Gardiens - tome 1 - Maximilian Cat - E-Book

Gardiens - tome 1 E-Book

Maximilian Cat

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Beschreibung

Suivez les aventures périlleuses d'une communauté hors normes, composée d'hommes et de femmes disposant de capacités mentales et de pouvoirs extraordinaires...

En marge de notre société existe une communauté d’hommes et de femmes disposant de capacités mentales qui leur permettent d’influer sur leur environnement et de le contrôler. Détenteurs de grands pouvoirs, ces êtres hors normes développent leurs dons dans la sérénité et la paix.
Mais ce calme apparent dissimule un conflit latent qui risque de bouleverser l’équilibre du monde.
Lorsque Paul Aquilon et ses amis, tout juste sortis du lycée, se retrouvent impliqués dans cette guerre, ils sont loin de se douter que de leurs choix pourrait bien dépendre l’avenir du monde tel que nous le connaissons…

Un roman fantastique où le calme est rapidement effacé par un conflit qui met en péril l'équilibre du monde. Paul et ses amis ont rejoint la communauté après avoir fini le lycée, ils devront faire les bons choix... A découvrir dès 12 ans !

EXTRAIT

Le majestueux temple d’Artémis, faisant partie de sept merveilleuses constructions réparties dans le bassin méditerranéen, fut un soir investi par quatre mystérieux personnages vêtus de capes noires, se déplaçant furtivement jusqu’à l’intérieur, dans la pénombre de la nuit.
Ils passèrent devant les gardes qui ne leur prêtèrent aucune attention, puis s’installèrent au centre du temple, chacun faisant face aux autres. Tous semblaient fortement inquiets, malgré la quiétude émanant de ce lieu.
L’une des deux femmes présentes prit la parole, s’exprimant dans un langage qui n’était parlé dans aucune des contrées connues de cette époque.
— Nous n’avons aucune nouvelle de notre compagnon, il nous faut craindre le pire. Nos deux autres confrères ont trépassé. Leurs temples sont détruits et l’aura qui en émanait est perdue. Ce n’est pas une coïncidence : que l’un d’entre eux ait pu disparaître est tout à fait possible, mais pas tous les deux. Nous connaissions l’étendue de leurs capacités. En outre, les traces laissées sur les lieux prouvent, sans ambiguïté, qu’ils se sont fait attaquer, un par un, par plusieurs adversaires maîtrisant tous un niveau élevé de compétences.
— Ce que nos prédécesseurs redoutaient est arrivé ! répondit l’un des hommes présents. Notre temps est révolu, nous ne sommes plus en mesure de nous protéger seuls.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

J'ai beaucoup aimé ce roman fantastique plein de rebondissements ! Par certains côtés, ce roman m'a un peu fait penser à "Hypercube", publié également aux éditions Thot et que j'avais adoré. - Blog Cocomilady

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Seitenzahl: 490

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Présentation de l'auteur

Convaincu depuis son plus jeune âge du pouvoir de l’esprit sur le corps, Maximilian Cat a grandi en constatant jour après jour que les possibilités de chaque individu sont intimement liées à la force de sa volonté.

En parallèle de son métier d’enseignant dans le domaine de l’esthétique, il a voyagé aux confins du monde et approché différentes cultures et croyances qui ont alimenté sa réflexion.

C’est au cours de ses voyages qu’il a écrit le premier tome de la série Gardiens, dans laquelle il propose une évolution possible des capacités mentales des hommes, et évoque les risques inhérents au développement d’un tel potentiel.

À tous ceux dont la vie est guidée par l’adage « Quand on veut, on peut ».

Les personnages principaux

Paul Aquilon : protagoniste découvrant ses capacités psychiques.

Aurore Lazzi, Lucas Texier et Jade Teora : amis de Paul Aquilon.

Les membres du centre de formation :

Roger Rudit : directeur du centre de formation psychique.

Henri Stürt : professeur d’altération de la matière.

Mathilde Bertal : professeur d’éléments.

Jacques Filoa : professeur d’altération des esprits.

Stéphane Luard : professeur de mysticisme.

Anita Lopèz : professeur d’enchantement.

Aurélia Fève : professeur de guérison.

Marise Racinais : professeur d’histoire psychique.

Bernard Clouvette : professeur d’architecture et d’histoire psychique.

Jacques Réjeanne : conservateur de la bibliothèque.

Les capacités psychiques

Désignation latine

Nom de la capacité

Matière

relative

Description

Aqua

Eau

Éléments

Permet de contrôler l’eau sous forme liquide.

Caecus

Aveugle

Altération des esprits

Permet de faire temporairement diminuer la vision d’une cible jusqu’à la rendre aveugle.

Calor

Chaleur

Altération des esprits

Permet d’insinuer dans un esprit la sensation de chaleur.

Coalesco

Cicatriser

Guérison

Permet de faire cicatriser une plaie, quelle qu’elle soit.

Excisum

Couper

Altération de la matière

Permet de couper ou de trancher.

Frangere

Casser

Altération de la matière

Permet de fracturer ou de casser.

Fumus

Vapeur

Éléments

Permet de contrôler l’eau sous sa forme gazeuse.

Glacie

Glace

Éléments

Permet de contrôler l’eau sous sa forme de glace.

Ignis

Feu

Éléments

Permet de générer et de contrôler le feu.

Occultus

Secret

Enchantement

Permet de cacher aux esprits certains éléments selon le choix de l’enchanteur.

Placandum

Apaiser

Altération des esprits

Permet de cacher la douleur ou une sensation physique à un esprit afin de l’apaiser.

Resisto

Résister

Altération de la matière

Permet de maintenir l’intégrité d’un objet ou d’un organisme face à une agression extérieure quelconque.

Sicco

Sec

Éléments

Permet de faire sécher des objets, ou d’assécher des points d’eau.

Prologue

« Du chaos des Guerres Psychiques

a germé la graine de l’espoir… »

T. TORA, Histoire d’un Monde, vol. 1.

En des temps reculés, alors que l’histoire poursuivait son inexorable avancée, les hommes réalisèrent des prouesses architecturales, construisant des bâtiments plus grands et plus somptueux les uns que les autres.

S’étalant sur plusieurs décennies, la construction de ces édifices était extrêmement coûteuse pour les différentes contrées les monnayant. Érigés à la gloire des dieux et des hommes, leur magnificence était reconnue par tous, des seigneurs aux gens du peuple.

Mais les dégâts du temps et les guerres eurent tôt fait d’accomplir leur œuvre. Certains furent détruits, ne laissant de trace que dans la poussière, tandis que d’autres parvinrent à perdurer.

Le majestueux temple d’Artémis, faisant partie de sept merveilleuses constructions réparties dans le bassin méditerranéen, fut un soir investi par quatre mystérieux personnages vêtus de capes noires, se déplaçant furtivement jusqu’à l’intérieur, dans la pénombre de la nuit.

Ils passèrent devant les gardes qui ne leur prêtèrent aucune attention, puis s’installèrent au centre du temple, chacun faisant face aux autres. Tous semblaient fortement inquiets, malgré la quiétude émanant de ce lieu.

L’une des deux femmes présentes prit la parole, s’exprimant dans un langage qui n’était parlé dans aucune des contrées connues de cette époque.

— Nous n’avons aucune nouvelle de notre compagnon, il nous faut craindre le pire. Nos deux autres confrères ont trépassé. Leurs temples sont détruits et l’aura qui en émanait est perdue. Ce n’est pas une coïncidence : que l’un d’entre eux ait pu disparaître est tout à fait possible, mais pas tous les deux. Nous connaissions l’étendue de leurs capacités. En outre, les traces laissées sur les lieux prouvent, sans ambiguïté, qu’ils se sont fait attaquer, un par un, par plusieurs adversaires maîtrisant tous un niveau élevé de compétences.

— Ce que nos prédécesseurs redoutaient est arrivé ! répondit l’un des hommes présents. Notre temps est révolu, nous ne sommes plus en mesure de nous protéger seuls.

Un soupir d’approbation ponctua ses paroles.

— De toute évidence, et malgré toute notre ingéniosité à nous cacher, quelqu’un a dû développer un talent suffisant pour discerner notre présence et aura transmis ces informations aux autres. Il est inconcevable que ce soit l’œuvre d’une seule personne : comme vous le disiez, Thémis, seuls plusieurs individus maîtrisant parfaitement leurs capacités auront pu s’en défaire.

La seconde femme prit la parole, la voix légèrement tremblante, alors qu’une goutte de sueur perlait sur son front.

— Mais alors… que faire ? S’ils savent de quels lieux nous sommes les gardiens, ils ne tarderont pas à nous trouver ; même ici nous ne sommes pas en sécurité.

Alors que le premier homme s’apprêtait à répondre, Thémis indiqua à voix basse à ses confrères une perturbation de l’espace autour d’eux.

— Philippe, vous nous avez bien dissimulés, mais il faut nous préparer, quelqu’un vient.

Chacun prit place aux quatre coins de la grande salle, se tapissant dans l’ombre, le capuchon de leur cape déployé sur leur tête, ne laissant apparaître que le brillant de leurs yeux dans l’obscurité.

Tous fixaient la grande entrée, laquelle avait été désignée par Thémis comme étant le lieu d’arrivée de l’intrus. Ils sentaient dans leurs corps un mélange d’excitation et de peur, une sensation bien connue : ils l’avaient ressentie à plusieurs reprises auparavant. La même avant chaque affrontement dont l’issue allait peut-être leur être funeste. Ils savaient tous ce qu’ils avaient à faire : il leur fallait survivre afin de trouver une solution à cette situation de crise.

De leur vie ou de leur mort cette nuit, allait dépendre le sort de beaucoup. Les enjeux dépassaient leur simple intérêt personnel, et ils en étaient bien conscients. Ils devaient survivre.

Les secondes passèrent, semblables à des heures. Il n’y avait aucun autre bruit que ceux de la nuit, du battement régulier de leurs cœurs tel un requiem, et du frottement d’un léger tissu sur le sol, qui maintenaient tous leurs sens en éveil.

« Quelque chose cloche… pensa Thémis. Cela ne peut être les agresseurs de nos compagnons, à moins qu’ils ne soient tous déjà placés et qu’ils aient envoyé une autre personne afin de voir si nous sommes bien là. Non ce n’est pas possible, j’aurais senti les perturbations de leur présence… »

Les pas commençaient à se faire entendre ; une ombre noire se dessinait entre les deux gardes de l’entrée qui, tout comme pour les quatre premiers personnages, ne cillèrent pas au passage de ce mystérieux inconnu.

Après quelques pas dans la grande salle, encerclé sans le savoir par quatre redoutables individus, l’homme s’arrêta et sembla en scruter les recoins. Il retira son capuchon et s’exprima d’une voix douce :

— Vous faites toujours de l’excellent travail ma chère Thémis, je commence à regretter de ne pas avoir développé vos compétences qui me semblent fort pratiques.

Elle sut à ce moment-là qu’il n’y avait rien à craindre. Elle ne pouvait se faire abuser par quelque déguisement ou imitation de voix. Passée maîtresse dans l’art particulièrement subtil d’induire de fausses informations dans les esprits, elle-même avait appris à se protéger contre toute altération de ses propres pensées.

Elle sortit alors de son coin, se dirigea vers l’homme venant juste d’arriver, et chacun s’inclina avec respect en face de leur ami. Bien qu’étant restés tapis dans l’ombre, les trois autres compères avaient compris qu’il n’y avait plus aucun danger, et s’avancèrent également. La tension, jusqu’à présent palpable, était redescendue. Les cœurs battaient moins fort, et de légers soupirs de soulagement fusèrent.

Après des années passées éloignés les uns des autres, à communiquer par plis scellés, ces cinq étranges personnages s’étaient enfin réunis, convoqués en ce jour, en ce lieu, par une missive qui leur était parvenue quelques lunes auparavant, marquée du sceau des Gardiens, et signée de leur ami Philippe.

Rassuré de les voir en bonne santé, le dernier arrivant corrobora les informations de Thémis :

— Nos deux frères et amis se sont fait tuer. Je ne comprends pas comment cela a pu se produire, mais c’est arrivé. Il faut que nous trouvions un moyen de faire perdurer ce pourquoi nous existons, et au plus vite !

— Nous en étions justement à ce point, Oreste. Nous sommes par ailleurs heureux de constater que tu vas bien. Qui a une suggestion pour nous éviter le pire ?

La question de Thémis resta un instant sans réponse. La seconde femme reprit la parole :

— Nous ne pouvons plus nous contenter de notre mode de fonctionnement actuel. Voyez où cela nous a menés : nous ne sommes plus que cinq, aucun de nous n’a pris quelqu’un sous son aile pour lui apprendre à utiliser ses compétences et à les mettre au service de notre cause. Si puissants que nous soyons, nous sommes en train de nous éteindre. Parmi toutes les disciplines, parmi toutes les maîtrises existantes, nous n’en représentions déjà que sept. Nous n’en sommes plus qu’à cinq. Avec notre extinction, des techniques se perdent par dizaines. Les futures générations seront forcées d’apprendre à exploiter leur potentiel par elles-mêmes, sans savoir ni pourquoi elles les ont ni dans quel but. Et c’est sans compter sur l’hypothèse que nos apparents adversaires les forment eux-mêmes. Nous devons apprendre aux futurs gardiens à les utiliser, nous n’avons pas le choix.

Tous l’écoutèrent avec attention. Ils sentaient au fond d’eux qu’il s’agissait de la solution la plus adaptée à leur situation désespérée.

Cette suggestion laissa chaque gardien dans un état de réflexion intense et rapide. Tandis que Philippe, Thémis et Oreste acquiesçaient à cette proposition, Périclès, le premier homme qui avait exprimé son inquiétude, essaya d’argumenter en défaveur de ce projet, bien qu’il sache qu’il n’y avait guère d’autre choix.

— Nos prédécesseurs ont adopté notre mode de fonctionnement il y a des générations de cela. Ils nous ont tous recueillis lorsque nous étions suffisamment matures pour comprendre quelle était l’étendue de nos compétences, et vers quelle voie nous diriger. Puis ils nous ont appris, dans le plus grand secret, à la maîtriser. Cela a demandé des années et des années d’investissement de la part de chacun, et au profit d’une seule et unique personne, ce qui a eu pour effet de garantir la bonne utilisation de nos capacités, servant ainsi notre cause. Tu proposes, si je suis bien ton mode de pensée, que chacun de nous trouve plusieurs personnes ayant le potentiel, et qu’on leur apprenne à tous en même temps ce qu’ils peuvent en faire, en espérant qu’un de ces apprentis sera en mesure de prendre la relève ?

— Oui, répondit-elle sous le regard de ses confrères.

— Mais qu’en sera-t-il des autres ? reprit-il. Que deviendront-ils ? Ils risquent fort de se retourner contre ceux à qui on donnera l’ultime honneur de nous remplacer. Je comprends bien que nous n’ayons pas le choix, mais comment mettre ceci en œuvre ? Nous avons toujours agi sous couvert de grandes décisions de nos souverains, profitant de leurs édifices, de leur or, pour nous développer sans que le monde n’en sache rien. Un tel système à mettre en place sera plus que difficile…

Toutes les têtes se tournèrent vers Thémis.

— En effet Périclès, mais nous n’avons pas le choix. Il nous faudra trouver une méthode pour accompagner chaque apprenti, bien qu’il soit mélangé avec les autres et que chacun apprenne des disciplines différentes. À terme, si certains se spécialisent dans des capacités qui ne sont pas les nôtres, ils pourront eux-mêmes apprendre aux futures générations à s’en servir, et ainsi de suite, chaque groupe d’apprentis allant avec le maître de leur discipline. Nous pouvons mettre cela en place, ça demandera des efforts et du temps, et surtout un secret absolu, sans quoi nos adversaires risquent fort d’arriver à s’emparer de ce que nous protégeons, et de s’en servir.

Alors qu’elle exposait son idée, les quatre autres gardiens l’écoutaient attentivement.

— Mais pour commencer, nous allons devoir déménager. Nos temples étant désormais découverts, il nous faut aller dans des endroits temporaires plus sûrs, en attendant de trouver des lieux investis d’une puissance suffisante pour nous réinstaller. Chacun devra influencer, autant qu’il le pourra, les rois et empereurs des contrées où ils s’installeront, afin de nous permettre de continuer à nous développer, sans éveiller l’attention.

L’aura dégagée par chacun à l’écoute de cette vérité, bien qu’invisible, était parfaitement perceptible. Un long silence s’établit alors. Chacun était plongé dans sa conscience, acceptant la réalité de sa situation, le risque imminent de voir ce qu’il protégeait tomber entre les mains de personnes qui voulaient changer les choses et n’hésitaient pas à tuer leurs opposants pour arriver à leurs fins. Ils savaient tous, à cet instant précis, que leur vie allait radicalement changer…

Leur réussite dépendant du secret, Thémis occulta de leur préciser qu’elle avait pu récupérer ce que protégeaient ses deux défunts collègues et les garda avec elle, afin de les mettre en sécurité, laissant ainsi leurs agresseurs bredouilles.

Chacun de ces mystérieux gardiens se retira peu après et ils quittèrent tous le temple d’Artémis en se disant adieu et bonne chance.

Ils allaient chercher, de leurs côtés respectifs, ce qu’ils étaient chargés de protéger, puis entamèrent un long voyage vers de nouvelles contrées inexplorées afin de s’y installer, en espérant ne pas être suivis.

L’un des deux gardes du temple tourna la tête vers un bruit qui lui avait semblé étrange, mais il ne vit que les effets du vent se répercuter sur la poussière apparaissant à la lumière de la lune, et en profita pour se dire qu’il pourrait, peut-être, dormir un peu…

Chapitre 1Curieuse rencontre

« Les centres de formation acceptèrent

d’un commun accord leurs modes de recrutement. »

T. TORA, L’Avènement de l’enseignement.

— Paul, à table !

— J’arrive maman ! Deux minutes !

Il est 20 h 05 à Magnanville, ville de quelques milliers d’habitants de l’Ouest parisien, aux portes de la Normandie. Paul Aquilon, jeune homme de dix-huit ans, qui vient d’obtenir son bac avec brio, est dans sa chambre, chez ses parents, devant son ordinateur, en train de discuter avec une amie via internet.

Premier de la classe depuis ses jeunes années, il se complaît dans les études et dispose de très peu nombreux, mais fidèles amis. Régulièrement, il a des impressions de déjà-vu et parvient très souvent à anticiper de façon inconsciente la tournure des événements. Ce don lui a déjà servi par le passé, dans le sport comme dans la vie de tous les jours. D’aucuns diront qu’il a simplement une bonne étoile, mais Paul essaye intuitivement de développer cette capacité.

Brun, les cheveux courts et les yeux verts, archer hors pair, quelques activités sportives supplémentaires dans sa vie l’ont doté d’un corps harmonieux.

En ce soir du mois de juillet, qui n’avait rien de plus que les autres, excepté peut-être une chaleur peu commune, même pour cette époque de l’année, Paul vivait sa vie paisiblement, se préparant à entrer dans des études supérieures.

Céline, sa sœur, qui avait toujours fait tourner la tête des garçons, était partie vivre avec son ami, laissant ainsi la maison pour Paul, ses parents, et leur chien.

Il termina sa conversation sur internet puis descendit un instant après, pour savourer un bon repas comme les avait toujours préparés sa mère. Le dîner se passa comme les autres, dans une bonne ambiance, les uns demandant les activités des autres dans la soirée, et le lendemain.

— Je vais aller à Paris demain. Je partirai vers onze heures et reviendrai en fin d’après-midi.

C’est ainsi que Paul avait prévu sa journée. Le soir, avant de se coucher, il discuta au téléphone avec ses amis, puis prépara son sac pour son excursion.

Il appréciait ces sorties à Paris, tout comme chaque instant passé avec les personnes chères à son cœur, ce qui le mit dans un léger état d’impatience.

À 10 h 55, le lendemain, il sortit de la maison en direction de l’arrêt de bus. Quelqu’un attendait déjà. Paul ne l’avait jamais vu. Il lui adressa un bonjour, et pensa à sa journée.

L’homme avait une quarantaine d’années, et ne se distinguait des autres que par le noir de ses vêtements. D’un physique relativement banal, les cheveux bruns coupés court et les yeux marron, l’attention de Paul n’en fut guère attirée.

Il continua son voyage jusqu’à Paris, en prenant le train jusqu’à la gare Saint-Lazare. Arrivé à 11 h 45 à Paris, il aperçut encore l’homme de l’arrêt de bus dans la file descendant du train, puis avança au pas de charge vers l’entrée de la ligne 14 du métro, qu’il affectionnait tout particulièrement en raison de son caractère propre, sobre et aéré : un sol brillant, de grandes baies vitrées, un bon éclairage se reflétant judicieusement sur chaque surface, ou encore l’automatisme de ces rames de métro, étaient autant d’éléments qui lui plaisaient.

Aujourd’hui il descendrait à Châtelet puis prendrait la ligne 7 vers Jussieu, lieu de rendez-vous avec ses amis.

Il lui sembla, en entrant dans le métro, apercevoir de nouveau l’homme en noir de Magnanville. Il était habillé de la même façon, mais son visage semblait différent.

« Tiens, on est samedi pourtant, ce n’est pas le lundi les enterrements ? » pensa ironiquement Paul en repensant à ce sketch – qu’il adorait – du train pour Pau.

Il esquissa un sourire et resta debout dans la ligne 14 du métro, proche de la porte d’entrée, placé de telle sorte qu’il trouve sa correspondance directement en face de lui en sortant de la rame. Elle ralentit à l’approche de la station Châtelet, puis s’immobilisa. Les portes s’ouvrirent automatiquement. Il sortit, bousculé par la foule descendant à cette station.

Son regard se posa sur un groupe de deux femmes et un homme habillés de noir, et situés juste en face de la porte du métro. Cette situation ne l’inquiétait pourtant nullement, aussi il poursuivit son chemin comme si de rien n’était, mais il n’avait pas vu que le quatrième personnage vêtu de noir s’était glissé derrière lui dans la rame.

— Paul ?

Il avait été interpellé par l’une des deux femmes sombrement vêtues en posant le pied sur le quai.

Instinctivement, il prit une posture défensive. Il avait en effet pris l’habitude de se méfier de tout événement inhabituel, et a continué à s’entraîner après avoir suivi quelques cours d’arts martiaux, lui permettant de se défendre en cas d’agression. Sûr de ses facultés martiales, il regarda cette femme dans les yeux et se dirigea vers le groupe, suivi de près par le quatrième individu vêtu de noir.

Il s’adressa à elle d’un ton neutre, choisi pour n’être ni affectueux ni offusquant, et tâcha de ne pas montrer quelque faiblesse dans ses expressions faciales.

— Sans vouloir vous manquer de respect, madame, je ne crois pas que nous nous connaissions.

Apparemment amusée de cette réaction, elle lui sourit.

— Tu ne nous connais pas en effet. Pour être plus précis, tu ne nous as même jamais vus Paul. Mais nous te connaissons. Permets-moi de nous présenter : je m’appelle Jade ; voici Camille, Pierre et Armand, qui a pris le bus avec toi.

Jade était une jeune femme, visiblement d’une trentaine d’années ; un visage dégageant une douceur peu commune, la peau mate, les cheveux d’un noir d’ébène, et les yeux tout aussi noirs.

Bien que très méfiant, Paul souhaitait savoir comment il se faisait que ces gens connaissent son nom et semblaient savoir autant de choses sur lui.

— Enchanté de faire votre connaissance, Jade, Camille, Pierre et Armand, mais… pardonnez-moi, comment se fait-il que vous me connaissiez ?

— Nous ne pouvons en parler ici, il y a trop de monde qui peut nous épier, sortons dans la rue et marchons, répondit le dénommé Pierre de façon abrupte.

Du haut de ses deux mètres, il dominait ses compagnons et présentait un visage en partie brûlé, le rendant tout autant charismatique qu’inquiétant.

Tout se passa très vite dans l’esprit de Paul : il savait qu’il était particulièrement imprudent de suivre des inconnus, plus encore lorsqu’ils souhaitaient aller dans un endroit moins fréquenté, mais un étrange sentiment de confiance l’envahissait également.

Pesant le pour et le contre en quelques fractions de seconde, durant lesquelles il jaugea du regard chacun de ses quatre interlocuteurs, il fut interrompu dans ses réflexions par Camille qui prit la parole d’une voix assez dure, malgré les beaux traits de son visage, ses cheveux blond platine et ses yeux bleus.

— Non Pierre, il a envie de savoir pourquoi nous le connaissons, mais il ne souhaite malgré tout pas nous accompagner dans un coin plus tranquille et, compte tenu de ce qu’il sait de la situation, il a entièrement raison. Armand, fais ce qu’il faut, ajouta-t-elle en regardant son compagnon.

Acquiesçant, Armand regarda autour d’eux et chuchota quelque chose que Paul ne parvint pas à comprendre. Pierre, quant à lui, semblait manifestement nerveux, ce qui n’échappa ni à l’œil ni à l’intuition du jeune homme.

À peine une seconde plus tard, Armand dit que tout était OK à ses compères, et en profita pour aller s’asseoir sur un banc qui venait de se libérer, sur lequel personne ne retournait , malgré la densité de la foule. En y regardant de plus près, Paul se rendit compte qu’ils étaient tout à fait seuls dans leur zone, mais que l’ensemble du quai était bondé.

Il réfléchit rapidement à la curiosité de ce phénomène, mais Camille fut plus rapide que lui.

— Ne t’en fais pas Paul, Jade va tout t’expliquer, nous ne risquons plus rien ici.

Jade alla également s’asseoir sur le banc, et fit signe à Pierre et Camille de la suivre. Position rassurante pour Paul, qui se retrouvait debout, face à quatre personnages assis, ce qui lui laissait toute possibilité de fuite au cas où.

Elle plongea ses yeux plus sombres que les profondeurs abyssales dans le regard de Paul, qui sentit une douce chaleur irradier dans son corps.

— Paul, ce que je m’apprête à te dire a été décidé par des personnes très avancées et clairvoyantes. Je te suis depuis plusieurs semaines.

Elle lui parlait avec sa voix douce, marquant de courtes pauses entre chaque phrase et – peut-être était-ce son attitude naturelle – affichait un léger sourire.

— Je t’ai observé, tu ne t’en es jamais rendu compte, et c’est tout à fait normal. Tu apprendras pourquoi en temps utile. Je vais te poser quelques questions auxquelles je te demande de répondre très honnêtement, mais je te connais suffisamment pour savoir que c’est ce que tu feras.

Bien qu’il ne comprît pas de quoi il retournait, Paul décida de jouer le jeu et écouta avec attention en approuvant d’un signe de tête.

— Il y a quelques semaines, alors que tu marchais dans la cour de ton lycée vers la sortie, en discutant avec l’un de tes camarades, un autre de tes amis s’est approché de toi rapidement et furtivement par-derrière, et a entrepris de te prendre par le cou. Tu n’avais aucun moyen de savoir qu’il arrivait : il ne faisait pas assez de bruit, son ombre était derrière toi et le vent allait face à toi, tu n’as donc pas pu le sentir. Et pourtant, au dernier moment, tu t’es baissé, lui faisant perdre son équilibre dans sa lancée. Comment as-tu fait ?

Cette question le surprit par sa précision. Il se remémora ces événements, non sans une certaine gêne d’avoir été ainsi épié, puis répondit en conservant son impassibilité.

— Oui je m’en souviens. Je ne sais pas, j’ai su qu’il arrivait et qu’il fallait que je me baisse, mais tout s’est fait sans que je réfléchisse.

— Bien, reprit Jade. Lors d’un de tes entraînements d’arts martiaux au dojo, tu as revêtu une armure pour toute la durée de la séance. L’un de tes camarades, bien plus gradé que toi, t’a proposé un exercice : il t’a demandé d’encaisser un coup en gardant les yeux fermés. Tu avais dû mal comprendre la manœuvre, et lorsqu’il a essayé de te frapper au ventre, tu as esquivé, alors que tu ne voyais rien, et qu’il ne faisait lui non plus pas assez de bruit pour que tu l’entendes déplacer son bras. Tu as réitéré ceci cinq fois, énervant ton collègue. Comment savais-tu à quel moment esquiver, alors que tu ne voyais ni n’entendais rien ?

Ces questions étaient bien trop précises pour être le fruit du hasard : ils avaient raison, ils le suivaient depuis un bout de temps, pensa Paul.

— Euh… Je le sentais, je ne saurais l’expliquer…

Un sourire passa sur le visage de chacune des quatre personnes face à lui. Apparemment, ses réponses les satisfaisaient. Jade se leva et se plaça face à Paul. Le bruit du métro arrivant en station était trop fort pour poursuivre. Elle regardait par-dessus son épaule, scrutant le quai à la recherche de quelque chose ou de quelqu’un, tout comme Camille, Armand et Pierre. Ce dernier, visiblement plus nerveux que les autres, agitait les yeux en tous sens. Le métro redémarra, le quai se vida des nouveaux arrivants, et le silence revint partiellement.

— Il y a de nombreux autres exemples du même ordre, reprit Jade. Tu le sais n’est-ce pas, tu en es conscient ? Tu sais également que tu as commencé à développer ces facultés récemment.

Alors qu’elle lui parlait, elle scrutait son regard et s’appliqua, à chaque instant, à soigner son élocution.

— Cette intuition que tu as développée nous est propre. Quand je dis « nous », il s’agit des gens comme toi, nous quatre et bien d’autres. Ce sont des signes attestant que tu as un certain potentiel : celui d’apprendre à contrôler tes compétences mentales afin d’influer sur ton environnement et sur ceux qui t’entourent.

Paul pencha légèrement la tête sur le côté, intéressé par ces paroles, alors que Jade continuait.

— Je ne vais pas m’étaler sur tout ce que tu peux potentiellement développer, mais vois par exemple Armand : il a appris, entre autres, une certaine capacité à faire voir des choses aux autres qui ne sont pas vraiment là. Aussi, dans l’esprit de ceux qui nous entourent, la zone dans laquelle nous sommes est bondée. Ce qui bien entendu, tu le constates toi-même, n’est pas le cas. Mais cela nous évite d’être dérangés. Si tu souhaites en savoir plus sur ses compétences, tu pourras lui demander, mais pour le moment nous avons d’autres choses plus importantes à te dire.

Paul n’avait pas cillé en entendant ceci. Il s’agissait de phénomènes qu’il avait déjà envisagés, mais les avait finalement trouvés improbables. Rien ne lui prouvait que cela ne pouvait pas être, mais malgré tout, il ne s’y était pas attardé. « Après tout, pourquoi pas  ? » pensa-t-il.

Il constatait de visu ce que Jade venait de lui dire : malgré le fait que le quai soit rempli, leur espace était vide, il n’y avait qu’eux.

Pourtant, l’argumentaire de Jade n’était pas entièrement vrai. Il lui semblait avoir toujours été capable de prévoir certaines choses, sans y faire attention, même si ce « don », comme elle l’appelait, avait subi une considérable croissance récemment.

À ce moment précis, il pensa à ses amis qui allaient l’attendre. Il serait sûrement en retard, et son portable ne tarderait pas à sonner pour que ces derniers sachent où il se trouvait.

— Ne t’en fais pas, nous n’en avons plus pour très longtemps. Tu pourras aller retrouver tes amis à Jussieu dès que nous en aurons fini, et prendre le temps de décider ce que tu comptes faire.

Ainsi Camille avait anticipé une fois de plus ses doutes, faisant sourire ses collègues.

— Intéressant… Je suppose que vous avez, Camille, développé une forme de télépathie ?

Paul s’adressa directement à elle en scrutant son regard, qui semblait amusé.

— Pas tout à fait, il s’agit plus d’une forme d’empathie profonde ; la télépathie n’est accessible qu’aux très avancés dans ce domaine, je suis encore trop jeune pour ça.

Et elle avait raison : du haut de ses vingt-huit ans, elle ne pouvait espérer développer de telles compétences avant une bonne dizaine d’années de pratique intensive.

Jade reprit le fil de la conversation, le temps étant apparemment trop limité pour qu’elle s’étale sur d’autres sujets que celui abordé.

— Nous pourrons parler de cela plus tard. Si tu as des questions, Paul, tu nous les poseras, mais sois patient. Nous sommes devant toi aujourd’hui car tu as atteint la maturité suffisante pour comprendre l’étendue de ce qui s’offre à toi et faire tes propres choix, en toute connaissance de cause. Nous faisons partie de ce qui s’apparente à un centre de formation, permettant aux gens comme toi et nous de développer leurs compétences, en fonction de la voie qu’ils choisiront. Pour des raisons qui te seront expliquées plus en détail au centre, si tu acceptes, nous suivons le cycle scolaire. Aussi, nous profitons du mois de juillet pour te proposer d’intégrer notre école à la reprise, au mois de septembre. Nous savons que tu avais prévu une classe préparatoire scientifique à laquelle tu t’es déjà inscrit. Les choses ne sont pas immuables, tu es seul maître de ton destin. Tu as jusqu’au 15 août pour prendre une décision et nous la faire parvenir.

Tout en continuant ses explications, elle s’approcha légèrement de lui en souriant et lui tendit la main, qui contenait un minuscule téléphone portable.

— Voici un téléphone pour me contacter directement ; il n’aboutit qu’à un seul numéro, le mien. Tu ne pourras m’appeler qu’une seule fois, alors réfléchis bien à ce que nous te proposons, tu as environ un mois. Une fois ce délai passé, si tu ne nous as pas communiqué de décision, nous supposerons que tu refuses. Il n’y aura aucune conséquence pour toi, tu continueras ta vie normale, en oubliant tout ce que tu as entendu et vu aujourd’hui. Une seule restriction : tu ne dois parler de ceci à personne. Nous agissons dans le plus grand secret. Si tu en parlais, nous considérerions que tu n’es pas capable de prendre des décisions seul et, comme tout est basé sur l’intuition et le libre choix personnel, tu dois pouvoir déterminer les choses par toi-même.

Paul avait écouté avec la plus grande attention et s’apprêtait à poser une question. Il fut cependant moins rapide que Jade qui continua :

— Nous allons maintenant te laisser poursuivre ta journée, la tête remplie de questions. Toutes les réponses sont déjà en toi, écoute ce que pense ton esprit, tu connaîtras la vérité. Cher Paul, je te dis à bientôt au téléphone.

— Et nous te disons à bientôt au centre, peut-être… Allons-y ! compléta Pierre.

Après s’être incliné, chacun prit des chemins différents et ils disparurent dans les couloirs du métro de la station Châtelet, laissant Paul seul sur le quai, l’esprit plein de questions, comme le lui avait prédit Jade.

Il sortit de ses pensées, après être resté immobile à contempler le téléphone laissé par cette dernière, puis se rendit compte que ce coin du quai, vide de monde quelques instants auparavant, était désormais aussi bondé que le reste de la station.

Ses étranges interlocuteurs étaient effectivement partis. Il lui fallait continuer sa journée, comme si de rien n’était. Il rangea le téléphone dans sa poche en y prêtant une attention toute particulière, puis se dirigea vers la ligne 7, les yeux dans le vague, afin de se rendre à Jussieu pour y retrouver ses amis.

À la fin de la journée, il était de retour chez lui. Ses parents lui demandèrent comment ça s’était passé lorsqu’ils étaient à table, mais Paul était tellement perdu dans ses pensées qu’il ne répondit pas tout de suite. « Très bien… J’ai sympathisé avec quelques personnes… Intéressantes… et qui, je pense, vont m’apporter beaucoup… » poursuivit-il dans sa tête.

Chapitre 2Un choix difficile

« … mais de grands potentiels furent perdus

en déclinant l’offre. »

T. TORA, L’Avènement de l’enseignement.

Cette nuit-là, Paul eut du mal à trouver le sommeil. Il aurait pu s’agir de la température caniculaire qui régnait alors sur l’Ouest parisien, mais il n’en était rien. Allongé sur ses draps, la peau moite, il n’arrivait simplement pas à reposer son esprit, empli de dizaines de questions.

— Est-ce vrai ? Ai-je un potentiel ? Peut-il s’agir d’un canular ? Une caméra cachée ? Une secte ? Que faire ?

Toutes les questions qu’il se posait alors étaient très pertinentes et nécessitaient une réponse avant qu’il puisse prendre une décision. Mais quel avenir aurait-il alors ? Il devrait arrêter ses études pour aller être formé à développer ses compétences. Mais de quelles compétences exactement s’agissait-il ?

Il avait pu deviner deux voies possibles à travers l’entrevue avec ces quatre personnages : une forme de contrôle mental et un talent d’empathie.

« Je n’ai pourtant pas rêvé, ils ont bien fait ceci devant mes yeux, et si ça n’était pas réel, c’est que j’étais effectivement contrôlé mentalement, ce qui atteste que ces dons existent bel et bien ! » Paul se retourna l’esprit et le corps dans tous les sens, puis finit malgré tout par s’endormir.

Ses rêves furent peuplés de gens en noir vivant dans une tour tout aussi sombre, très faiblement éclairée ; chacun de ces habitants le regardait comme s’il était un étranger.

De longues années passées à exercer son esprit à ne pas laisser les perturbations de sa vie influer sur son sommeil lui permirent de se lever à 10 h 30 le lendemain matin ; sa mère, Cécile, alla le réveiller pour lui demander d’aller faire des courses avec elle quelque trente minutes plus tard.

Cécile était une femme de quarante-cinq ans, un peu plus petite que son fils, un visage rond et de fins cheveux courts. Le gris de ses yeux s’accommodait du châtain de ses cheveux, créant une douceur qui cachait une grande détermination. Malgré sa légère corpulence, elle s’habillait avec une certaine élégance, et savait combiner les couleurs et formes de vêtements afin qu’ils conviennent au mieux à son physique et à son état d’esprit.

À peine sorti de son sommeil, seul un râle attestant son accord sortit de la bouche de Paul. Toute la matinée, il resta distant, froid, perdu dans ses pensées, si bien que Cécile s’en inquiéta et lui demanda à plusieurs reprises si tout allait bien. Chaque fois, la réponse fut la même :

— Oui… Je réfléchis…

Cette situation durait depuis une semaine maintenant : Paul passait ses journées enfermé dans sa chambre, ordinateur et téléphone éteints, n’en sortant que pour les repas et la balade de son chien.

Son père, Philippe, qui avait également constaté l’étrangeté de la situation, alla le voir. Il dominait Paul de son mètre quatre-vingts et ne se différenciait de son fils que par quelques rides supplémentaires tant ils se ressemblaient : les mêmes cheveux, les mêmes yeux, les mêmes mimiques. Il lui avait transmis le goût du bricolage, des facultés à savoir se débrouiller seul et son calme impérial, qui contrastait avec le caractère plus prononcé de sa femme.

En entrant, il trouva Paul allongé sur le dos sur son lit, les yeux fixés sur un point invisible au plafond.

— Je peux entrer ?

Cette demande le sortit de sa torpeur. Il se redressa et adressa un regard à son père, ponctué d’un sourire.

— Oui bien sûr.

— Écoute, maman et moi avons remarqué que, depuis une semaine, depuis que tu es allé à Paris en fait, tu ne sors plus, ne parles plus à personne, ne dis plus rien… Si tu as des problèmes, tu peux nous en parler tu sais, on peut essayer de t’aider. Tu as des soucis avec une fille ?

Il avait bien anticipé cette réaction de la part de ses parents depuis quelques jours. Il s’y était préparé, mais le regard inquiet que lui portait son père mit Paul dans un état de culpabilité. Aurait-il dû leur en parler ? Non bien sûr, Jade avait été très claire là-dessus, il ne devait rien en dire et répondre ce qu’il s’était plusieurs fois répété à lui-même :

— Je suis confronté à une décision cruciale dont dépendra mon avenir tout entier. Il s’agit pour moi de savoir quoi faire de ma vie, je ne suis plus certain de souhaiter poursuivre dans la voie dont vous avez connaissance.

Ces paroles eurent l’effet imaginé sur son père : bien qu’il sût cacher ses émotions, il ne pouvait dissimuler à son propre fils que ces mots le troublaient.

Il y avait de quoi : Paul était engagé dans une voie qu’il avait choisie alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Il avait souhaité depuis toujours piloter des avions, de chasse de préférence, mais, à défaut, des avions de ligne. Il s’était donné les moyens pour réussir dans cette voie et allait engager ses études supérieures qui lui permettraient de poursuivre son rêve.

Comment pouvait-il tenir ce discours ? Qu’est-ce qui avait pu se passer pour lui faire choisir de changer de voie ? Ces questions, Philippe les posa à son fils.

— Je crois qu’il y a une autre voie, à laquelle je suis destiné depuis ma naissance.

Lorsqu’il prononça ces paroles, Paul repensa à ce que Jade lui avait dit une semaine plus tôt : « tu es seul maître de ton destin. »

« Facile à dire, pensa-t-il. Je suis confronté à un choix dont toute ma vie dépend ! Je suis peut-être maître de mon destin, il me suffit de faire un choix, la difficulté ne résidant pas dans le fait de faire le choix, mais dans celui d’en accepter les conséquences. Et quelles conséquences ! » Cela relançait tout le débat qui avait lieu dans sa tête depuis cette journée fatidique.

— Tu connais mon point de vue à ce sujet, reprit Philippe. À partir du moment où tu t’épanouis dans ta vie, quand bien même tu ferais un travail peu envié, j’en serais heureux. Ta mère risque d’avoir un peu plus de mal à l’accepter : si tu dois changer de voie, essaye de faire passer ça doucement, même si à terme, elle sera également heureuse de te voir épanoui, ponctua-t-il avec un léger sourire.

Ces mots rassurèrent Paul qui, se sentant soutenu, se replongea dans son débat.

Les jours passèrent et, sans s’en rendre compte, il se retrouvait déjà le 8 août. Ce jour-ci, il reçut la visite surprise de Marie, sa tante par alliance. Il était alors seul chez lui, ses parents étant partis travailler.

Alors qu’il restait étendu sur son lit à réfléchir, la sonnette retentit dans la maison, le tirant une fois de plus de ses rêveries. En ouvrant la porte, il la découvrit, aussi fine, aussi blonde, et les yeux aussi bleus que d’ordinaire. Il l’accueillit chaleureusement, lui proposa d’entrer et de s’asseoir, tout en s’interrogeant sur les raisons de sa visite.

Il lui demanda alors ce que lui valait l’honneur de sa présence.

— Je passais dans le coin et me suis dit qu’une visite improvisée à mon neveu préféré serait du meilleur effet.

— C’est très gentil, répondit Paul, sceptique.

Depuis la rencontre dans le métro quelques semaines auparavant, il accordait davantage d’importance à son intuition.

— Il y a quelque chose qui ne colle pas, pensa-t-il.

Son expression dut le trahir, car Marie l’interrompit dans ses pensées.

— On dirait que quelque chose te tracasse ?

— Non ça va. J’ai juste l’impression que tu n’es pas venue par hasard. Mais je peux me tromper.

Il prononça ces mots en regardant fixement sa tante dans les yeux, tâchant de lire quelque chose d’indéfinissable sur son visage. Elle se contenta de sourire, soutenant son regard.

— D’accord, je vais être honnête : j’ai appris que tu avais été contacté par des amis il y a quelques semaines dans le métro…

Paul fut étonné d’entendre ces mots de sa part. Avait-il pu manquer à la confidence, avait-il pu trahir ce secret ?

Le visage amusé de Marie le rassura, et elle continua :

— Ne t’en fais pas, ce n’est pas de ton fait si je l’ai appris. Vois-tu, je dispose également de certaines… disons, facultés. J’ai étudié au centre qu’on te propose d’intégrer. Je peux t’assurer qu’il ne s’agit nullement d’une arnaque quelconque, que ce centre est très sérieux et ouvre des opportunités dont énormément de personnes ne font que rêver.

Bien que difficile à impressionner, Paul avait malgré tout écarquillé les yeux à l’écoute de ce discours. Trop cartésien pour accepter cette possibilité sans preuve, il en demanda à sa tante, qui ouvrit la main et créa à l’intérieur une petite flamme, sans prononcer un mot et sans aucun moyen pyrotechnique.

Il était ébahi devant ce phénomène qu’il n’arrivait pas à expliquer. Marie le rassura : elle lui précisa que c’était là l’une des bases qu’il apprendrait à maîtriser dès sa première année au centre, ce qui laissait entrevoir de nombreuses autres possibilités.

Satisfait de la constatation qu’il venait de faire, et après le lui avoir proposé, il lui servit un café et prit lui-même un sirop de menthe glacée, idéal pour se rafraîchir en cette chaude journée d’août.

Elle précisa à son neveu qu’elle n’était pas en droit de le conseiller ou d’influencer sa décision ; ce discours qu’elle tenait à Paul débordait déjà sur ce qu’elle était autorisée à lui dire.

— Il faut que tu comprennes que ma démarche aujourd’hui auprès de toi n’a pas pour but d’essayer de te prouver qu’il faut que tu viennes étudier dans cette école. Je ne vais pas t’exposer ce que tu y trouveras ou ce que ça t’apporterait ; cette décision est la tienne et chaque élève nouvel arrivant obtient précisément les mêmes informations que celles qui t’ont été données. C’est un choix qu’on a tous dû prendre et, crois-moi, pour certains, il a été très difficile. D’autres ont même refusé : je me souviens d’un jeune garçon que j’ai été chargée de suivre et qui avait tout le potentiel pour venir étudier au centre, mais qui a décliné la proposition.

Paul écoutait avec la plus grande attention chaque mot prononcé par sa tante, en saisissant tous les sens. Mille questions lui brûlaient les lèvres, mais il soupçonnait que même s’il les lui posait, elle ne répondrait pas.

— Merci beaucoup pour toutes ces informations tata, je vois où tu veux en venir, il me faut prendre une décision en accord avec mes principes et en suivant mon instinct, n’est-ce pas ?

Marie avait, comme à son habitude, grimacé lorsqu’elle avait été appelée « tata », mais elle avait souri en écoutant la fin de la phrase de son neveu.

— En effet, tu dois prendre une décision tout à fait personnelle, et ne laisser personne l’influencer, ni dans un sens ni dans l’autre. Je t’ai donné mon opinion, mais elle ne reflète que ce que je pense et n’engage que moi. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix. Je vais devoir te laisser, ton oncle va se demander où je suis passée. Réfléchis bien, et ne t’en fais pas : je serai rapidement mise au courant de ta décision.

Ils se levèrent ; Paul remercia sa tante, puis ils se quittèrent. Il fut heureux d’avoir eu ces informations supplémentaires, qui l’avaient fait avancer sur le chemin qui s’ouvrait devant lui.

Suite à cette entrevue inattendue, il ajouta à ses réflexions, suivant le conseil de son père, des promenades solitaires dans le bois bordant son pâté de maisons, qui lui permettraient de s’aérer l’esprit et de remettre de l’ordre dans ses idées.

La principale question qu’il se posait, la principale crainte qu’il avait, était que tout cela ne fût qu’un canular, bien que sa tante l’eût assuré du contraire. Cette possibilité le hantait. Et pourtant, malgré toute sa méfiance, quelque chose en lui lui disait que c’était vrai.

Il posa la main sur un grand chêne et baissa la tête, écoutant le bruissement des feuilles et les bruits de la forêt. Un oiseau venait de se poser sur une branche au-dessus de lui, profitait de l’ombre procurée par l’épais feuillage du chêne, et commençait à piailler. Paul écoutait tous ces sons qui le détendaient. Ses pensées s’accélérèrent. Il se remémora alors des bribes de paroles prononcées par Jade il y avait déjà trois semaines de cela : « Comment savais-tu ? Il y a de nombreux autres exemples… Cette intuition nous est propre… Cette intuition nous est propre… Cette intuition… Cette intuition… »

C’était ça ! Le choix était là ! Le choix était fait, il était pourtant si évident ! Jade, tout comme Marie, lui avait conseillé de suivre son intuition. Celle-là même qui ne l’avait jamais laissé tomber, elle grâce à qui il s’était toujours tiré des pires situations, elle qui l’avait accompagné depuis toutes ces années, qui lui aurait permis d’avancer dans la vie, lui qui avait appris à l’écouter en toutes circonstances, lui qui s’était toujours reposé sur ce qu’il ressentait ! Comment avait-il pu ne pas penser à écouter son intuition ?

Enfin décidé, enfin sûr de ce qu’il allait faire, il courut jusque chez lui, plus vite qu’il n’avait jamais couru. Cette sensation de légèreté lui procurait une immense satisfaction ; il se sentait libéré d’un poids énorme, il n’y avait plus qu’une chose qui comptait dans le moment pour Paul : prendre le téléphone laissé par Jade et lui annoncer sa décision. Malgré la certitude qu’il avait, il souhaitait tout de même poser une dernière question à cette dernière, la seule qui pouvait encore influencer son choix.

Il arriva chez lui, à bout de souffle, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Il se déchaussa, monta les escaliers menant à sa chambre, prit le téléphone laissé par Jade dans son bureau, redescendit aussi sec et prit la direction du chêne auprès duquel il s’était décidé.

Une fois au pied du centenaire, entre deux de ses racines, il reprit son souffle, s’assura qu’il était seul, ouvrit le téléphone qui s’activa automatiquement, et trouva le numéro de son correspondant.

Une sonnerie…

Deux sonneries…

Trois sonneries…

— Bonjour, Paul, je suis bien heureuse de recevoir enfin ton appel, l’accueillit la voix mélodieuse de Jade.

Il ne s’en était pas rendu compte lors de leur première entrevue, mais elle était décidément une excellente oratrice. « Peut-être est-ce cela qu’elle a développé ? » pensa Paul, mais cela semblait un peu léger à ses yeux.

— Bonjour, Jade, merci, j’ai plaisir à vous entendre de nouveau, répondit-il, un peu essoufflé. J’ai beaucoup réfléchi à ce que vous m’offrez et ai eu quelques difficultés à me décider, vous devez, je pense, comprendre pourquoi. Mon intuition me dicte une décision qui est, j’en suis persuadé, la bonne pour moi. Mais avant de vous donner une réponse définitive, me permettrez-vous une question ?

— Tu m’en poses déjà une, Paul, mais oui, je t’en prie. Si mes réponses peuvent t’aider à prendre une décision objectivement, alors pose-m’en même plusieurs.

« Parfaite oratrice même, repensa Paul. Tous ses mots sont parfaitement dosés… »

— Merci, reprit-il à haute voix. Voici ma question : quel avenir y a-t-il pour ceux qui choisissent de venir être formés dans votre centre ? J’entrevois bien entendu la possibilité de rester enseigner, mais… quels sont les débouchés professionnels ?

Il crut alors discerner un certain amusement dans la voix de Jade, ce qui lui fut confirmé par les paroles qu’elle prononça alors :

— Tu as le don d’anticiper les choses, Paul. Je dois avouer que personne ne m’avait jamais posé cette question. Je vais y répondre conformément à tes souhaits, objectivement.

Il tendit l’oreille pour ne pas perdre une once d’information.

— Tu as en effet la possibilité de rester enseigner au centre de formation. Tu peux également aller te perfectionner dans certaines disciplines que notre école ne développe pas au-delà d’un certain niveau. Il te faudra alors partir à l’étranger pour les apprendre, dans les autres centres similaires au nôtre. Tu peux, en fonction des compétences que tu auras développées, exercer dans différents métiers dépendant de notre juridiction… et bien d’autres…

Paul buvait littéralement ses paroles, totalement concentré sur la conversation. Il en avait oublié les arbres, la forêt. Son regard se perdait dans le lointain. La seule chose qui comptait pour lui était ce qu’il entendait.

— Hum… Je ne devrais pas te le dire, continua-t-elle sur un ton légèrement embarrassé, car tu n’as même pas encore commencé, mais il y a des rumeurs sur des emplois secrets, cependant, personne à ma connaissance ne sait ni comment y accéder, ni en quoi ils consistent, ni même si c’est vrai… Quoi qu’il en soit, tous les débouchés qui existent sont bien rémunérés. Ils te permettront d’avoir une bonne qualité de vie.

Il sourit, et continua d’écouter attentivement.

— Il te faut simplement garder à l’esprit que le développement d’une ou plusieurs compétences est l’histoire d’une vie entière ; tu n’auras jamais terminé ton apprentissage. Tu passeras les niveaux au fur et à mesure, mais il y aura toujours un maître au-dessus de toi pour t’apprendre davantage de choses. Et quand bien même tu deviendrais le plus grand maître d’une capacité, tu auras encore à apprendre du plus jeune des débutants. Est-ce que ma réponse te paraît suffisamment claire ?

Évidemment elle l’était. Paul avait imaginé les informations données par Jade, mais sans en être parfaitement sûr. Il n’avait en revanche pas pensé au fait que cette institution pouvait exister dans d’autres pays, et pourtant cela était tellement évident. La confiance qu’elle lui avait accordée l’avait marqué mais, excellente oratrice comme elle l’était, il se dit qu’il s’agissait peut-être d’une ruse destinée à le faire accepter, tout comme le chant des sirènes était censé attirer les navires et leurs équipages. Cette pensée le fit sourire : il imaginait Jade, telle une sirène essayant d’attirer son navire voguant sur les eaux troubles de sa propre vie.

Il lui restait tant de questions à poser, mais aucune ne pouvait changer sa décision désormais. Il avait choisi de faire confiance à son intuition, une fois encore. Aussi Paul ne tarda pas à faire part de son choix à Jade, l’ayant suffisamment fait attendre.

— Oui, merci. Votre réponse m’éclaire particulièrement. Vous m’aviez dit, lorsque nous nous étions rencontrés dans le métro, que mon intuition faisait partie intégrante des gens comme nous. Aussi, j’ai choisi de l’écouter, elle qui n’a jamais failli, et j’ai pris ma décision à son écoute. Je souhaite intégrer votre centre de formation.

Un frisson parcourut son corps à ce moment précis. Il venait de choisir un avenir qui n’était inscrit dans aucune des brochures qu’on leur distribuait depuis quelque temps, un avenir qu’il n’avait jamais envisagé auparavant. La légère brise soufflant à l’ombre des arbres y était également sûrement pour quelque chose.

Quelques secondes passèrent, puis Jade reprit la parole :

— Ta décision m’enchante, Paul. Il va maintenant te falloir mettre au point ton changement d’orientation. Notre centre de formation, à Paris, est camouflé derrière une école d’architecture. Aussi il te sera assez simple de donner quelques informations à ton entourage quant au lieu dans lequel tu vas étudier et imaginer une explication à ce changement de situation. Je vais te faire parvenir une brochure de l’école d’architecture dont nous parlons par courrier simple, ton inscription étant d’ores et déjà acceptée.

« Décidément, ils sont bien organisés » pensa-t-il.

— Financièrement, tu es subventionné par un fonds dont nous disposons pour tous les nouveaux arrivants tels que toi. Cela permet à tous, ceux venant des familles défavorisées, comme venant de milieux très aisés, d’intégrer notre centre sans réticences de la famille et de façon uniforme pour tous les étudiants. Seules les fournitures scolaires classiques resteront à ta charge, toujours dans un souci de préservation du secret.

« Vraiment très bien organisés ! C’est rassurant ! » rajouta-t-il à ses pensées.

— Dans le courrier que je t’enverrai, tu trouveras l’enveloppe faite d’un papier assez épais. L’intérieur du pli contiendra toutes les informations de l’école d’architecture. Mais il te faudra conserver précieusement l’enveloppe. Si tu retires le fin papier la recouvrant, et que tu en découpes les jointures, tu trouveras deux feuilles t’indiquant les différentes modalités et réponses à certaines questions restées en suspens. Pense bien qu’il ne faut en aucun cas que quiconque connaisse la véritable nature de la voie que tu as choisi de suivre ; cependant, pour des raisons que tu comprendras plus tard, tu seras le seul à pouvoir lire ces deux feuilles.

Alors que sa voix ne tremblait ni ne laissait entrevoir de faiblesse, Paul s’interrogeait sur le pourquoi de cette précision. Elle continua, tout aussi posément :

— La rentrée est prévue le 21 septembre, comme dans la majeure partie des universités de Paris. Toutes les informations pour ton intégration sont dans le courrier que tu recevras. Conserve le téléphone que tu as avec toi, tu me le rendras à ton arrivée. As-tu bien tout compris ?

Tout prenait forme. Les légères inquiétudes planant dans l’esprit de Paul s’évaporèrent telle une goutte d’eau touchant une pierre ardente. Toute cette organisation était parfaitement étudiée pour permettre à chacun de s’engager dans cette voie, sans éveiller les soupçons. L’architecture était une voie plaisante pour lui ; il était ravi de savoir que ce centre était caché derrière une telle école, ce qui rendrait les choses plus faciles à annoncer à ses parents.

— Tout est clair pour moi, je vous remercie de toutes ces précisions, et de… et de l’opportunité que vous m’offrez, rajouta-t-il, non sans une certaine émotion.

— Ton choix t’honore avant moi, tu auras l’occasion de me remercier une fois que tu auras constaté toi-même de quoi il retourne. Je vais te laisser désormais. Lis bien le courrier que tu recevras, et prends bien conscience de ce dont il s’agit. Nous nous reverrons le 21 septembre. D’ici là, prends soin de toi.

— Merci infiniment, vous également.

Il referma le téléphone, coupant ainsi la communication. Il se trouvait toujours sous le grand chêne, qui lui apparaissait comme un sage qui lui avait fait profiter de son expérience et lui avait permis de trouver la réponse en lui.

Il retourna, serein, vers la maison de ses parents.

Après trois semaines passées renfermé sur lui-même, il allait enfin pouvoir sourire à nouveau à sa famille et penser à la nouvelle vie qui l’attendait.

Chapitre 3Changement de voie

« La mise en place d’un tel recrutement

demanda la création d’une logistique

particulière. »

T. TORA,L’Avènement de l’enseignement.

Le soir même, il apparaissait plus radieux, comme libéré d’un lourd poids. Ses parents remarquèrent le changement d’attitude de Paul. Ils le questionnèrent sur ce qui avait changé et lui demandèrent s’il avait résolu ses problèmes.

Ne souhaitant pas en parler en détail avant la réception et la prise de connaissance du courrier que Jade avait mentionné quelques heures auparavant, il resta assez évasif dans ses propos, et ne tint qu’un seul discours.

— Je vous parlerai de tout cela une fois que j’aurai davantage d’éléments à vous présenter.

De plus, il ne s’était pas encore penché sur la façon d’annoncer à ses parents qu’il souhaitait faire de l’architecture. Ce changement, compte tenu de la voie qu’il avait choisie plusieurs années auparavant, allait être délicat à justifier. Préparé à toutes les éventualités, il anticipa la question fatidique de Cécile et Philippe : s’il s’agissait d’une décision prise à cause d’une fille.

Paul qui avait en horreur le fait de mentir, souhaitait dire la vérité. Mais une vérité évasive, laissant imaginer à ses interlocuteurs ce qu’ils voulaient imaginer. Il s’était déjà servi de ce principe maintes fois, alors qu’il ne souhaitait pas que les gens sachent certaines choses, sans pour autant mentir.

Alors, comment le justifier ? Il passa la nuit et le jour suivant à réfléchir à cette épineuse question. Il était hors de question de dire toute la vérité, il le savait. Il se souvenait de l’avertissement que Jade lui avait donné dans le métro parisien.

Espérant trouver de nouveau une réponse, il se prépara à sortir et à aller vers le grand chêne, en en profitant pour sortir sa chienne, une femelle labrador, qui avait déjà quelques années. Elle était vive et adorable, et perdait presque autant de poils que Paul perdait de neurones à force de réfléchir à toutes ces questions.

Arrivant dans le bois, il la lâcha et la fit courir un peu, tout en se dirigeant vers l’arbre. Il continuait ses réflexions tout en marchant, suivi tantôt de près, tantôt de loin par son accompagnatrice. De la plus simple à la plus compliquée, il ne trouvait pas de réponse satisfaisante à fournir.

Le temps passait, et déjà la lumière du jour avait décliné. Toujours adossé au grand chêne, Paul se rendit à l’évidence : il allait être difficile d’éluder toutes les questions. « Peut-être alors en disant que cette décision m’appartient, et que papa et maman n’ont pas à en connaître tous les rouages ? » C’est sur cette réponse qu’il finit par reprendre le chemin en sens inverse pour retourner chez lui.

Il réveilla sa chienne qui s’était endormie sous un arbre à quelques mètres de là et se remit en route.

Quinze minutes plus tard, il rentra, se déchaussa et essuya les pattes de sa chienne afin de ne pas salir le sol immaculé de son domicile. Pas encore de courrier. Paul savait que la lettre n’arriverait pas ce jour, mais malgré tout, une pâle lueur d’espoir persistait.

Décidés à ne pas en démordre aussi facilement, ses parents le question­nèrent à nouveau sur ce à quoi il avait réfléchi. La seule réponse fournie à ce sujet fut des plus simples :

— Patience, bientôt je vous expliquerai.

La lumière du soleil, passant par la fenêtre et filtrant à travers les fins rideaux, réveilla Paul à sept heures du matin le lendemain. N’y tenant plus, il se mit à faire les cent pas dans toute la maison, après avoir pris son petit déjeuner et être allé vérifier ses mails et messages téléphoniques, qu’il n’avait pas consultés depuis un mois. Ses amis s’inquiétaient de ne plus avoir de nouvelles et de ne pas réussir à le joindre.