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Loin des standards de littérature, ce livre se déguste comme une friandise, en ralentissant petit à petit pour ne pas que ça finisse... Ballade bucolique au gré de l'inspiration de l'auteur, Flâneries vagabondes est une invitation au voyage et à l'insouciance.
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Seitenzahl: 100
Veröffentlichungsjahr: 2018
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À toi, le sédentaire qui m’ouvre ta porte sans me juger, ma reconnaissance va bien au-delà de la dette matérielle car je ne pourrai jamais m’en acquitter…
Bienvenue à toi, Lecteur. J’ai souvent rêvé de cette rencontre, bien que je l’aie repoussée maintes et maintes fois.
« J’étais pas prêt ! » me vient à l’esprit spontanément pour plaider ma cause, comme dans la cour de l’école lorsqu’il était question de vitesse, de reflexes ou de facultés de concentration. Perché de naissance, la tête dans les nuages, long à la détente… autant de formulations sur mes carnets de notes qui sonnaient comme un diagnostic de maladie incurable. Puis, en bas de page, “Peut mieux faire, doit exploiter ses capacités ! ”, récapitulait le trimestre tel une main condescendante venant ébouriffer ma tignasse blonde, en concédant que j’étais un bon gamin quand-même.
L’écriture a toujours été là, sous-jacente. Mais ce n’est que tout récemment que la question de la publication s’est posée. Mémoires d’un âne archiste, un essai débridé d’une centaine de pages ne verra sans doute jamais le jour, faute d’éditeur assez couillu mais surtout, il me faut le reconnaître, parce que je suis bien plus branleur que militant ! Encore une révolution tuée dans l’œuf qui m’a encouragé à mettre de côté les récits autobiographiques pour oser le mystique, le surnaturel et des personnages improbables : un chevalier pédé comme un phoque, une princesse nymphomane, un dragon tuberculeux, un bourreau baba cool, des politiques qui verraient le pouvoir comme un outil pour embellir ce monde et non comme une fin en soi… Tout est permis ! Les seules limites au farfelu sont celles de l’imagination et ça, pour le rêveur maladif que je suis, je dois dire que c’est exaltant ! Incurable ? Tant mieux si ça facilite le chemin d’accès à l’inspiration…
Voici donc Flâneries vagabondes, tout juste trois décennies après mes premiers scribouillages de poèmes dans ma chambre. Ça peut sembler tardif mais il m’a fallu ça. J’étais pas prêt, je l’ai déjà dit. J’ajouterais ceci :
Parce que procrastination ne rime pas avec planification. Parce qu’il me semble plus important de coucher une nouvelle idée sur le papier que de publier la précédente. Parce que l’écriture a pris de plus en plus de place dans ma vie. Parce que ma plume s’est affinée, bien qu’on y décèle encore çà et là quelques grossièretés. Parce qu’accoucher d’un livre comme celui-ci demande une gestation dont on ne connaît pas la durée quand on en griffonne la première ligne. Parce que mener une vie de bohème détaché de tout bien matériel ne m’empêchera pas de laisser une trace, si abstraite soit-elle. Parce que la crise de la quarantaine s’est manifestée sous la forme d’une révélation. Parce qu’un concours d’édition m’a un jour fait prendre conscience que mes écrits pouvaient peut-être intéresser quelqu’un d’autre que moi. Parce que… sans doute un peu de tout cela !
Comment aborder l’autobiographie ? Où s’arrêter ? Vaste sujet… Sans sincérité, le récit sonnera faux mais gare au déballage intime, vulgaire et indécent. La frontière entre les deux est souvent floue. Surfer dessus est périlleux mais à l’inverse, trop de confort rendra le texte rébarbatif. Rien de plus chiant que le journal intime d’un quadragénaire attardé, semaine après semaine ! J’ai donc choisi de structurer Tranches de vie sous forme d’instantanés, de morceaux choisis. La dernière scène a lieu en 2009, la décennie qui vient de passer n’est pas encore pleinement digérée. Quant à Tranches de rêve, en seconde partie, bien que le flash d’intrigue parte parfois d’une anecdote vécue, ces petites aventures sont purement fictives. Toute ressemblance avec des faits ou personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
Voilà Lecteur, tout repose sur toi maintenant… Si tu le veux, canalise toute la sensualité dont tu es capable et porte l’index gauche à ta bouche. Honores-en la dernière phalange d’un nonchalant coup de langue et pose-le délicatement sur le numéro onze, en bas de cette page. (Ces deux chiffres côte à côte n’ont pas grand-chose à voir avec le texte mais sont un passeport pour la suite…) Encorne ensuite le feuillet en glissant le pouce dessous puis, d’un revers marqué d’un soupçon d’impatience, envoie cette page dans les abymes du passé. Tu donneras ainsi sa chance à la suivante, qui jusqu’à ce que tu décides de continuer appartenait à demain, à l’hypothétique, à l’inconnu…
Bon voyage !
“Le pas que tu viens de faire appartient déjà au passé.
Le pas suivant, il est trop tôt pour y songer.
Vis l’instant ! ”
Francis - Réflexions d’un pèlerin sur le chemin
PARTIE 1 : TRANCHES DE VIE
PROLOGUE
Le premier jour du reste de ma vie
Dakar – Avril 2003
Parc du Niokolo Koba – Mai 2003
Côte d’émeraude – Été 2004
Pointe du Raz – Octobre 2005
Montgenèvre – Janvier 2006
Airlie Beach – Queensland – Février 2008
Queyras – Juin 2009
La maison de fous
PARTIE 2 : TRANCHES DE RÊVE
Un dimanche ordinaire
Orgiaque et éphémère
Camelots et Cie
Une main tendue
L’été indien
Plagiat virtuel
Le bal des tordus
Un aristocrate déchu
Le chien turfiste
Reims – Mai 1987
En ce jour de fête du travail, un joyeux bordel égaye le premier étage d’une petite maison du centre-ville.
Ce matin, nous avons participé à la sacrosainte manif en famille, avec toute la bande de potes de mes parents. Les partisans… Un peu jeunes pour avoir pris part aux évènements de mai 68 mais révolutionnaires jusqu’au bout des ongles ! Toujours une lutte à soutenir, une chemise à donner ou une injustice à dénoncer. Un noyau dur de six ou sept couples qui se connaissent depuis le lycée, aussi militants que l’on puisse l’être et ne perdant jamais une occasion de faire la bringue ensemble. Après un apéro à rallonge et un pique-nique tiré du sac, les adultes ont refait le monde jusque tard dans l’après-midi dans le jardin d’Évelyne et Michel.
Claire révise ses leçons en grand écart facial sur la moquette de sa chambre pendant que Manu, notre sœur cadette, s’évertue à écouter le quarante-cinq tours “Madame sardine” de Pierre Richard sur le mange-disque orange que nous, les grands, lui avons légué. Quant à moi, vautré sur mon plumard, walkman cassettes vissé sur les oreilles, je fredonne “Société tu m’auras pas” en rêvant d’insurrection, sans vraiment savoir ce qui me révolte à ce point.
— À taaaaaaaaaaable !!!
Fringants trentenaires, mes parents trouvent encore la force de s’égosiller du bas de l’escalier pour réclamer notre présence au rez-de-chaussée. L’année prochaine, après plusieurs extinctions de voix et l’arrivée de notre petite sœur Marie, ils investiront dans une cloche de cantine…
Maman a préparé des crêpes. Une fois n’est pas coutume, nous serons autorisés à les savourer accompagnées d’un bol de chocolat devant la toute nouvelle télévision : en couleur et avec télécommande s’il vous plaît !
Papa m’envoie au Corso du coin chargé de deux bouteilles de vin consignées et me glisse une petite pièce supplémentaire dans la poche. En arrivant à la caisse, j’opte pour un Rocher. Ces friandises chocolatées ont depuis longtemps remplacé les mistrals des années 60, en reprenant le même concept. Tel un fétichiste avec un jeu à gratter, je le déballe religieusement comme par crainte de découvrir le résultat. Parée de sa sempiternelle blouse grise, madame Sourdon m’observe de derrière ses lunettes, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Soudain, la révélation… Victoire ! Fier comme Artaban, je lui tends l’emballage témoin comme s’il s’agissait d’un ticket de loterie. Elle me félicite et me l’échange contre un Rocher supplémentaire. J’engloutis le premier et fourre le second dans ma poche.
De retour à la maison, les bêbêtes de Jean Roucas déroulent leur show satirique sur le petit écran. Mes parents semblent absorbés par ces diatribes engagées dont la subtilité des répliques m’échappe. Néanmoins, je trouve amusant qu’une marionnette représentant une grenouille puisse incarner le président de la république dans de loufoques escarmouches théâtralisées.
Note pour plus tard : Et si la politique et le théâtre étaient plus proches qu’on ne le pense ?
Après le repas, papa recouvre les quelques crêpes restantes d’un torchon humide pour le petit déjeuner du lendemain. Puis il éteint la télé pendant que maman attrape sa guitare.
Après quelques accords d’introduction, toute la famille chantonne en chœur :
« Le temps est loiiin de nos vingt ans
Des coups de poiiing, des coups de sang
Mais qu’à cela n’tienne, c’est pas fini
On peut chanter quand le verre est bien rempli...
Buvons encoooooore
Une dernière foiiis
À l’amitié, l’amour, la joie
On a fêtéééé
Nos retrouvailles
Ça m’fait d’la peine mais il faut que je m’en aille… »
(…)
Graeme Allwright, Georges Moustaki, Yves Duteil… De temps en temps, maman a sa guitare qui la démange, alors elle gratte un p’tit peu… et nous offre quelques mesures de cette magie que seule la musique procure. Après quelques morceaux, mes sœurs et moi montons nous coucher sans faire d’histoires, des étoiles plein la tête et pour certains, du chocolat fondu plein la poche !
Le lendemain, le scoop tombe à la radio pendant le petit-déjeuner :
Dalida s’est suicidée pendant la nuit… Overdose de somnifères ! Toujours à l’affût d’un support éducatif de qualité, ma mère en profite pour nous inculquer une leçon de choses :
— Vous voyez les enfants… l’argent ne fait pas l’bonheur !!!
Cet aphorisme n’a pas fait écho instantanément, on s’en doute. Cependant, au fil des ans, à mesure que je construisais l’homme que je suis, il a fait son bonhomme de chemin jusqu’à influencer toutes mes décisions. Il fait partie de mon patrimoine, des valeurs qui m’ont été transmises et sur lesquelles je me suis basé pour élaborer ma philosophie de vie.
C’est de cette philosophie que découlent toutes les nouvelles de ce recueil…
Lundi, 6H39.
Ma main écrase le bouton snooze du radioréveil pour la seconde fois. Blotti au fond de mon lit, je m'accorde neuf minutes de sursis supplémentaires et tourne le dos à cette semaine qui s'annonce en tous points semblable à la précédente. Cette routine morne et ennuyeuse me déprime !
Il n'y a plus personne à mes côtés pour me rabâcher que je vais être en retard...
M'efforçant de me convaincre que c'est mieux ainsi, je m'étire de tout mon long dans le lit, en diagonale. Les bons côtés du célibat !
Cependant, aucune odeur de café n'émane de la cuisine pour m'aider à faire front et les rires de mes enfants me manquent. L'euphorie simulée n'aura duré que quelques secondes. Le revers de la médaille, sans doute.
Je m'extirpe des draps et prépare du thé à la menthe. Ces notes d'exotisme ont un goût de lot de consolation avant d'enfiler mon bleu, mes chaussures de sécurité, charger ma caisse à outils dans le coffre de la voiture et reprendre le chemin du travail.
Sur le parking de l'usine, j'allume une clope. Elle altère les derniers effluves de menthe sur mon palais ainsi que mes convictions. Qu'est-ce-que je fous là ? On vient de changer de millénaire, une monnaie européenne nous fait de l'œil, nous sommes entre deux crises… C'est le moment de faire quelque chose de ma vie !
Ah bon ? Quel est le rapport entre mon éventuelle reconversion, la conjoncture et l'euro ?
Note pour plus tard : arrêter de me faire la morale en utilisant des arguments bateaux dont je n'ai que faire.
Cette vie, celle que je continue de m'imposer pour rester dans les marqueurs de la société de consommation, ne me convient pas. Gagner mon pain quotidien en trainant la savate jusqu'à la retraite ? Non merci ! J'ai vingt-six ans, bordel ! La vie devant moi comme ils disent.
Fort de ces réflexions, je fais demi-tour et prends la direction de l'agence intérim dont je dépends pour y exiger ce qui m'est dû :
