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Mylène a seulement huit ans lorsqu’elle est brutalement projetée dans un univers où la naïveté de l’enfance n’a plus sa place. Peu encline à la fatalité, elle échafaude un plan mortel destiné à améliorer son quotidien et celui de sa mère. Un peu plus tard, accompagnée par des grands-parents bienveillants et un renard en peluche, confident de ses rêves de vengeance, elle réussit, tout doucement, à s’épanouir et à grandir.
De sa prime jeunesse à son entrée dans l’âge adulte, Mylène, avec son caractère trempé et son esprit acéré, nous entraîne à sa suite sur des chemins escarpés, jonchés de belles et de funestes rencontres. Elle y recherche le Graal : le fameux bonheur, cet être facétieux qui surgit là où on ne l’attend pas et s’évapore au moindre caprice du destin. Dans cette quête, elle est prête à tout, même à vendre son âme au diable. Alors, un bon conseil : ne vous mettez pas en travers de sa route…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Éric Tarrin a un parcours professionnel atypique : informaticien hier, professeur d’échecs aujourd’hui, il a aussi expérimenté bien d’autres métiers ; de bûcheron et jardinier en Colombie-Britannique à technicien en reprographie, en passant par serveur à Londres ou électronicien, il a également endossé les habits de coordinateur SAV et de vendeur de fruits et légumes ! La seule constante ? Sa passion pour la musique et la poésie, qui le pousse à écrire des chansons pour faire « danser les mots ». Il se tourne ensuite vers l’écriture de nouvelles, puis d’un premier roman, avec toujours la même idée : mettre le rythme et la mélodie au cœur de son récit.
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Seitenzahl: 141
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Éric Tarrin a un parcours professionnel atypique : informaticien hier, professeur d’échecs aujourd’hui, il a aussi expérimenté bien d’autres métiers ; de bûcheron et jardinier en Colombie-Britannique à technicien en reprographie, en passant par serveur à Londres ou électronicien, il a également endossé les habits de coordinateur SAV et de vendeur de fruits et légumes ! La seule constante ? Sa passion pour la musique et la poésie, qui le pousse à écrire des chansons pour faire « danser les mots ». Il se tourne ensuite vers l’écriture de nouvelles, puis d’un premier roman, avec toujours la même idée : mettre le rythme et la mélodie au cœur de son récit.
« Ne prenez pas la vie au sérieux ;
de toute façon, vous n’en sortirez pas vivant. »
Bernard Le Bouyer de Fontenelle
À mes grands-parents.
Au premier coup d’œil, elle savait.
Elle observait cette brosse à reluire qui tournoyait malicieusement dans les airs et qui viendrait fatalement s’écraser sur son visage poupon. Cette épaisse moustache brune qui râperait son cou. Cette odeur âcre de vinaigre rouge.
Mylène avait huit ans.
Ce rituel, elle le connaissait par cœur.
Le pire était à venir, le pire c’était après, comme toujours.
Ce soir-là, elle gratta une allumette.
Les pompiers arrivèrent, sirènes hurlantes. Le petit pavillon était un énorme brasier. Les flammes qui s’échappaient des fenêtres léchaient scrupuleusement la façade de la maisonnette. Les lances à incendie se déployaient méthodiquement et des trombes d’eau ne tardèrent pas à se mêler à la danse.
Perchée sur la plus haute branche d’un châtaignier au fond du jardin, Mylène ne perdait pas une miette du spectacle. Elle n’avait jamais vu pareille agitation autour de chez elle.
Les soldats du feu ne chômaient pas. Certains donnaient des ordres, d’autres se cramponnaient aux tuyaux en vociférant. Mais nul ne prêta attention à la jeune fille assise aux premières loges qui mâchait un chewing-gum, à défaut de pop-corn.
Puis, l’agitation fit place à la désolation.
L’équipe de l’adjudant Burnside fut la première à pénétrer dans la maison fumante. Il fallait progresser lentement pour ne prendre aucun risque. À tout moment, la toiture ou l’escalier pouvaient s’effondrer.
Arrivé à l’étage, Burnside enfonça la porte d’une chambre funèbre. Les flammes avaient tout dévoré. Il ne restait du mobilier que quelques tas de charbon rougeoyants. Au beau milieu de la pièce, les ressorts dénudés d’un matelas supportaient tant bien que mal une masse noire qui pouvait s’apparenter à un corps.
Un corps en position fœtale, une bouche béante découvrant des dents presque intactes, prêtes à mordre, encore. Des orbites évidées tournées vers le ciel, un crâne scalpé de tout poil, une épaisse moustache brune miraculeusement épargnée des flammes.
Mylène sortit de son manteau un renard en peluche, le regarda droit dans les yeux et lui chuchota : « Foxy, mon doux Foxy, écoute-moi bien ! C’est fini, on va être heureux maintenant tous les deux. Moustache ne nous fera plus de mal, c’est promis. On ira vivre dans une autre maison, plus belle, tu verras, et je ne te quitterai jamais de la vie. Peut-être qu’ils vont me demander ce qui s’est passé avec les allumettes mais, rassure-toi, je leur dirai que j’ai joué, que j’ai pas fait exprès.
Il fait nuit maintenant, maman ne va pas tarder à rentrer. J’ai peur, je ne sais pas comment elle va réagir. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas trop. Enfin, une chose est sûre, c’est qu’il ne la tirera plus par les cheveux en la traitant de sale junkie ! Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire, mais c’est pas gentil. Foxy, tu sais ce que c’est qu’une junkie ? Non, bien sûr. Maman m’a expliqué que ça voulait dire qu’elle était malade et que c’est pour ça qu’elle devait faire plein de piqûres. Mais je ne sais pas si elle m’a dit toute la vérité. C’est louche, je trouve, elle se cachait tout le temps pour faire ses piqûres, comme si elle en avait honte. Mais pourquoi avoir honte d’être malade ?
Regarde, il y a des policiers dans le jardin, ils nous cherchent, tu crois ? Ils n’ont pas l’air méchants, mais j’ai quand même peur. Il paraît que ça existe les prisons pour les enfants, c’est Jérémy qui me l’a dit. Il faut faire une très grosse bêtise pour y aller. Tu penses que j’ai fait une très grosse bêtise ? Chut ! »
Cette nuit-là, la mère de Mylène ne rentra pas. Elle s’était écroulée sous le poids des opiacés. Un banc de la station Stalingrad en guise de lit.
Six jours s’étaient écoulés pendant lesquels Mylène et sa mère avaient navigué entre les hôpitaux, les commissariats et les centres d’accueil. Six jours intenses rythmés par les larmes, les cris, les doutes et les sourires sans doute.
Puis vint le moment tant attendu par certains et tant redouté par d’autres : l’enterrement de Moustache.
Une procession de manteaux gris et noirs circulait dans les étroites allées du cimetière. Mylène, en tête de cortège, tenait fermement la main de sa mère. Elles regardaient le cercueil qui avançait suspendu dans les airs. Un beau soleil d’hiver. De temps en temps, Mylène jetait un coup d’œil par-dessus son épaule, pour s’assurer que tout le monde suivait bien, même le fauteuil roulant avec une vieille dame fichée dessus, la jupe au-dessus des genoux. On pouvait voir ses chevilles gorgées d’eau qui débordaient de ses chaussures trop étroites, prêtes à exploser. La vieille dame ne souriait pas, mais alors pas du tout. Elle fronçait les sourcils, ce n’était pas rassurant. Il semblait même que son regard s’assombrissait encore un peu plus lorsqu’il croisait le sien. Si bien que Mylène évitait de la toiser. Elle avait entendu dire que cette vieille dame était la mère de Moustache. C’était bien la première fois qu’elle la voyait. Un jeune homme d’une extrême maigreur poussait tant bien que mal le fauteuil. Lui non plus n’avait pas l’air très avenant. Avec ses petits yeux noirs rapprochés, son long nez effilé en forme de cédille, sa petite bouche sans lèvres et son petit rictus, il en était même effrayant. Mylène se demanda qui il était.
Brusquement, la procession s’arrêta. Les croquemorts déposèrent le cercueil sur des trépieds et le prêtre entama son discours solennel : « Dans ce lieu où tant d’hommes et de femmes viennent se recueillir sur la tombe d’un être cher, faisons silence pour entrer dans la prière. »
À ces mots, Mylène en profita pour s’éclipser un instant. Elle se cacha derrière un thuya et entonna à voix basse pour son doudou : « Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour, de l’aube claire jusqu’à la fin du jour, je t’aime encore, tu sais, je t’aime… » Une larme coula le long de sa joue et vint atterrir sur les oreilles de Foxy. Puis une deuxième et une troisième. « C’est bizarre, mon petit renard adoré, je ne sais pas pourquoi je pleure. Je devrais sauter de joie, rire aux éclats, mais non, je n’y arrive pas. Maman ne m’a même pas grondée quand elle a appris pour Moustache, elle m’a serrée dans ses bras, et les policiers non plus ne m’ont pas disputée ni enfilé les menottes. Ils m’ont juste demandé gentiment ce qui s’était passé, et je leur ai dit pour les allumettes, ils m’ont expliqué que c’était un accident, un terrible accident, mais que je ne devais pas trop m’en vouloir, c’est comme ça, ça arrive les accidents, c’est triste. Maman m’a dit qu’on allait devoir attendre pour la nouvelle maison, elle n’a pas de sous, alors pour le moment on va aller chez Mamé et Papé, ils sont gentils, tu le sais bien, t’inquiète pas, mon Foxy ! »
Mylène retourna s’insérer parmi les sombres manteaux. « Seigneur, tu accueilles toute vraie prière et tu écoutes les appels de notre cœur. Avec toute notre affection, nous avons accompagné jusqu’ici Victor. Qu’il trouve auprès de toi la paix et la joie, avec ceux que tu appelles à rentrer dans ton Royaume. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. AMEN. »
Les employés des pompes funèbres firent ensuite descendre le cercueil au fond du trou à l’aide de cordes. On entendait des grincements, des cognements et des bruits sourds. Mylène redoutait que jaillisse de la boîte un diable à ressort moustachu qui agiterait ses grelots. Mais il n’en fut rien.
Silence absolu.
Chacun fut invité à jeter un peu de terre sur le cercueil et à se signer. Quand vint son tour, Mylène balança une bonne poignée caillouteuse et dégaina son majeur avec toute la discrétion requise en pareilles circonstances. « Adieu, Moustache ! »
Lundi 6 mars 1978, vingt et une heures. Mylène était assise à table, Papé venait d’éteindre le lustre. Il faisait tout noir. Soudain, Mamé entra dans la pièce, le visage illuminé par une superbe tarte aux pommes caramélisée. Neuf bougies vacillaient en cœur. Mylène était heureuse, tout simplement heureuse. « Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Mylou, joyeux anniversaire ! » Mamé déposa fièrement sa pâtisserie sur la toile cirée. Papé esquissa un doux sourire pour l’occasion. « Allez, à trois, tu souffles ! Un… deux… trois ! » Les bougies ne firent pas long feu. « Pff… pff… pff… » Applaudissements. Papé alluma le lustre.
Mamé découpa sa confection délicatement et servit une belle part à Mylène, puis deux plus modestes pour Papé et elle-même.
— Voilà, ma chérie, régale-toi !
Mylène était confuse, elle repensa au mot écrit dans son cahier de correspondance, elle devait le faire signer, c’était terrible, pas le moment sans doute.
Papé s’absenta de la pièce un bref instant et revint avec un gros paquet coloré qu’il déposa devant Mylène.
— C’est pour toi, allez, ouvre !
Mylène savait déjà ce qu’il contenait, elle connaissait la cachette. Elle dut cependant feindre l’étonnement :
— Oh ! Des patins à roulettes ! Ils sont beaux ! Merci beaucoup, Mamé, merci beaucoup, Papé, vous êtes trop gentils !
Soudainement, elle fondit en larmes.
— Je suis désolée, il faut que je vous dise, j’ai un mot à signer, vous n’allez pas être très contents, je ne mérite pas votre cadeau, pardon !
Mylène quitta la table, fouilla dans son cartable en cuir, en ressortit un cahier gris qu’elle tendit tête baissée à sa grand-mère.
« Chère madame, cher monsieur, connaissant les difficultés familiales que rencontre votre petite-fille depuis quelque temps, c’est avec la plus grande peine que je vais vous faire part du terrible fait qui s’est produit ce matin même dans mon établissement lors de la récréation. Plusieurs enfants ont assisté à la scène et les témoignages coïncident. Ainsi, il m’a été rapporté qu’une bagarre a éclaté au sein d’un groupe de jeunes filles. Mylène aurait répondu par la violence à des injures de trois de ses camarades. De tels faits sont hélas assez fréquents dans les établissements scolaires mais, fort heureusement, ils sont le plus souvent sans gravité. Les trois camarades de Mylène se sont retrouvées à l’infirmerie. L’une souffrait de multiples griffures au visage, une autre avait une dent cassée et la dernière avait le lobe de son oreille gauche mordu jusqu’au sang. Une telle violence est bien entendu inacceptable de la part d’une enfant de CM1, aussi bonne élève soit-elle par ailleurs. Il est de mon devoir de chef d’établissement de sanctionner de tels agissements. J’ai donc décidé d’exclure Mylène pour une durée de trois jours à compter de demain. Elle profitera de ce temps pour rédiger une lettre d’excuses à l’intention de ses camarades. Je vous saurais gré de bien vouloir prendre bonne note de cette décision et reste à votre disposition pour une entrevue éventuelle. Je vous prie d’agréer, madame, monsieur… »
Silence pesant dans la pièce.
Mamé et Papé se regardèrent, perplexes. Papé se leva de table :
— Je vais me coucher, bonne nuit !
Mamé tendit une main tremblante vers sa petite-fille, ne sachant que faire d’autre. Mylène se blottit contre sa grand-mère et lui murmura à l’oreille :
— Je t’aime, pardon…
Au petit matin, soleil radieux. Une jeune fille dévalait les escaliers de l’immeuble et enfilait ses patins à roulettes flambant neufs. Elle ne rentrerait que quelques bleus et égratignures plus tard, sourire aux lèvres.
Chère maman,
Tu me manques. Tous les jours, je me demande si tu vas bientôt rentrer. Il paraît que tu vas mieux, que tu n’as plus de piqûres, que les médecins te donnent un sirop à la place. Je préfère ça, les piqûres, ça fait mal et ça laisse des traces, c’était pas joli tous ces bleus. Mamé m’a dit que tu avais repris du poids et que tu avais meilleure mine. Ça me fait plaisir. C’est vrai que tu étais un peu maigre ces derniers temps, je trouve. Il paraît que je vais pouvoir te rendre visite bientôt. J’ai hâte. C’est quand, bientôt ?
Ici, tout va bien, Mamé et Papé sont très gentils, surtout Mamé. Ils s’occupent bien de moi. Mais je m’ennuie un peu quand même. Je regarde souvent par la fenêtre. Des pigeons ont fait un nid sur le balcon de ma chambre. Ils font beaucoup de bruit, mais j’aime bien ça. En plus, ils ont pondu des œufs. Je suis contente, il va y avoir des bébés. Mais j’ai un peu peur car Papé, il aime pas les pigeons, il dit que ça apporte des maladies et que ça chie partout. La dernière fois qu’il a vu des bébés pigeons sur un balcon, il les a attrapés et les a jetés à la poubelle. Je m’en suis aperçue, car ils criaient encore. Ils étaient tout écrasés. Je les ai étranglés avec un bout de ficelle. Je ne voulais plus qu’ils souffrent. J’ai beaucoup pleuré après. Mamé m’a consolée. J’ai fait la tête à Papé pendant trois jours ensuite. Alors cette fois-ci, je vais les cacher les bébés pigeons. Pas question qu’il les trouve.
Sinon, j’ai de bonnes notes à l’école. La maîtresse a dit que j’étais la première de la classe. Par contre, je me suis bagarrée le jour de mon anniversaire et j’ai été punie. Je suis désolée, mais les filles ont été très méchantes. Elles ont dit que t’étais une pute, alors je me suis mise en colère. En plus, elles te connaissent même pas, elles t’ont jamais vue. Elles avaient pas le droit de dire ça. T’es pas une pute, maman, moi, je le sais.
Mamé est en train de faire des mots croisés, elle adore ça, elle est très forte. Je ne sais pas comment elle fait. Moi aussi, j’ai essayé, mais c’est difficile je trouve. Papé, de son côté, il aime pas ça, les mots croisés, il préfère lire des livres, des gros livres sur la guerre. Il ne lit que ça. Moi, je ne pourrais pas lire tout le temps la même chose. Je me dis qu’il doit déjà tout savoir sur le sujet. Il pourrait même être historien, je crois. De temps en temps, il crache dans son pot de yaourt, c’est dégoûtant. Il paraît que c’est à cause d’une bronchite mal soignée. C’est Mamé qui jette ses pots de yaourt quand ils sont remplis. On en a plein en réserve. Ça m’inquiète un peu tout ça.
Je vais devoir te laisser, maman. On va bientôt passer à table. On mange du poulet ce soir. C’est toujours moi qui ai la cuisse. Papé préfère le blanc et Mamé la carcasse. Elle dit que c’est le meilleur. Moi, je crois que c’est plutôt parce que personne n’en veut et qu’elle se dévoue.
Je te fais plein de bisous, Foxy aussi.
À bientôt.
Mylou
Bien souvent, Mamé venait chercher sa petite-fille à la sortie de l’école. Si le temps le permettait, elles allaient au parc de la Planchette et s’asseyaient toujours sur le même banc. Là, Mamé ne manquait jamais de sortir de son sac le goûter de Mylène : une demi-baguette viennoise garnie d’une tablette de chocolat au lait.
Une fois le quatre-heures englouti, Mylène se rendait sur l’aire de jeux, laissant sa grand-mère à ses mots croisés ou à des conversations de bon voisinage. Elle aimait bien la balançoire, mais préférait la cage à poules où elle pouvait mimer les chauves-souris acrobates et singer les ouistitis farceurs.
Quelques enfants tentaient bien une approche amicale à son encontre. Elle les voyait arriver de loin avec leur démarche maladroite et leur bouche maquillée de confiture de fraise. Elle les ignorait la plupart du temps. Mais certains se montraient plus téméraires et parvenaient même à la décrocher de sa cage à poules. Elle leur accordait alors un peu de temps pour jouer à la corde à sauter ou au tape-cul.
Mylène préférait s’amuser seule. Non pas qu’elle nourrît un goût prononcé pour la solitude, mais parce qu’elle ne se sentait pas très à l’aise avec les enfants de son âge. Ils ne comprenaient pas les règles du jeu et n’étaient à ses yeux que des petits écervelés sans saveur.
De temps en temps, c’est Papé qui l’attendait sur le trottoir, vêtu de son sempiternel pardessus gris. Il se tenait bien droit, un peu à l’écart des autres parents. Dès que Mylène l’apercevait, elle courait se jeter dans ses bras.
