Frissons Nocturnes - Tome 4 - Bleue - E-Book

Frissons Nocturnes - Tome 4 E-Book

Bleue

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Beschreibung

Loin des yeux, loin du cœur... arriveront-ils à contredire cet adage ?

Après un été hors du temps en Ardèche, Myrtille et Austin doivent se quitter pour rentrer chacun chez soi, dans deux pays différents, et affronter la réalité du quotidien. Entre leurs cours et la musique, ils parviennent à trouver un peu de temps pour leurs rendez-vous sur Skype. Leur projet d'enregistrer une chanson ensemble permet de les faire tenir jusqu'à ce qu'ils puissent enfin se revoir. Myrtille est d'autant plus impatiente car cette fois-ci, Austin et elle oseront lire les passages censurés des Frissons nocturnes et exploreront davantage le corps de l'autre...

Ce quatrième tome de Frissons nocturnes revisite le thème de l'initiation ; deux adolescents à la découverte de soi et de leur sexualité. Tendresse, douceur, musique et frissons vont guideront tout au long de votre lecture.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

"L’écriture de l’auteure est très belle, simple et fluide." - Infinity Books
"La plume est agréable, nous entraîne avec elle et les extraits de textes lus sont habillement choisis. C'est un écrit tout en volupté." - I need more books

À PROPOS DE L'AUTEURE

Bleue est une artiste qui s’exprime en chansons depuis longtemps et qui n’a pris la plume que très récemment. Elle a un amour immodéré pour les mots, et elle considère que, lorsqu’ils sont lus à haute voix, cela leur donne une profondeur supplémentaire.

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Voici 

I

Où tout se précise…

Prologue

Il y a six mois, Myrtille et Austin se sont rencontrés. C’était lors de leurs vacances en Ardèche. Les grands-parents de Myrtille avaient invité la famille Bertin dans la « grande maison » et tous ces gens avaient fait connaissance.

En fin de séjour, Myrtille et Austin ont proposé un concert piano-voix. C’est devenu, d’ailleurs, une tradition. Le jeune homme, à présent étudiant au Junior College of Music, célèbre école londonienne, profite du concert de Noël pour présenter quelques morceaux de piano avec Mamou, passionnée de cet instrument dont elle était professeure de nombreuses années auparavant.

Depuis juillet, Myrtille et Austin filent le parfait amour sous l’œil attendri de cette grand-mère et d’Adam, le papa du garçon, sur lesquels plane un secret depuis de nombreuses années.

1. Coaching vocal

C’était déjà le lendemain qu’avait lieu le premier coaching vocal de Myrtille. Apporte les paroles et les mp3 des chansons que tu voudrais bosser, avait dit Nicolas. Il avait l’habitude de ces petites jeunettes qui débarquaient, sortant on ne sait d’où, s’imaginant être des graines de star alors que non, elles avaient juste, pour la plupart, un joli brin de voix, mais rien d’exceptionnel.

Celle-ci, avait-il pensé quand sa mère avec pris contact avec lui, devrait être réaliste concernant ses aptitudes et talents. Sa maman avait fait partie d’un chœur semi-pro dont Nicolas connaissait très bien le chef. Elisabeth, l’ancienne choriste, était sans doute consciente des possibilités et des lacunes de sa fille. Elle lui avait expliqué au téléphone que Myrtille allait enregistrer un titre en français dans un studio pro londonien. Cela avait paru étrange au coach. Comment une demoiselle de seize ans avait-elle la possibilité d’enregistrer là-bas ? Soit elle était vraiment excellente, soit elle avait un piston gros comme le bras…

C’est donc un peu méfiant qu’il ouvrit la porte à une demoiselle et sa maman, qu’il reconnut directement. C’était une amie de quelqu’un avec qui il avait bossé : Flo ! Comme cela faisait longtemps. Flo et Elisabeth étaient devenues copines par la force des choses. Exubérantes toutes les deux, de jolies voix, un moral à toute épreuve. Bref, elles étaient faites pour s’entendre. Elisabeth avait assisté à plusieurs concerts proposés par l’ensemble vocal dont Nicolas et Flo faisaient partie et c’est comme cela que… Flo avait même chanté au mariage d’Elisabeth !

— Entrez, je vous prie. Tu restes, Elisabeth ?

Myrtille se tourna vers sa maman. Ainsi, ils se connaissaient ! Elisabeth n’avait donc pas menti quand elle avait raconté les prémices de la petite formation vocale dont Nicolas faisait partie il y avait un paquet d’années.

— Non, répondit Elisabeth. Myrtille est assez grande pour expliquer ce dont il retourne et ce qu’elle attend de son cours. N’est-ce pas, Myrtille ? dit-elle, en se tournant vers sa fille. D’ailleurs, je vous laisse travailler.

Nicolas regardait alternativement l’adolescente et sa mère. Elles se ressemblaient un peu : des cheveux de la même couleur, pareil pour les yeux. Par contre, elles n’avaient pas la même corpulence. La jeune fille était fluette. Elle avait une attitude beaucoup moins assurée, aussi.

— On va passer dans la pièce à côté, tu veux ? Elisabeth, tu viens la récupérer d’ici une bonne heure ?

— OK. Amusez-vous bien !

Myrtille la foudroya du regard : ils allaient tra-vail-ler, pas s’amuser… En voyant l’air un peu désapprobateur de l’adolescente, Nicolas ne put s’empêcher de sourire. Elle prenait vraiment les choses au sérieux. Tant mieux. À nous deux, ma p’tite, pensa Nicolas en s’installant au piano.

— On va commencer par une petite mise en voix, tu veux bien ? Et puis, tu me montreras ce que tu comptes enregistrer à Londres… Tu as la partition ?

— Euh, non, juste les paroles avec les accords et l’audio de la chanson… C’est… grave ?

— On se débrouillera, ne te tracasse pas.

Nicolas plaqua un accord solidement et chanta une petite vocalise d’une vingtaine de notes. Ce n’était pas franchement facile et Myrtille dût s’y reprendre à trois fois pour être capable de l’imiter, mais quand elle eut compris comment « cela fonctionnait », sa voix plus assurée, à présent, s’éleva de manière naturelle et pas engorgée. Très joli, pensa Nicolas.

— Il y a un peu de souffle sur ta voix. Tu le savais ?

— Oui…

Myrtille paraissait désolée.

— Mais cela s’arrange avec facilité, si tu écoutes bien mes conseils. Alors, tu vas faire ceci.

Suivaient une série de consignes très précises sur la manière de respirer et de doser le souffle. Ce que Myrtille se hâta d’appliquer. Elle fit quelques essais de contrôle de sa sangle abdominale. Et puis reprit la vocalise. C’était vrai : ça fonctionnait et ce n’était pas trop difficile. Il fallait y penser, simplement.

— On va essayer autre chose et puis on passe à ta chanson.

La voix de Myrtille s’assouplissait. Les notes de passage d’un registre à l’autre étaient moins difficiles. Elle fit un troisième exercice. Nicolas était satisfait. Oui, elle chantait bien, juste. Mais pour le moment, il s’agissait simplement de vocalises. La suite serait certainement plus ardue. Il avait rapidement jeté un coup d’œil à la feuille que la jeune fille lui présentait puis la lui avait rendue. Il ne connaissait pas le titre en question.

« Comme si »… ça parlait visiblement d’amitié, une jolie amitié. Cela aurait pu passer pour une chanson d’amour un peu guimauve mais en y réfléchissant, non. Quelqu’un qui est consolé, encouragé. C’était un joli texte, sincère, adapté à cette voix juvénile.

— Tu me fais écouter l’audio ?

Myrtille prit une petite bourse corail dans sa poche. Elle en extirpa une clé USB.

— C’est le premier MP3, se contenta-t-elle de dire.

Une intro au piano et puis la voix de sa grand-mère, dans le grave. Quel joli timbre, pensa Nicolas. Une voix de poitrine, oui, mais sensible, pas poussée.

— Tu vas chanter dans ce ton-là ?

La jeune fille ne comprenait pas vraiment où le coach voulait en venir.

— Cette version est bien trop grave pour toi… Tu t’es entraînée à chanter ça comme ça ?

— Euh… oui.

— Cela ne devait pas être très confortable.

Non, en effet, c’était assez difficile. Elle n’avait pas assez de souffle pour terminer certaines phrases et… sa grand-mère et elle n’avaient pas la même tessiture, c’était clair, mais comme la version de référence que Myrtille possédait, c’était ça…

— Je te propose quelque chose, tu veux ?

Oh oui qu’elle voulait. Il fallait que l’enregistrement avec Austin soit parfait. Il fallait que sa voix soit au top. Il fallait… Et puis, ce coach, il donnait vraiment l’impression de s’y connaitre. Alors, elle hocha la tête lentement.

— D’abord, je vérifie le ton d’origine. Tu as la grille d’accords ?

Myrtille s’empressa de lui tendre la feuille pliée en quatre que Nicolas avait consultée un peu avant avec paroles et accords.

— Hmmm, sol mineur. En t’ayant entendue dans les vocalises, il faudrait sans doute qu’on remonte ça une tierce ou une quarte plus haut… On va essayer en do mineur et si c’est trop aigu, on descendra d’un demi-ton.

Myrtille ne comprenait pas vraiment. Elle se disait que si Austin était là, lui, il saurait. Elle écouta la petite intro de Nicolas au piano et puis elle se lança.

Comme si tu me berçais tendrement en me prenant dans tes bras et en passant les doigts sur mes joues trempées de larmes…

Waouh, elle était parvenue à faire cela sans manquer de souffle. Juste deux petites respirations comme les prenaient Mamou, l’une après « comme si » et l’autre avant « trempées de larmes ». C’était formidable.

— Ça a l’air d’aller, non ? On continue…

La troisième phrase était plus dans l’aigu. La voix de Myrtille, tout à coup, devint moins sûre.

— Attends, on va recommencer en si mineur. Là, je suis certain que ça ira et que tu pourras vraiment te laisser aller. Allez, ne sois pas découragée, on avance bien.

L’adolescente reprit. Il n’y eut plus de soucis : sa voix plus claire que celle de sa grand-mère était à présent mieux assise. Elle se sentait à l’aise. Ce qu’elle aurait vraiment aimé, c’était de pouvoir reproduire les petites inflexions de Mamou, certains petits « défauts » qui faisaient tout le charme de l’interprétation originale.

— Hela, jeune fille, qu’est-ce que tu me fiches, là ?

Myrtille s’arrêta d’un coup. Elle aimait la manière dont sa grand-mère prononçait ce « ch » de « chaleur ». Cela donnait une certaine tendresse à la phrase qui parlait d’être entourée par celle-ci, contre le corps de cet ami.

— C’est un effet, c’est ça ? Tu veux reproduire ce qui est dans l’audio ?

C’était exactement ça…

— C’est… inapproprié ?

Nicolas la regarda en souriant.

— Pas vraiment, non, aucun souci pour moi. Je pense que la personne, qui a enregistré la version que tu as beaucoup écoutée, a mis beaucoup de poids sur certains mots parce qu’ils signifiaient quelque chose de précis pour elle. Et toi ? Tu ressens ce qu’elle raconte ?

— Le moindre mot, je crois…

— Tu t’identifies à elle ?

Myrtille n’avait jamais pensé aux choses de cette manière. Oui, elle adorait Mamou, elle l’admirait aussi, énormément. Quant à savoir si elle s’identifiait à elle, c’était différent. Mais oui, en y songeant, celui dont elle était amoureuse était le fils de « la grande passion » de sa grand-mère. Ça lie, ça, tout de même, non ? Et surtout, ça rapproche, deux cœurs qui battent au même rythme…

— J’aimerais lui ressembler, oui.

— Je comprends. Mais, dis-moi, ce n’est pas ta maman qu’on entend dans l’audio. Je me trompe ?

— Non, c’est ma grand-mère…

— Vous vous entendez bien, je suppose ? continua Nicolas en souriant.

Elle n’eut pas besoin de répondre : son petit visage était lumineux et ses yeux brillants. Et c’était si manifeste que Nicolas sut qu’il avait tapé juste. Ah, ces amitiés féminines…

— Bon, on va reprendre tout ça, et sans s’arrêter, cette fois.

Ils se remirent au travail. Une fois, une autre fois et puis Nicolas se retourna pour faire face à Myrtille.

— On touche au but. C’est vraiment pas mal, tu sais.

— Oui ?

— Sinon, je ne te le dirais pas. Je suis assez avare en compliments, en fait…

Tiens, cela disait quelque chose à Myrtille, ça. Elle se souvenait des commentaires qu’Austin faisait au sujet de son prof de piano à Londres. Des encouragements, oui, mais rarement des félicitations… Comme si cela lui écorchait la bouche. Heureusement, Nicolas, même s’il se disait pareil, il soulignait ses mérites. Comme elle avait hâte de raconter tout cela à son amoureux ! Une petite brume passa devant ses yeux : il lui manquait, mais il était hors de question qu’elle se laisse aller à verser une petite larme…

— On reprend une dernière fois ? Histoire que tout soit bien fixé dans ta tête ?

Ce fut à ce moment-là que la sonnette à la porte d’entrée retentit.

— Voilà ta maman, je suppose. On lui fait écouter ? demanda Nicolas en se dirigeant vers l’entrée pour lui ouvrir.

Pas une, mais deux femmes. La plus âgée devait être la mère de l’autre… Serait-ce possible qu’il soit en face de la chanteuse qui avait enregistré « Comme si » ? Le visage de Myrtille s’éclaira. Mamou… Ce serait différent, si c’était la compositrice qui l’écouterait. Après tout, c’était sa chanson.

— On va vous montrer le résultat de notre travail, si vous le souhaitez, mesdames, dit Nicolas. Prenez donc un siège.

Bien sûr qu’elles étaient d’accord. Mamou choisit un petit fauteuil. Elisabeth, quant à elle, s’assit sur une chaise. Elles étaient toutes deux très droites et très attentives.

Nicolas joua donc l’intro en si mineur. Tiens, eut l’air de se dire Mamou, c’est plus aigu que ce que je chantais… La voix claire et plus légère de Myrtille enchaîna jusqu’au bout. Elle avait repris les petites inflexions de la version originale, les syllabes un peu allongées, le poids sur certains mots.

Mamou la regardait, émerveillée. Non, cette chanson n’avait pas été composée pour Adam, c’était clair. Mais ce que Myrtille et Austin allaient enregistrer, ce serait superbe, c’était certain. La voix de sa petite-fille avait quelque chose d’aérien et de profond en même temps. Ou plutôt, c’était cette interprétation qui l’était, profonde. Les sentiments de Mamou pour cet autre homme, cet ami, c’était à coup sûr une grande amitié, de la confiance et de l’admiration mêlées. La vie de sa grand-mère était vraiment surprenante. Cela faisait un mystère de plus à élucider…

— Qu’en pensez-vous ? demanda Nicolas en se tournant vers la maman et la grand-mère de Myrtille.

Visiblement, c’était du positif. Ce fut Elisabeth qui répondit.

— C’est épatant, vraiment bluffant. Ça ressemble à ce que maman avait enregistré mais c’est… comment dire… plus angélique…

Ah non, pensèrent en même temps Myrtille et Mamou, toujours ses histoires de messe… Elles eurent un regard de connivence l’une envers l’autre. Elles levèrent les yeux au ciel de concert également…

— Certes, plus angélique, reprit Nicolas en fronçant les sourcils. Vous aimez ?

— Oh oui ! s’exclamèrent mère et fille.

Ce à quoi Mamou pensait, c’était comment Adam allait mixer piano et voix à Londres, d’ici quelques semaines. Elle fut interrompue par le coach.

— Je peux me permettre une petite question ?

— Bien sûr !

— Comment un studio d’enregistrement londonien connait-il Myrtille ?

Mamou, Elisabeth et Myrtille se regardèrent souriantes.

— C’est un ingé-son qui connait Myrtille. C’est un ami de la famille, et Austin, son fils, est pianiste. Il étudie au Junior College Music, vous voyez ?

Mais oui, bien sûr qu’il voyait : c’était l’école qui préparait à celle où Nicolas était parti se perfectionner après ses études classiques à Namur. Le monde était décidément bien petit…

2. Skype, mon joli Skype…

Le GSM d’Austin vibra.

On se parle sur Skype ce soir ? Des trucs à te raconter…

Son visage s’éclaira.

— Dis, P’pa, je vais zapper le dessert. Ça dérange ?

— Tu as des nouvelles de Myrtille ?

— Oui, voilà.

— Vas-y, oui. Tu as notre bénédiction, dit Mary.

Les parents de l’ado aimaient le bien que Myrtille faisait à leur fils. Le fait qu’il soit plus loquace, qu’il se passionne pour quelque chose, qu’il fasse des efforts pour mener des projets à terme. Cela lui avait donné une certaine maturité. Avant, il était plus rêveur et moins ancré dans la réalité.

Austin avait en majorité hérité de son père. Celui-ci, excellent musicien, s’était dirigé vers le traitement du son. Il en avait fait son métier, d’ailleurs. Il était souvent dans les nuages, comme lui. Il préférait dire « dans ses imaginations ». Physiquement, il ressemblait à Adam : la forme du visage, la couleur des yeux, les longs cils, la carrure et l’allure de chat effarouché. Ce qui différait, c’était leurs cheveux. Le jeune homme les avait plus foncés. Il avait un nez en trompette aussi… Alors que ni Mary ni Adam n’avaient un nez de cette forme-là… Duncan, le frère cadet d’Austin, était le portrait craché de sa maman : plus terre-à-terre, plus petit aussi que son aîné au même âge. Il avait les cheveux et les prunelles foncés. Personne n’aurait pu dire, en les regardant, qu’ils étaient frères. Quand on les voyait en compagnie de leurs parents, oui, évidemment, mais comme ils devenaient grands, ils n’étaient plus vraiment surveillés par ceux-ci. Ils jouissaient d’une certaine liberté et n’en abusaient pas. Duncan et Austin étaient simplement des jeunes gens bien dans leur peau, responsables et indépendants, pour le plus grand plaisir de leurs parents.

Sitôt le souper avalé, Austin quitta la table et gravit les escaliers quatre à quatre pour rejoindre son amie sur Skype.

— T’es pas loin ? écrivit-il.

Le signal de « quelqu’un veut vous parler » se fit entendre. Austin accepta l’appel et brancha sa webcam.

— Alors, quelles sont les nouvelles ?

— En termes de nouvelles, c’est du travail supplémentaire…

— Ah ? Explique… Mais d’abord, comment tu vas ?

— Bien. Je suis super emballée. J’ai rencontré un coach vocal épatant : quelqu’un que maman connait. Et on a bien bossé. Et toi, tu vas bien aussi ?

Il avait envie de lui répondre que quand ils se parlaient, il allait toujours bien. D’ailleurs, il savait qu’il en était de même pour Myrtille.

— Beaucoup de boulot pour mes cours de piano. Comme on arrive au deuxième quadri, je vais devoir mettre les bouchées doubles question répertoire.

— Genre ? demanda timidement la jeune fille.

Elle venait de se souvenir qu’Austin avait une audition préparatoire à son test de fin d’année bientôt. Oui, elle avait été invitée et elle serait là, bien sûr. Mais pour qu’il soit prêt, il devrait travailler pas mal et… aurait-il le temps de bosser un peu à l’accompagnement de Commesi ?

— Je dois présenter le Menuet de Debussy avec ma prof et aussi le prélude et fugue de Bach. Et puis, j’ai une pièce de Brahms à jouer. Et de ça, j’en suis juste au déchiffrage… Ce n’est pas facile. Ça me demande du temps. Et quand ce sera déchiffré et bien en place rythmiquement, il y aura encore l’interprétation… Je ne suis pas au bout de mes peines…

— Mais tu y arriveras, non ?

Myrtille était inquiète, tout à coup. Elle se rendait compte qu’Austin se sentait un peu dépassé par les événements. Elle continua :

— Je pourrais faire quelque chose pour t’aider ?

— Je ne pense pas, non. Tu sais, ça prend du temps, tout ça. De l’énergie, j’en ai. Mais du temps, c’est autre chose…

Ce fut au tour d’Austin de se mordre les lèvres. Sa Myrtille allait peut-être s’imaginer qu’ils devraient un peu ralentir leurs conversations par Skype…

— Tu aurais le temps de travailler un tout petit peu pour l’enregistrement ? demanda la jeune fille timidement.

— Dis-moi de quoi il s’agit, tu veux ?

Il s’en voulait. Elle semblait si découragée, tout à coup. Son enthousiasme s’était transformé en angoisses.

— En bossant avec le coach, on s’est rendu compte que la chanson, elle n’était pas à la bonne hauteur et que ma voix serait plus jolie si je pouvais chanter dans un autre ton. C’est comme ça qu’on dit ?

— Oui, c’est comme ça qu’on dit. Ce serait dans quel ton, alors ?

— Je ne sais pas mais Mamou a réécrit la grille d’accords. Je te l’envoie ?

— OK.

Quelques instants plus tard, il avait les yeux posés sur la photo de la grille d’accords que Myrtille lui avait envoyée. C’était du si mineur à la place de sol mineur. Limite, il préférait le nouveau ton.

— Ça roule ! C’est même plus simple pour moi, je pense.

Ouf, se dit Myrtille.

— Tu as déjà écouté l’audio ?

— Évidemment. Au niveau de l’accompagnement, c’est vraiment simple. Fais-moi confiance. Je vais t’emballer ça en dix minutes grand max. Si tu peux m’attendre, j’y bosse un peu et puis je te fais entendre.

Aucun des deux ne coupa sa webcam. Myrtille entendit les essais de plus en plus convaincants d’Austin et c’était vrai : moins de dix minutes plus tard, il lui dit qu’il allait lui envoyer la nouvelle version de l’accompagnement et que, de cette manière, elle pourrait travailler son chant dans le bon ton.

— On adaptera pour les intentions musicales et les nuances, ajouta-t-il. De toute manière, c’est juste pour que tu te familiarises avec le ton idéal pour toi. Si ce n’est pas tout à fait la version de Mamou transposée, ce n’est pas grave. Et puis, c’est seulement pour avril, non ? Il reste encore un peu plus de deux mois…

Il avait l’air sûr de lui. Myrtille était certaine qu’il songeait avant tout à cette pièce de Brahms, mais ce n’était pas si grave, au final. Elle allait se montrer sage, patiente. C’est ce qu’elle expliqua à Austin qui lui en fut très reconnaissant.

— On se reparle bientôt ? demanda timidement la jeune fille.

— Tu sais ce que je vais faire ? répliqua son amoureux. Je te promets une surprise dans ta boîte mail… Ça te plairait ?

— De quel genre ?

— Pour tes oreilles…

Myrtille était heureuse, souriante et rouge, aussi, très rouge. Elle n’avait pas vraiment d’idée de ce dont il s’agirait, mais si cela venait d’Austin, ce serait un cadeau inestimable, elle en était certaine. Alors… une chanson-dédicace, une compo au piano… peu importait.

— Oh oui, avec plaisir ! J’attendrai avec impatience, mais surtout, prends ton temps. Ne bâcle pas l’histoire sous prétexte que je serais pressée de découvrir. OK ?

— Tu me connais, non ? répondit Austin en lui faisant un clin d’œil. Je vais te laisser, maintenant.

— D’accord.

— Et merci pour tes nouvelles. Entraîne-toi bien, hein : il faut qu’on soit au top pour avril.

— Bien sûr ! Avec tes doigts, ce sera plus facile que jusqu’à présent, sur l’audio de Mamou.

— Mes doigts magiques, c’est ça ? dit-il, taquin.

— Exactement, tes doigts magiques…

Myrtille ferma les yeux. Elle se souvenait de la douceur des mains d’Austin, la manière dont il l’avait caressée très délicatement, provoquant des frissons qui l’avaient parcourue des pieds à la tête. Vraiment, il savait y faire. Et puis, la façon dont il s’était répandu sur son ventre à lui après s’être masturbé. La prochaine fois qu’ils en seraient là, il faudrait qu’il éjacule sur son ventre à elle. Elle se demandait si c’était chaud ou pas, liquide, collant… Elle n’avait pas osé faire de recherches sur le net. Elle aurait eu trop peur que sa maman tombe sur les pages consultées dans l’historique et qu’elle soit choquée… Elle avait une idée, mais il faudrait pour cela mettre Mamou dans la confidence et tout d’abord, récupérer les Frissons nocturnes dont sa grand-mère était l’auteure…

3. Un nouveau cours de piano

On arrivait fin février. Enfin, Austin avait terminé le déchiffrage et la mise en place rythmique de ce fameux intermezzo de Brahms. C’était une pièce d’une véritable envergure. Elle exigeait une certaine technique mais aussi de la musicalité. Ce dernier point ne tracassait pas le jeune homme outre mesure. Il se savait capable de s’imprégner de l’âme romantique du compositeur. Il aimait cela, se fondre dans l’esprit et le cœur des morceaux qu’il travaillait. Certes, c’était difficile techniquement, mais ce qu’il pourrait y mettre, ce serait formidable…

Il pensait à Myrtille, à la passion qui les avait entraînés l’un vers l’autre. Il se sentait capable de venir à bout de cette œuvre et quelle satisfaction ce serait pour lui de pouvoir présenter cette pièce à l’audition préparatoire à son test final…

— Alors, cet intermezzo ? On peut commencer par cela ?

Austin s’installa au piano. Les choses sérieuses allaient démarrer. Son professeur avait saisi la partition que le jeune homme avait posée sur le pupitre de l’instrument. Arf, c’était vrai, il fallait qu’il joue de mémoire.

— Vous connaissez la première page de tête, j’espère ?

Il hocha la tête de manière affirmative. Oui, bien, sûr. Il s’était laissé surprendre lors de son premier cours, mais cette fois, c’était différent. Et de fait, il maîtrisait la première page et trois lignes de plus. Avec ce bourreau du travail, c’était préférable de prendre toutes les précautions d’usage.

Il prit une grande inspiration et se lança. Le morceau commençait lentement, en douceur. La deuxième partie était volubile : des arpèges et des notes à n’en plus finir. Ensuite, le retour au calme avec une reprise de la première partie. Une forme ABA, tout ce qu’il y a de plus convenu.

Il mit son tempérament rêveur au service de la musique. Il était sûr de lui : de longues tenues alors que d’autres notes s’égrenaient constituant des jolis motifs. On sentait comme une tension dans cette partie. Ce calme, il fallait qu’il explose. Tout le travail se trouvait dans cette impression de langueur, de contrôle, qui, à un moment, est obligée de se lâcher.

Il était attentif à doser les blanches tenues et les croches qui couraient. Les premières étaient plus sonores mais laissaient la place aux autres notes. Il fallait qu’il se concentre sur chaque intention, mais il semblait pouvoir y arriver.

Il laissa la dernière note de la phrase qui concluait la première partie sonner jusqu’au bout et releva les mains du clavier avec un geste souple. Il n’osait pas regarder sa professeure.

— Vous avez fait du bon travail… Quelle interprétation avez-vous écoutée ?

— Celle de Julius Katchen…

— C’est vieillot, ça date du siècle dernier.

— J’en ai écouté d’autres, mais c’est celle que je préférais.

— Vous n’avez pas prêté l’oreille à ce bon vieux Glenn ? dit-elle en souriant sans le regarder.

— Non… j’aurais dû ? Austin se mordit les lèvres.

— Le passage plus fougueux, il l’interprète assez justement, je trouve. Ça bouge de manière intelligente au niveau de la dynamique.

— J’irai écouter.

— Mais j’y compte bien !

— Avez-vous déjà déchiffré la partie centrale de l’œuvre, celle qui est plus lyrique ?

— Oui, mais je ne l’ai pas encore en tête. Il y a beaucoup plus de notes.

— C’est vrai, elle est plus technique que celle-ci. Mais je vous fais confiance. Si vous le souhaitez, nous pouvons la travailler ensemble la semaine prochaine, avec la partition. Tâchez d’y mettre le phrasé demandé. Et puis, en écoutant Glenn Gould, certaines choses vous paraîtront plus lumineuses au niveau de la compréhension, du moins, je l’espère !

Austin était un peu décontenancé. Il n’était pas habituel que sa professeure lui fasse confiance de cette manière. Il y songeait quand celle-ci reprit :

— Dans ce que vous m’avez présenté, il y a cependant l’un ou l’autre endroit où c’est un peu déséquilibré au niveau des plans sonores.

Évidemment, se dit le jeune homme, c’était trop beau pour être vrai… Il était un peu déçu mais n’en laissa rien paraître.

— Montrez-moi quels doigtés vous employez pour ce passage.

La professeure avait replacé la partition sur le pupitre du piano et désignait une double-portée vers le milieu de la page.

Austin s’exécuta.

— Je m’en doutais, fit la pianiste. C’est classique. Avec ce doigté, impossible de respecter le phrasé lié, vous voyez ? Poussez-vous donc, que je vous montre.

L’ado se leva pour laisser la place à sa professeure. Celle-ci s’assit, très droite.

— Je reprends là, dit-elle en montrant à Austin un endroit deux mesures en deçà de celui où il y avait le souci.

Elle souleva les mains avec grâce, les déposa comme des plumes sur le clavier et la musique prit vie. Il y avait de la consistance dans son jeu mais aucune lourdeur. Elle donnait du poids à certaines notes, attentive aux nombreuses intentions indiquées sur la partition.

— Vous entendez, Austin, la rondeur de la phrase ? Vous devez inviter vos auditeurs à y pénétrer. Certes, vous jouez bien, je le reconnais. C’est puissant, éloquent, souvent. Mais pour jouer Brahms, outre la technique dont il faut faire preuve, il faut amener ceux qui vous écoutent à entrer dans une espèce de douce intimité, une chaleur. On pense souvent que ce compositeur, c’est beaucoup de virtuosité. Mais les interprétations les plus sensibles, comme celle de Katchen que vous avez écoutée, ce sont celles qui, dépassant la technique pure, mettent cette dernière au service de la musique, de l’âme et de la pensée musicale… Souvenez-vous-en quand vous jouerez cette première partie. Vous aurez l’occasion de briller de vélocité dans la deuxième partie.

Austin regardait la pianiste avec plaisir. Il retrouvait la passion de la grand-mère de Myrtille dans ses mots et dans ses yeux. Oui, le chemin était long pour y arriver, mais ces deux femmes avaient un langage qui venait du cœur et c’était cela qui faisait d’elles de bonnes pédagogues. Il était plongé dans ses pensées quand…

— Voyons donc le Menuet… Où est votre partition ?

Le jeune homme qui était toujours debout alla chercher un deuxième siège qu’il mit à côté de l’autre, devant le piano. Son professeur changea de tabouret et Austin s’assit à sa droite. La Petite Suite était sur le pupitre de l’instrument. Ils étaient prêts à attaquer le 4 mains.

Austin se sentait plus à l’aise que dans le Brahms. Cette pièce, ce fameux Menuet, il l’avait déjà pas mal travaillée durant les vacances de Noël d’il y a deux mois. C’était à nouveau Mamou qui lui avait servi de répétitrice et de secondo. Elle lui avait montré comment s’y prendre : des questions de nuances, de phrasés, de notes bien dosées, de passages où on peut se laisser aller tellement ils vous portent. Et d’autres qui s’élancent légèrement, si légèrement. Et puis, le thème initial qui est repris d’une manière plus installée alors que la partie d’accompagnement est plus riche. C’était une belle œuvre. Et pouvoir jouer en duo ravissait le jeune homme… Il aimait la musique de chambre, le jeu à plusieurs. Avec la grand-mère et la petite-fille, il était comblé : entre une pianiste pédagogue et une chanteuse qu’il aimait comme un fou, il était servi. Et bientôt, il allait retrouver Myrtille et bosser cette chanson qui parlait d’amitié.

— Euh, allo ? Ici la terre…

Austin balaya ses idées d’un geste de la main. Sa professeure le rappelait à l’ordre… C’était normal, après tout : il était temps de se remettre au travail.

— Je suis prêt.

Il souleva les mains au-dessus du clavier : des doigts solides mais légers à la fois pour ces petites appogiatures et ensuite ces ribambelles de doubles-croches. Son professeur intervenait juste après les premières notes de l’élève. Une intro de huit mesures, c’était convenu. Et ensuite, le thème principal à la main droite alors que la gauche s’égrène ou est plus présente. La pianiste le suivait. Puis, c’était elle qui avait le thème. La deuxième partie était différente : deux caractères différents pour celle-ci. L’un mélodique qui est entonné par le secondo, l’autre plus rythmé, au primo. La troisième partie, c’était la reprise du premier thème.

Voilà : c’était déjà terminé. Ce n’était pas long. Austin avait les joues un peu rouges. Sa respiration s’était accélérée. Heureusement, ses mains n’avaient pas été fébriles. Ses attaques étaient remarquables de précision, mais le caractère un peu éthéré de son interprétation brillait de respect pour la partition. Il regardait ses mains posées à présent sur ses cuisses et n’osait pas lever les yeux.

— Bravo, Austin. Votre exécution était bluffante. Vous avez travaillé cela avec quelqu’un, je me trompe ?

Que répondre ? Son professeur n’aimerait-elle pas le fait que… Il se souvenait de ce que Mamou lui avait dit : certains profs ne voient pas d’un bon œil que leurs élèves aillent chercher des conseils ailleurs…

— Ne soyez pas gêné : cette personne vous a bien fait progresser. Il y avait beaucoup de subtilité dans votre interprétation. D’ailleurs, je dois dire qu’il ne reste pas grand-chose à travailler : juste du peaufinage. Ou plutôt, que nous devons nous habituer l’un à l’autre… Le travail de fond est là. C’est le principal. Il nous faut encore beaucoup jouer ensemble : c’est le secret des quatre-mains réussis.

Quand Austin quitta la salle de répétitions, il s’empressa d’envoyer un SMS à Myrtille :

Ce soir sur Skype… Trop hâte de te raconter. Baisers.

4. Comme une brise un peu chaude…

— Dis vite : ça a l’air d’être top !

Austin et Myrtille étaient face à leur ordi.

— Eh bien, j’avais cours aujourd’hui, cours de piano, je veux dire. Et…

Il laissait son amie entrer dans son enthousiasme.

— Et ? continua Myrtille, en relevant les sourcils.

— Et… ma prof s’est rendu compte que… j’avais bossé le Menuet, mais que…

— Allez, arrête de me faire poireauter. C’était du positif ou elle n’était pas contente ?

— Plutôt du positif… Il n’y a plus que les intentions à bosser. Mais c’est simplement une question de complicité, tu sais, d’avoir l’habitude de jouer avec son partenaire. Avec Mamou, on avait bien trouvé ça, la complicité. Il va falloir refaire le travail, mais pour le reste, c’est…

— Parfait ? Elle t’a dit que c’était « parfait » ?