Forgotten Love - Nina Bretes - E-Book

Forgotten Love E-Book

Nina Bretes

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Beschreibung

Mon passé me fuyait et des cauchemars me hantaient. Il était indéniablement la réponse à toutes mes questions. Mes parents prenainet enfin des vacances bien méritées. De mon côté, je m'installais dans le Massif central, chez Hank, un ami de mon père. Je m'étais attendue à tout, sauf à ce que j'éprouverais en présence de son fils, Caleb. J'étais troublée, car je ne me souvenais ni de lui ni de ce que je ressentais auparavant. Avec lui, l'ambiance était vite changeante. Ma tête me disait de patienter, mais mon coeur me hurlait de l'approcher. Comment ne pas craquer pour Caleb et sa beauté animale. Si je mettais de côté ce qu'il semblait cacher de façon si mystérieuse. Il captait mon attention avec tant de facilité. Je voulais profiter de ma venue chez eux pour me souvenir et comprendre mon passé qui m'échappait. Pourquoi étais-je aussi intimidée par la forêt alentour alors que j'ai tellement envie d'y entrer ? Quelle était l'origine de mes cauchemars ? Est-ce que tout était lié à cette présence qui m'épiait et qui rôdait dans l'ombre ? Et qui risquait de faire basculer définitivement ma vie. J'avais besoin de réponses pour me sentir complète... et l'aimer enfin comme je le désirais tant. Quand passé et cauchemars se confondaient, son amour pourrait être ma seule réponse.

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Seitenzahl: 635

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Je dédie ce livre et ceux qui suivront à mes parents

que j’aime plus que tout.

Ils ont toujours été présents pour moi et m’ont soutenu,

quoi que j’entreprenne.

Sommaire

Prologue

Départ…

… vers une nouvelle vie

Caleb

Nouveaux amis

Moments de complicités

Fièvre

Dans l’attente

De retour !

Rapprochement subtil

Dans l’ombre

L’échange

Dangereuse rencontre

Enfin !

Au boulot Sherlock

Confessions

Aveux

Notre nuit

Sur l’oreiller

Visite médicale

La nouvelle

Marie

Agréables moments

Épiée

Chevauchée fantastique

Coup de chaud

Nouveau venu

Esprit prisonnier

De beaux jours…

… Qui tourne mal

C’était lui

Inquiétude

Le piège

Monstrueuses révélations

Face à face

Attente difficile

En paix

Épilogue

Prologue

Jamais je n’aurais pu prévoir que cela tournerait de cette façon. Nos décisions influençaient nos actions et, de ce fait, les événements.

Mon corps tout entier se raidit. Je frissonnais de froid et de frayeur. J’avais espéré que ce que je faisais n’aurait pas des conséquences aussi graves.

Une chose était sûre, je devais faire face à mes peurs et mon passé.

Le drame qui se déroula cette nuit fut d’une rare violence. Ils se tenaient, face à face, prêts à s’affronter. Prêts à s’entretuer pour moi. Je ne les lâchais pas des yeux durant leur combat.

— Julia… Julia ! Tu m’entends ?

Je devais rester éveillée. Adossée à un arbre, je portais une main à ma poitrine. J’avais mal partout. Mon corps était meurtri. J’avais réussi à ne pas m’effondrer jusqu’à maintenant. Je finis par écarter ma paume. Elle était couverte de sang. J’étais blessée et je me sentais si faible que j’avais l’impression de somnoler.

Ses magnifiques prunelles dorées étaient posées sur moi. Inquiet. Il était là pour moi.

Était-il blessé lui aussi ? Non. Pas lui ! C’était impossible, il était trop fort.

— Ne bouge pas, nous allons nous occuper de toi. Tout va bien se passer.

C’était moi la responsable, je m’étais précipitée dans la gueule du loup. Je m’étais livrée de mon plein gré dans cette forêt, en pleine nuit. Pour ma défense, c’était pour sauver quelqu’un. Sauf qu’à présent, j’étais celle qu’ils devaient secourir.

Je pensais que je les protégeais en le rejoignant, pour la bonne raison que le monstre de mes cauchemars était réel et c’était après moi qu’il en avait. Il me voulait. J’étais celle qu’il désirait et il comptait parvenir à ses fins par n’importe quel moyen. Quitte à enlever ou tuer ceux qui étaient importants à mes yeux.

Cela il en était hors de question !

1. Départ…

J’étais à l’aéroport avec mes parents. Ma mère ne put s’empêcher de me serrer plusieurs fois contre elle, la larme à l’œil. De son côté, mon père nous contempla avec un sourire de compréhension.

J’étais moi-même émotionnée, nous n’avions jamais été séparés si longtemps et nous prenions l’avion dans des directions opposées.

— Joceline, chérie, nous allons rater notre vol, souffla ce dernier qui ignorait quoi faire.

— Papa a raison, vous décollez avant moi.

— Je sais, mais je n’y peux rien. Tu vas tellement nous manquer.

— Toi aussi, maman, avouai-je remuée par cet éloignement. Je vais avoir du mal à supporter votre absence. Mais ne t’en fais pas, j’ai 19 ans, je ne suis plus une enfant. Je vous téléphonerai souvent.

Je me tournai vers mon père pour une ultime accolade, tout en lui adressant un sourire ému. Dire que cela faisait des lustres que j’essayais de les convaincre. Cette fois, ils s’étaient décidés à le faire. Ils allaient voyager, s’offrant ainsi une année sabbatique. J’avais planifié pour eux des destinations de rêves.

Quant à moi, j’allais chez un ami de mes parents, Hank. J’admettais sans honte que quitter la région parisienne afin de me rendre dans le Massif central, au cœur d’une commune de 10000 habitants, ne me dérangeait nullement. J’avais hâte de vadrouiller dans les vastes forêts qui environnaient la ville.

Il manquait encore deux mois avant les vacances. Toutefois, n’ayant plus de contrôles, les examens n’étant que l’année suivante et étant une bonne élève, j’avais obtenu la permission de partir plus tôt. Hank s’était occupé de mon inscription. La directrice était d’accord pour que j’assiste aux dernières semaines de cours, histoire de me familiariser avec les lieux, les professeurs et mes futurs camarades de classe.

J’étais heureuse qu’ils aient enfin accepté ce congé amplement mérité. Persuader mon père de mettre son job de côté fut difficile. Il était le patron d’un cabinet d’architecte. Il dessinait des plans, quant à ma mère, elle était décoratrice d’intérieur.

Par contre, je ne parvins pas à empêcher mon paternel d’apporter son boulot dans sa valise. Mais j’avais été ferme en ce qui concernait le business durant leurs vacances.

— Papa ! Que tu amènes ton téléphone, c’est normal. En revanche, que tu emportes ton ordinateur portable ! Alors là, pas question !

— Mon bébé, j’ai besoin de garder un œil sur des ébauches en cours, avait-il répondu d’un air penaud.

— D’accord, avais-je dit en croisant les bras avec sérieux. Une fois par semaine.

— Ah, non ! Trois.

— Une. Vous êtes de repos. Cette journée, tu la consacreras au travail qu’entreprennent tes employés qui sont, je te cite, très compétents eux aussi. C’est mon dernier mot.

— Okay.

— Attention ! Si tu fais plus que ça, maman me le dira, et si tel est le cas, je vous rejoindrai par le premier vol et je te botterai les fesses.

— Je renonce, avait-il soupiré tout en rigolant. Tu as gagné, ma puce. Parfois, je me demande qui de nous deux est l’adulte.

— Moi, évidemment ! lui avais-je répondu d’un grand sourire.

Mes parents se regardèrent puis éclatèrent de rire. Mon père avait eu beau le cacher, il était impatient de laisser son boulot afin de prendre leur premier congé depuis longtemps.

En fait, je savais de quand dataient les précédentes. C’était ce jour funeste il y a quatre ans, où je m’étais réveillée et où j’avais tout oublié.

Ah oui, c’est vrai ! Je n’avais pas précisé ce petit détail ; je souffrais d’une amnésie sélective. Elle était liée aux moments que j’avais passés chez Hank, celui-là même chez qui j’allais vivre. Étrange ? Gênant ? C’est le moins que l’on puisse dire !

Durant le vol, je repensais au trajet vers l’aéroport. J’avais profité des bouchons de l’A1 pour essayer de me remémorer, une fois de plus, mais sans y parvenir. Cela me perturbait de plus en plus, notamment quand mon père me parlait d’eux. J’espérais qu’au cours de ce séjour je récupérerais mes souvenirs où au moins en obtenir de nouveaux, qui cette fois, ne s’effaceraient pas.

Hank avait des frères et sœurs et son paternel était américain. Il était venu en France où il était tombé amoureux d’une Française. Ils s’étaient mariés et avaient eu des enfants. Après plusieurs années, pris de nostalgie, il était retourné aux États-Unis, en compagnie de sa femme.

Quant à Hank, il demeura en France où il résidait dans une grande maison, rénovée par ses soins au fil des ans. Elle se trouvait à l’extérieur de la ville. Il y vivait avec ses enfants. C’était si étrange que je ne me rappelle pas d’eux.

Moi qui possédais pourtant une très bonne mémoire. Dans le cas présent, rien ! Je n’avais aucune résurgence des instants que j’avais passés là-bas. C’était frustrant ! D’autant que nous leur rendions visite tous les étés, et ce depuis que j’étais bébé.

Ma mère m’avait révélé que Caleb, le fils de Hank, et moi étions proches et inséparables. J’espérais que ce serait encore le cas, que je le reconnus ou pas, surtout que j’allais habiter chez lui.

— Au fait, je n’ai pas évoqué le sujet, plus tôt, avait lancé mon père, mais comme tu résideras chez eux, évitons les gaffes. La mère de Caleb est morte quand il avait 10 ans.

J’eus subitement un flash qui me donna un frisson.

— Je n’en suis pas sûr, avais-je murmuré, mais… je me suis vu tenant la main… d’un jeune garçon. Nous sommes entourés de personnes tristes. À moins que je ne me trompe, je n’ai jamais été à un enterrement dans mon enfance. Si ?

— Non, c’est ça ! C’est surprenant que ça te soit revenu !

— Cela m’est apparu d’un seul coup. Sans doute ai-je besoin que l’on me raconte des faits pour que des images me viennent ?

— Peut-être, admit mon père un peu tendu. Quoi qu’il en soit, Caleb en fut affecté, mais il demeura calme et stoïque, et toi, tu ne le lâchais pas d’une semelle. C’était toi qui affichais tout le chagrin que lui ne montrait pas. Hank m’a dit ce soir-là. « Elle pleure à sa place. Elle possède un si grand cœur. »

Je fus aussi abasourdie que flattée par ce compliment, qu’il avait pris la peine de m’adresser dans un si bouleversant moment.

Il avait continué en m’apprenant qu’il avait vécu seul avec son fils suite au décès de sa femme. Quelques années plus tard, il avait fait la connaissance de Gisèle, une géologue. Ils s’aimaient énormément, mais cela ne dura qu’un an. Elle adorait tant son travail et les voyages qu’ils se séparèrent.

— Attends une minute ! Séparés ? Tu veux dire que Hank s’était remarié ! m’étais-je exclamé.

— Eh oui ! Ils se sont rencontrés lors de la saison estivale. Au début, ils étaient comme chien et chat, avant de reconnaître qu’ils étaient fous l’un de l’autre. Ça l'avait désopilé quand il me l’a raconté.

Mes parents éclatèrent de rire, comme si je ne saisissais pas une blague cachée.

Hank et mon père étaient des amis de longue date, comme des frères. Toutefois, il me parlait peu de sa famille et de lui. Là, j’appris qu’il n’avait pas qu’un enfant. Quelques mois après leur union, Gisèle avait repris ces déplacements. Malheureusement, Hank ne souhaitait pas vagabonder, de ville en ville et de pays en pays, déménageant presque deux à trois fois par an. Lui et Caleb restèrent chez eux.

— C’est damage, avais-je soufflé. Surtout s’ils s’aimaient.

— Attends, ce n’est pas fini. Trois ans après son départ, elle est revenue avec dans les bras une adorable petite fille, Annie.

— Elle l’a largué en se sachant enceinte !

— Non, elle ne l’a découvert que par la suite. Mais tu n’as pas tort, elle ne l’a pas mis au courant. Elle est réapparue pour la lui présenter et parce qu’elle voulait la lui confier. Laisse-moi t’expliquer avant de monter sur tes grands chevaux, était-il intervenu en me voyant rougir de colère. Durant leurs voyages, Annie est tombée gravement malade et Gisèle a eu peur qu’elle ne survive pas à leurs nombreux déplacements. En conséquence, elle a préféré que Hank la garde afin qu’elle ait une vie stable.

— Ben tiens ! Elle débarque, leur abandonne la petite et s’en va. Qu’en ont pensé Hank et Caleb ?

— Elle ne l’a pas abandonné ! Elle lui rend très souvent visite et elle sait que son père et son frère veillent sur elle. Hank aime Gisèle, donc il la laisse faire ce qui la rend heureuse. Il ne perd pas l’espoir qu’elle revienne définitivement et pose ses valises. Quant à Caleb, il est fou de sa demi-sœur et comme Hank adore Gisèle, cela ne le gêne pas. Hank m’a appris qu’il prenait soin de sa petite sœur, dont la santé fut fragile au cours des deux années qui suivirent. Il est protecteur avec elle.

L’école ne fut pas un problème. Celle de Caleb, qui sera également la mienne, regroupait plusieurs bâtiments. Il était dans ceux destinés aux lycéens pendant qu’Annie se trouvait dans celui réservé aux classes de primaire. Ils se retrouvaient, de temps à autre, le midi et déjeunés en compagnie des copains de son frère, qui eux aussi l’adorent.

Jamais mon père ne m’en avait autant dit. Il se contentait de me donner l’essentiel sur ces personnes et leurs vies. C’était comme s’il ne voulait ou ne pouvait pas me divulguer davantage d’éléments, des secrets.

Remarquant mes parents qui se souriaient tendrement, je compris que ma mère était dans la confidence. Normale, elle n’était pas amnésique elle ! Peut-être étais-je au courant avant ma perte de mémoire.

— J’espère que ma venue ne va pas perturber leur habitude…

— Rassure-toi ! Ils m’ont assuré que cela ne poserait aucun problème. Tu partageras certainement des cours avec Caleb.

Je n’avais pas envisagé ce détail ! Que je puisse avoir des troncs communs avec lui. Cette idée m’intimidait. Probablement parce que j’essayais de me souvenir de lui, sans succès. De lui, de Hank, de la ville et de leurs amis. Qu’avait-il pu se produire ?

À partir d’aujourd’hui, je démarrai une nouvelle vie auprès de gens qui m’étaient inconnus. Je croisais les doigts tout se passa bien. En outre, je souhaitais obtenir des réponses. Que m’était-il arrivé y a quatre ans ? Pourquoi ne me disait-on rien sur ce chapitre ? Et surtout pourquoi je ne me rappelais de rien ?

2. … vers une nouvelle vie

Je venais juste de débarquer, que je pris cinq minutes pour me rafraîchir. Me contemplant dans le miroir, je me trouvais moins fatiguée que je ne l’avais craint. Je passais une main humide dans ma longue chevelure châtain afin de me rendre plus présentable, tout en examinant ma tenue.

Me dressant sur la pointe des pieds, je vérifiais mon chemisier pêche ainsi qu’un blue-jean et coup de chance, ils n’étaient pas trop froissés.

Eh oui, je suis petite ! Je ne dépassais pas le mètre soixante. Bon sang, j’aurais l’air minuscule à côté de Hank ! Papa m’avait dit qu’il faisait plus d’un mètre quatre-vingt.

Je récupérais mes affaires et franchissais les portiques de sécurité, avant de me diriger vers le hall d’entrée. C’était plein à craquer. Bon sang, j’aurais dû leur demander de me le décrire ! J’avançais lentement en inspectant dans toutes les directions, quand quelqu’un m’interpella.

— Julia !? s’exclama une voix profonde.

Je me tournais vers celui qui venait à ma rencontre. Comment avais-je pu oublier quelqu’un d’aussi séduisant qu’imposant ?

Hank possédait une incroyable carrure. Je me sentais toute petite à côté de lui. Il avait le teint mat d’un homme aimant vivre au grand air. De beaux cheveux bruns et des yeux plus clairs qu’un ciel d’été. L’aura de gentillesse qu’il dégageait et son chaleureux sourire me mit tout de suite à l’aise.

— Sois la bienvenue ! Tu nous as manqué, ajouta-t-il en me serrant dans une étreinte d’ours. Eh bien, ça ! Déjà enfant, tu étais très mignonne. Regarde-toi ! Aujourd’hui, tu es devenue une belle jeune femme !

— Hum… merci, répondis-je en m’empourprant.

— Houla ! Surtout, ne rougis pas, cela te rend encore plus craquante, rigola-t-il. Jolie comme tu es, tu vas conquérir tous les garçons et briser de nombreux cœurs.

— Je ne suis pas… Ce n’est pas…, bafouillai-je ne sachant pas quoi lui dire.

— Ne t’en fais pas, je plaisante. De toute façon, Caleb ne resterait pas les bras croisés si des garçons commençaient à défiler devant notre porte.

Ces propos m’étonnèrent. Je n’étais pas sûre de ce qu’il voulait dire. Il prit mes bagages et je le suivis jusqu’au parking, où se trouver un imposant 4 x 4 gris.

— Avons-nous beaucoup de routes ? demandai-je.

— Moins d’une heure.

J’avais proposé de venir en TGV, car l’aéroport le plus proche était celui de Clermont-Ferrand, mais Hank s’y était opposé. Une heure d’avion contre sept en train faisait effectivement une grosse différence. Nous ferons le reste du trajet en voiture.

— Nous arriverons avant qu’Annie et Caleb ne rentrent de l’école. Ma petite puce a hâte de faire ta connaissance, m’apprit-il avec entrain.

— Moi aussi, avouai-je à la fois impatiente et nerveuse de les rencontrer.

Le temps que nous sortions de la ville, j’avais préféré ne pas déranger Hank tant il paraissait tendu.

— Décidément, je n’aime pas les grandes cités ! Trop de monde à mon goût.

— C’est ce que j’ai cru remarquer, confirmai-je en riant.

Le voyant me sourire en retour, je ne pus me retenir davantage. J’avais besoin de savoir. Je pris mon courage à deux mains et lui demandais :

— Hank, est-ce que je peux te confier quelque chose ?

— N’hésite pas, ma belle.

— Cela va sans doute avoir l’air idiot, mais… Je ne me rappelle ni de toi ni des moments que j’ai vécus ici.

— C’est vrai !!

En apercevant ses yeux ronds comme des soucoupes, je réalisais que mon père ne lui avait pas dit. Pourquoi ? Je me contentais d’acquiescer de la tête. Je ne lui avouais pas que de courtes bribes de souvenirs m’étaient revenues, en parlant avec mes parents.

— Martin ne m’a pas prévenu, alors que tu venais. Il aurait dû me le dire, marmonna-t-il.

— Désolée.

— Ce n’est pas ta faute. Il est vrai que Joceline et lui avaient eu la plus grande peur de leur vie ce jour-là.

— Comment ça « la plus grande peur de leur vie » ? Que s’est-il passé ?

— Écoute, ton père ne t’a sûrement rien raconté, car il estimait que tu devais retrouver la mémoire seule ou la laisser se raviver d’elle-même, petit à petit. Donc, tant que je n’en aurais pas parlé avec lui, je ne crois pas que…

— Je t’en prie, Hank, susurrai-je. J’ai besoin de connaître la vérité. C’est en train de me rendre dingue, particulièrement depuis que j’ai décidé de vivre chez toi. S’il te plaît, le suppliai-je.

Il me dévisagea avec beaucoup d’hésitation.

— Okay. C’était au milieu de l’été et tu avais disparu tout un après-midi, au fin fond de la forêt. La nuit approchait alors nous avions organisé une battue, car nous étions tous morts d’inquiétudes.

Son court récit me pétrifia et mon rythme cardiaque accéléra. Mon souffle se bloqua quand des images m’envahirent. Je courais en écartant des branches qui m’écorchaient les bras et le visage. J’étais effrayée, affolée.

Je respirais avec difficulté et un frisson glacé traversa tout mon corps. Qu’était-il arrivé ce jour-là qui m’ait à ce point terrifié? En tout cas, cet événement avait dû être atroce pour que j’aille jusqu’à l’occulter mon passé.

— Je t’ai retrouvé et… Julia !? s’exclama-t-il en me jetant des regards alarmés.

Il se gara précipitamment sur le bas-côté de la route.

— Ça va ? Inspire doucement et calmement. Bon sang, tu es toute pâle !

— Ouais… C’est seulement… Je viens de comprendre que je ne faisais pas de simples cauchemars.

— Que veux-tu dire ? s’enquit-il. Raconte-moi.

Je lui expliquais que durant longtemps, j’avais inlassablement fait le même rêve. Cela préoccupait tant mon père, que je ne lui demandais rein. Et mon problème, c’était que je ne savais pas les interpréter. Jusqu’à aujourd’hui.

J’étais perdue dans la forêt, en pleine nuit. Je courais, haletante et le cœur battant la chamade, avec la sensation d’être poursuivi. Quelqu’un rôdait, tout près de moi. J’entendais des grognements abominables et des cris. Épuisée, je me cachais et je fermais les yeux.

Ensuite… je me réveillais. Dans les meilleurs cas, j’étais en sueur et je tremblais. Dans les pires, je pleurais ou je hurlais.

— Je ne m’attendais pas à ça ! grommela-t-il en se passant les mains dans les cheveux.

Il avait l’air nerveux, mais j’étais dans un tel état émotionnel, que je le remarquai à peine, encore égarée dans mon cauchemar.

Il avait repris la route, sans rien ajouter de plus.

— Je saisis mieux pourquoi Martin n’a rien voulu te dire, continua-t-il. Tu es toujours sous le choc, d’où tes mauvais rêves. Tout ce qui tourne autour de cet incident ne doit pas t’être dévoilé, vu l’effet que cela a sur toi. Tu dois te le remémorer seule et à petites doses.

Un nouveau tremblement parcourut mon corps.

Au moins, notre conversation avait répondu à mon interrogation concernant mes cauchemars. Ils étaient liés à mon amnésie. Toutefois, je me retrouvais avec davantage de questions. Que s’était-il produit ce jour-là ? Et qu’est-ce que je faisais dans ces bois ?

Nous avions pratiquement atteint notre destination sans que je m’en aperçoive. J’étais trop attentif à ce qu’il me disait et qui était relatif aux événements qui m’échappaient.

— Je peux comprendre la réaction de ton père, insista-t-il. Le jour où je t’ai retrouvé, tu étais tétanisée et frigorifiée. Tu ne t’es réveillé que deux jours après, un court instant, avant de te rendormir. En moins d’une heure, Martin organisait votre retour ! Je ne sais rien de plus. Il m’a appelé plus tard pour m’assurer que tu allais bien... Il m’a caché ton état, dit-il en secouant la tête. C’est pour cette raison qu’il n’osait pas te ramener…

Brusquement, une horrible idée me traversa l’esprit.

— Oh, mon Dieu, Hank ! m’exclamai-je bouleversée. Est-ce que c’est à cause de moi que papa et toi vous ne vous êtes pas revus ces dernières années. Je suis tellement désolée.

— Non, non, ma belle. Calme-toi, insista-t-il. Tu n’as rien à te reprocher. Malgré cet incident, nous n’avons jamais perdu contact. Il aurait simplement dû m’expliquer la situation.

Je passais une main sous mes yeux pour essuyer les larmes qui m’avaient échappé avant de poursuivre :

— À présent, je comprends mieux son hésitation à entreprendre ce voyage. Au début, j’ai pensé qu’il n’appréciait pas de me laisser seule à la maison. C’était dans le but de le tranquilliser que je lui ai proposé d’emménager chez toi.

— Qu’il te permette de venir, après m’avoir parlé de vos projets, m’a agréablement surpris, je l’avoue.

— J’ai réussi à l’amadouer, lui dis-je.

— Vraiment ! s’étonna Hank.

— Tout comme toi, je ne raffole pas beaucoup des vastes villes. J’ai l’impression d’étouffer au milieu de la foule. J’aime les grands espaces. Quand la nature m’entoure, je me sens libre. De plus, mon père a énormément d’affection pour toi. Il est heureux chaque fois que vous discutiez au téléphone. J’ai convaincu maman et avec son aide, nous sommes parvenus à persuader papa. J’avais très envie de te rencontrer. Enfin, disons plutôt de refaire ta connaissance, dis-je en rougissant.

Avant d’ajouter, après quelques secondes :

— Tout comme avec Caleb. Maman m’a appris que nous étions d’excellents amis.

— C’est le moins que l’on puisse dire, rigola Hank. Il était d’une patience d’ange avec toi. Gamine, tu étais une vraie diablesse. Tu as l’air de t’être assagi. Dieu, merci !

— À ce point-là !? demandai-je avec effarement.

— Un jour, tu pouvais être aussi mignonne qu’un angelot, et le lendemain, être une démone en culotte courte qui tramait les bêtises les plus infernales qui soient. Je soupçonne Caleb d’avoir prétendu que quelques-uns de tes méfaits étaient les siens, afin de t’éviter d’être puni.

Il confirmait de cette manière que nous étions effectivement très proches et que je l’adorais. J’espérais ne pas le décevoir, après toutes ces années sans nous être vues, et que je l’apprécierai toujours autant.

Pendant que nous roulions jusqu’à sa maison, il me raconta, pour mon plus grand plaisir et ma plus grande honte, quelques-unes de mes âneries. Je ne pus m’empêcher de cacher mon visage entre mes mains, tandis que Hank riait comme un fou à certaines d’entre elles.

Quand il me conta des anecdotes sur mes faits d’armes, j’eus mal au ventre à force de rigoler, tout en poussant des exclamations de désarroi ou de consternation. C’était difficile de croire que j’avais fait tant d’idioties.

Nous finissions de traverser la ville, que j’avais à peine entrevue, pour pénétrer dans la zone forestière. Les habitations s’espacèrent les une des autres. Cette vaste forêt était tout bonnement superbe. J’enviais Hank de vivre ici.

Certes, une panique imprévue m’envahit face à cette immensité boisée, qui me plongea dans une légère angoisse. Malgré cela, je parvins à prendre sur moi. Après tout, j’allais résider en ce lieu dorénavant.

Il bifurqua et au bout d’une longue allée privée, une grande maison en pierres apparut. Il avait accompli un incroyable travail de rénovation. Une terrasse courait tout autour du rez-de-chaussée, créant des balcons pour les pièces à l’étage.

— Tu as fait du beau boulot. Cette maison est magnifique. As-tu fait cela tout seul ?

— Au début. Par la suite, Caleb m’a donné un sacré coup de main depuis quelques années. L’arrière te plaira davantage, affirme-t-il. Il y a un énorme jardin et nous venons d’installer une balancelle sous la véranda.

L’intérieur était également splendide. Une fois le vestibule franchi, j’entrais dans un spacieux living-room. D’un côté se trouvait la cuisine, la salle à manger au milieu et à l’opposé, un immense et accueillant salon. La grandiose baie vitrée mettait l’espace en valeur, en la rendant lumineuse.

Hank avait su faire un mélange équilibré entre contemporains et traditionnel. C’était du plus bel effet et sans faire d’excès. La boiserie offrait une ambiance chaleureuse. Les meubles étaient anciens, mais leurs lignes étaient simples et épurées. Alors que l’électroménager de la cuisine en passant par les appareils high-tech du séjour était moderne.

Un petit couloir conduisait à son bureau ainsi qu’à de monumentales bibliothèques. Des rayonnages de livres couvraient les murs du sol au plafond. J’étais impatiente d’y fourrer mon nez.

— J’espère que tu dévores toujours autant les bouquins.

— Ça, oui ! Tu vas vite t’en rendre compte, admis-je en riant.

— Tant mieux ! Cet endroit n’attend plus que toi.

Hank me mena à l’étage où se trouver les chambres et m’accompagna à la mienne. Il ouvrit une porte et patienta avec un sourire engageant. J’y entrai et me figeai. Elle était presque indescriptible tant elle était belle.

Me tenant au centre de la pièce, j’admirais les lieux. Grande et exceptionnelle, elle possédait une atmosphère douce et agréable. Après le grand lit, mon regard se posa sur une jolie bibliothèque qui attendait que j’y range mes livres.

— Hank… elle est magnifique.

La baie vitrée capta ensuite mon attention. Elle occupait la moitié du mur et les fenêtres coulissantes débouchaient sur un balcon.

Dans un coin s’empilaient des cartons. Mes cartons. Je les avais envoyés il y a une semaine afin d’avoir quelques effets personnels avec moi. Si j’avais l’énergie de m’y attaquer, je déballerais certaines de mes affaires ce soir, en commençant par mes vêtements et mes livres.

Me tournant, j’aperçus d’autres portes. Hank m’invita à les ouvrir. Derrière elles, je découvris un dressing et ma propre salle de bain.

— Dis-moi que tu n’as pas fait ça pour moi…

— J’aimerais te dire oui, mais toutes nos chambres sont similaires. À l’origine, c’était plusieurs petites pièces. J’ai donc cassé des cloisons et hop, on obtient une suite. Elle te plaît, au moins.

— Je serais ingrate de dire le contraire. Elle est superbe, murmurai-je.

— Nous n’attendions plus que toi. Tu nous as manqué, Julia.

Hank me laissa un instant le temps que je prenne mes marques. Avant de le rejoindre, mes pas me poussèrent vers le balcon, qui m’offrait un époustouflant point de vue. Je scrutais le jardin en contrebas et la forêt alentour. Cet endroit était à couper le souffle.

Le vent agitait les tiges des fleurs ainsi que le feuillage aux cimes des arbres, créant un mouvement de vague. Un vaste océan composé de plusieurs nuances de vert se déployait devant moi.

L’air était pur ici. Une brise amena jusqu’à moi le parfum de la nature environnante. Je ne pus m’empêcher d’inspirer à fond afin de profiter de ses senteurs à la fois puissantes et grisantes… si familières. Ma soudaine nervosité envers ce lieu s’en trouva apaisé. Je partirai bientôt en expédition, car je compte que tu me dévoiles ce que tu me caches.

Revenant dans le couloir, il m’expliqua que la chambre à côté de la mienne était celle de Caleb. Je piquais un fard de le savoir si proche. Pourquoi est-ce que je réagissais comme ça chaque fois que l’on parlait de lui ?

Sans remarquer mon trouble, Hank m’indiqua celle d’Annie qui se situait en face, ainsi qu’une chambre d’ami. La sienne était en bas.

— Nous pouvons t’aider à déballer tes paquets si tu veux.

— Non, ça ira. Je le ferais au fur et à mesure. D’autant plus que je préfère éviter que quiconque mette la main dans mon carton de petites culottes, précisai-je d’un ton enjoué.

— Il ne vaut mieux pas, en effet ! Allez, descendons. Nous allons attendre le retour d’Annie et de Caleb.

Je me sentis nerveuse à cette idée. Jusqu’ici, tout ce passé bien, je souhaitais que cela continue sur cette voie. Néanmoins, le plus compliqué restait à venir et se nommait Caleb.

3. Caleb

De retour dans le salon, je caressais le cuir du canapé. Pendant que mon regard voguait du séjour à la cuisine, je félicitais Hank pour ce qu’il a fait de sa maison. Mon compliment lui fit bomber le torse. J’éclatai de rire face à cette exhibition exagérée. Il avait l’air d’un coq fier de lui.

— Que dirais-tu d’un café ? proposai-je nerveusement et sans savoir quoi faire en attendant.

— Je vais en faire, dit-il en voulant se lever.

— Non, laisse. Je dois apprendre où sont les choses.

Il m’indiqua où tout trouver. Je finissais de préparer le café quand je perçus le grondement d’un moteur qui approchait. Mon anxiété augmenta et mon cœur s’emballa. Je flippais comme une idiote. Reprends-toi, Julia. Calme-toi.

— Tout se passera bien, me confia-t-il en m’offrant un sourire.

Ces paroles me tranquillisèrent et je poussais un soupir de soulagement. Je me rendis compte que c’était le premier moment où je respirais un peu plus librement depuis que nous étions descendus.

Tout à coup, la porte d’entrée s’ouvrit et un petit trot se fit entendre. Hank se leva et réceptionna Annie qui se jeta dans ses bras.

— Papou !

— Salut, mon ange ! Alors tu as été sage, aujourd’hui.

— Qu’est-ce que tu racontes !? Je le suis toujours ! dit-elle avec beaucoup de sérieux.

— Tu m’en diras tant ! rigola Hank.

Je profitais de cet intermède père-fille afin de contempler Annie. Elle était aussi jolie qu’une poupée. Un teint de porcelaine et un éblouissant sourire. Elle possède la chevelure de jais et les prunelles bleues de son paternel.

Remarquant ma présence, elle se tourna vers moi et son sourire s’agrandit.

— C’est elle, Julia ? demanda-t-elle en continuant de me fixer.

— Oui. Julia, laisse-moi te présenter Annie. Mon bébé, voici Julia.

— Je suis heureuse de te rencontrer, lui dis-je en lui faisant la bise pendant qu’elle était dans les bras de son père.

— J’avais hâte que tu sois enfin avec nous.

— Une diablesse et une polissonne sous le même toit. N’est-ce pas trop risqué ? dit une voix de velours rauque dans mon dos.

Mon cœur stoppa. Il était là.

— Caleb, tu es vilain, répliqua Annie.

— T’inquiètes pas, la maison est assurée, rigola Hank.

— Papa !! s’outragea-t-elle.

Je me tournai lentement vers l’entrée et je découvris alors le plus bel homme que j’avais jamais vu. Grand et large d’épaules, il était appuyé au mur, les mains dans les poches, dans une pose décontractée. Il affichait un sourire sensuel qui me fit rougir. Il était à tomber à la renverse. Respire. Une inspiration à la fois.

Mis en valeur par son teint mat, ses incroyables yeux verts étaient hypnotisant. Il m’examina avec un mélange de joie et autre chose que j’eus du mal à définir, mais qui semblait proche d’un profond bonheur !?

— Bonjour, Caleb. Je suis contente de… te voir.

— Pas autant que moi, je peux te l’assurer, répond-il.

Son sourire devint tendre alors qu’il s’approcha de moi, d’une démarche souple et animale. Après avoir passé une main dans ses cheveux, il se pencha et m’embrassa sur le front avant de me serrer contre lui.

Je fus surprise par cet accueil, mais j’admettais que c’était agréable. Tout comme son père, Caleb était doté d’une large carrure. J’étais minuscule à côté de lui. Inconsciemment, je me sentais en sécurité dans ses bras.

— Ça va ? Okay, j’ai plus poussé que toi, c’est certain, mais je ne peux pas avoir changé au point que tu ne me reconnaisses pas ! dit-il avec en riant joyeusement.

— Non… ce n’est pas ça…, bafouillai-je gênée. Je…

— Eh, Julia ! Est-ce que tu as déjà vu Shadow ? demanda Annie lorsque son père la déposait au sol.

— Pas encore, répondis-je un peu déstabilisée.

Caleb s’était figé. Il avait compris que quelque chose ne tournait pas rond. L’attention de Hank passa de son fils à moi. Je lui adressais alors un coup d’œil suppliant. J’aimerais qu’il lui explique la situation, car je n’en avais pas le courage.

Les prunelles luisantes de gaieté, Annie me prit par la main et m’entraîna vers le jardin.

— Attends, Annie. Hank, dis-je en me tournant vers lui, veux-tu que je prépare le dîner ?

Je n’osai plus regarder Caleb. Il avait l’air perdu par mon comportement.

— Marie nous a fait un succulent repas. Elle n’avait pas envie que tu t’embêtes à peine débarquer. Je vais l’enfourner.

Pendant qu’Annie me conduisit à l’extérieur, j’entendis un début de conversation :

— Je peux savoir ce qui se passe ? demanda Caleb.

— J’aurais préféré discuter seul à seul avec toi avant que vous ne vous voyiez.

— Discuter de quoi ?

Hank et Annie bavardèrent joyeusement, histoire de mettre de côté la tension ambiante. Après qu’Annie m’eût montré Shadow, un fougueux étalon gris, nous étions rentrées et j’avais noté le changement d’humeur de Caleb.

J’éprouvais tant de timidité et de gêne que je n’avais pas osé lui dire un mot. Nos yeux se croisèrent à plusieurs reprises. Les siens exprimaient un mélange de tristesse et de frustration. Je détournais la tête, car j’avais cru également y déceler de l’espoir.

Malheureusement, je ne pouvais pas faire grand-chose tant que je ne me remémorerai pas notre passé commun.

— Si tu avais vu ça, papa ! Shadow lui a mangé dans la main en moins d’une minute ! s’exclama Annie.

— Bravo, Julia ! Ce canasson a un sacré caractère. En dehors de mon bébé, peu sont ceux qui peuvent l’approcher et encore moins le toucher.

— Mes parents me disent sans cesse que je sais m’y prendre avec les animaux.

— Au fait, jeune fille, intervint Hank en fixant Annie, as-tu fait tes devoirs ?

— Pas encore, bougonna-t-elle en se levant de sa chaise. Appelez-moi, quand le repas sera prêt.

Annie venait de disparaître quand Caleb se redressa à son tour. Devant se rendre chez Derek, il s’excusa de devoir s’en aller de cette façon et de ne pas dîner avec nous. Je ne pouvais pas le laisser se sauver de la sorte.

— Caleb !? Est-ce que… Si tu ne souhaites pas que j’habite avec vous… je trouverai…

— Non ! cria-t-il. Ce n’est pas ça, ajouta-t-il plus doucement, mais apparemment mal à l’aise. Je tiens à ce que tu vives avec nous. C’est que mon père... il m’a appris que tu ne te souvenais pas de… nous. J’ignore comment réagir vis-à-vis de cette nouvelle, c’est tout.

Ne sachant pas quoi répliquer, j’acquiesçai. Il fila et j’entendis sa voiture qui s’éloignait.

— Hank, réponds-moi franchement. Tu es sûr que cela ne posera pas de problème. Je ne voudrais pas m’imposer, surtout si Caleb estime que je ne dois pas être ici.

— Ne dis pas de bêtise. Nous désirons tous que tu sois avec nous. Principalement Caleb. Il a été fou de joie en apprenant ta venue. C’est le choc, voilà tout. Nous ne nous attendions pas à ça. Laisse-lui le temps de s’accoutumer au fait que tu ne te rappelles pas de lui, ou de votre… des moments que vous avez passés ensemble.

Son hésitation me parut étrange. Toutefois, je préférais ne rien ajouter.

— Avec tout ça, j’ai oublié de te dire que nous avions un cadeau pour toi, m’avoua-t-il.

— Tu plaisantes ! m’exclamai-je ébahie.

— Pas du tout. Allez, accompagne-moi, lança-t-il en me prenant par la main.

Il m’emmena dehors jusqu’au garage. À l’intérieur se trouvait le 4 x 4 de Hank, un espace vide que je présumais être réservé à la voiture de Caleb et un troisième véhicule bâché.

— Attendez-moi, je veux venir moi aussi ! héla Annie qui nous avait rejoints en courant.

Sa joie empressée m’étonna.

— Ce qui est là-dessous est à toi, dit-il en indiquant la housse.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Il m’offrait une voiture ! Il finissait de la débâcher lorsqu’un cri émerveillé m’échappa. C’était une Jeep. Un modèle des années 80. Un petit bijou !

— C’était la mienne, précisa-t-il en caressant le capot. Si tu avais vu dans quel état elle était l’année dernière ; un tas de ferraille ! Je l’avais gardé de côté, car gamine, tu admirais cet engin pendant des heures. Caleb l’a entièrement retapé. Comme tu as ton permis, ton père et moi étions d’accord. Elle est à toi. C’est ton cadeau d’anniversaire. En avance ou en retard, tout dépend du point de vue où l’on se place, rigola-t-il.

— Hank, me contentai-je de dire émotionné.

Je n’en revenais pas ! Mes parents avaient tout manigancé dans mon dos. Les cachottiers. Et Caleb l’avait remise à neuf ! Je n’émergeai de ma contemplation qu’en entendant Annie qui riait et applaudissait.

— Tu l’aimes ? La voiture ? précisa-t-elle face à mon incapacité à répondre.

— Énormément, assurai-je.

— J’ai dit à Caleb de la faire d’un beau rouge, mais il n’a pas voulu.

— Il a pensé que tu la trouverais trop tape-à-l’œil, ajouta Hank.

— Il a eu raison, confirmai-je. Elle est sublime.

D’une couleur grise, elle arborait des dessins en filigrane noir sur la portière.

— Est-ce Caleb qui a…, commençai-je en caressant le dessin.

— Ouais. Il a tout refait sur ce bolide. De l’intérieur à l’extérieur. Il n’a rien laissé au hasard. Il l'a fait pour fêter ton retour parmi nous.

— Merci infiniment.

— De rien, ma belle.

Une fois hors du garage, nous nous dirigeâmes vers la maison et de nouveau je glissais un coup d’œil vers les bois. Je me sentais comme attirée.

— Cela ne t’embête pas Hank si je me promène quelques minutes.

— Au contraire, fais comme chez toi, approuva-t-il avant d’ajouter en scrutant la forêt. Ne t’éloigne pas trop, la nuit va tomber.

— Je n’avais pas l’intention d’entrer dans les bois. Pas aujourd’hui, en tout cas.

Hank dévisagea sa fille. Ils semblèrent échanger des paroles silencieuses, puis Annie me prit par la main. Je compris qu’il lui avait implicitement demandé de m’accompagner, afin que je ne sois pas seule et que je n’ai pas peur.

Pendant que cette dernière gambadait de-ci de-là dans le jardin, je m’approchais pas à pas de cette forêt, qui se dressait devant moi. Elle était imposante et belle, tout en ranimant mon malaise. Elle s’avérait familière, ce qui était normal, étant déjà venu ici. Cependant, ma nervosité était toujours présente.

Spontanément, je sus qu’un sentier se trouvait sur la gauche. Mais dans l’immédiat, je n’avais pas assez de résolution pour affronter ces bois. Surtout la nuit.

Cette nuit-là, malgré la fatigue du voyage et les émotions de cette journée, j’eus du mal à m’endormir. Je songeais sans arrêt à Caleb. Tout le monde affirmait qu’il m’avait adoré quand nous étions enfants et vu son accueil c’était encore être le cas. Je devais juste réapprendre à le connaître.

Ce que j’avais découvert sur lui récemment, c’est qu’il était habile de ses mains. Que c’était un jeune homme gentil avec sa petite sœur, comme avec moi. J’espérai simplement qu’il sera patient et compréhensif à mon égard.

J’avais hâte de parler avec lui, même si cela m’intimidait. Je n’avais jamais rien éprouvé de tel. Qu’est-ce qui m’arrivait ? Était-ce parce que je ne savais pas quoi discuter avec lui ? C’était sans doute ça.

En attendant, quelque chose me tracassait. C’était comme si l’on ne me disait pas tout.

4. Nouveaux amis

Le lendemain, je me préparais pour aller en cours. La veille, Hank m’avait expliqué que c’était lui qui récemment emmenait Annie à l’école.

En effet, Caleb passait prendre Derek, son cousin, et ils se rendaient au lycée. Ce dernier avait eu un accident. Rien de grave, mais sa bagnole était fichue donc Caleb l’amenait aussi souvent que possible. Ils réparaient ensemble sa caisse et avaient presque terminé.

Ayant perdu du temps à faire mon sac, je découvris que Caleb était déjà dans la cuisine. Il finissait de remplir nos assiettes avec des œufs brouillés et des saucisses grillées.

— Excuse-moi ! Je voulais préparer le petit-déjeuner...

— Aucun souci, dit-il. J’ai l’habitude de le faire.

— D’accord. Mais demain, c’est mon tour.

Caleb paraissait crispé. Je ne savais pas quoi dire afin de briser la glace et le détendre.

— Hank m’a appris que Derek avait démoli sa voiture.

— Ouais. Il a été … distrait. À la suite de quoi, il s’est emplafonné à un poteau, ajouta-t-il.

Il eut un sourire en coin qui me fit fondre, tant il était séduisant. Je secouais la tête en me demandant d’où me venaient ses pensées.

— Premier jour en tant que nouvelle. Je peux t’emmener si tu veux, me proposa-t-il quand nous eûmes fini de manger et avant de prendre son sac.

— Ça ira. Ton père m’a fait un plan.

— O.K., mais sois prudente.

Il s’apprêtait à partir quand je le retins par la main. Mon geste le dérouta. Étrangement, une vague de chaleur me traversa.

— Je n’ai pas eu l’occasion de te remercier pour la Jeep.

— De rien, répondit-il l’air embarrassé. Elle te plaît ?

— Elle est absolument magnifique.

Nous nous regardâmes un instant encore, troublés. Puis sur un dernier salut, il sortit.

Dans le garage, je m’approchai de ma nouvelle bagnole. Elle était époustouflante. Je caressais la carrosserie, avant de me camper derrière le volant. L’intérieur était accueillant et confortable. Je démarrais et cette merveille réagit au quart de tour.

C’était incroyable de voir comment Caleb l’avait remise à neuf. Par contre, je ne m’expliquais pas ce qui l’avait poussé à en faire autant pour moi. S’occuper d’abord de ma voiture au lieu de faire celle de son cousin.

Je n’eus aucune difficulté à localiser le lycée. Toutefois, je ne cessais de me dire que j’avais été stupide de refuser son offre de m’emmener. J’espérais ne pas l’avoir vexé.

De nombreux arbres ombrageaient les parkings. Décidément, quelle différence avec les grandes agglomérations ! J’appréciais les cités où la modernité côtoyait la nature. Quant au bahut devant moi, il était énorme.

L’édifice ne ressemblait pas à une école, mais à une ancienne usine avec ses briques rouge pâle. Des bâtisses plus récentes s’ajoutèrent au fil des années, mais d’une architecture modérée, afin de ne pas dénaturer le côté historique de la ville.

Étant nouvelle, je dus me présenter au secrétariat. Une femme d’une quarantaine d’années, se tenant derrière un comptoir, m’accueillit avec un sourire affable. Elle me remit un emploi du temps ainsi qu’un plan afin de me repérer plus facilement.

Après avoir consulté mes horaires, je me garais devant le bâtiment principal. Je pris mon sac le cœur battant de nervosité.

— Allez, courage ! Ils ne vont pas me manger, murmurai-je pour me convaincre.

Je finis par me glisser dans la masse des étudiants. Certains épièrent dans ma direction, car ils ne m’avaient jamais vu auparavant.

Les salles étaient sobres, mais spacieuses. Ce qui me frappa ce fut les bureaux doubles et non pas individuels. En franchissant le seuil de la classe, le chahut s’interrompit et une quinzaine de paires d’yeux me scrutèrent. Moi qui n’aime pas attirer l’attention, je suis servie !

Après avoir donné ma fiche de présence à la prof, je cherchais une place vacante sous les coups d’œil intrigué des élèves. Une jolie rouquine se dressa pour m’inviter à m’installer auprès d’elle.

— Salut, Julia, me lança-t-elle avec un sourire accueillant.

— Bonjour, dis-je étonnée qu’elle sache d’ores et déjà qui j’étais.

— Bienvenue parmi nous. Je suis Emie, une amie de Caleb.

— Ah, je comprends mieux. J’avais craint d’être la nouvelle attraction de la ville.

— Ce n’est pas complètement faux. Ils auront besoin d’un jour ou deux et ils arrêteront de te reluquer comme une bête curieuse.

Emie était une jeune fille simple et timide, mais adorable. Nous nous mîmes à discuter de tout et de rien le temps que le cours débute. Moi qui avais tant de difficulté à me faire des amies d’habitude, notre sympathie fut immédiate. Toutefois, une étrange impression me poussa à lui demander :

— Nous… nous nous connaissions déjà avant, n’est-ce pas ?

Elle me jeta un regard un peu gêné avant d’acquiescer.

— En effet. Hank a téléphoné chez nous hier pour nous prévenir. J’ai eu du mal à y croire. Mais ce n’est pas grave, ajouta-t-elle face à mon expression attristée, nous repartirons toutes les deux sur de nouvelles bases. C’est l'avantage quand tu arrives quelque part, tu peux te faire de nouveaux camarades.

Retrouvant mon enthousiasme, je lui souris, le cœur plus léger grâce à elle.

À l’heure du déjeuner, nous nous rendîmes à la cantine où elle me présenta à son cercle d’amis. Thomas était un garçon gentil et calme, ainsi que Justin. Très sympa, mais un brin trop entreprenant à mon goût.

— Une nouvelle ! C’est un beau cadeau que tu me fais, Emie, rigola Justin, en passant un bras autour de mes épaules une fois attablé.

— Justin, tu n’exagères pas un peu là ! s’exclama Thomas.

— Où sont tes bonnes manières ? dit Emie.

— Quoi ? Vous savez que j’aime taquiner les jolies demoiselles.

Tout en continuant de blaguer, une copine d’Emie nous rejoignit. À l’inverse de cette dernière, Magalie était extravertie et expansive, partageant sa joie de vivre avec tout le monde. Tout comme Emie, elle me plut tout de suite.

Nous bavardions tranquillement lorsque d’autres filles débarquèrent. Sandra et Paula. Celle-ci était silencieuse et suivait Sandra comme son ombre.

Contrairement à mes nouvelles amies, Sandra me fit un effet désagréable. Elle me toisait avec tant de froideur, que je devinais que nous ne serions pas copines. Pas pour l’instant en tout cas. Elle voyait en moi une intruse. Pire, une ennemie. J’en ignorais la raison, nous ne connaissions pas. Du moins, je l’espérais. Fichu mémoire !

Un léger frisson me parcourut pendant que je discutais avec Emie. Tournant la tête, j’aperçus Caleb qui entrait dans le réfectoire, en tenant la main de petite sœur. Deux autres mecs les accompagnaient. Grands et séduisants, ils se mouvaient avec une grâce animale. Ils rejoignirent des potes qui les attendaient à une table.

Caleb s’apprêtait à s’asseoir, quand Annie me repéra et se précipita vers moi. Il la suivit avec une certaine lenteur en réalisant où elle se rendait.

— Julia ! s’exclama-t-elle. Comment étaient tes cours ?

— Ils étaient sympas, répondis-je avec amusement. Tu es venue déjeuner avec ton frère.

— Ouais ! Je le fais souvent.

— Pas tant que ça. Puisque tu me délaisses comme une vieille chaussette pour être avec tes copines, ajouta Caleb avec un sourire complice pour Annie.

Mon rythme cardiaque s’accéléra à la seconde où il s’arrêta derrière sa petite sœur.

— C’est vrai ? demandai-je en cachant mon émotion.

— Parfois, bredouilla-t-elle. Mais j’ai besoin d’être avec mes amies de temps en temps.

— C’est tout à fait normal à ton âge. Ton frère ne te le reprochera pas.

— Caleb ! le salua Thomas, en lui serrant la main. Tout va comme tu veux ?

— Bien entendu, merci. Et toi, Justin ? s’informa-t-il en regardant ce dernier.

— Moi, toujours. Surtout quand je suis en aussi bonne compagnie, déclara-t-il en me lançant un clin d’œil. Au fait, tu t’entraînes avec nous demain ?

— Si vous avez envie.

— Un peu oui, lui dit Justin. Je parviendrais à te mettre à genoux.

— On verra, répliqua-t-il en rigolant.

— Pourquoi, dis-tu ça ? demandai-je en jaugeant les trois garçons.

— Pour la bonne raison que Caleb et ses amis sont plus balaises que nous. Après plusieurs heures d’exercices, ce n’est pas Caleb qui est épuisé, c’est nous, s’esclaffa Thomas qui tapota l’épaule d’un Justin embarrassé. Nous rendons les armes effondrées par terre, au bord de l’infarctus. De leur côté, Caleb et les autres s’en vont tranquillement en ayant à peine mouillé leurs maillots.

Tout le monde éclatait de rire et Justin paraissait aussi mortifié que honteux. Cela ne me surprenait pas. Je n’imaginais pas Caleb être mauvais en sport. Ni en quoi que ce soit d’autre. Ne serait-ce qu’en les comparant à Caleb, ils ne faisaient pas le poids.

— Tu manges avec nous, Julia ? demanda Annie.

Me sortant de ma rêverie, je la fixai, stupéfaite. Elle semblait ravie d’avoir eu une bonne idée. Du coin de l’œil, je vis les pupilles de Caleb qui s’assombrissaient.

— Je viens de finir, ma puce. Et je ne voudrais pas déranger.

— Tu ne nous gêneras pas, même si tu as déjà déjeuné.

— Ne l’embête pas, Annie, dit-il. Ce sera pour une prochaine fois.

Il eut un sourire doux face à la mine triste de sa petite sœur et caressa affectueusement ses cheveux. Nous nous regardâmes quelques secondes puis je reportais mon attention sur Annie, tant ses prunelles vertes me chaviraient.

— On se voit tout à l’heure, à la maison, lui dis-je.

— Hum… d’accord.

Elle glissa sa main dans celle de son frère, tout en me faisant un signe de l’autre, auquel je répondis pendant qu’ils retournaient à leur table. Ces potes nous avaient lorgné durant tout ce temps, avant de détourner les yeux, sauf un qui continua de m’observer avec un sourire bienveillant.

— J’ai entendu dire que tu habitais chez lui ? me demanda Magalie.

— C’est vrai, confirmai-je. Hank et mon père sont amis de longue date.

— Tu en as de la chance, dit-elle rêveusement. Caleb appartient à la catégorie des mecs les plus sexy et les plus convoités du bahut. Tout comme ses amis. Ils sont à la limite de créer une émeute parmi les filles. En tout cas, il reste aimable quand il rejette les avances des plus intrépides. Pour preuve, tu n’as qu’à jeter un œil autour de toi, elles te jaugent avec un mélange d’envie et de jalousie. Et pour ajoute à ton crédit, sa petite sœur t’adore.

— Je ne vois pas ce qui provoquerait leur animosité. Nous ne sortons pas ensemble, précisai-je.

Elle rigola tout en reluquant Sandra qui me dévisageait avec hostilité. Je réalisais enfin pourquoi elle m’avait scruté de cette façon. Elle voulait Caleb rien que pour elle. Et elle n’était pas la seule. Nombreuses étaient celles qui le mataient quand il passait.

— Tu n’as pas encore fait la connaissance de ses amis, Julia ? ajouta Emie.

Tout en me posant la question, elle considéra le jeune homme qui me contemplait si gentiment tout à l’heure. Ce fut Magalie qui éclaira ma lanterne.

— À sa droite, c’est Derek, son cousin.

— Ah, c’est lui.

Je comprenais mieux l’exaltation que ressentait Emie. Il avait tout d’un ange. Ces yeux étaient aussi doux que son sourire. Et il possédait une soyeuse crinière d’or.

— L’autre séduisant garçon à sa gauche, c’est Oliver et à côté de lui ce sont ses frères Nicolas et Gabriel, des jumeaux.

— Ils ne se ressemblaient pas.

— C’est parce qu’Oliver a les iris marron de sa mère et la blondeur de son père. Ses frangins c’est l’inverse, ils ont des cheveux châtains foncés et des prunelles émeraude. Tout le monde aime dire qu’ils sont moitié-moitié, à cause du mélange. Rares sont ceux qui savent les distinguer.

Oliver dégageait de la gentillesse, je dirais même un brin d’espièglerie. Quant à Nicolas et Gabriel, ils semblaient plus réservés.

Ils étaient le centre de toutes les attentions. Il faut reconnaître qu’ils étaient fascinants tous les cinq. Ils n’avaient pas l’air de lycéen, mais d’étudiants universitaires. Oserais-je dire qu’ils m’évoquaient des mannequins de magazine.

Mon regard glissa des uns aux autres. Ils avaient tous des traits magnifiquement envoûtants. Un tel magnétisme émanait d’eux. Ils étaient à la fois si différents et si semblables. Quant à déterminer lequel était le plus séduisant, c’était difficile.

En même temps que cette réflexion me venait, mon cœur s’emballa en observant Caleb. Mes yeux revenaient sans cesse se poser sur lui. Il possédait une sensualité dévastatrice et sauvage.

— Ils sont à croquer, tu ne trouves pas, plaisanta Magalie.

Je rosis de ses paroles et me détournai rapidement. Eh oui, je ne suis pas la seule qui le trouve attirant ! Je n’eus pas le temps de répondre que les garçons intervinrent.

— Quoi ? Et moi alors ! asséna Justin.

— Nous, tu veux dire, rajouta Thomas.

— Je ne sais pas si l’on peut vous inclure dans cette catégorie les gars, décréta Magalie qui me lança un clin d’œil.

Je compris à son expression malicieuse qu’elle les taquinait. J’appréciais cette distraction qui me permettait de me reprendre.

Tandis qu’Emie bavardait avec Thomas, ne pouvant résister à la tentation qui me tiraillait, je scrutais de nouveau la table de Caleb. Ses amis et lui discutaient avec animation.

Soudainement, je me retrouvais captive de ses prunelles vertes. Lui aussi me contemplait. J’y décelais de l’espoir. Pourquoi ? Ce sentiment était accompagné d’un autre que je ne sus identifier ou que… je n’osais pas nommer. Je pouvais me tromper, mais avant qu’il ne détournât la tête, je crus entrevoir de la frustration.

— D’après la rumeur, tu étais déjà venue dans notre ville auparavant, dit Justin.

Je reportais mon attention sur lui, frappée de stupeur, mais pas complètement étonnée que la plupart des gens soient au courant.

— Justin, tu ne peux pas te mêler de tes affaires, se plaignit Thomas.

— Ce n’est pas grave, objectai-je. Je passais effectivement tous mes étés, et certains Noëls ici, avec mes parents... à ce qui paraîtrait.

— Qu’entends-tu par là ? intervint-il.

— Quelques années plus tôt, je me serais perdue en forêt et j’y aurais subi un traumatisme. De retour chez moi, mon médecin a diagnostiqué une amnésie sélective.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Emie timidement.

— Je me souviens de ma famille, ma maison, mes amis et mes voisins à Paris. Mais… pas de Hank et de Caleb, ni de cette ville ou des personnes qui y vivent.

— La vache ! s’exclama Justin abasourdi.

Je finissais de manger quand je remarquais les yeux de Derek braqués sur moi. Il n’essayait pas d’être impoli, non, c’était principalement de la curiosité.

Plus tard, en avisant Caleb et ses compères qui se levaient, je constatais que les autres tables s’étaient déjà vidées. Nous étions les derniers traînards encore attablés.

Avant de retourner dans son bâtiment, Annie vint d’abord vers moi et me donna un baiser sur la joue.

— On se voit tout à l’heure.

— Sois-en sûr, ma puce. Et quand tu rentreras, on fera une bonne tarte, si tu as envie, ajoutai-je en lui lançant un clin d’œil complice.

— Oui ! Nous avons plein de pommes et des poires à la maison.

— Avec tout ça, il a de quoi faire plus qu’un gâteau.

— Super ! s’écria-t-elle en bondissant. J’adore les gâteaux et Caleb aussi.

— Raison de plus pour en faire. Les pâtisseries sont mon péché mignon.

Toute contente, elle courut vers des copines qui l’attendaient à la porte de la cantine. De leur côté, Emie et les autres se rendirent à leur prochaine classe, talonnés de Sandra et Paula. Caleb me rejoignit et se tint près de moi pendant que je me levai.

— Nous avons le même cours. Allons-y ensemble.

Prise à l’improviste, j’approuvais simplement de la tête.

Il me guida et une fois que nous arrivâmes, il se figea avant de se diriger vers sa table. Je donnais ma fiche de présence au professeur qui m’indiqua la seule place vacante. Celle qui se trouvait à côté de Caleb.

Sa réaction s’expliquait du fait qu’il s’était aperçu que j’allais devenir sa voisine de bureau. Il ne l’avait pas prévu et manifestement, cette idée le déroutait autant qu’elle le perturbait.

Quand je m’assaillais, il s’écarta légèrement en faisant crisser sa chaise. Des élèves le jaugèrent, sidérés par son comportement étrange. Ceci renforçait ma quasi-certitude qu’il ne voulait pas de moi ici. J’eus du mal à l’admettre, mais cela m’attristait.

Le prof aborda un chapitre que je venais déjà d’étudier et comme je pouvais difficilement m’en empêcher, j’en profitais pour lorgner Caleb du coin de l’œil.

Il se tenait droit telle une statue et aussi loin de moi que l’espace le lui permettait. Vêtu d’un t-shirt, je pus admirer ses avant-bras musclés. Il n’avait rien à envier à son père. J’étais si concentrée sur lui que je ne vis pas le temps passé et le cours s’acheva.

Caleb se leva abruptement et s’apprêtait à quitter la salle quand il se tourna finalement vers moi.

— Tu veux que je t’attende ? De cette façon, tu pourras me suivre et tu ne risqueras pas de te perdre. Tu as réussi à trouver l’école, mais ce sera peut-être plus compliqué de retrouver la maison. Ne tentons pas le diable, ajouta-t-il avec un sourire moqueur.

Je me réjouis de sa suggestion. Cette petite pique taquine me fit rire et me rassurait sur sa manière de s’être écarté un peu plus tôt. Mais brusquement, je me sentis mal de devoir refuser.

— Ça aurait été avec plaisir, mais… J’ai proposé à Emie de la ramener chez elle. La voiture de sa mère était en panne ce matin. Elle habite tout près, on doit pouvoir…

— Non, non ! Si tu as promis de la raccompagner ne lui fait pas faux bond. Surtout que Marie a hâte de te revoir, précisa-t-il devant mon air étonné. Gamine, tu dévorais ses pâtisseries comme une affamée.

— Vraiment !

— Eh oui ! Je vais attendre Annie à la sortie et je l’avertirais que tu rentreras plus tard.

— Oui, merci. Dis-lui que nous attaquerons les tartes dès mon retour.

— Je l’espère bien ! lança-t-il avec un sourire en coin.

— Gourmand.

— Tu n’as pas idéé, murmura-t-il.

Cette réponse et le regard qu’il m’adressa me prirent au dépourvu.

— Euh… si cela ne t’ennuie pas, peux-tu me donner ton numéro de portable et celui de la maison. Dans l’éventualité où je me perdrais. J’ai oublié de les demander à Hank.

— Décidément, mon père est tête en l’air. Il aurait dû te les donner. Passe-moi également le tien, comme ça nous serons tranquilles. Fais attention en rentrant avec ce vieux tacot.

— Tu plaisantes ! Ma nouvelle voiture roule aussi bien qu’une neuve.

Le restaurant de Marie était spacieux et adorable. Il avait ce côté accueillant des tavernes familiales. La majorité des clients étaient des habitués. D’ailleurs, je reconnus l’un d’eux.

— Hank ?

— Salut, ma belle, s’exclama-t-il en se levant et en me faisant la bise. Comment était ta première journée de cours ?

— Super. Tout le monde a été très sympa.

— Heureux de l’apprendre. À ce que je vois, tu t’es fait une copine. Tu ne pouvais pas mieux choisir que notre délicieuse Emie.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? lui demandai-je.

— Je passe souvent à cette heure-ci, afin de faire le plein de café pour mes gars et moi. Je vais le leur ramener sur le chantier. En parlant de ça. Marie, devine qui est là ! cria Hank en direction de la cuisine.

Une séduisante jeune femme, à la chevelure de feu, aux prunelles vert pétillant et au teint de porcelaine, apparut. Dès qu’elle m’aperçut, elle arrêta ce qu’elle faisait et vint vers moi. Elle me serra longuement dans ses bras.

— Oh, Julia ! Je suis tellement contente de te revoir ! Installez-vous mes chéries, je vais aller vous chercher du gâteau, ajouta-t-elle.

Après m’avoir lâché et essuyé une larme dans le coin de son œil, elle fit la bise à sa fille.

— J’ai intérêt à amener un énorme, vu l’appétit de cet animal, précisa-t-elle en indiquant Hank.

— Mon appétit est tout ce qu’il y a de plus normal, décréta-t-il avec un faux air outragé.

— Mais oui, c’est ça, se moqua-t-elle.

Hank se rassit et j’en profitais pour observer la jeune femme. Comment pouvait-elle être mère d’adolescents, alors qu’elle devait avoir la trentaine ?