 

 

Paris, quartier des Batignolles, fin mars.

Au-delà de l’ensoleillement quotidien chaque jour plus présent, Jorge adorait capter lesautres signaux envoyés par mère nature lui indiquant que la belle saison n’allait pas tardercomme en ce samedi soir, où, attablé à la terrasse d’un café en compagnie de son épouse etd'amis, il constata qu’aucune des personnes déambulant dans la rue ne portaient de manteau etautres par-dessus mais juste de simples vestes. Le fond de l’air avait en effet cette pointe dedouceur indiquant que les beaux jours étaient en chemin et même s’il savait que l’hiver allaitfaire des siennes pour rester le plus longtemps possible, cela n’abalait en rien sa bonnehumeur.

Ce qui en revanche troubla son euphorie c’était ce que venait de proférer son épouse, Anna,et plus encore, l’intonation qu'elle y avait injecté. Face à ces mots, il la dévisagea avecsuspicion. Ayant capté son regard inquisiteur, son épouse le questionna :

— Et bien qui y’a-t-il ? Ce n’est pas vrai ?

— Si tu le dis !

Jorge essayait de deviner une fois de plus si les paroles entendues étaient,oui ou non, à classer dans la colonne des plaisanteries.

— Alors pourquoi me scrutes-tu avec cet air intrigué ?

— C’est juste que certains de tes sous-entendus, comme celui que tu viens d’énoncer, sont,même si espacés dans le temps, de plus en plus répétés ses dernières années et certaines foisavec envies. Face à cela, je n’arrive pas à déceler si tu es sérieuse ou pas et je t’avoueque ça commence gentiment à me prendre la tête et même en admettant que tu le sois, celaserait si surréel que je n’arrive pas à l'imaginer pour autant car, dans ce cas-là, tes proposn'auraient alors de sous-entendu que le nom.

Suite à cet aveu, un sourire quasi imperceptible mais hautement énigmatique apparu auxcoins des lèvres de madame et il le fut d’autant plus que la déclaration de son mari la prise audépourvu et cet air satisfait ainsi que le regard suggestif affiché par Anna suite à ses proposne fit que renforcer la conviction de Jorge qu’il y’avait un fond de vérité dans les paroles deson épouse et face à cette hypothétique réalité, les poils de sa nuque se hérissèrent maissurtout, il sentit qu’il en avait assez de se poser la question de savoir ou se situait la frontièreentre la fiction et le réel. Il se fixa silencieusement comme objectif de savoir ce qu’il en retournait avant la fin de l’année mais d’ici là, il comptait bien s’amuser en usant des mêmes armes que celles de son épouse à base de messages à double sens pour la titiller et la faire céder. Si elle résistait d’ici là, alors, le moment venu, il serait grand temps de lui poser frontalement la question.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I

 

 

 

Début juillet. Enfin les vacances.

Impossible de savoir qui, des enfants ou des époux, avaient le plus hâtes de fouler denouveau le sol brésilien.

Le destin voulut que la famille ait un pied de chaque côté de l’océan Atlantique. Ilsrésidaient sur le vieux continent mais leurs origines, encore fortement présentes, se trouvaientsur le nouveau monde. En raison de l’espacement de leurs venus, finance oblige, depuis qu’ils étaient parents, c’était systématiquement unenchantement sans cesse renouvelé que de retrouver cette terre et ce peuple. Ils vivaient leursdéplacements comme s’ils s’agissaient à chaque fois d’une première fois et s’émerveillaientdevant ces couleurs, ce temps doux, ces goûts, ces mets, ces odeurs, ces peaux, ces principeset habitudes non familières. Le tout leur donnait la sensation que le soleil brillait tous lesjours.

Jorge n’était pas un natif d’ici, il était né en France, plus précisément à Paris mais ce fut parle biais de ses parents, Brésiliens, qu’il connaissait ces lieux. Il y était venu à chaque grandevacances durant sa scolarité et avait continué de s’y rendre une fois adulte. Si du haut de sesquarante-cinq ans il avait depuis bien longtemps laissé filer son regard insouciant et naïfpropre à l’enfance, c’était toujours avec une émotion certaine qu’il se remémorait cettesensation de paix, de plénitude absolue voire d’invincibilité quand, enfant, il se rendait ici. Ilavait toujours, presque de façon tangible, cette sensation que rien de mal ne pouvait lui arriversous ces latitudes en raison de l’amour qu’il recevait de ses oncles et tantes et avait parfaitement conscience d’être né sous une bonne étoile. Il n’avaiten effet jamais manqué de rien au cours de son enfance. Ni du point de vue matériel et encoremoins du côté affectif, spécialement venant de sa mère. Voyages, activités culturelles etsportives, réfrigérateur toujours plein, il n’avait jamais eu de raisons de se plaindre. Cettetendresse, banal, évidente à ses yeux, l’avait si fortement imprégné qu’il lui était impossibled’imaginer passer une journée sans un geste tendre envers son épouse, aussi léger soit-il.

Anna en revanche était née et avait vécu jusqu'au milieu de son adolescence ici et avait defait connu l’envers du décor, loin des cartes postales paradisiaque. La faim, la pauvreté et laviolence, sans tomber dans les excès voyeuristes et exagérés de bons nombres de reportages,avaient fait partie de son quotidien. Mais plus difficile encore fut d’être née avec un espritmoderne, en phase avec le monde, dans un foyer composé d’un père qui s’accrochait à unevision archaïque du rôle de la femme et qui pensait que le respect se gagnait par les coups,tant physique que moral et d'une mère fermant les yeux sur de tels agissements. Pour eux, leurfille était même avant-gardiste avec ses envies d’émancipations. L’insouciance joyeuse del’enfance dut s’accomplir en faisant le moins de bruit possible à la maison. Un acte aussiinnocent que de jouer avec ses amis lui était compliqué et ses premiers émois amoureux d’adolescente durent être vécu en catimini. Heureusement pour elle, la providence vouluqu’une tante vivant à Paris l’arracha de cet avenir sans issu en l’emmenant vivre avecelle.

Bien que ces souvenirs soient à présent loin derrière eux, certaines sensations étaient tout demême encore présentes et Jorge, comme à chaque fois, ne pouvait s’empêcher d’imaginer laréaction des premiers colons se trouvant face à cette nature exubérante. Du pont de leurscaravelles, face à ces rivages sauvages, ces premiers européens pensaient surement avoirretrouvé le paradis perdu. Pour lui, cette perception était accentuée quand il traversait le pays en voiture. Si les villes côtières, exubérante de modernité n’avaient rien à envier aux autres villes du mondes, il n’en était rien des villages perdus aux milieux de nulle part. Plus il s’enfonçait dans les terres, à base de centaines de kilomètres aux vus de l’échelle du pays et plus il avait l’impression deremonter dans le temps. Certaines petites communes n’avaient que la rue principale degoudronner et pour les villages et autres bourgades plus esseulés, seuls des chemins de terresvous accueillaient. Il avait un jour fait une halte dans un hameau qui n’avait même pas l’électricité tant il était isolé. Il y était resté un peu plus de deux jours et aujourd’hui encore s’en rappelait avec une grande émotion car les gens qui y vivaient lui avaient donné unegrande leçon d’humilité par leur simplicité. Pas de réfrigérateur, pas de télévision. Le soir, leshabitants s’éclairaient à l’aide de bougies dans leur maison et se déplaçaient dans la rue avecdes lampes torches et les rares ampoules présentes illuminaient certains patios grâce à desvieux générateurs.

Si du point de vue des splendeurs de la nature le tableau donnait l’illusion d’être au jardind’Éden, le comportement humain lui à l’inverse était similaire à ses semblables éparpillés auxquatre coins cardinaux mais comme en tous lieux, ils avaient certaines particularités. Denature généralement bien plus modeste, financièrement parlant, en comparaison à leur portd’attache, les gens d’ici avaient la générosité inverse à leurs revenus. Toutefois, certains,voulant occulter leurs faibles biens, gênés de leurs conditions et plus encore quand ilsapprenaient ou vivaient les époux, surenchérissaient leurs comportements en voulant donnerune image d’abondance. Cette supercherie était si maladroite et malvenue qu’elle en faisait dela peine, particulièrement pour Anna qui avait connu ce monde-là et n’y attachait pas lamoindre importance. Mais cela n’altérait en rien les plaisirs simples que leurs offraient cepays comme celui basique de se retrouver en famille dans la cour de la maison à se chambrergentiment, converser des heures durant à l’ombre d’un manguier, se restaurer autour d’un feule soir avec un service de table totalement dépareillé sans oublier la glacière pleine de bières àportée de main et de la musique pour accompagner le tout.

Ici aussi, comme partout ailleurs, les écrans de toute tailles avaient envahi la vie des gens etcommencer à éroder la sociabilité directe entre les personnes. Heureusement, dans certainespetites villes, comme ici au milieu de l’État du Pernambuco ou vivaient la famille d’Anna, les rencontres physiques et spontanés étaient encore très présentes et pouvaient se matérialiserpar l’apparition sans préavis d’un membre de la famille, d’un voisin ou d’une simpleconnaissance. Cela étonnait à chaque fois Jorge car en France, un acte aussi bénin que celuid’aller boire un verre en compagnie d’une connaissance au bistrot du coin devait être biensouvent programmé à l’avance. Pour son meilleur ami, aux racines bien gauloise, cettespontanéité brésilienne s’apparentait à de l’anarchie.

D’autres plaisirs encore ne leurs étaient accommodant qu’ici même. C’était le cas pour monsieur de certains styles musicaux qui ne trouvaient grâce à ses oreilles qu’en raison del’ambiance qui s’y rapportait et de la paix intérieure qu’il ressentait sous ces latitudes. Celle-cilui anesthésiait ses oreilles mais une fois de retour en France, loin de cette atmosphère, lui lemélomane de la famille, les trouvait foncièrement mauvais, d’une pauvreté musicaldéconcertante.

C’était plus fort que lui, à chaque fois qu’il se rendait au Brésil, Jorge ne pouvait s’empêcherde comparer les différentes coutumes entre ses deux pays, car il se sentait foncièrement

Français et Brésilien, et il y en avait une, plus étonnante que les autres, qui était lié au rapportà l’intime. Il existait de ce côté-ci de l’Atlantique un lieu nommé « motel » qui n’avait pasd'équivalent en Europe, en tout cas pas en France. Ces établissements étaient présents partout.

Dans certaines rues des grandes villes, il était même possible d’en trouver plusieurs côtes à côtes. Leur fonctionnement était on ne peut plus simple. On arrivait en voiture, exclusivement, où sous un porche etsans avoir à sortir du véhicule, on annonçait à une personne se trouvant derrière un miroirsans teint, l’ambiance désirée de la chambre souhaitée ainsi que le temps que l’on voulait yrester. Cela pouvait varier d’une à plusieurs heures, voire carrément d’y passer la nuit pour lesplus téméraires. Ensuite, après avoir reçu les clés, on se rendait à la chambre indiquée et unefois dans le box, le rideau derrière se refermait et on pouvait se rendre dans la chambre. Voilàcomment, en toute furtivité, on venait partager un moment charnel, que ce soit avec l’êtreaimé ou bien de passage. Mais que l’on si rende avec un, une ou même plusieurs partenairesou bien encore pour s’essayer à de nouvelles expériences à l’abri des regards indiscrets, on s’yrendait pour une seule et unique raison, le sexe. Ces endroits étaient conçus pour et uniquement ça,les faux-semblants étaient proscrits.

Une des raisons parmi tant d’autres qui expliquaient leurs succès étaient qu’en ce pays,spécialement dans les villes ou quartiers plus modestes, plusieurs lignées d’une même famillepouvaient cohabiter sous le même toit et si cette promiscuité n’empêchait nullement lesrapprochements amoureux, il fallait de toute évidence agir avec discrétion mais si l’onsouhaitait en revanche s’adonner aux plaisirs sans aucune forme de restriction comme lesimple fait de pouvoir pousser des vocalises sans retenues ou ne pas avoir à fermer la porte, ilétait alors bien plus simple de se rendre dans ces lieux. Mais cela faisait partie du quotidien deces gens et y aller leur était aussi anodin que de respirer mais pour qui venait d’ailleurs, c’étaitune expérience déroutante et la première fois qu’Anna avait suggéré à son époux d’y passerun moment il y’a de cela bien longtemps à présent, Jorge, qui avait été éduqué par une mèremoderne pour qui le sexe n’était pas un sujet tabou, n’avait pas vu de raison de s’éclipser pourun acte aussi banal et avait refusé l’invitation.

De nos jours, imprégné des mœurs locales, monsieur ne se faisait plus prier pour y passer unmoment, bien au contraire. Ce fut d’ailleurs au cours d’une nuit d’amour passée dans une deces alcôves qu’il avait perçu un sentiment d’une puissance infinie, une symbiose absolue dontrésulta une sensation d’invulnérabilité quant à la force de l’amour qu’il éprouvait pour sonépouse. En raison d'une soirée annulé sur le tard, ils s’y étaient retrouvé « presque » sans levouloir. Une fois la chambre investie, les mots et caresses débutèrent de façon suave et lentepour gentiment s’emballer et finir par des demandes et positions plus osées et radicales lesunes que les autres. Mais si cette évocation avait autant marqué l’esprit de Jorge, ce fut que,de l’ouverture à la conclusion explosive, l’intégralité de ce qu’ils actèrent et dirent cette nuit-là baigna dans une fluidité et une naturalité déconcertante et durant un laps de temps aussirapide et court qu’un claquement de doigt mais à la puissance inversement proportionnelle, il sut, au cours deleur union, qu’il lui serait impossible de lui refuser quoi que ce soit et le souvenir de cettefusion ne l’avait plus quitté depuis et, tel un talisman sacré, il le chérissait secrètement et nelui en avait d'ailleurs jamais fait part.

Après trois semaines d’insouciance, la famille en entamait la dernière et le couple, voulantprofiter d’un rare moment à deux prirent un soir la direction d’un bar près de la maison. Auson des succès incontournables de la Bossa nova interpréter par un chanteur accompagnéde sa guitare acoustique, Anna fit remonter au cours de la soirée ce lointain souvenir et semoqua de l’air hautain qu’il avait eu à l’époque et ils rirent plus facilement aux éclats que lesliqueurs descendues leurs montaient doucement à la tête. Au jeu des différences entre les deuxpays, Jorge interpella son épouse :

— Sais-tu ce qu'on trouve facilement ici et plus en France ?

Il eut pour seule réponse un haussement d’épaule et continua alors.

— Des maisons closes ou, dans un langage de rue, des bordels.

— Et dire qu’ici on en trouve partout ! Évidemment, ce n’est pas annoncé clairement sur ladevanture des bâtiments mais personne n’est dupe. En France, cela existe encore mais demanière clandestine via les salons de massages par exemple que l’on trouve souvent grâce auxprospectus glissé sous les essuies glaces des voitures.

— Je sais ! Et sache qu’auparavant, et je suis sûr d’ailleurs que ça continue encore, même side façon bien marginale, que c’était dans ces établissements que bons nombres de jeuneshommes perdaient leur pucelage et bien souvent, étonnement, sous l’impulsion de leur père,comme pour se débarrasser de ce fardeau mental qu’est la virginité.

Après cette parenthèse, leurs discussions prirent diverses orientations et, réalisant que leursélocutions devenaient difficiles après avoir descendu plusieurs bières chacun, ils décidèrentsagement de rentrer.

Sur le chemin du retour, la démarche pas tout à fait rectiligne, Anna, au détour d’uncarrefour, fit face à un immeuble où un individu semblait monter la garde devant la ported’entrée tout en scrutant les allées et venues des piétons.

— Regarde ! En voilà un de tes fameux salons, lui lança-t-elle.

— Paix à ces femmes qui, de par leur profession, ont su maintenir des milliards de couplesen paix à travers les âges.

—Pardon ! s’exclama madame. Tu insinues que tu es d'accord avec ces agissements ?

— Et tu sais quoi ? Je vais même te dire mieux ! Ça continue encore aujourd’hui. Au débutdu siècle passé par exemple, dans certaines familles et quel que soient leurs classes sociales, ilexistait un arrangement tacite dans le couple ou les messieurs prétextaient des « besoinsd’hommes » qu’ils estimaient ne pouvoir être satisfait qu’auprès de ces filles de joies. Et leursépouses acceptaient, soit par manque de courage ou bien parce qu’elles en étaient tristementconvaincues. Les maisons closes avaient pignon sur rue et de nos jours, même si cesétablissements ont baissé le rideau depuis bien longtemps, rien n’a changé sur le fond. Unedes raisons qui poussent certains hommes à prendre la tangente en ayant une maitresse ou enallant occasionnellement chez une racoleuse, c’est qu’ils sont persuadés, surement par gêned’être mal vu, que leur partenaire n’accepterait pas certaines pratiques alors ils vont voirailleurs le temps de les assouvir.

Face à cette réponse, Anna se sentie un peu sotte et ne savait même pas pourquoi elle s’étaitoffusquée car elle connaissait la véracité de ces propos.

— Ma belle, continua Jorge le sourire niait de l’homme gentiment enivré, je profite de notrepassage devant ce lieu dédié à la luxure pour te faire un aveu que je mettrai sans vergogne surle compte des douceurs alcoolisées demain matin à mon réveil mais sache que tu seraissurprise, doux euphémisme, du nombre d’hommes qui rêvent secrètement que leur épouse soit, le temps d’une nuit, une courtisane.

À ces mots, Anna se figea et dégrisa aussi vite que la pluie pouvait faire son apparition sousles tropiques et sur un ton plein de surprise, prit le temps de bien articuler chaque syllabe desa courte question :

— Excuse-moi ? Il va falloir te montrer fort convaincant pour que je puisse accepter unetelle affirmation.

— Et bien vois-tu, débuta-t-il avec lyrisme, vous aurez beau, femmes, nous dire que lesplaisirs de la chair vous soient autant agréable qu’à nous, sachez qu’en raison de notre côté primitif sur le sujet, héritage stupide, millénaire et heureusement révolu d’une époque où leshommes commandaient, on ne peut s’y résoudre à le croire à cent pour cent. Nous avons dumal à accepter l’idée que vous puissiez vous donner aux plaisirs sous l’angle exclusif de la concupiscence. Vous vouloir fille de joie nous donnerai la sensation, qui est déjà été le cas,que vous aimez le sexe pour le sexe autant que nous.

Après un regard dans lequel Jorge ne décela aucune trace de fâcherie mais plutôt de latendresse, Anna prit la parole.

— Ce que j’aime après tant d’années passées à tes côtés, ce sont ces soudaines surprises dedécouvrir, au travers d’une discussion imprévue, des pans de ta personne qui m’était jusquealors inconnu. Qu’importe si je ne partage pas l’avis que tu viens d’émettre, même si nous, les« femmes » comme tu dis, on s'en doute un peu. Certes, surement pas à ce point-là je te leconcède mais qu’à cela ne tienne, là n’est pas mon propos. J’aime prendre connaissance denouvelles pensées émanant de toi.

Elle conclut sa réponse en lui déposant un affectueux baiser sur la joue et rentrèrentsagement à la maison.

 

La sensation du temps passant plus vite avec l’âge n’est qu’une illusion. Elle est due à larépétition des tâches quotidiennes de la vie. Voilà pourquoi en vacances, là où on expérimenteet ou on pratique des activités nouvelles ou inhabituelles, on a la sensation d’un temps quisemble s’étirer.

La famille goutait systématiquement à cette impression à chacune de leurs venues ici tant toutétait si différent et ils aimaient faire semblant de croire à ce mensonge du temps. Pour autant,ce dernier avançait implacablement et voilà qu’ils entamaient leur ultime week-end avec latraditionnelle fête de départ avant leur retour en France prévu dans la journée de lundi. Desmembres éloignés de la famille apparurent, les amis des amis aussi et au cours de la journée,même quelques voisins firent leur apparition et cette joyeuse cohue émouvait presque auxlarmes Anna. Ce côté spontané était une des facettes qui lui manquait le plus en

France.

Toutefois au cours de la journée et de plus en plus au fil de la fête, Anna ne pouvaits’empêcher de jeter un coup d'œil sporadique en direction de son mari. Elle connaissait leculot de certaines femmes d’ici et comment elles partaient sans vergogne accoster les hommeset c’était pour cette raison qu’elle gardait toujours un œil sur son chéri. Elle savait qu’il neverrait rien venir, trop naïf en pensant que ces dragueuses ne se permettraient pas d’agir enprésence de la femme du convoité. Erreur fatale ! Cela ne les dérangeait en rien. Au contraire.Certaines y voyaient comme un défi à relever. Elles proposaient, après, si l’homme tenait à endisposer…

Il était donc plus simple pour elle de surveiller une personne plutôt que plusieurs. Sûrementque le groupe de sans gêne ne tenterait rien mais cela lui ferait perdre trop de temps etd'énergie de les surveiller toutes. Voilà pourquoi elle jetait épisodiquement un œil en directionde son mari pour voir s’il n’avait pas disparu des écrans radar. Et si elle ne pouvait s’abstenirde se méfier c’était parce qu’elle avait déjà été une de ces chasseuses justement et d’autant plus facilement qu’au prémisse de sa relation avec Jorge, le long terme lui était une notionabstraite. À l’époque, elle ne savait ni même ne voulait savoir où celle-ci la mènerait. Ellesouhaitait juste profiter du moment présent.

Elle se remémora une soirée de cette période durant laquelle elle avait, par un clin d'œilaguicheur, exalté un jeune homme présent dans l'assistance qui n'avait pas insisté quand ilcomprit qu'elle était accompagnée. Une autre fois elle s'était fait accoster sans montrerd’empressement de repousser le beau gosse.

Quand elle dissipa ses souvenirs pour reporter son attention sur deux jeunes amazones auxmœurs aussi légères que leurs habits, une vision familière fit alors son apparition dans sa tête.

Cette évocation énigmatique prenait l’apparence d’une porte qui s’entrouvrait lentement etlégèrement sans jamais dévoiler ce qui se cachait derrière. Cette image s’accompagnaitsystématique de fourmillements au ventre. Elle n’en connaissait pas le sens et ne cherchait pasnon plus à le comprendre. Ce qui en revanche l’amusait à son sujet était de constater que sonapparition faisait suite invariablement à des sous-entendus ou à une situation coquine, aussifugace soit-elle. Mais ce qui l’intriguait le plus depuis qu’elle les avait perçus, c’était desavoir pourquoi ces papillons avaient fait leurs apparitions à l’instant où elle avait débuté sarelation avec son mari.

L'explosion d'un gros pétard jeté par un de ses neveux la sortie en sursaut de sesquestionnements. Son interrogation s’évanouit et elle repartit, insouciante, auprès desconvives, sa robe gitane virevoltant une fois de retour sur la piste de danse.

Mais la fête fut une réussite et tout se déroula à merveille. Il n’y eu ni disputes, pas dechaises volantes, de noms d’oiseaux distribués à la volée, de menaces et autres vaissellescassées. Car là ce trouvait un paradoxe surprenant en ces lieux. Beaucoup aimaient soufflersur les braises mais personnes n’avaient de quoi éteindre le feu. Le convoiteur devenaitconvoité et réciproquement. La séduction pratiquée par des jaloux donnait bien souvent unrésultat explosif et hautement distrayant lors de ces soirées.

Ce fut ainsi que ce conclut les vacances auprès des leurs. Ils s’envolèrent avec ce mélangede sensations antagonistes que sont la joie et la tristesse soit la mélancolie implacablementdéfinie par Victor Hugo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II

 

 

 

En ce début de huitième mois de l’année, grâce à une conjoncture météorologie favorable, latransition fut facile et ils atterrirent avec un temps même plus chaud que sur leurs lieux devacances sans compter sur un bien fait mental qui n’avait pas de prix, celui de pouvoirsavourer la luminosité du soleil jusqu’à des heures très avancées.

Pour un Brésilien, débarqué en Europe au mois de juin, allié aux cinq heures de décalagehoraire, cette nouvelle réalité le rendait fou, il perdait ses repères. Le jour de son arrivée, iln’arrivait pas à concevoir qu’il puisse encore faire jour à vingt-deux heures à Paris alors quela veille encore, il faisait déjà nuit à dix-huit heures. Il lui fallait quelques jours pour s’acclimater. Jorge, face à ce phénomène, se remémorait toujours le vieil exemple d’un de sescousins venu en touriste, qui, instinctivement, se calait sur la luminosité du soleil pour avoirune idée approximative de l’heure et pour cette raison, était arrivé à un rendez-vous avec plus de trois heures de retard, persuadé qu’il était dix-neuf heures et pas vingt-deux. Heureusementque, le connaissant et se doutant de la raison du retard, il ne s’était pas inquiété d’autant plusque la ponctualité est un concept nébuleux pour une grande majorité des Brésiliens.

Aux douceurs météorologiques, il y’a avait aussi un autre avantage à reprendre le travail aumois d’aout, du moins pour Jorge, qui était celui d’avoir à faire face à peu de personnes dansl'entreprise ainsi qu’à une charge de travail qu’il aimait qualifier de symbolique, additionnerau fait que ses supérieurs n’étaient pas tous présent, sans oublier que la ville, du moinsjusqu’à la mi-août, était « vidée » de ses habitants.

Mais tout cela n’empêchait en rien au temps d’aller de l’avant et septembre pointa le bout deson nez avec lui la rentrée scolaire. Les rouages de la vie, la vraie, le fameux « métro-boulot-dodo » étaient de nouveaux repartis. C’était une période de rodage ou la famille devaitretrouver des repères mit en sommeil. Les enfants se familiarisaient avec leurs nouveauxemplois du temps, leurs nouveaux professeurs et les parents, en plus de leursaccomplissements, devaient s’occuper de la vie extrascolaire. C’était un mois quis’apparentait à un feu d’artifice, ça partait dans tous les sens.

Heureusement la vie offrait quelques répits et l’agenda scolaire d’un garçon au collège, telleune meule de gruyère, étaient bien souvent criblé d’espace vide et un jour où Anna était entélétravail, elle en profita pour partager un déjeuner avec son fils le plus âgé peu de tempsaprès la rentrée scolaire. L’été ne montrant aucun signe de relâchement, ils prirent place à la terrasse d’une brasserieen toute décontraction et échangèrent l’esprit joyeux sur cette nouvelle année qui s'offrait àeux.

— La matinée a été bonne ? débuta la maman.

— Oui.

— Content d’avoir retrouvé tes potes ?

— Oui.

— Et tout le monde va bien ?

— Oui.

— Des nouveaux ?

— Oui.

— Et tes profs après une semaine, tu les trouves comment ?

— Sympas.

L’avarice verbale de son fils sur tout ce qui avaient à trait concernant l’enseignement l’était plusencore du fait de son entrée dans ce monde étrange et mystérieux qu’est l’adolescence. Annadécida alors de l’asticoter amicalement en déviant la conversation sur un sujet qui à cet âge-làjustement, commençait à prendre da la place dans sa vie de jeune homme.

— Et les filles ? Certaines ont-elles déjà attiré ton regard ?

— Ah ne commence pas maman !

Elle aurait bien voulu, mais la discrète teinte rouge qui venait de faire son apparition sur lesjoues de son fils l’incita au contraire à s’amuser encore un peu.

— Et comment s’appelle-t-elle ?

De rosé les pommettes du jeune homme virèrent au rouge.

— J’en étais sûre ! exulta Anna.

Après un temps où elle contempla son fils du coin de l’œil avec émotion en raison de cemélange de crainte et d’espoir face à l’avenir qui l’attendait, elle reprit la parole.

— Tu es beau mon fils et pas qu’un peu, et même si mon cœur de mère aimerait certainsjours ralentir le temps pour t'avoir près de moi un peu plus longtemps, je sais que tu rentresdans cette phase de la vie ou tu vas draguer, expérimenter et en tant que mère il est de mondevoir de t’encourager à agir de la sorte. C’est la vie comme on dit. Enchanteur comme tu es,plus d’une fille te tournera autour, je ne me fais aucune illusion là-dessus et sache quecertaines de tes amourettes ne se termineront pas toujours de façon amicale, mais encontradiction à ce que la mère qui est en moi pense, la femme elle, ne serait pas contre te voirépouser le mimétisme de ton père sur tout ce qui se rapporte au respect des femmes. J’ai beaules aimer, il faut reconnaitre que tes oncles et autres hommes de ma famille ont uncomportement bien dépassé vis-à-vis des femmes, une vision machiste qui ne devrait plusavoir cours. Par exemple, ton père ce soir sortira avec ses amis Youssef, Éric, Paul etcompagnie que tu connais très bien. Pour mes frères donc, ce comportement est tout à fait légitime, convenu à leurs yeux mais non réciproque. Si tes belles-tantes leurs annonçaientl’envie d’en faire de même de leur côté pour se retrouver entres amies dans un bar commecela m’arrive régulièrement, ils opposeraient une fin de non-recevoir autoritaire et je ne teparle même pas si c'était pour aller danser en boite. Jusqu’à aujourd'hui encore, même siinsinué de façon bien moins catégorique je me dois d’être honnête, certains membres de mafamille me font comprendre à demi-mot que c’est presque inadmissible que je sorte sans laprésence de mon mari. L’un d'eux a même osé mentionner une fois le terme de « maltraitance» envers ton père car j'ai simplement du caractère et que je sors avec mes amis quand bons mesemble. J’ai bien conscience qu’il a employé ce terme pour me provoquer car il sait très bienque ce sur ce sujet je démarre au quart de tour et ça l’amuse de me voir réagir ainsi mais dansle fond, ça m’attriste de savoir qu’une partie de lui, aussi infime soit-elle, le pense. Mais bon,ne parlons pas de ça car cela peut très vite m’énerver.

L’adolescent prêtait attention aux dires de sa mère et passa aux aveux de façon détourné enlui demandant conseil car il craignait de se montrer trop entreprenant auprès de celle sur qui ilavait flashé.

Anna ria tendrement et sans aucune trace de moquerie face à cette innocence affichée.

— Tes limites, tu apprendras à les établir avec le temps et l’expérience. Du haut de mon âgecanonique, comme tu aimes te moquer avec ton frère, elles sont à mes yeux pleines detendresses mais pour autant, elles sont à ton échelle aussi importante que celles des adultes. Àtoi de les fixer et de les faire évoluer au gré du temps et des personnes que tu rencontreras.Elles n’impliqueront que toi et celle ou celui avec qui tu partageras ta vie et ne concernerontpersonne d’autres et je ne souhaiterais même pas en entendre parler. Cela sera de ton ressort.