Funambules - Amandine Jardin - E-Book

Funambules E-Book

Amandine Jardin

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Beschreibung

Galerie de portraits de solaires, de solitaires, d'égarés, de mères, d'angoissés et de curieux... Poésie sur la singularité de chacun, sur le courage de faire face à ce qu'imposent la vie et les gens. Jeux de mots et de sonorités. Morceaux de riens aériens, funambules de la vie.

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Seitenzahl: 93

Veröffentlichungsjahr: 2022

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"J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer.

J'aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer

J'aime les gens qui tremblent, que parfois ils ne semblent capables de juger.

J'aime les gens qui passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté..."

Anne Sylvestre - Les gens qui doutent

Sommaire

Pré en bulles...

Portrait par déduction

Le train des égarés

Allitération sur le thème

Et la tête, alouette...

La fille de l'air

Le sucre et le sel

Mona

Les oiseaux sur le fil

Vasterival

Essai sur la minceur

De celles qui...

Celle qui devait se marier

Celle qui n'avait rien prévu de tout ça

Celle qui vivait de grandes aventures.

Celle pour qui c'était compliqué

Celle dont on ne croyait pas qu'elle serait la première

Celle qui dit "ce n'est pas ma fille"

Celle qui voulait bien mais n'a pas eu le temps

Pré en bulles...

La compagnie des gens n'est pas toujours agréable pour tout le monde. Certains sont à l'aise partout, tout le temps, et pour d'autres la vie en société s'apparente à une lutte de tous les instants. Chaque évènement social se vit comme un effort, la vie est pavée d'obligations de partage auxquelles il est difficile de se soustraire sans avoir l'air d'un Grinch, mais il y a pourtant une bonne chose dans cet exercice, c'est d'observer cette société et les individus qui la composent. Ils se donnent parfois de grands airs, parlent plus fort que tout le monde, semblent décrire une vie formidable alors que d'autres ont l'air tristes mais n'en disent rien quand bien même on leur pose la question, les pudiques.

L'analyse des personnalités est très intéressante aussi ai-je voulu ici présenter une galerie de portraits observés. Je suis cette femme qui se balade partout avec un carnet et imagine quelle peut être la vie des gens. Peut-être avez-vous déjà joué à ce jeu pour vous-même ? En croisant dans la rue un grand gars avec un bouquet de fleurs, et en vous demandant quelle peut-être son histoire, à qui il va l'offrir et pour quelle occasion ?

Je cherchais un titre à ce recueil ; un mot me revenait sans cesse : funambule. Celles et ceux que vous croiserez dans ces pages avancent dans la vie, droit devant, concentrés, ils prennent les chutes, et remontent sur leur fil. Droits vers le soleil.1

Finalement je m'arrête peu sur les pimpants, ils se mettent bien assez en valeur tout seuls, ils ne m'amusent pas. La mélancolie m'a toujours attirée, et les troublés me troublent. Tom, Mona, Maryse, Teddy, Céleste, Cédric, Léon, Mathilde et toutes ces mères de familles avec leurs bambins. Tous des funambules sur le grand rail de la vie.

Funambule, c'est aussi le nom d'un morceau d'ouverture musicale à l'un des tout premiers concerts auquel je suis allée2. C'était vertigineux, je m'en souviens encore parfaitement...

1 Detroit - Droit dans le soleil

2 Raphaël - Funambule

Portrait par déduction

Je me suis rendue chez cette jeune femme à l'automne, pour un entretien informel afin de préparer un article de journal. Je ne la connaissais pas, je ne l'avais rencontrée jusqu'alors qu'à travers l'écran de l'ordinateur. Elle sera ma Marylou.

J'ai l'habitude de par mon métier d'entrer dans de nombreux foyers. Avec les années c'est devenu pour moi un jeu d'essayer de deviner à qui j'ai affaire par la simple étude de ce que j'observe et si j'osais, je demanderais à chaque rencontre l'autorisation de rester quinze minutes à regarder en silence, sans rien toucher, ni déranger, puis donner mon interprétation. Je ne juge pas, j'observe. Mais je dois avouer que certaines personnes sont plus intrigantes que d'autres...

C'était le cas de cette jeune femme, avec laquelle le rendez-vous avait été fixé à 9h30. Elle m'ouvrit apprêtée sans chichis, cheveux relevés, vêtements clairs mais douillets : il faisait un peu frais chez elle. Est-elle de ceux qui préfèrent mettre un pull de plus que d'allumer de suite les radiateurs dès l'automne venu ? Ecolo ? Sûrement. J'ai vu un composteur près de l'entrée.

Elle me fait entrer sans me demander de me déchausser. J'apprécie, car ça fait toujours moins pro de travailler en chaussettes, et puis ça fait froid aux pieds. J'hésite toujours un peu quand c'est sale aussi, mais là il n'y a rien à redire, le ménage est fait, ça sent la lavande, que je connais pour avoir des propriétés apaisantes, peut-être s'en sert-elle ainsi.

Elle semble vivre seule si je m'en tiens aux éléments de décoration. En tout cas -je corrige-, je ne trouve pas grand-chose de masculin au premier coup d'œil. Les murs sont blancs, il y a un cadre avec la photographie bien connue de Brel, Brassens et Ferré pour l'interview qu'ils voulurent bien accorder à Rock&Folk en 1969. Elle doit avoir la trentaine, d'autres de son âge auraient des affiches de concert de Coldplay ou que sais-je. Ça ne veut pas dire qu'elle n'aime pas Coldplay (Coldplay fait assez bien l'unanimité), ça veut dire qu'elle aime bien -aussi- les chanteurs français à texte. Un morceau de l'histoire musicale qu'elle aurait découvert par elle-même, ou l'héritage d'un père ou d'un grand-père qui l'aurait bercée à Brave Margot ?

Ça se confirme en jetant un œil sur un grand panneau de liège où sont épinglées des photos, et une place de concert datant de 2018 pour un chanteur à Papa que je n'apprécie guère, soit dit en passant, mais qui lui aussi fait de la chanson à texte.

Finalement peut-être qu'elle ne vit pas seule, car sur ces photos un grand brun plutôt joli garçon pose souriant à ses côtés à plusieurs reprises. Il y a aussi une petite fille, mais je ne crois pas que ce soit son enfant. Une petite sœur ou une nièce ? Quelques dessins en noir et blanc, les siens ou ceux de quelqu'un dont elle aime l'art, essentiellement des corps de femmes.

J'entre plus en avant et je traverse le couloir poliment derrière elle. J'aperçois dans un angle du plafond un petit coin de ciel bleu très poétique. J'aime beaucoup l'idée. Elle suit mon regard et m'explique d'où il vient. Un petit coin de ciel bleu d'Antibes, pour avoir de quoi regarder les jours moroses.

Morose devrait s'appeler morgris... En dessous, une bibliothèque bien fournie de livres de poche. Ça mériterait une étude plus approfondie, a priori ils sont classés par siècle, il y a beaucoup de grands classiques et j'aperçois un rayonnage de littérature féminine. Non, pas féminine comme Harlequin, plutôt féministe. De Beauvoir, Sagan. C'est trié là aussi, et majoritairement français, semble-t-il. Que puis-je imaginer ? Des études de lettres ou un métier en rapport avec les livres. Peut-être que rien de tout ça n'est à elle ou qu'elle accumule sans jamais lire ? Sûrement non : à côté du canapé il y a une pile de livres, petits et grands, et sur la table du salon, un d'où dépasse un marque page : elle lit, j'en suis fort aise. J'aime bien les gens qui lisent, ils connaissent de belles histoires. Au-dessus du canapé, une grande toile de Klimt que je connais parce que plein de gens ont la même, elle vient de chez le grand Suédois, mais chez elle je sens que ce n'est pas un simple ornement de mur. Parmi les gros ouvrages de la bibliothèque je lis à la verticale "Sécession Viennoise" : Elle sait qui est Klimt, pour sûr.

J'aimerais pouvoir regarder plus en détails ; voir par exemple quel auteur revient le plus souvent dans sa bibliothèque et en tirer des indices. Si c'est Balzac, elle aime les détails, si c'est Hugo, elle aime les grands-pères, si c'est Zola ou Maupassant elle aime les gens. Si c'est Mérimée, elle aime les nouvelles. Si c'est Flaubert, elle est sûrement romantique.

Les murs blancs, le mobilier gris clair et les rideaux tirés pour nous protéger des rayons du matin font une tiédeur agréable dans la pièce où les petites lumières des équipements hi-fi font le guet. Une colonne de CD comme on n'en voit plus beaucoup depuis que les gens écoutent tout en numérique ; plus difficile à scanner d'un seul coup d'œil, mais sur le dessus trône un coffret Radiohead3. J'aimais bien Radiohead quand j'étais jeune, c'était triste juste comme qu'il faut pour arriver à passer l'adolescence. Je nuance encore mes propos : non, elle ne vit pas seule, il y a un gros chat gris qui dort dans un fauteuil plein de poils.

Donc elle aime Brel, et Radiohead. Il y a aussi quelques vinyles, les Beatles, Prince. Ça ne veut pas dire grand-chose, tout le monde aime les Beatles. Mais les vinyles, c'est le petit côté rétro qui va bien avec la paire de Kickers que j'ai vue dans l'entrée. Elle est trop jeune je crois pour avoir connu la mode des Kickers, c'est donc qu'elle les porte parce que ça lui plaît et pas pour faire comme tout le monde.

Elle m'invite à m'installer le temps qu'elle aille enregistrer ce sur quoi elle travaillait à l'étage et me propose quelque chose de chaud à boire. Le temps s'est beaucoup rafraichi ces derniers temps, j'ai les mains rougies de ma promenade jusqu'ici. Thé, café, chocolat ? Elle a tout. Je note qu'elle doit être quelqu'un qui se préoccupe du confort des autres, et par sa simple proposition, sait réconforter. Le temps que mon café coule j'observe la cuisine, sobre, dans laquelle rien ne traine. Une corbeille de fruits sur le plan de travail : elle mange sainement, ou en tout cas elle essaye. Pas de vaisselle sale dans l'évier, quelques magnets sur le frigo avec des photos et des coupures du journal local.

Elle sort le sucre et une petite cuiller, puis elle grimpe prestement les escaliers en me soufflant "j'en ai pour deux minutes".

Deux minutes. Je fais un tour d'horizon et note en vitesse : un bocal avec des cailloux en souvenir d'une plage, un diffuseur d'huiles essentielles, des livres pour enfants qu'elle ne range pas avec les autres. Quelques séries télévisées en DVD, l'incontournable Friends en coffrets dépareillés que j'imagine laborieusement collectionnés grâce aux premiers salaires de jobs étudiants. Des poids de chevilles pour faire du sport. Un chargeur de téléphone un peu usé. Une cage à oiseaux suspendue avec des campanules dedans, clochettes sauvages. Je sais que c'est une plante facile à faire pousser, peut-être n'a-t-elle pas la main particulièrement verte. J'entends la chasse d'eau et le robinet couler, elle se lave les mains -bon point pour elle-, elle va redescendre. Mon café est trop chaud, je n'ai rien bu.

Rapidement, encore un peu : pas de miroir, pas d'horloge. J'aime assez ça, aucun témoignage du temps qui passe, ni dans les minutes, ni dans les rides.

La première marche de l'escalier craque, le chat tend l'oreille, j'entends la petite musique de l'ordinateur qui s'éteint. Notre rendez-vous peut commencer. Après cette analyse visuelle j'irai traquer son langage, ses expressions, ce qu'elles disent d'elle. Si j'ai de la chance elle se confiera à moi. C'est souvent le cas dans mon métier, on vient pour un sujet précis et finalement, c'est de la vie dont on parle, comme on le ferait chez un psy.

3 Radiohead - Nude