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Dans un monde où la réalité vacille entre ombre et lumière, Thalia et Nathan se trouvent plongés dans une lutte acharnée pour leur survie. Malgré leurs différences apparentes, ils sont contraints de s'unir face à une menace qui les dépasse. Leur aventure, faite de mystères et de vérités insaisissables, vous emportera dans un univers où le surnaturel se mêle au quotidien, où les frontières entre réalité et illusion s'effacent. Imaginez que le monde que vous avez toujours connu s'effondre en un instant, remettant en question votre existence tout entière. Thalia et Nathan, chacun portant sa propre dualité, se retrouvent plongés dans un tourbillon d'événements troublants. Ensemble, ils devront dépasser leurs propres limites pour affronter leur nouvelle réalité : ils sont des fugitifs. Plongez dans ce roman envoûtant, où les protagonistes vous entraîneront dans une quête palpitante, où la ligne entre le réel et l'imaginaire devient de plus en plus floue. Une lecture qui vous laissera en suspens, vous invitant à explorer les profondeurs des mystères qui entourent nos héros, dans une quête insatiable de Vérité
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Seitenzahl: 514
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Ce livre explore des thèmes liés à la Dark Romance, et les personnages principaux défient les limites de la tolérance. Si vous êtes à la recherche d’une lecture légère ou souhaitez éviter des scènes explicites, il est conseillé de choisir une autre œuvre.
Veuillez noter que ce roman contient des éléments susceptibles de choquer et de perturber. Les situations présentées peuvent être dérangeantes et ne conviennent pas à tous les lecteurs.
Je ne pense pas que ce roman puisse être considéré comme prônant un excès de violence par rapport à certaines dark romance que nous connaissons tous... Mais chacun à sa propre sensibilité. Alors si vous débutez cette lecture c’est à vos risques et périls.
Le côté sombre de cette histoire est centré sur le thème de l’acceptation, mais il peut néanmoins être intense et provocateur, voir choquant et morbide.
Ici lecteur la question sera est-ce que l’on peut tout accepter en prenant comme excuse la nature immuable de l’individu fautif ?
Prenez cela en considération avant de vous plonger dans cette expérience littéraire. Si vous choisissez de continuer, soyez préparé(e) à une exploration profonde des aspects sombres de l’humanité. Ce livre se divise en trois partie, évolutive. Prenez le temps de les découvrir au fur et à mesure. Le changement de point de vue des protagonistes évolue lui aussi.
PS : Je précise qu’il s’agit de mon premier roman, je vous demande d’être indulgent :)
Bienvenue dans la face sombre de mon imagination
Prenez soin de vous pendant cette lecture. Votre santé mentale ET physique est votre priorité. Ne laissez personne vous dicter votre conduite quand il s’agit de votre corps.
N’oubliez JAMAIS : Quel que soit vos fantasmes. Le consentement MUTUEL est la clé d’une relation saine.
E. L
Violence psychologique et physique : Ce livre contient des scènes de violence psychologique et physique, y compris des situations de manipulation mentale, de torture et de meurtre.
Mort et meurtre : Attention, ce livre contient des descriptions détaillées de mort, de meurtre et de scènes graphiques pouvant choquer certains lecteurs.
Relations sexuelles perturbantes : Ce livre comporte des scènes de relations sexuelles qui peuvent être dérangeantes pour certains lecteurs.
Dérive morbide : Ce livre explore des thèmes de dérive morbide, incluant des comportements obsessionnels, des pensées morbides et des situations de détresse psychologique, violente, envie de tuer, et bien d’autres.
Contenu adulte : ce livre est destiné à un public adulte et contient des scènes de violence, de sexe explicite et de comportements déviants. L'âge et la maturité du lecteur sont à prendre en considération avant la lecture.
Je ne peux pas être tenue pour responsable si un mineur décide de lire cet ouvrage.
Alors jeune padawan si tel est ton cas, je te conseille d’attendre juste quelques années encore.
À toi audacieux(se) explorateur(trice) des abîmes psychiques, qui embrasses la folie autant que moi, bienvenue dans l'esprit d'une âme qui se confond avec la tienne, plonge à mes côtés vers un voyage tumultueux où nos instabilités se rencontrent s’assument et se révèlent pour révéler la vérité cachée dans l'ombre de nos esprits. Répondons ensemble à cette question : Peut-on tout accepter ?
"Quand tu joues avec le diable, il revient te hanter princesse"
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à tous ceux et celles qui ont contribué à la réalisation de ce livre. Ce projet a été une aventure incroyable et je suis reconnaissant à ceux qui m’ont aidé à faire de ce livre une réalité.
Mes amis, qui, je l’espère, se reconnaîtront. Ceux qui connaissent mon identité depuis le début. Je vous remercie tous chaleureusement.
J’ai hâte de vous signer des exemplaires personnellement.
Un grand merci à tous les lecteurs qui prendront le temps de plonger dans les pages de mon livre. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à l’écrire.
Merci du fond du cœur à chacun d’entre vous. Ce livre n’aurait pas été possible sans votre soutien.
Alors, mes petites fées, rendez-vous à la prochaine aventure !
Avec toute ma gratitude,
Eva Léonne.
Prologue
PARTIE I
I: Thalia - Le Petiti Prince.
II: Thalia - Nathan.
III: Nathan - La lumière dans l’obscurité.
IV: Thalia - Cache-cache sanglant.
V: Thalia - La folie au bout du couloir.
VI: Nathan - Une nuit d’horreur.
VII: Thalia - Révélations
XVIII: Thalia - Échec et mat
IX: Nathan - Tentations éphémères.
X: Thalia - Caméléons en fuite.
XI: Thalia - Une arrivée sensationnelle
Partie II: Retour aux origines.
XII: Nate - SOGP
III: Lia - Les fantômes existent vraiment.
XIV: Nate - Réalisations.
XV: Lia - Rencontre avec le créateur.
XVI: Nate - Suis-moi : le plaisir s’enracine dans la douleur.
XVII: Nate - Notre petit héros
XVIII: Lia - Obscurité intérieure
XIX: Nate - Vous protéger.
Partie III.
XXIII: Lia - Une famille ?
XIV: Nate - Le poids de la vérité.
XVI: Lia - Je te vois.
XVII: Nate - Ma sorcière.
XVIII: Lia - Comme une envie de l’étrangler
XIX: Nate - Le concept d’intimité est relatif.
XX: Lia - Le fantôme d’une mère.
XXI: Nate - Le pardon est à mi-chemin de la Vérité.
XXII: Lia - Mon autre.
XXIII: Nate - Le crime a un visage : le mien.
XIV: Lia - Pardonne-toi,
XXV: Nate - Promesses faites, promesses tenues.
XVI: Lia - Douce trahison.
XXVII: Nate - Sortir ensemble de l’obscurité
Épilogue 1
Je ne comprends pas, je crois que je deviens fou. J’ai le pouvoir de vie et de mort. Je suis un monstre.
Il est assis en face de moi.
LUI,
Celui que j’ai détesté toute ma vie.
Il me sourit,
Un sourire qui semble contenir l’abîme de mes cauchemars les plus sombres. Il sait ce que je pense, il connaît mon trouble, ce choix que je dois faire. Mais je n’y crois pas, comment le pourrais-je ?
- C’est impossible, je ne suis pas ce que vous dites.
- Lorsque l’on a éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable soit-il, est forcément la vérité.
La vérité ?
Mais suis-je capable de l’entendre et de l’accepter ?
Dans l’ombre de mon âme se cache un secret plus sombre que la nuit éternelle. Une dualité me déchire, m’entraîne dans des abîmes que je n’aurais jamais cru possible d’explorer. Cet homme que j’ai imaginé toute ma vie faute de le connaître, incarnation de ce que je fuis, me confronte à des choix cruels.
Le destin, ce tyran insensible, semble rire de mes tourments. Mon être va-t-il enfin se fracturer pour révéler la Vérité que je m’efforce d’ignorer, ou vais-je me perdre à jamais dans les ténèbres de ma propre nature ?
Y a-t-il vraiment quelqu’un qui peut me sauver ?
Est-ce le magicien aux yeux d’émeraude ?
Je vois la Lumière, mais je ne suis pas sûr d’être digne de l’atteindre.
" Les étoiles sont éclairées pour que chacun puisse un jour retrouver la sienne.
Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry
« Boum ! »
Un bruit sourd résonne dans les couloirs de l’hôpital, faisant sursauter tout le monde. Tous les regards se tournent vers la source de l’accident et je peux sentir l’onde de choc de l’étonnement résonner dans l’air. Ma collègue, Jessica, a encore fait des bêtises. Elle a renversé le plateau médical et les tubes de prélèvements se sont éparpillés dans une symphonie chaotique. J’ai le souffle coupé, habitué à ses bévues quotidiennes. Cette fille est un danger ambulant, une accumulation perpétuelle d’erreurs qui défie toute logique, c’est vraiment impressionnant. Les secondes semblent s’étirer et chacun réagit à sa manière à cet incident.
Je respire profondément, un soupçon de lassitude mêlé à une pointe d’amusement traversant mes pensées. C’est devenu une routine, ma routine, une danse bien orchestrée d’erreurs surréalistes qui se produisent deux ou trois fois par jour, quand tout est « normal ». Mais le pire, c’est que je n’exagère même pas, si cette fille ne travaillait pas dans un hôpital, je pourrais la classer comme dangereuse pour elle-même et pour les autres.
C’est un don, vraiment, sans pareil de commettre autant de bêtises en si peu de temps. Jessica, la reine du désastre. À bien y penser, je me demande parfois si elle ne le fait pas exprès pour attirer l’attention des médecins sur elle ou pour démontrer qu’elle a des compétences uniques en matière de désastre.
Pour la décrire, il suffit de dire qu’elle est cette grande blonde aux lèvres bien plus proéminentes que son cerveau. Parfaitement positionnée pour remplacer Barbie, avec peut-être plus de charisme et moins de plastique. Je ne suis même pas médisante en disant cela, car Barbie à côté d’elle est en train de ranger sa maison de poupée, car Jessie, comme elle veut se faire appeler, peut très bien remplacer la poupée aux cheveux d’or. De plus, quand on voit la quantité de rose qu’elle arbore jour après jour, je pense que je devrais consulter un ophtalmologiste pour vérifier la fiabilité de ma vision. Parfois, j’ai l’impression de voir un bonbon humain enrobé de papier rose se déplacer dans les couloirs de l’hôpital.
Vous imaginez mon trouble ?
Et voilà, une fois de plus, une situation qui m’incombe. Qui va s’occuper de la nouvelle catastrophe causée par la Reine du Chaos ? Votre humble servante, bien sûr. Moi, Thalia Morales, infirmière à temps partiel depuis un an à l’hôpital de Chartres à Bordeaux. Je combine mes matinées à l’hôpital et mes après-midis de libres pour travailler sur ma thèse sur la transmission des addictions aux nourrissons. Passionnée par les enfants et captivée par ce sujet, j’espère qu’il m’ouvrira les portes vers la recherche. Mon choix de travailler dans le service de pédiatrie est bien entendu stratégique, c’est une façon d’élargir mes compétences en me confrontant à la réalité du terrain. C’est un métier complexe qui m’attire à bien des égards. À vingt-trois ans, je m’occupe de plusieurs petits patients. On m’a souvent dit que j’avais une grande capacité d’adaptation à mon environnement.
Malheureusement, cette qualité semble m’avoir conduite à hériter de Jessica et de ses catastrophes en série. Une fois de plus, je me retrouve à devoir gérer les conséquences de sa maladresse. Je m’approche d’elle en essayant de maîtriser ma patience qui s’amenuise de jour en jour.
— Jessie, c’est la deuxième fois aujourd’hui que tu laisses tomber du matériel. Et il n’est même pas encore onze heures du matin.
Mon ton est calme par choix, me mettre en colère contre elle me semble complètement inutile.
— Thalia, je suis désolé, cela ne se reproduira plus, je le jure !
Tu l’as déjà dit environ deux cents fois, pensai-je, mais je ne lui dis pas à voix haute. Au lieu de cela, je réponds doucement :
— C’est bon, je sais que tu essaies. Tes efforts finiront bien par payer.
— Oui, je t’assure que j’essaie, et je sais que tu fais preuve de patience avec moi, mais mes doigts sont comme du beurre. Chaque fois que je touche à un objet, il me glisse des mains. Je suis vraiment maladroite.
Il n’y a pas que dans ses mains qu’il a du beurre si vous voulez mon avis. Mon esprit est malsain, je risque de sortir une énormité si je ne me retiens pas. Je soupire et réponds :
— Ne t’inquiète pas, nous avons tous besoin d’un temps d’adaptation, je suppose.
— Si tu veux, pour me faire pardonner, je peux apporter les résultats des tests au Dr Dubernet.
— Non !
Elle a été surprise, tout comme certains de mes collègues dans le couloir. J’avoue avoir élevé la voix un peu fortement, pour éviter qu’elle ne provoque une nouvelle catastrophe. J’ai déjà assez à faire, pas besoin d’en rajouter une couche.
— Je veux dire, ne t’embête pas. Je m’en occupe. Tu peux faire le tour des chambres et voir si nos petits patients n’ont pas besoin de quelque chose.
— Oh oui, c’est une excellente idée. Je vais le faire tout de suite. Encore désolée, Thalia.
Elle prend son stéthoscope rose - au cas où vous auriez un doute sur la couleur je vous épargne le suspense- Et elle s’élance dans le couloir en sautillant. Oui, j’ai bien dit en sautillant comme un petit lapin en liberté dans son pré.
Je ferme les yeux et je reprends mes exercices de respiration. Inspirer, expirer, inspirer, expirer. Je me dis qu’elle ne peut rien casser lors de ses tournées. Du moins je l’espère, je ne peux pas la suivre partout, il faut qu’elle apprenne à se débrouiller seule. Mon objectif est maintenant de transmettre le plus rapidement possible ces analyses au médecin responsable, afin qu’il puisse procéder à son évaluation. C’est ainsi que se déroule le reste de ma matinée, entre essayer d’éviter les maladresses de Jessica et veiller au bonheur de nos petits protégés.
Ma journée à l’hôpital s’achève, laissant derrière elle une succession d’aventures et de maladresses. Je quitte l’agitation des couloirs médicaux, laissant derrière moi les échos des rires, des larmes et des conversations feutrées de mes petits patients. Ma démarche devient plus sereine au fur et à mesure que je m’éloigne de cette bulle trépidante pour retrouver le calme apaisant de la fin de journée.
Une fois cette atmosphère particulière quittée, je déambule paisiblement dans les rues étroites de Bordeaux, m’abandonnant à la contemplation de l’architecture majestueuse des bâtiments anciens. L’émerveillement persiste à chaque coin de rue, devant ce kaléidoscope artistique qui se fond dans une harmonie surprenante. Je suis toujours émerveillée par la beauté de cette ville chargée d’histoire.
J’ai toujours l’impression qu’un secret se cache à chaque coin de rue. Les structures variées évoquent l’opulence et la splendeur, parfois avec une simplicité raffinée qui révèle toute leur noblesse. L’atmosphère tranquille de la rue me permet de savourer des moments de calme après une matinée à l’hôpital. Cependant, le froid mordant qui s’insinue dans mon manteau indique une température bien en dessous des normes saisonnières pour ce mois de novembre. Néanmoins, mon pas reste déterminé, alors que je me dirige vers ma deuxième occupation de la journée.
Il y a trois ans, une chance unique s’est présentée à moi, offrant un équilibre financier confortable pour mon emploi à temps partiel. Elle m’a permis de m’épanouir tout en m’assurant un niveau de vie confortable. Chaque jour, après avoir quitté l’hôpital, je me plonge dans un rôle un peu particulier : celui de baby-sitter. Mais cette responsabilité a quelque chose de particulier qui la différencie des tâches classiques de garde d’enfants. En fait, il s’agit d’une sorte de travail au pair, sans l’inconvénient de vivre au domicile de la famille qui m’emploie. J’ai commencé cette activité à l’âge de seize ans, après avoir eu la chance de vivre des expériences variées dans des familles d’horizons différents.
De toutes les familles que j’ai rencontrées, c’est le destin qui m’a guidée vers les Winters. Cette famille, d’origine américaine, avait immigré en France quelques années auparavant avec leurs deux fils Brendan et James, âgés respectivement de onze et six mois à l’époque. Les parents recherchaient une jeune femme française pour s’occuper de leurs enfants et les aider à maîtriser la langue. Attirée par cette proposition singulière, j’ai saisi l’opportunité qui me semblait presque trop belle pour être vraie. Vivre au sein d’une famille multiculturelle et être payée pour cela me semblait un rêve trop éloigné de la réalité.
Ce poste correspondait parfaitement à mes besoins : du temps pour travailler sur ma thèse et la possibilité d’explorer une culture différente. Cependant, derrière cette offre alléchante se cachait un ensemble d’attentes très exigeantes en matière d’éducation. Les Winters étaient prêts à tout pour le bien-être de leurs enfants. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai réalisé que le salaire élevé et le confort apparent de l’emploi étaient destinés à compenser les attentes rigoureuses des parents Winters.
Je me souviens encore de mon entretien d’embauche, lorsque Madame Kate Winters m’a donné une liste de règles : ne jamais quitter les enfants des yeux, leur parler exclusivement en français pour les habituer rapidement à la langue, et même les encourager à jouer dans le silence le plus complet. Leurs exigences étaient fascinantes, voire déconcertantes, tant elles transcendaient avec les méthodes éducatives traditionnelles.
Au fil des années, malgré mon emploi du temps chargé, je suis devenue la « nounou » officielle des enfants Winters. Je consacre toujours une partie de mon temps à leur bien-être, et parfois même au-delà de mes attributions, car les parents savent user de persuasion pour me garder sous la main. Mais ce travail a ses récompenses, et la plus grande est le bonheur que je retire de la compagnie de ces deux petits anges.
Ma tâche principale consiste à m’occuper de James, qui est encore à l’école maternelle, tandis que son frère aîné, Brendan, est scolarisé à domicile. C’est une vie privilégiée, mais ces enfants grandissent dans un environnement aseptisé et réglementé. Les parents, occupés par leurs obligations professionnelles, sont peu présents, ce qui se répercute sur le comportement des petits. Ils adoptent une attitude calme et réservée, évitant à tout prix de se faire remarquer.
Brendan se distingue par sa maturité précoce, mais son jeune frère n’est pas en reste. Même si, James souffre d’un léger retard d’élocution et parle à peine par rapport aux autres enfants de son âge. C’est du moins ce que dit son enseignante de petite section, car personnellement avec moi, il s’exprime très bien. Je pense simplement qu’il a une façon différente de voir le monde et qu’il ne choisit de s’adresser aux autres que lorsqu’il en ressent le besoin.
Il est 15 h 30 et mes pas me conduisent à l’école maternelle Henri V. Une école privée bilingue au charme prestigieux. La cloche sonne la fin des cours pour les petits élèves qui s’empressent de rejoindre leurs parents. Parmi eux, j’aperçois James, mon petit ange. Alors que les autres enfants se dispersent dans toutes les directions, son regard scrute anxieusement l’entrée de l’école.
Un sourire se dessine sur mon visage à cette expression familière, comme s’il craignait qu’aujourd’hui soit le jour où je l’ai oublié. Je m’approche, et dès que ses yeux rencontrent les miens, le soulagement apparaît sur son petit visage. Ses bras potelés s’ouvrent en grand et je le serre tendrement dans les miens pour notre câlin quotidien.
— Bonjour, mon petit prince, comment vas-tu ?
— Coucou, Lili, je vais très bien.
Sa voix douce et son léger accent me réchauffent le cœur. Il m’offre un autre de ses sourires, comme si le simple fait de me retrouver le remplissait de joie.
— Rentrons à la maison, mon chéri, il fait très froid dehors.
— Ok, I'm so hungry,
Je le regarde, un sourcil levé, et il se rend compte de son erreur. Il sait qu’il doit parler le français même s’il est seul avec moi. Une lueur de malice traverse son regard et il se ressaisit.
— Désolé, mais z'ai très faim, Lili.
Il me fait un autre de ses sourires pouvant briser la glace en Antarctique, et je lui souris en retour parce que je l’adore, et son petit zozotement me rend encore plus folle de lui.
— Ne t’inquiète pas, mon chéri, tu auras un goûter à la maison.
Une nouvelle étreinte chaleureuse clôt notre conversation puis nous quittons l’école pour retourner chez les Winters. La température extérieure nous incite à accélérer le pas, mais mon esprit est déjà en train de préparer le reste de la journée, dans le cadre d’une routine bien rodée. Nous rentrons, main dans la main. Nous nous dirigeons vers ce que l’on pourrait difficilement appeler un appartement, vu sa taille, qui pourrait facilement accueillir au moins une douzaine de personnes. Les parents de James travaillent pour l’ambassade de France et gagnent manifestement bien leur vie.
À notre arrivée, James procède à son inspection quotidienne, qui est son rituel depuis un quelques mois. Comme d’habitude, il vérifie dans chaque pièce si le « grand méchant loup » ne se cache pas sous un coussin. Cette attitude suspicieuse m’a un peu inquiétée au début, mais elle ne me dérange plus. C’est sa façon de s’assurer que seuls Brendan et son professeur sont à l’intérieur, avant de se jeter dans les bras de son grand frère.
Brendan lui rend timidement son étreinte, ses gestes trahissant la maladresse typique de l’adolescence. Mais je suppose que même cette gaucherie juvénile ne peut résister à l’effet charmant de James ; c’est un véritable petit rayon de soleil. Les deux frères échangent quelques mots, puis l’aîné vient me saluer. Après avoir congédié leur tuteur, nous nous retrouvons enfin tous les trois.
Je leur prépare un délicieux goûter pendant que je m’occupe du dîner. Après le repas, nous nous installons dans le salon pour lire des histoires pour enfants. Comme je l’ai dit, leur vie est caractérisée par l’ordre et le calme, sans débordements ni cris. Ces enfants sont impressionnants, et je sais de quoi je parle. Je travaille avec des enfants malades, et même eux sont plus bruyants.
Il est presque huit heures et demie. Les enfants ont dîné et pris leur bain et sont maintenant confortablement installés sur mon lit à regarder des dessins animés. Oui, vous avez bien lu, mon lit. Comme les parents sont souvent absents, je dois souvent veiller tard avec les enfants. La solution a été de me réserver une chambre d’amis dans la résidence des Winters. Cela me permet d’attendre leur retour dans un espace plus confortable.
Les enfants sont actuellement blottis contre moi sur le lit, captivés par un programme pour enfants. Les paupières de James semblent se fermer d’elles-mêmes, un signe qu’il est temps pour lui d’aller se coucher.
— Hé, mon bébé, c’est l’heure d’aller au lit.
— Ze ne suis pas fatigué.
— Jamie...
— D’accord, mais tu restes avec moi, Lili, n’est-ce pas ?
— Bien sûr je ne vais nulle part, ne t’inquiète pas.
Il est toujours angoissé à l’idée que je le quitte, ce qui me paraît étrange, mais il sait que je reviens tous les jours et surtout que je ne le laisserai pas seul dans cet appartement avant le retour de ses parents. Cette phobie enfantine de l’abandon est vraiment à prendre en compte, et il faudra que j’en parle avec les Winters. En attendant, je le rassure à chaque fois.
Je le prends dans mes bras et le conduis dans sa chambre, le bordant doucement en lui caressant le nez du bout de l’index. C’est notre rituel depuis qu’il est bébé, et que j’ai remarqué que cela a un effet apaisant sur lui, comme sur moi d’ailleurs. En quelques minutes, il s’endort profondément. Je reste, là, à contempler son visage angélique. Chaque jour, il me paraît de plus en plus beau et je ressens une certaine fierté d’être présente dans sa vie. Les moments de séparation sont toujours délicats, compte tenu de la proximité que nous partageons. Malgré cela, je dois garder une certaine distance. Après tout, je ne suis que sa baby-sitter, pas un membre de sa famille, même si j’en ai parfois l’impression. Je dépose un dernier baiser sur son front, puis je retourne dans ma chambre pour m’occuper de Brendan.
Ce petit coquin s’est endormi devant la télévision, une scène vraiment adorable. Il a beau essayer de faire l’adulte, des moments comme celui-ci me rappellent qu’il est toujours un enfant à l’intérieur. Même si je ne veux pas le réveiller, il n’y a pas d’autre choix. Il doit aller dans sa chambre, sinon ses parents le réprimanderont pour avoir enfreint les règles. Ils veulent que les enfants dorment dans leur propre lit, une autre de leurs exigences excentriques, mais qui suis-je pour juger ?
La réalité, c’est qu’à presque quatorze ans, il m’est devenu presque impossible de le porter. C’est dans ce genre de situation que je dois m’avouer vaincue et reconnaître que j’ai besoin d’aide. La meilleure solution, ou du moins la moins pire, se trouve sur le palier d’en face : le voisin des Winters, le légendaire Nathan Dupré.
Nathan, ce jeune homme, reste une véritable énigme pour moi, mais avec le temps, j’en suis venu à le considérer comme un ami. Cela n’a pas été facile, car Nate possède à la fois un sens de l’humour déplacé et une stature imposante. Un homme dans toute sa gloire, dirais-je. Il ressemble au parfait cliché du mauvais garçon tel qu’on le trouve dans les romans, et c’est écœurant. C’est comme s’il portait constamment le fardeau du monde sur ses épaules. Il symbolise tout ce que je méprise habituellement.
Dans le monde délicat des conventions, les règles de la bienséance n’ont pas de prise sur lui. Son langage a le pouvoir de le faire passer pour le meilleur ami d’un pirate, tout en faisant de lui un ennemi farouche de Molière lui-même. Ce que vous voyez est ce qu’il est, sans artifice ni manipulation.
Nate est aussi rugueux qu’un bloc de pierre brute, un homme des cavernes revêtu d’une enveloppe charnelle qui pourrait évoquer un dieu grec lui-même. De plus, malheureusement pour moi, il semble toujours attirer des situations aussi embarrassantes qu’inattendues, ce qui me laisse souvent perplexe, voire agacée, et la plupart du temps à mes dépens.
Voilà qui résume bien ma première rencontre avec lui, un exemple parfait de son caractère. Il essayait de se débarrasser de sa petite amie, plutôt collante, qui n’avait pas compris le leitmotiv de Nathan Dupré « jamais deux fois la même » malheureusement pour moi, je me trouvais dans le couloir au même moment lorsque j’ai entendu :
— Brenda, c’est fini entre nous, j’ai rencontré quelqu’un d’autre. La voici d’ailleurs. Bonjour, princesse.
Mon instinct m’a immédiatement averti que quelque chose n’allait pas : le silence dans ce couloir après que cette phrase a été prononcée n’était pas naturel. Je me suis retournée vers l’endroit d’où venait la voix et j’ai réalisé qu’il avait dit cela en me pointant du doigt, le peu d’espoir que j’avais que ce n’est pas moi qui sois visé, s’est complètement évanoui quand j’ai vu qu’il me fixait avec un sourire en coin. J’étais bien la nouvelle rencontre dont il parlait, ce petit con. Mon cerveau a été victime d’un bug technique et je les ai regardés tous les deux, bouche bée, en me demandant ce qui venait de se passer.
— Tu me quittes pour une gamine de quinze ans !
La célèbre Brenda vient de parler. Est-ce qu’elle parle de moi ? Je sais que je fais plus jeune que mon âge, mais ma pauvre, je vais aggraver ta douleur et faire en sorte que tu t’en souviennes pour toujours.
— Désolée, Brenda c’est bien votre nom, n’est-ce pas ? J’aimerais vous informer que je suis totalement majeure mais vous le savez très bien je suppose, et toi, le beau gosse, j’apprécierais que tu règles tes problèmes de couple sans impliquer une tierce personne. Merci !
Je tournai les talons et fermai brusquement la porte des Winters, mettant fin à cette conversation désagréable. Comment avais-je pu en arriver à le considérer comme un ami aujourd’hui après cet échange digne d’un roman d’amour pathétique ? Le destin a parfois un sens de l’humour particulier.
Quelques jours plus tard, après une nouvelle garde chez les Winters, je me suis retrouvée dans la rue, au milieu de la nuit, face à deux individus peu recommandables. C’est alors que Nate est apparu comme un superhéros, me faisant la leçon sur les dangers de se promener seule à une heure aussi tardive.
Depuis, curieusement, à la fin de mon service, j’ouvrais la porte de mon employeur pour le trouver, nonchalamment appuyé contre sa propre porte, en train de m’attendre. Il me suivait silencieusement jusqu’à mon domicile, un petit rituel dont je me suis rapidement lassée. J’ai donc pris l’initiative d’engager la conversation et nous avons appris à nous connaître. S’il voulait jouer au chevalier servant, c’est tout à son honneur, mais nous allions le faire en personnes civilisées, en discutant, pas dans un silence gênant, avec ce type qui me suit comme mon ombre. Cette situation était tout simplement trop étrange.
Il a décidé de m’accompagner les soirs où je rentrais tard et de retourner à son appartement pour un jogging nocturne, comme s’il était tout à fait normal d’aller courir après 20 h 30, au beau milieu de la nuit et par un temps aussi froid. Il est clair que certaines personnes ne sont tout simplement pas humaines.
Nous avons appris à nous connaître et j’ai découvert en lui un jeune homme très différent de l’image qu’il essaie de projeter. Il est toujours ce petit con provocateur, mais d’une manière sympathique. Je sais que c’est étrange à dire, mais en d’autres termes, j’ai vu un homme qui s’est mis un bouclier grâce à son caractère, pour éviter d’affronter la réalité de la vie.
La réalité de sa vie.
Bien sûr, le cliché du mauvais garçon est ancré en lui, je ne peux pas le nier, mais je pense qu’il en fait trop. Franchement, on ne peut pas être un tel emmerdeur toute la journée.
Même les cons font des pauses parfois.
Il garde ses distances avec les autres, notamment pour éviter qu’on ne le connaisse trop bien. Pourtant, derrière cette façade se cache une facette beaucoup plus gentille de lui. C’est dommage, car il pourrait vraiment se faire des amis et sortir de sa solitude. Mais je ne pense pas qu’il le veuille. Il aime être seul, et ne choisit que la compagnie des gens qu’il supporte.
D’une certaine manière, il me rappelle un peu James dans sa solitude.
Il ne parle jamais de lui, de sa vie personnelle. C’est un véritable coffre à secrets. Pourtant, étrangement, nous avons d’innombrables sujets de conversation en commun. Il n’y a jamais de décalage dans nos discussions, aucune gêne. Nos échanges sont fluides, comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Ce sauvetage nocturne a ouvert la voie à quelque chose de tout à fait adorable entre nous. Il a même rencontré les garçons à plusieurs reprises. Les enfants le connaissaient sous le nom de Nathan, mais ils ont gentiment adopté le surnom que lui a donné Mme Winters : mon ami tatoué. Cette femme a un penchant pour l’exagération, sinon pourquoi ne pas utiliser son prénom ? Comme un être humain normal.
Bien sûr, je ne peux pas nier que Nathan est couvert de tatouages, sinon il ne serait pas le cliché ambulant qu’il est. Je ne pense pas qu’il reste une once de peau sur son torse et ses bras qui ne soit pas tachée d’encre. Bien que je n’aie jamais vu ce qu’il cache sous ses T-shirts. Cependant, je trouve le surnom quelque peu superflu.
D’ailleurs, les Winters ne semblaient pas ravis de notre rapprochement en ce qui concerne leurs enfants. Leurs inquiétudes étaient compréhensibles, après tout, entre ses tatouages, son besoin d’indépendance qui lui fait ignorer toutes les règles et ses tactiques de drague intempestives, Nate est l’exemple même de l’esprit libre. Mais ils ont vite compris qu’une jeune femme seule, déambulant dans les rues de Bordeaux à la nuit tombée, n’était pas le choix le plus judicieux.
C’est donc pour une faveur très spéciale que je me dirige vers son appartement et que je frappe à sa porte. Ce soir, j’ai besoin de son aide pour déménager Brendan, dans l’espoir d’éviter la colère de Kate Winters pour nous deux.
Je sonne à la porte de l’appartement 212.
Avez-vous déjà ressenti ce moment où votre cœur s’arrête de battre sous l’effet de la surprise ?
C’est exactement ce qui m’arrive en ce moment. Ou peut-être ai-je oublié comment respirer. Quelle que soit la raison, j’ai l’impression d’être figée dans un arrêt sur image.
Pourquoi ?
C’est assez simple, alors laissez-moi vous décrire cette scène. Imaginez, devant moi, un véritable mur de muscles d’environ un mètre quatre-vingts. Ce spécimen, tout droit sorti de l’enfer des fantasmes féminins, est torse nu, en sueur, avec ses longs cheveux blonds attachés négligemment en un chignon légèrement lâche et humide. À cela s’ajoutent des yeux bleus, avec une pointe de gris, qui vous fixent comme s’ils pouvaient lire dans votre âme. En parlant des détails de ses yeux, je découvre soudain que c’est comme si quelqu’un y avait mis des étoiles d’argent brillantes. Et ce n’est pas tout, car son torse est pratiquement couvert d’une galerie de tatouages artistiquement disposés, et je parie qu’ils doivent s’étendre jusque dans son dos pour finir sur son fessier.
Maintenant que vous comprenez la gravité de la situation. Comme si cela ne suffisait pas, cet homme est haletant, probablement à cause d’une séance de sport intense, du moins je l’espère.
J’espère qu’il s’entraînait vraiment.
Je veux dire, je prie pour ne pas l’avoir interrompu dans une autre sorte de « séance de sport ».
Mon cerveau fonctionne à plein régime, mais je décide qu’il était manifestement en train de s’entraîner. Je ne peux pas être tout le temps au mauvais endroit au mauvais moment, n’est-ce pas ?
Alors, les filles, comment se présente ce scénario de film ? Laissez-moi vous présenter le personnage principal de notre spectacle collectif : Nathan Dupré, vingt-cinq ans, entraîneur sportif à ses heures perdues. Maintenant que j’ai l’impression d’avoir toute votre attention, des soupirs virtuels résonnent dans l’univers du fantasme littéraire.
Nous allons revenir à la réalité, car pour l’instant, mes yeux sont fixés sur ses abdominaux. C’est tellement cliché que je me demande si tout cela est réellement réel. Je pense que ces abdominaux ont des abdominaux miniatures. J’ai même envie de les toucher pour vérifier, mais je risque vraiment de passer pour une folle. D’ailleurs, je réalise que j’ai dû me figer comme une statue, car il claque des doigts sous mon nez pour attirer mon attention.
— Bonjour, princesse. Je sais que je suis irrésistible, mais quand même, essaie de ne pas montrer ton appétit vorace devant moi. Tu pourrais me faire rougir, et crois-moi, nous serions deux à rougir. Mais tu sais, peut-être que perdre le contrôle n’est pas si mauvais pour toi ou pour nous, murmure-t-il, un sourire taquin aux lèvres,
En deux secondes, je suis de retour sur la planète Terre et je me rappelle pourquoi lui demander de l’aide était la dernière option sur ma liste. Nate est un mélange explosif : une bonne dose de beauté, saupoudrée d’une pincée de trou du cul, d’arrogance et d’une généreuse cuillerée d’égocentrisme.
Mais bon, c’est ce cocktail qui fait son charme, malheureusement pour moi. Cependant, sa remarque bien placée me ramène à notre petit combat quotidien.
— Bonjour, Nate, je crois que je t’ai déjà demandé gentiment de ne pas m’appeler princesse.
— Mais pourquoi cela, princesse ?
Il me tape sur les nerfs, vraiment, il sait comment m’énerver.
— Laisse-moi réfléchir une seconde, oh oui, je sais ! D’abord parce que je n’aime pas cela. Ensuite, parce que j’ai un prénom. Tu sais, celui que ma mère m’a donné à la naissance et qui plaisait jusqu’à présent.
— D’accord, merci pour l’info, mais pour moi, tu es et tu resteras ma princesse.
Je respire profondément, inutile de me battre avec lui. Nate a clairement obtenu son doctorat en « Comment casser les pieds à tout le monde en 25 volumes ». Un tome pour chaque année de son existence. Je ne peux clairement pas rivaliser.
— D’accord, si tu veux, murmuré-je en secouant la tête.
— Alors, tu as fini avec les petits monstres ?
Je lui lance un regard qui en dit long. Sérieusement, il veut m’énerver ce soir. D’abord, il m’appelle par ce surnom stupide, maintenant il s’amuse à renommer les enfants.
— Non, en plus les Winters ne sont toujours pas rentrés et Brendan s’est endormi confortablement dans mon lit. Pourrais-tu m’aider à le mettre dans le sien sans le réveiller, s’il te plaît ?
— D’accord, mais qu’est-ce que j’obtiens en retour ?
Je le fixe intensément. Je suis vraiment tentée de l’insulter, mais je me retiens. J’ai besoin de lui, et il le sait, alors je réponds calmement :
— Ma gratitude, Nathan.
Il prend une seconde pour réfléchir. Mon Dieu, il réfléchit ! Dans ma tête, j’ai déjà imaginé une douzaine de façons sanglantes de le tuer, toutes plus atroces les unes que les autres, mais je me calme. J’ai besoin de lui et le meurtre c’est encore illégal. Finalement, il se décide à répondre,
— D’accord, pas de souci. Je vais prendre une douche et j’arrive tout de suite.
Il me tourne le dos et retourne dans son appartement, se dirigeant directement vers la salle de bain. C’est du pur Nate, pas d’explication, juste une séquence d’actions qui se suivent, mais n’ont aucun sens les unes avec les autres. Il me rend folle.
— Merci, Nate ! Je crie à travers la porte qui se referme.
Je retourne à l’appartement des Winters et commence à ranger le salon, sachant qu’ils seront bientôt de retour. Alors que je place les restes du dîner dans le réfrigérateur, j’entends une voix tonitruante dans l’entrée:
— Votre sauveur est arrivé, princesse !
Je n’ai pas besoin de le présenter, vous devinez qui vient d’entrer. Je ferme les yeux, respire profondément pour rester calme, puis me dirige vers lui. Entre les actions de Jessica ce matin et celles de Nate ce soir, c’est un peu trop d’exaspération pour une seule journée. Ils ont tous les deux le don de m’épuiser, alors peut-être qu’ils devraient se mettre ensemble. Mon Dieu, non, ce serait un fardeau de plus pour l’humanité.
— Merci de ton aide. Je vais te montrer le chemin, dis-je en le guidant.
Il entre dans ma chambre et prend Brendan comme s’il ne pesait pas plus qu’un sac de plumes, le ramenant doucement dans son propre lit pour le coucher.
En me penchant sur mon petit protégé, je le borde soigneusement en lui souhaitant de faire de beaux rêves. Lorsque je me retourne, Nate se tient dans l’embrasure de la porte, les yeux rivés sur moi.
— Qu’est-ce qu’il y a, pourquoi tu me regardes comme ça ?
— Rien. Tu aimes vraiment ces enfants, n’est-ce pas ?
— Bien sûr, Nate, qu’est-ce qu’il y a à ne pas aimer chez eux ? Je veux dire, ce sont des enfants, et tout le monde aime les enfants, n’est-ce pas ?
— Non, ce n’est pas le cas de tout le monde. Et à mon avis, certains ne devraient même pas être autorisés à en avoir.
Sa réponse m’a prise au dépourvue. Surtout qu’il a quitté la pièce sans un mot de plus. Qu’est-ce que cela signifie ?
Il semblait en colère. J’ai peut-être touché une corde sensible, ce qui est inhabituel. D’habitude, rien ne semble l’atteindre. Je ferais mieux de ne pas insister. Je le rejoins dans le salon et je prends place à ses côtés sur le canapé.
— Désolée, je ne voulais pas te rappeler de mauvais souvenirs.
— Ce n’est pas ta faute. J’ai un mauvais caractère, tu sais.
— Oh, oui, je le sais !
Un regard passe entre nous, mélange de sérieux et d’humour, puis nous éclatons de rire. C’est à l’image de notre relation : frustration et légèreté en parfaite harmonie.
Nate, cet homme complexe à l’extérieur, sombre, mais au cœur généreux, même s’il joue à la perfection le rôle de celui qui se fiche de tous et de tout le monde. Malheureusement pour lui, je l’ai percé à jour dès le début. Il ne me trompe pas, je sais qu’il cache une bonté profonde, et j’espère qu’un jour il s’en rendra compte lui-même.
Mais ce que j’aime le plus dans notre relation, c’est qu’elle est simple: il me protège de l’obscurité de la nuit, et en retour je lui offre parfois des plats cuisinés, une petite gratitude pour le remercier. Un échange de politesses, en quelque sorte.
C’est ainsi que nous nous retrouvons sur ce canapé, à échanger nos aventures respectives. Je lui raconte mon travail à l’hôpital, les dernières journées épuisantes et les caprices des parents de mes petits patients. Pendant ce temps, il me raconte ses séances d’entraînements avec des clients désireux d’obtenir son corps sans le moindre effort. À chaque anecdote, je ne peux m’empêcher d’éclater de rire.
Réveillez-vous, tous les deux !
La voix de Kate Winters me tire de mon sommeil. En ouvrant les yeux, je vois les visages de mes employeurs, leurs expressions ne laissant aucun doute sur leur mécontentement. Je me redresse rapidement, mais en tournant la tête, je remarque un Nate endormi à mes côtés.
Je lui donne un léger coup de coude pour le réveiller, ce qui le fait sursauter et grogner. Apparemment, Monsieur n’aime pas être réveillé de la sorte, ne t’inquiète pas mon ami, moi non plus j’apprécie moyennement ce genre de réveil.
La situation pourrait être drôle, mais elle est bien trop embarrassante pour que je puisse en rire. Je m’excuse auprès du couple, puis je regarde ma montre et suis stupéfaite : il est vingt-deux heures quinze. Ils ne sont jamais rentrés aussi tard. Je remarque qu’ils ont l’air épuisés. La journée a dû être compliquée pour eux. Mais surtout, je réalise qu’il doit faire nuit noire dehors et que je vais avoir besoin de Nate pour me ramener à la maison.
— Je suis désolée, cela ne se reproduira plus, Monsieur et Madame Winters.
— Thalia, nous te faisons confiance, mais nous ne voulons pas que tu transformes notre appartement en un lieu pour vos rendez-vous romantiques.
— Mais nous ne sommes pas ensemble !
Nate et moi avons eu la même réaction spontanée, comme si nos pensées s’étaient synchronisées. Nos regards se sont croisés, puis se sont tournés vers madame Winters, qui nous observe avec amusement, un sourire complice sur le visage.
— Si vous le dites, jeunes gens.
Même Samuel Winters semble sur le point d’éclater de rire. Je suis tellement gênée que j’aimerais disparaître tout de suite. Il faut que je me sorte de cette situation au plus vite avant de me fondre dans la honte. Nous prenons congé et je demande à Nate de me raccompagner.
Quinze minutes plus tard, nous sommes en bas de mon immeuble. Nate se penche et m’embrasse sur la joue. Après une seconde d’étonnement, car c’est quelque chose de nouveau, surtout venant de lui, je suis distraite et je le vois commencer à bâiller. Je lui conseille de rentrer rapidement chez lui et de se mettre au lit.
Apparemment, pas de jogging nocturne pour lui ce soir. Je lui souhaite une bonne nuit, et nous regagnons nos appartements respectifs. Je suis épuisée, et après une douche chaude, je sais que je ne vais pas tarder à m’endormir.
Toc, toc ! Le rythme de mes tractions s’interrompt soudain, remplacé par un bruit persistant à ma porte.
Qui insisterait ainsi ?
M’approchant lentement, mon regard glisse à travers le judas et, à cet instant, mon cœur manque un battement.
C’est Elle...
Une bouffée d’air frais dans ma vie, un rayon de soleil qui perce les nuages. Elle semble parfois si rêveuse, toujours portée par une humeur enjouée qui me pousse à la taquiner, juste pour le plaisir.
Mon plaisir personnel.
Et pourtant, n’est-ce pas moi qui me moque du monde entier, pourquoi parvient-elle à me faire ressentir ce genre d’émotion ?
La réponse m’échappe, mais chaque fois que je m’approche d’elle, c’est comme si un aimant me guidait inévitablement, et un instinct primitif de protection m’enchaînait. Je me sens parfois pathétique, prisonnier de ce besoin insensé. Elle envahit même mes rêves, les teintant de sa présence éblouissante.
Ma vie, autrefois insignifiante, est maintenant teintée d’absurdité depuis que son existence a été révélée à mon esprit. Mes pensées sont accaparées par cette fille.
Une fille qui, si elle l’apprenait, me considérerait sûrement comme un idiot. Mais même en connaissant l’irrationalité de mes émotions, je ne peux m’empêcher de ressentir cette attirance magnétique.
Elle, le rayon de soleil dans ma vie orageuse a tout changé sans même le savoir. Elle est un sujet d’une complexité déconcertante pour moi. Je peux observer son regard rivé sur moi, et elle semble me lire comme un livre ouvert. Les mots sont superflus entre nous, une connexion silencieuse s’est établie depuis notre rencontre.
Pourtant, si Lia Morales avait l’occasion de m’éviscérer de toutes les manières possibles, j’imagine qu’elle n’hésiterait pas à le faire. Cette étrange pensée m’arrache un sourire au coin des lèvres, comme si ma propre folie m’amusait. En fait, je commence à me demander si je suis encore sain d’esprit.
Après tout, je ne suis que le monstre de ma propre réalité.
En ouvrant la porte, une bouffée d’air frais semble entrer en moi, comme si j’avais été privé d’oxygène pendant les quelques minutes précédentes. Je vis chaque jour dans l’attente, comme si je me privais de quelque chose, de quelqu’un peut-être ?
Une idée complètement folle à mon avis, je la connais à peine, et pourtant je ressens ce vide béant, comme si elle était aussi essentielle à ma survie que l’air que je respire.
Mais je dois me l’avouer c’est absurde, elle ne peut pas m’être aussi indispensable que l’élément vital qu’est le CO2. Au contraire, maintenant, c’est elle qui semble avoir besoin d’une assistance respiratoire, en proie à une apnée émotionnelle. Son regard reste fixé sur mon torse, et alors je comprends. Une lueur malicieuse dans ses yeux me dit qu’elle scrute mon corps.
Alors, la petite infirmière veut jouer au docteur. Je claque des doigts à plusieurs reprises pour qu’elle fixe son attention sur moi. Cela semble fonctionner, car elle sort de sa transe pour me fixer, complètement perdue. C’est à moi d’en rajouter une couche, comme je sais si bien le faire, je le sens, je vais bien rigoler.
— Bonjour, princesse. Je sais que je suis irrésistible, mais quand même, essaie de ne pas montrer ton appétit vorace devant moi. Tu pourrais me faire rougir, et crois-moi, nous serions deux à rougir. Mais tu sais, peut-être que perdre le contrôle n’est pas si mauvais pour toi ou pour nous dis-je avec un sourire taquin.
Instantanément, je sens qu’elle est sur le point de me sauter à la gorge, comme elle rêve de le faire à chaque fois que je l’embête de cette façon. C’est trop facile de la pousser à bout, de la rendre folle de rage.
Je me souviens de notre première rencontre comme si c’était hier. Cela fait trois ans maintenant, mais les détails sont encore aussi vivants que ce jour-là.
Je voulais simplement me débarrasser de ma dernière conquête, qui devenait bien trop collante. Elle n’avait pas compris le concept de « je ne m’attache pas », et quand j’ai essayé de rompre, j’ai cru devoir faire appel à une équipe du SWAT pour me sortir de là. Elle s’est accrochée à moi pendant dix-huit jours, un record pour moi. D’habitude, quelques phrases bien placées suffisent à éloigner les femmes, mais là, j’étais dans une impasse.
Un véritable cauchemar.
Et puis, comme un rayon de soleil perçant les nuages, est apparue cette petite tempête brune. Elle se déplaçait avec une grâce naturelle infinie, un petit mètre soixante de pure beauté. Son teint méditerranéen, héritage de ses origines hispaniques, la rendait fascinante.
Mais ce qui m’a vraiment frappé, ce sont ses yeux verts perçants, presque félins. Leurs reflets dorés, à peine perceptibles, les rendent extraordinaires.
Elle ressemblait à un ange.
Lorsque nos regards se sont croisés, j’ai eu l’impression de contempler l’avenir sur un océan de pureté. Son visage rond et délicat ajoutait à son charme.
Elle avait l’air si timide, si pure. Tout le contraire de moi.
Pourtant, je sais aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Lia est aussi sauvage que douce, et j’aime qu’elle n’ait pas peur de me pousser dans mes retranchements.
Elle est apparue dans ma vie comme la solution parfaite à mon problème du moment, à savoir comment me débarrasser de la sangsue appelée Brenda, qui s’était autoproclamée « la femme de ma vie »
Mais quelle folle !
À l’époque, je dois avouer que j’imaginais la résolution de cette situation dans une position plus horizontale avec ma nouvelle « Hermione Granger ».
Oui, parce qu’il est clair qu’elle doit être une sorcière pour avoir autant de pouvoir sur un homme comme moi, d’un simple regard et sans jamais avoir à prononcer un seul mot.
— Brenda, c’est fini entre nous, j’ai rencontré quelqu’un d’autre. La voici maintenant. Bonjour, princesse.
J’ai tendu ce petit piège en la fixant, confuse, elle se tourne pour vérifier que je lui parle vraiment.
Eh oui, c’est à toi que je parle, ma belle.
Je plonge dans son beau regard, complètement perdu.
Brenda, j’avais oublié qu’elle était encore dans les parages avec sa voix de crécelle, me tue les tympans. Je m’apprête à lui fermer le clapet pour de bon, mais cette petite sorcière me devance.
— Excusez-moi, vous vous appelez Brenda ? J’aimerais vous informer que je suis majeure, et toi, beau gosse, j’apprécierais que tu règles tes problèmes de couple sans impliquer une tierce personne. Merci.
Et elle a tourné le dos, claquant la porte de mon voisin.
Je suis sans voix.
Qu’est-ce que j’ai dit : timide. J’enlève ce mot de mon vocabulaire. Je dirais plutôt fougueuse. Mais Lia s’avère être bien plus que la jeune femme que j’avais imaginée. Sa détermination, son assurance et sa capacité à faire face à une situation explosive m’ont captivé.
Elle m’a impressionné, non seulement par sa répartie, mais surtout parce qu’elle a réussi à faire taire la folle qui se tenait sur mon perron. Ce qui, pour moi, est un exploit. Je profite donc de l’occasion pour l’achever :
— Écoute Brenda, les choses sont claires pour moi, je ne répondrai plus à tes appels ni à tes visites impromptues à partir de maintenant parce que je ne veux pas de problèmes avec ma petite amie.
— Mais je...
J’ai claqué la porte comme pour répondre à la petite boule de fureur qui vient de quitter le couloir. Un véritable travail d’équipe.
Je me rends compte que même à ce moment-là, je souriais comme un idiot. Cette fille est apparue comme une princesse au moment décisif de la bataille. Même à ce moment-là, je ne sais pas comment, mais je savais qu’elle allait jouer un rôle important dans ma vie.
Mais pour cela, il fallait que je puisse lui parler sans qu’elle ne me repousse ou qu’elle me claque la porte au nez, et compte tenu de notre première rencontre, cela allait être difficile. Je n’étais même pas sûr qu’elle habite dans l’immeuble ; c’était la première fois que je la voyais ici. Mais surtout, elle vient clairement de me classer dans la catégorie des gros connards.
Le destin est une notion à laquelle je n’ai jamais accordé beaucoup de crédit, la considérant comme une invention réconfortante pour ceux qui craignent l’inconnu du lendemain.
Pourtant, je fais partie de ces âmes tourmentées qui se laissent submerger par l’avenir, et ce jour-là, il était clair que le destin s’était immiscé de mon côté.
Il est 21 heures et je termine l’un de mes joggings nocturnes habituels. La seule solution qui parvient à calmer mes démons intérieurs. Mon attention est attirée par trois personnes un peu plus loin : deux hommes et une femme. J’ai l’impression qu’on l’aborde avec un peu d’insistance.
Cela ne me dérange pas d’être un connard, mais harceler une femme à deux est d’un tout autre niveau, alors je ne peux pas laisser les membres de mon espèce dotés d’une cervelle d’oiseau le faire.
Je m’approche et je reconnais immédiatement ce petit corps.
Mais non, ce n’est pas possible.
Je lève les yeux et rencontre ce regard qui me hante depuis plus d’une semaine, depuis qu’elle m’a claqué la porte au nez.
Je vois rouge.
Mais je décide de prendre une offensive plus subtile.
— Il y a un problème, princesse ?
— Euh...
— Tu as dit que tu serais à la maison beaucoup plus tôt. Oh, tu as rencontré des amis. Bonsoir, messieurs. Je suis le mari de cette jeune femme, et vous qui êtes-vous ?
Je tends la main vers le plus grand des deux, repoussant la petite brune derrière moi pour la soustraire à leur vue.
— Hé mec, tu ne devrais pas laisser ta nana seule la nuit. C’est dangereux, tu le sais.
Ses paroles sont accompagnées d’un sourire lubrique, ses yeux cherchant à rencontrer ceux de ma petite sorcière pour la mettre mal à l’aise. Je suis sur le point de perdre pied, ce type me provoque clairement. Mes années de maîtrise de soi s’estompent, et tout se joue à cet instant. Je suis prêt à le frapper, cela fait si longtemps que je n’ai pas frappé quelqu’un, cela me rappellera le bon vieux temps.
— Touche là mon pote, juste pour me donner l’occasion de te briser les mains.
Même si mon envie de le frapper est forte, au fond de moi, je sais que je n’ai pas besoin de le faire faire. La seule force de la pensée, voilà mon pouvoir. J’ai cette étrange capacité à faire souffrir les gens. Un pouvoir qui me permet de détruire toute personne qui serait une menace pour moi et qui me donne un avantage considérable.
Malheureusement je ne sais pas me maîtriser.
Je n’ai pas utilisé cette capacité depuis des années, car elle me rend dangereux.
Mais pour Elle, je peux faire une exception. J’essaie de m’en convaincre. Mais la vérité est que j’aime juste faire souffrir les autres et voir la souffrance. Ces deux types sont arrivés au moment parfait pour me permettre d’assouvir ce désir caché au plus profond de moi-même.
Je suis sur le point de lâcher prise quand soudain une sensation de chaleur se répand sur mon bras, captant toute mon attention.
Je me retourne, face à la source de cette nouvelle sensation. C’est la main de cette petite sorcière qui me regarde avec une supplication silencieuse.
Le temps s’arrête, comme si sa voix résonnait dans ma tête. « S’il te plaît, arrête. Ça n’en vaut pas la peine. S’il te plaît. » Sa prière résonne dans mon esprit, pourtant elle reste parfaitement muette devant moi, ses yeux implorants fixés sur moi.
C’est comme si j’entendais sa voix.
Elle me calme, devient l’épicentre de mon attention, réalisant en un instant ce que la femme qui m’a donné la vie a tenté en vain d’accomplir pendant des années.
Me canaliser.
En un regard.
Et quel regard...
Cette fille est vraiment une sorcière.
Ma sorcière.
Un nouveau sentiment d’intimité s’est installé ; une compréhension mutuelle s’est développée en silence entre nous.
Elle m’a empêché de blesser quelqu’un à nouveau ce soir. Elle m’a évité de m’apitoyer sur mon sort parce que je finirais par regretter ce que j’ai fait.
Pire, parce qu’au contraire, j’aurais aimé ce que j’aurais fait.
Elle a réussi quelque chose, elle a créé un lien. Ce lien indescriptible est devenu plus fort que tout, et la fureur qui grondait en moi s’est soudain apaisée.
C’était comme si, à partir de ce moment, j’avais reçu une mission : faire tout ce qui était en mon pouvoir pour la protéger et la garder en sécurité auprès de moi.
Tout aurait pu s’arrêter ici, mais cet idiot décide de lui faire un clin d’œil en lui envoyant un baiser bien graveleux dans l’air. Je souris, car il vient de réanimer la bête.
Mais avant je dois éloigner ma petite sorcière. Je la raccompagne chez elle. Puis je rebrousse chemin pour me mettre en chasse de ces deux brebis galeuses. J’ai une envie de me défouler. La chance me sourit à nouveau, car ils n’ont pas bougé. Je retrouve ces hommes en train d’accoster à nouveau une jeune femme de façon insistante. Pour moi c’est un signal.
Je me concentre sur eux, et pense.
Je pense.
J’imagine qu’ils s’entretuent, le plus grand étrangle son ami, puis se fracassent le crâne sur le mur de briques face à lui.
Du sang, des morceaux de cervelets, tout ce qui fait jaillir en moi cet instinct de satisfaction malsaine, s’éveille devant ce spectacle merveilleux.
Je m’accroupis à côté d’eux, l’odeur qu’ils dégagent un mélange d’alcool et de sang me ravit au plus haut point.
Mais peu à peu, je commence à me sentir mal. Je reconnais ce sentiment.
L’après,
Une fois mon désir, assouvi, je reviens à la réalité de ce rêve qui était le mien. Je me rends compte de la véracité de ce cauchemar. Je décide à cet instant qu’il doit être le dernier. Pour Elle, je dois devenir la meilleure version de moi-même. Car la magie de cette rencontre doit briller, sur l’instant qui est mon présent.
Tu ne tueras plus,
Je réalise que je suis une parfaite antinomie. Je suis un tueur avec une conscience qui vient le hanter, je suis réellement pathétique.
Je souris à nouveau en repensant à ce moment magique, mais je reviens à la réalité en l’entendant dire :
— Bonsoir, Nate, je crois que je t’ai déjà dit plusieurs fois de ne pas m’appeler comme ça,
Oh, ma jolie princesse, c’est beaucoup trop facile avec toi, tu me pousses à te rendre folle.
— Mais pourquoi, princesse ?
Un jour, elle va vraiment me tuer, et je suis impatient que cela arrive. Je joue un jeu dangereux. Mais c’est trop grisant de voir son désir de me trancher la gorge, même si elle doit mettre ce sentiment de côté, car pour l’instant elle a besoin de moi.
Je le sais, sans qu’elle me le dise.
Si elle veut, je peux même lui donner les armes pour m’achever. Dois-je appuyer plus fort sur la gâchette de cette folie qui m’habite ?
— Est-ce que tu as fini avec les petits monstres ?
L’expression de son visage à ce moment est magique, s’en prendre à ses petits protégés est un sacrilège. Elle adore ces enfants comme s’ils étaient les siens, je ne comprends pas comment elle peut être aussi attachée à eux.
Peut-être suis-je un peu jaloux ?
— Non, Brendan s’est endormi dans mon lit, peux-tu venir m’aider à le mettre au lit sans le réveiller
— Mais qu’est-ce que j’obtiens en retour ?
— Ma gratitude Nathan,
Je prends le temps de réfléchir au double sens de cette phrase et je me dis que je garderai cet aveu pour plus tard.
Ne me promets jamais rien, princesse, je retiens tout.
Je la regarde, elle est au bord de l’explosion. Je vais l’achever, je me retourne sans répondre et me dirige vers ma salle de bain en lui fermant la porte au nez et tout en criant.
— D’accord, pas de soucis, je vais prendre une douche et j’arrive tout de suite.
J’adore la rendre folle. Mais ma princesse attend son chevalier en armure étincelante. Je prends donc une douche rapide et je la rejoins chez les Winters.
Cette famille m’irrite franchement, mais je suis prêt à supporter leur bizarrerie juste pour partager un moment avec Elle. Les enfants, je dois l’admettre, ne sont pas trop mal. Surtout le petit, dont le charme me rappelle moi à son âge. Son grand frère a quelque chose d’étrange, je suppose que l’adolescence lui donne cette aura particulière. Mais avec des parents comme les siens qui ont un bâton dans le cul, j’avoue que je ne suis pas surpris. Il est destiné à être aussi fou qu’eux.
En attendant, j’entre dans le salon comme si j’étais chez moi :
— Votre sauveur est là, princesse
