Fragments et Bribes - Yves Lafont - E-Book

Fragments et Bribes E-Book

Yves Lafont

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Beschreibung

Après ses précédents ouvrages de type romanesque (Récits d'Yves, l'Os du Toufoulkanthrope, le Secret du Chef), Yves Lafont a réuni dans le présent volume quelques aphorismes, pensées, sentences, poèmes, et autres textes courts, qui, à l'occasion, peuvent en dire long...

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Seitenzahl: 51

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Du même auteur :

L’os du Toufoulkanthrope

Le Secret du Chef

Récits d’Yves

A Guillaume, Juliette, Malya, Elicio

Sommaire

Chapitre I

Retour de fortune

Dieu soit loué (Mais pas trop cher !)

Tel est épris qui croyait éprendre

Tel est épris qui croyait éprendre (suite)

Une fable de Lafont Yves

D’une rive à l’autre

Une autre fable de Lafont Yves

Tronche napolitaine

Souvenirs de Baccalauréat… (1968)

Course d’obstacles

La tentation de Saint-Syméon

Saine agitation

Curriculum Yvitae

Le jour d’après

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Nuit sur le Mékong

Songe Kafarkaïen

Querelle idéologique

Lucie

Concupiscence

Sonnet à G.

Chansonnette

Pénélope

Faux prophètes

Premier matin d’Adam

Peine perdue

Histoire d'eaux

A la Bellifontaine

Aux arbres mitoyens !

Esprit des steppes

Songe prométhéen

La mouche de l’éveil

Règlement de compte

Carambolage logorrhéique

Bain Amer

Derniers instants

Marée basse

Chute Molle

Mare Nostrum

Un doigt de Spleen

Nuit d’encre

De profundis

Adieu à une indifférente

Orage d’acier

Un monde de misère

A mots ouverts

Limbes

Laïka

Eloge de la philosophie

A ma Clopinette

Fiancée du soir

L'oiseau tombé du nid

Ganstéropode

Chapitre VI

I

Notes diverses

Retour de fortune

Un gentilhomme altier, la fleur de la noblesse, allait en galopant sur les bords de la Loire, quand son cheval glissa au détour d’un chemin, si bien le seigneur s’étala lourdement dans la fange.

Un meunier qui passait, tout chargé de farine, vint à lui, main tendue pour le mettre debout ; mais l’autre répondit, les yeux pleins de courroux :

- Laisse-moi, donc, butor, prendre mon bain de boue

- Soit, répond le vilain, je vous laisse, Messire, entre les mains de Dieu, soigner vos rhumatismes !

Mais la fange en ce lieu était plutôt profonde. Et, malgré ses efforts, le seigneur s’enfonçait.

Lui naguère si fat, le voilà implorant :

- Au secours ! Au secours ! crie-t-il au paysan. Si tu me sors de là, je te donne ma bourse ; qui contient, de Louis, plus que tu ne pourras amasser en ta vie !

- Je vous aiderais bien, dit l’autre en son patois, à sortir de l’ornière, mais je ne le puis pas, car je ne veux laisser sur le bord du chemin le fardeau si pesant que j’ai là sur l’épaule, et ne peux avec lui me risquer dans la boue…

- Et pourquoi donc, maraud, dit le noble, fâché. Pour un sac de froment tu fais bien trop d’histoire !

- C’est que, dit le vilain, il est plein de lingots.

Dieu soit loué (Mais pas trop cher !)

Au commencement était l’huile.

Puis Dieu créa la pomme de terre.

Il la coupa et la jeta dans l’huile en disant :

Que la frite soit, et la frite fut !

Puis il réfléchit et dit :

« C’est un peu farineux. »

Alors il créa la mer et les océans.

Il en sortit la moule.

Et la moule fut.

Puis, comme il avait soif,

Il créa la bière.

Et aussitôt la bière, en fût, fut.

Et Dieu goûta et dit :

Je n’ai pas perdu mon temps ! »

Et la suite prouva qu’il avait raison.

Alors il prit une moule

Et créa la femme

Pour servir les frites.

*

Ce jour-là, Dieu, toujours lui ! se gratta le nez et aperçut au bout de son index une petite boulette de mucosité gluante dont il voulut se débarrasser en s’essuyant la main contre sa longue barbe blanche. Mais la rétive boulette demeura collée sur l’ongle céleste avec une telle irrévérente obstination que, se départissant de son éternel flegme, le créateur la catapulta d’une chiquenaude à travers l’espace intersidéral à une vitesse vertigineuse.

Ainsi naquit la terre, et, s’étant détachée de la masse visqueuse, une parcelle de morve divine forma la lune.

*

Le huitième jour, Le Seigneur, qui avait un petit creux, fit venir le bœuf, et tira de son flanc l’entrecôte.

*

Un autre jour, le Seigneur, qui s'ennuyait, appela Adam et lui dit :

- Je viens de créer la brosse, Adam !

Et le Seigneur se mit à rire, à rire !

Et Adam ne comprit pas pourquoi le Seigneur riait, riait...

*

Peu après le 7° jour, Dieu commença à trouver le temps long. Il aurait bien aimé avoir un compagnon, mais Il savait très bien qu'Il était UNIQUE, et unique Il devait rester ! Une compagne ? N'en parlons même pas !

Alors Il eut une idée et créa le chien (qui précisons-le n’existait pas encore). Et aussitôt le chien fut, tout virevoltant, remuant la queue, allongeant les pattes de devant et regardant le Seigneur par en-dessous avec des yeux espiègles, pleins d'affection. "Que voilà une agréable et aimante créature, se disait Dieu, pas comme les autres, les Hommes, orgueilleux, toujours à comploter !"

Il ne voulait pas s'avouer qu'Il les avait ratés. Il était censé ne jamais se tromper ! Il devait avoir un bon coup dans le nez quand Il les avait faits ! Eve, par exemple, toujours à se plaindre ! Qu'est ce qu'elle pouvait se plaindre, celle-là ! - Et pourquoi c'est moi qui suis sortie de la côte d'Adam, et pas le contraire?

- Et pourquoi je saigne entre les jambes, et pas lui ?

Ça n'arrêtait jamais!

Alors Dieu prenait sa grosse voix:

- Ne sois pas injuste envers Moi, Eve ! Je t'ai donné, à toi, et à toi seule, le pouvoir d’enfanter ! Te rends-tu compte ? Tu seras la mère de tous les Hommes !

Alors Eve Le regardait de travers avec des yeux tout rétrécis, crispait les mâchoires, et tournait les talons.

Le Chien, lui, L'aimait. Il gambadait sans Le quitter des yeux. Et même, si parfois le Seigneur se montrait distant ou injuste envers lui, il se grattait l’oreille, en faisant celui qui n’a rien remarqué. Le Seigneur découvrit même que, lorsqu'une autre créature L'approchait, le chien montrait les crocs et se mettait à aboyer. C'était bien utile parfois, avec Eve par exemple.