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Sainte patronne de Paris, Geneviève voue toute sa vie à Dieu et aux Parisiens. À la fois mystique et femme d’action, amie des pauvres et des puissants, cette sainte courageuse et déterminée est un acteur majeur de la scène politique du Ve siècle. Membre du conseil municipal de Paris, elle sauve sa ville à deux reprises. Grâce à elle, la modeste cité de Lutèce devient Paris, l’incontournable capitale chrétienne du royaume des Francs. Au travers du récit de ses aventures, ce livre nous invite à la découverte de cette sainte inspirante et nous donne un chemin à suivre aujourd’hui pour mettre notre foi et nos talents au service du bien commun.
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Seitenzahl: 178
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Delphine Pasteau
Geneviève
Mystique et femme d’action
Une coach pour la vie
Conception couverture : Christophe Roger
Photo couverture : Geneviève distribue des vivres aux parisiens (Église de la Sainte Trinité, Paris)
Composition : Soft office (38)
© Éditions Emmanuel, 2020
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-852-7
Dépôt légal : 4e trimestre 2020
Sainte Geneviève est une femme extraordinaire qui mérite d’être connue de tous. On dit parfois qu’elle fut le premier Maire de Paris. Née en 420 et rappelée à Dieu vers 502, Geneviève est célèbre pour le sang froid avec lequel elle a nourri les Parisiens terrorisés par les invasions barbares. C’est la flottille qu’elle a affrétée sur la Seine pour fournir Paris en blé qui a donné à notre capitale son blason et sa devise : fluctuat nec mergitur, « elle est battue par les flots, mais ne sombre pas », devise évangélique s’il en est ! Mais Geneviève peut également être considérée comme une des premières femmes consacrées, précurseur de la vie religieuse. Elle a par ailleurs suscité le culte de saint Denis, premier évêque de Paris, et a aussi accompagné la marche de Clovis vers le baptême, étape si importante de l’histoire spirituelle de notre pays.
Geneviève, qui a vécu à l’époque des grands conciles christologiques, est une femme de foi et de charité. En pleine Antiquité, cette femme qui s’est appuyée sur des femmes au moment où les Parisiens voulaient fuir leur ville, a fait preuve d’une liberté et d’une audace hors du commun. Sa vie spirituelle a été pour elle l’essentiel tout au long de sa vie, mais ne l’a jamais empêchée, au contraire, de jouer un véritable rôle politique, au meilleur sens du terme. Bref, cette femme d’hier est plus que jamais un exemple et une inspiration pour aujourd’hui !
Le livre que vous tenez entre les mains n’est pas qu’une simple biographie. Non seulement il permet de découvrir la vie de cette grande sainte, mais en plus, l’auteur nous invite à nous mettre à son école. C’est l’objet de la fin de chaque chapitre, qui propose de prendre Geneviève comme « coach spirituel ». Et c’est bien là toute l’originalité du livre. Comment trouver sa vocation ? Comment agir pour le bien commun ? Comment vaincre ses peurs ? Autant de grandes questions pour lesquelles Geneviève nous apporte, par sa vie, de belles réponses.
Enfin, la vie de sainte Geneviève nous rappelle que le Seigneur a un projet particulier pour chacun et désire faire des grandes choses à travers nous. C’est bien aujourd’hui que s’accomplit cette parole de l’Écriture : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne » (Jean 15, 16).
Je remercie Delphine Pasteau pour ce bel ouvrage qui permet de mieux faire connaître cette grande sainte souvent méconnue. Puisse-t-il aider les lecteurs à grandir sur le chemin de la sainteté !
† Matthieu Rougé
Évêque de Nanterre
Comment sainte Geneviève, vieille de mille-six-cents ans, pourrait-elle nous parler, nous éclairer dans nos vies d’aujourd’hui ?
L’ampleur de son rayonnement peut sembler étonnante car cette sainte est méconnue de nos jours. Et pourtant, Geneviève a été une lumière pour ses contemporains, est une lumière pour l’histoire de Paris et, par extension, pour l’histoire de France. À plus d’un titre, elle peut aussi être une lumière pour chacun d’entre nous, hommes et femmes du XXIe siècle.
Au-delà de vous conter la vie trépidante de sainte Geneviève et de vous faire comprendre l’importance de son rôle dans notre histoire, la vocation de ce livre est d’illuminer votre vie. Rien de moins !
Alors, ensemble, dépoussiérons-la un peu. Qui est donc Geneviève ?
Geneviève n’est pas uniquement un prénom que certains pourraient trouver un peu vieillot. Geneviève n’est pas seulement la statue que vous avez peut-être entraperçue sur le pont de la Tournelle, derrière Notre-Dame. Si vous vous rapprochez d’un peu plus près de cette sorte de colonne blanc gris qui se confond avec le ciel parisien en hiver, vous verrez que c’est une statue de femme. Et pas n’importe laquelle ! Sainte Geneviève, sainte patronne de Paris, du diocèse de Nanterre et des gendarmes.
Même si elle est souvent représentée avec des moutons, Geneviève n’est en aucun cas une modeste bergère. Sainte Geneviève est une femme politique qui avait des relations avec les puissants de son temps. C’est une femme engagée qui s’est investie toute sa vie pour sa ville : Lutèce, qui devient à son époque Paris. C’est une femme déterminée et courageuse qui savait gérer ses terres et les hommes. C’est une femme généreuse qui donnait tout ce qu’elle possédait aux pauvres. C’est aussi et avant tout une femme religieuse qui vivait de la prière et qui a donné toute sa vie à Dieu.
Ainsi, Geneviève n’est pas une sainte obscure de temps obscurs mais plutôt une sainte lumineuse à une époque charnière de notre histoire.
Pour bien comprendre le rôle de sainte Geneviève, il apparaît essentiel de resituer le contexte historique en quelques mots.
Au Ve siècle, l’Empire romain est déclinant depuis déjà bien longtemps. Il a en effet connu son apogée au IIe siècle. Cette civilisation de génie a réussi à s’approprier de nombreux éléments d’autres civilisations, à les organiser de manière magistrale et à les faire adopter aux régions conquises, en douceur… ou presque, avec une grande habileté en tout cas. Ainsi sont nés les Gallo-Romains : les Gaulois conquis qui ont adopté le mode de vie romain.
Mais, à partir du IIIe siècle, l’Empire romain est fragilisé aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. En interne, il vacille de plus en plus sur les plans politique, économique, religieux et moral.
En ce qui concerne la religion, la situation s’avère complexe. Les Romains sont, à l’origine, polythéistes. Mais, de plus en plus de personnes se convertissent au christianisme, religion monothéiste. Alors que les Romains étaient plutôt tolérants à l’égard des autres religions, ils ne l’ont pas été avec les chrétiens. Dès le départ, cette religion dérange l’Empire romain, à plus d’un titre. Le christianisme remet en cause l’existence des dieux romains. Les chrétiens ne veulent pas rendre de culte à l’empereur, alors que celui-ci est obligatoire. De plus, la religion chrétienne s’appuie sur Jésus Christ dont le message va à l’encontre de l’esclavage. En effet, pour les chrétiens, les hommes sont égaux dans le cœur de Dieu. Or, l’économie romaine reposait en partie sur les esclaves, main-d’œuvre très rentable.
Après des siècles de martyres, le christianisme est toléré dans l’Empire romain à partir de l’an 312. Son expansion est croissante. Néanmoins, même si leur proportion décroît, de nombreuses personnes restent païennes : elles croient en de nombreux dieux : dieu du ciel, dieu de la rivière, dieu du soleil…
Parallèlement à cette évolution, des hérésies se développent : il s’agit de théories qui vont à l’encontre des dogmes de l’Église catholique. L’une des plus répandues à l’époque de Geneviève est l’arianisme, doctrine qui nie la divinité du Christ.
De l’extérieur, arrivent des peuples communément appelés « barbares ». Ce mot qui signifie « étranger » leur est attribué car ils ne parlent ni le latin ni le grec. Les populations barbares sont nombreuses et variées : Alamans, Burgondes, Ostrogoths, Wisigoths, Francs… Tous ces peuples arrivent par vagues et s’installent en Occident.
Voici une carte simplifiée à l’époque de sainte Geneviève.
Si les chrétiens sont de plus en plus nombreux, quand Geneviève vient au monde, aucun royaume alentour n’est dirigé par un roi chrétien. En effet, les différents royaumes barbares autour du royaume romain de Syagrius ont à leur tête des rois ariens, sauf le royaume des Francs dont les dirigeants sont païens.
Le christianisme prend néanmoins une place de plus en plus importante au niveau politique : les évêques ont une influence grandissante et détiennent un réel pouvoir temporaire.
Le Royaume romain de Syagrius, dont la population est majoritairement chrétienne, se montre plutôt fragile sur un plan géopolitique, car il est enserré entre les divers royaumes barbares qui se combattent ou font des alliances.
Au cœur de ce royaume se situe Lutèce, qui n’est pas la plus grande ni la plus brillante cité de la Gaule antique. Mais sa position est stratégique : à la fois centrale et située sur la Seine. En effet, à l’époque, la voie fluviale est souvent privilégiée pour les échanges, notamment commerciaux.
Lutèce, qui était en plein développement au siècle précédent, a été tant meurtrie par les raids barbares de 406 qu’elle adopte une position de repli sur elle-même en ce début de siècle. La crainte domine dans ce monde instable.
Fragilisé depuis longtemps, l’Empire romain d’Occident s’effondre en 476. Cette date est choisie pour marquer le début de l’ère médiévale.
Geneviève va être une actrice majeure de cette transition entre Antiquité et Moyen Âge. Ce Ve siècle, fondateur de la société médiévale, voit la transition entre l’effondrement de l’Empire romain d’Occident et l’émergence du royaume des Francs, embryon de notre pays, la France. Il est le témoin du passage d’un ensemble hétérogène de diverses croyances à une religion unifiée : le christianisme. À cette époque, Lutèce, « la boueuse », modeste cité, devient Paris, « Ville lumière », capitale du royaume des Francs, puis de la France.
Geneviève intervient dans tous ces changements : par son appui auprès des Francs, par sa défense du christianisme envers et contre tout, par sa protection permanente de Paris et de ses habitants.
Ce livre s’adresse davantage à des personnes qui apprécient l’histoire en amateurs, souhaitent découvrir sainte Geneviève ou veulent approfondir leur vie spirituelle plutôt qu’à des historiens. En effet, l’objectif visé par cet ouvrage est la portée historique et spirituelle de Geneviève plutôt que la précision historique.
Pour réaliser ce livre, je me suis appuyée sur diverses sources littéraires et sur la source historique la plus proche de la vie de Geneviève (la Vie de sainte Geneviève – la Vita) écrite environ vingt ans après sa mort1. Or, le mode de rédaction de l’époque, empreint de merveilleux, est plus orienté sur la sainteté de Geneviève que sur la partie politique de sa vie. Malgré sa contemporanéité avec la vie de notre héroïne, cet écrit, s’il est très précis et concret sur certains événements, a donc laissé des zones d’inexactitude ou de flou sur certains faits et certaines dates. Par ailleurs, les événements relatés ici ont eu lieu il y a mille-six-cents ans, donc les dates peuvent varier de quelques années selon les sources et j’ai été amenée à faire certains choix.
Ainsi, la naissance de Geneviève se situe entre 420 et 423, sa mort, entre 502 et 512, le baptême de Clovis, entre 496 et 499… Mais ce n’est pas cela qui me semblait le plus important pour bien comprendre la vie de sainte Geneviève, ce qu’elle a apporté à ses contemporains, à notre capitale, à notre pays et la façon dont elle peut enrichir notre vie aujourd’hui.
Pour rendre plus vivant et plus actuel mon récit, je me suis permis d’y intégrer des dialogues que j’ai imaginés ainsi que des paroles issues de sources historiques.
Enfin, il n’y a pas de date précise quant au changement de nom de notre capitale. Le mot Paris vient des Parisii, tribu celte venue s’installer dans la région à partir du IIIe siècle avant Jésus Christ. Le nom latin de Lutèce est Lutetia ou Lutetia Parisiorum. La ville est désignée comme Lutetia, ville des Parisii, soit civitas parisiorum. Lutèce prend peu à peu le nom de Paris entre le IVe et le Ve siècle. Lorsque Clovis fait de Paris sa capitale, le nom de Lutèce est définitivement caduc. Dans ce livre – hormis à la fin –, j’emploie donc indifféremment les termes lutéciens ou parisiens, Lutèce ou Paris.
1. L’auteur de la Vita est anonyme. Selon les historiens, il s’agirait d’un moine burgonde de la suite de la reine Clotilde.
À l’ouest de Lutèce se situe le village de Nanterre, petite bourgade prospère entourée de champs et de pâturages. C’est là que vivent Severus, Gerontia et leur fille unique, Geneviève.
Severus est un ancien général de l’armée romaine. Magistrat, il est investi dans la vie publique et a de nombreuses relations politiques. Gerontia et Severus font partie de l’aristocratie gallo-romaine et sont d’origine franque. Tous deux sont riches et possèdent de nombreuses terres fertiles le long de la Seine. Ce sont des chrétiens fervents qui pratiquent la charité auprès des personnes pauvres de Nanterre.
La communauté chrétienne y est très active et Gerontia en est un membre zélé. Généreuse et organisée, la mère de Geneviève est un pilier de sa paroisse.
Severus et Gerontia forment un couple harmonieux. Ces deux personnes, intelligentes et cultivées, formées et dynamiques, animées par les mêmes convictions religieuses, sont parfaitement accordées. Mais le couple peine à concevoir un enfant. Après dix ans d’attente et de prière, ils sont enfin exaucés. Dieu leur envoie une fille : une petite Geneviève, blonde aux yeux bleus. Qu’importe que ce soit une fille ! Elle pourra hériter de toutes les terres de ses parents et de la charge de magistrature de son père.
Geneviève grandit dans d’heureuses conditions. Entourée de parents aimants, elle est très bien éduquée tant sur le plan intellectuel que religieux. Même si la situation politique est instable, il n’y a pas eu de raids barbares majeurs depuis une vingtaine d’années. Le village et la campagne environnante sont très agréables. Geneviève s’y promène avec ses amis et s’il lui arrive de garder des moutons, ce n’est pas pour travailler mais uniquement pour s’amuser. Dès son plus jeune âge, Geneviève est très croyante. Elle pratique le christianisme avec ferveur, prie beaucoup, accompagne ses parents aux offices et dans leurs missions paroissiales. Elle les écoute aussi échanger sur la vie politique en cours. Son père lui parle de son travail avec d’autant plus de conviction que sa fille doit hériter de sa charge à sa mort.
Alors que la vie de Geneviève semble toute tracée, un événement crucial va la bouleverser.
Vers 429, le célèbre évêque d’Auxerre, Germain, et son ami, l’évêque Loup de Troye – futurs saints tous deux – descendent la Seine par bateau en direction de l’Angleterre. Leur mission est d’évangéliser les populations locales pour les convaincre d’abandonner le pélagianisme. Cette hérésie chrétienne conteste le péché originel et affirme que l’être humain peut éviter le péché sans l’aide de Dieu.
Sur leur chemin, ils font étape dans les diverses villes qui bordent le fleuve. Lorsqu’ils accostent à Nanterre, toute la population en liesse se masse autour du bateau. Severus, en tant que notable du lieu, et sa femme viennent au-devant des évêques pour les accueillir comme il se doit.
À peine débarqué, Germain distingue au cœur de la foule la petite Geneviève âgée de sept ans. Il a alors une fulgurante intuition : cette fille est envoyée par le Seigneur pour réaliser une grande mission.
S’adressant aux parents de Geneviève, il leur déclare : « Heureux êtes-vous d’être les parents d’un tel enfant. Elle sera vénérée. Elle sera grande devant le Seigneur2 ! »
Puis, le saint évêque se tourne vers Geneviève.
« Comment t’appelles-tu ? Et que fais-tu là, petite fille ?
– Je m’appelle Geneviève et je prie pour vous, répond-elle avec intensité.
– Aimes-tu le Seigneur ? Veux-tu lui consacrer ta vie ?
– C’est mon plus cher désir. »
Le « oui » de Geneviève est immédiat, entier et déterminé.
Le lendemain, avant son départ, Germain revient voir Geneviève pour qu’elle confirme sa déclaration de la veille. À sa réponse affirmative, il lui donne une petite pièce percée d’une croix. Il l’engage à donner toute sa vie au Christ et à montrer son engagement par la pureté de ses actes et de sa prière. Dorénavant, elle devra ôter tout signe de luxe et ne porter comme seul ornement que cette médaille en pendentif.
Après le départ de Germain, Geneviève rayonne de joie. Elle est sûre de sa vocation et brûle de se donner tout entière au Seigneur.
Mais ses parents, sa mère en particulier, ne partagent pas son enthousiasme. Comment accepter que son seul enfant renonce si jeune à une vie de couple et à la maternité ? Cette question et cette révolte de Gerontia sont d’autant plus légitimes que Geneviève n’a que sept ans et qu’elle est son unique enfant. Pour elle, cette vocation est inacceptable. Aussi, Gerontia marque net son désaccord en interdisant à Geneviève d’aller à la messe.
Geneviève refuse avec vivacité d’obéir à sa mère. C’est sans doute la première fois. Mais l’engagement qu’elle vient de prendre est trop important pour elle. Elle a fait une promesse à l’évêque Germain et, intérieurement, à Jésus Christ. Geneviève est une fille entière. Elle ne trahit jamais ses promesses. Par ailleurs, Dieu prend désormais la première place dans sa vie et passe donc avant ses parents.
La réaction à cette désobéissance manifeste ne se fait pas attendre. Gerontia gifle Geneviève. Cela n’arrête pas la fillette dans sa détermination. Elle part en courant à l’église pour assister à l’office. Quand elle revient, sa mère est devenue aveugle.
Tous les médecins appelés auprès d’elle posent le même verdict : les yeux de Gerontia fonctionnant très bien, elle devrait voir comme tout le monde. En dépit de ce diagnostic médical, cette cécité perdure. La petite Geneviève ressent une immense tristesse. Elle se sent coupable d’avoir provoqué le handicap de sa maman. Cependant, elle sait qu’elle n’avait pas d’autre choix que de suivre la volonté de Dieu pour elle. Alors, elle se tourne vers lui et prie avec encore plus de ferveur.
Un an passe, puis deux. Un jour, le cœur de Gerontia s’ouvre. Elle accepte la vocation de sa fille et le lui dit. Alors, Geneviève la conduit au puits, bénit l’eau en y traçant une croix, puis baigne les yeux de sa mère. À cet instant, Gerontia recouvre la vue. Mère et fille se prennent dans les bras et éclatent de joie. Aussitôt, la nouvelle se répand dans le village et la population, effarée et éblouie par un tel prodige, se précipite chez Gerontia pour en être témoin.
C’est le premier miracle de Geneviève, et c’est loin d’être le dernier…
À l’école de sainte Geneviève : comment trouver ma vocation ?
Quel sacré petit bout de bonne femme, cette petite Geneviève ! À sept ans, tenir ainsi tête à ses parents ! On imagine bien cette petite fille effrontée aujourd’hui. Elle n’a pas froid aux yeux et dit non à sa maman. Mais cette interprétation de ce premier chapitre de la vie de Geneviève se révèle erronée. En effet, il ne s’agit pas là d’un caprice. À cette époque, l’espérance de vie est bien plus courte qu’aujourd’hui. Les enfants ont des responsabilités plus jeunes et sont donc mûrs plus tôt. Par ailleurs, Geneviève est très bien formée. Cet épisode illustre bien son caractère : Geneviève s’affirme à la fois courageuse, volontaire et déterminée.
Quelle que soit notre vocation, qu’il s’agisse d’une vocation religieuse ou d’une vocation au mariage, d’une vocation professionnelle ou d’un simple appel à être à tel endroit à tel instant ou à faire une action particulière à un moment précis, sainte Geneviève nous éclaire sur un point essentiel : dans toute décision, notre volonté est centrale.
En effet, le Seigneur met sur notre route des personnes, des rencontres, des événements… qui nous apportent un éclairage sur nos choix au quotidien et nos choix de vie. Mais, c’est nous qui choisissons d’être dans de bonnes conditions pour les accueillir. C’est nous qui choisissons d’en tenir compte ou non. Et c’est encore nous qui prenons les décisions qui nous semblent bonnes pour notre vie.
Accomplir notre vocation, c’est réaliser la volonté de Dieu pour nous. Toute vocation est un appel pour chacun à être heureux car Dieu veut notre bonheur.
Pour y répondre, nous sommes obligés de tenir compte de nos capacités physiques et intellectuelles, ainsi que de notre lieu de vie, de notre époque et de notre société. Là où nous sommes, Dieu nous offre des opportunités pour être pleinement heureux. En restant réalistes, si nous posons des choix par amour, il nous aide à dépasser tous les obstacles.
L’événement que Dieu met sur la route de Geneviève est la rencontre avec l’évêque Germain. Mais ce sont Geneviève et Germain qui transforment cette rencontre en déclencheur d’une vocation, avec tout ce que cela va entraîner par la suite.
Geneviève est dans de bonnes dispositions car elle prie beaucoup depuis son plus jeune âge. En manifestant une telle attitude spirituelle, elle ne suit pas seulement l’exemple de ses parents. Elle le fait du fond de son âme. Grâce à cette disposition du cœur, Germain a pu avoir cette fulgurante intuition pour elle.
Ensuite, Geneviève choisit de dire oui. Malgré son jeune âge, elle a parfaitement conscience des renoncements qu’elle doit faire pour aller jusqu’au bout de son choix.
Puis, elle confirme sa décision en paroles et en actes. C’est là un deuxième élément essentiel : une fois que l’acte de volonté est posé en paroles, il faut le réaliser pleinement. Et tout choix entraîne un ou plusieurs renoncements. S’il s’agit d’accomplir ma vocation, je fais un choix en ayant conscience de faire le deuil d’un autre choix, pour un plus grand bien.
