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Lolvé Tillmanns

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Beschreibung

Lo, 20 ans, a besoin d’un job pour payer son loyer. Douze heures par jour, elle attend les habitués à la réception d’un fitness. En vrai, elle attend qu’on lui foute la paix, mais elle sait déjà que la paix, ce n’est pas pour les filles de vingt ans. Alors elle mord la première.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Née à Morges en 1982, Lolvé Tillmanns grandit dans la campagne vaudoise. Spécialiste du secteur énergétique, elle travaille dans ce domaine pendant cinq ans. Elle présente sa démission pour se lancer tout entière dans la littérature en 2011. Elle a publié quatre romans 33, rue des Grottes, Rosa (prix Ève 2016), Les Fils et Un amour parfait. Elle a également gagné deux bourses, en 2013 afin d’écrire trois mois à Gênes et en 2017, pour une résidence de six mois à Buenos Aires.

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Seitenzahl: 68

Veröffentlichungsjahr: 2025

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FIT

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Lolvé Tillmanns

microroman

De la même auteure

Un amour parfait, cousu mouche, 2018

Les Fils, cousu mouche, 2016

La Rencontre – Die Begegnung, nouvelle illustrée pour les écoles, OSL/SJW, 2016

Rosa, cousu mouche, 2015

33, rue des Grottes, cousu mouche, 2014

Tout est vrai. Tout est faux. Bref, c’est un roman.

Été 2003, région lémanique. Une fille, 20 ans.

Putain. Le loyer. Putain.

Je hais l’argent. Avant de claquer la porte du vieux, je ne savais pas ce que c’était, le fric. Je me prenais pour une rebelle, mais je n’étais qu’une gentille petite bourgeoise qu’on étouffait de cuillères en or. J’étais vraiment trop conne, je suis partie sans même prendre un sac de marque ou une montre qui m’aurait permis de payer toute une année ce clapier à lapins qui me sert de baraque. Je suis encore une vraie petite conne, je ne regrette rien, je n’en veux pas de son sale pognon qui pue l’esclavage. Au classement des salopards, on trouve, bien devant la masse des queutards ordinaires, les banquiers et, à la toute première place, mon papa chéri. Qu’il s’étouffe dans les seins de sa pouffe.

Il me faut un nouveau boulot. Je pourrais rappeler Marko, il paraît que j’ai « ce qu’il faut » pour travailler sur ses précieux events et dans ses boîtes à péquenauds qu’il imagine chics. Deux nichons au bon endroit, tu parles d’une affaire. Connard de Marko, il tripote trop, et je m’étais promis de ne plus travailler la nuit ; les types défoncés, la vodka sur les mains et les cours du matin dans le brouillard, ça ne valait plus les gros pourboires. Trois mois avant les exa, j’ai au moins un milliard de polycopiés à rattraper, je n’y arriverai pas sans dormir la nuit. Je n’y arriverai pas non plus si je dois crécher dans la rue. Putain de loyer ! Et j’ai bientôt plus de clopes ! Quelle vie de merde. Reprends-toi, ma petite, boulot, comment tu peux te trouver un boulot qui paierait ton loyer et te laisserait le temps d’apprendre par cœur ton cours de bio (la reproduction des lichens, putain !) ? Sortir, il faut que je sorte. Le miroir me renvoie une sale image, faudrait que je me douche, que je me lave les cheveux. Je me tamponne un peu de fond de teint et je mets du rouge, je suis toujours laide, mais ils ne s’en apercevront pas, ils voient que dalle de toute façon. Mes sandales à talons, un machin moulant, facile.

Il fait chaud, l’été s’impose avant l’heure, comme un type trop sûr de sa petite bite. Des ouvriers me sifflent, je mets mes écouteurs. Voilà un truc que je n’ai pas oublié chez le vieux, mon petit baladeur MP3, ça change la vie de ne plus entendre le monde, tout devient plus facile, les courses à la Mig, le bus, la rue. J’accélère, je veux mon lac. Le bateau me manque, les riches savent vivre parfois. Je sens le léger vent qui s’engouffre dans les ruelles de la Vieille-Ville, il est là, tout proche, mon lac. Enfin. Je peux respirer, un peu d’air, beaucoup de bleu. Je marche en fermant les yeux, j’imagine qu’il n’y a que lui et moi, la fille et le Léman. Mais la musique ne parvient pas à couvrir le bruit du moteur de la grosse bagnole. Ils adorent ça, tourner avec leur caisse pour nous jeter au visage leur pauvre pénis de carrosserie. Il klaxonne. Comme s’il ne prenait pas déjà suffisamment de place dans les ruelles du bord du lac.

– Lo ! Lo, c’est moi !

Ah le con, c’est Ralph. Grosse voiture jaune. Toujours aussi raffiné, le nouveau riche.

– Hey ! Salut.

– Monte, on va boire un truc.

Il commande pour nous, Rivella bleu pour moi, rouge pour lui. On a toujours un peu douze ans ensemble. Enfin, huit pour moi et douze pour lui. C’était bien quand on était gosses, on s’en foutait, on était libres, on les emmerdait tous, ceux qui l’appelaient crève-la-faim et ceux qui me cognaient pour se faire plaisir. Pis après, il a eu envie de m’embrasser, et tout est parti en vrille.

– Tu vas comment, ma belle ?

– Ça va.

– Toujours à l’uni ?

– Ouais, je rame un peu.

– Toi, tu rames en cours ? C’est quoi ton truc, la fac d’Einstein ?

– Non… les maths et la physique, c’est hyper basique, mais faut apprendre quelques très gros bouquins par cœur pour la bio, et ça, c’est chaud.

– Je m’inquiète pas…

– Pis je dois taffer, j’arrive pas à payer mon loyer.

– T’es toujours dans ton petit studio tout pourri ?

– Ouais.

– Et t’arrives pas à payer ce truc misérable ? Tu travailles pour qui ?

– Pour personne, là, j’ai rien, je suis dans la merde.

– Fallait le dire tout de suite ! Je vais te trouver un truc, je sors ce soir avec des types importants, viens avec nous, je te présenterai, y en a au moins un qu’aura besoin d’une réceptionniste, d’une secrétaire ou qui t’inventera un job, histoire de rendre service.

Tout se paie, surtout les services.

– Je les aime pas tes nouveaux potes.

– C’est pas mes potes, c’est des relations d’affaires, faut connaître les gens si tu veux faire du biz dans ce coin de paysans. Laisse-moi t’aider un peu, je te dois la reconnaissance éternelle, sans le fric que t’as piqué à ton vieux pour moi, je sais pas ce que je serais devenu. Et je t’aime, je t’aimerai toujours, meuf, alors laisse-moi t’aider, compris ?

– Ouais. Et y font quoi, tes lulus ?

– Un avocat, le gars qui possède la moitié des immeubles de la ville, un très gros garagiste, un grossiste en vins, et un mec qui vient de lancer sa chaîne de fitness.

*

Qu’est-ce qui fout ?! Je n’aime pas attendre comme ça au bord de la route, la nuit. Une voiture ralentit, mais ce n’est pas le gros truc jaune de Ralph. Il s’arrête, le con, baisse sa vitre, ça y est…

– Salut beauté, c’est quoi ton petit nom ? Tu viens faire un tour ?

– Non.

– Allez… tu veux combien ?

– Va te faire foutre !

– Oh la la la, c’est qu’on a son petit caractère… j’adore !

– Casse-toi !

– T’énerve pas comme ça, viens plutôt me voir, j’ai tout ce dont tu as besoin, juste là…

– Casse-toi je te dis, mon mec va bientôt arriver et il va sévèrement te botter le cul s’il te voit en train de me saouler !

– Si tu le prends comme ça, je m’en vais, mais c’est vraiment dommage, ma jolie…

– Allez, tire-toi maintenant…

La bite s’en va, je tire un peu sur ma jupe. Ai-je vraiment l’air d’une pute qui tapine au bord de la route ? Je sors vite mon miroir de poche. Je ne suis pas trop maquillée, je crois même que mon visage est joli, on voit mes jambes et mes épaules, mais il fait encore plus de 25 degrés, je ne vais quand même pas porter une combinaison de ski ! Peut-être que les chaussures font un peu pute, j’aurais dû mettre des baskets, j’ai peut-être vite le temps d’aller me changer ? Non, gros machin jaune, cette fois, c’est bien la voiture de Ralph.

– Salut ! Monte.

– ‘lut.

– Ça va pas ?

– Si, si, ça va.

– On va passer une bonne soirée, tu vas voir, je les ai déjà ramollis au souper, ils sont tous un peu pompettes et de très bonne humeur. Et Marko nous a réservé la meilleure table du carré VIP.

– Ok.

Il pose sa main sur ma cuisse nue. Je ne sursaute pas, j’aime toujours sa main.

– T’inquiète, ils vont t’adorer et, si vraiment tu les sens pas, je te ramène tout de suite.

– Tu me trouves vulgaire, Ralph ?

– Hein ? C’est quoi ces conneries ?

– Quand tu me vois, tu trouves que je fais salope ?

– Qu’est-ce que c’est que cette question à la con ?

– Réponds.

– Non ! Pas du tout, tu es très belle, comme toujours, ma Lo. T’inquiète, ils vont tomber par terre.

Dans le miroir passager, je regarde encore une fois mon reflet. Du pouce, j’enlève le rouge de mes lèvres.