Grégoire - Henri Lacombe - E-Book

Grégoire E-Book

Henri Lacombe

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Beschreibung

Les premières années de la vie de Grégoire furent heureuses, non grâce à ses parents qu'il ne voyait que rarement, mais grâce à sa nourrice africaine qui l'aimait et le faisait rêver. Quand, au soir de son anniversaire, il apprit le décès de son père et de sa mère, sa vie connut un bouleversement profond. Il dut quitter Aminatha qu'il aimait comme une mère, pour vivre avec son oncle et sa tante qu'il n'avait jamais vus. Comment expliquer la vie secrète de ses parents et ces gens qui l'espionnent, lui, un gamin qui n'a pas dix ans ? Qui étaient ses parents si riches qui le protégeaient au point de ne pas le laisser sortir ? Que cachaient-ils ? Ce roman, mêlé de tendresse, d'amour et de mystère, ne vous laissera pas indifférent. Au fil des pages, vous vivrez avec Grégoire, si attachant. Vous découvrirez son univers, vous grandirez avec lui et aimerez, comme lui, cette fille mystérieuse qu'il rencontrera à Paris. Qui est-elle donc, celle pour laquelle son coeur bat ? Grégoire devra la tirer d'une machination dans laquelle elle est prisonnière depuis tant d'années... Vivez avec Grégoire, aimez avec lui et vibrez au rythme des rebondissements de sa vie mouvementée, de la Normandie à Paris et terminez votre périple aux Comores.

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Seitenzahl: 231

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Merci à Aminata de s’être si bien occupée de ma mère.

Table des matières :

Les débuts

Emmanuelle et Ulysse

Simone et Richard

Aminatha

L'école

L'ami Brice

Vacances d'été

Le chien

Entrée dans la vie active

Denis Durand

La belle Emilie

Madame Bousquet

Emmanuel

Voyage à Moroni

Le camp de Nadhiri

La vie chez Amin

Epilogue

Les personnages

Grégoire Dumoulin Jean Dumoulin Caroline Dumoulin

Personnage principal Père de Grégoire Mère de Grégoire

Patrick Rondeau Diane Malovitch Emmanuel Rondeau

Amis des Dumoulin Femme de Patrick Rondeau Fils de Patrick et Diane

Richard Dumoulin Simone Dumoulin Colette Etchégaraye Cyprien Etchégaraye Anaïs Etchégaraye

Frère de Jean Dumoulin Femme de Richard Sœur de Simone Mari de Simone Fille de Simone et Cyprien

Brice Bouleau Pierre Bouleau Christine Bouleau Agathe Bouleau Juliette Emilie Carenti Xavier Carenti Brigitte Bousquet Simon Bousquet Bérangère Bousquet

Ami de Grégoire Père de Brice Mère de Brice Sœur de Brice Amie de Brice Amie de Grégoire Père d’Emilie Protectrice d’Emilie Mari de Brigitte Fille de Simon et Brigitte

Aminatha Maître Bouchoux

Nourrice de Grégoire Notaire

Les débuts

Ce sont les cinquante et un centimètres et trois kilos quatre cent grammes que Jean Dumoulin et Caroline Fusilier virent au moment de la naissance de leur fils.

Ils lui donnèrent le prénom de Grégoire, car il était né un vingt-quatre avril au Touquet, dans le Pas-de-Calais.

« Un beau bébé criant et gesticulant » fut la première pensée de son père.

Il ne lui aura pas fallu plus de seize minutes entre le début du travail et sa venue au monde.

Grégoire était déjà un champion.

Quelques jours après avoir pris connaissance de ce qui l’entourait, c’est-à-dire la clinique privée, il eut à découvrir sa chambre, dans la maison de ses parents. Elle était grande, belle et bleue.

Au plafond tournoyaient des formes en tout genre, des rondes, des étoilées, des carrées et j’en passe, de quoi vous donner le mal de tête à peine le pied sur terre.

Pour accompagner ce manège incessant, que ses parents croyaient agréable, Grégoire avait droit à une petite musique continuelle, franchement répétitive. Et ça recommençait tous les soirs.

Tous les jours le bébé avait droit à son bain, l’eau tiède était agréable, quand même, mais tous les jours, n’est-ce pas un peu beaucoup ?. Et les gazouillis des adultes en guise de conversation, vous en avez eu des gazouillis ? Eh bien Grégoire en eut tous les jours et plus qu’à son tour.

Comment voulez-vous qu’un bébé tout neuf puisse s’épanouir dans une ambiance aussi… infantile !

Car Grégoire était un enfant précoce né un mois avant terme.

Les parents du jeune garçon étaient des gens, fortunés.

Personne ne sait vraiment d’où leur venait tout leur argent, mais ce que l’on sait, c’est qu’ils étaient plus souvent le derrière dans leur jet privé que dans un fauteuil à pouponner leur fils. C’était d’autant plus vrai, qu’à peine arrivés chez eux, ils pratiquaient, autant que possible, les sports de combat tout particulièrement, et le tennis le cas échéant, oubliant plus ou moins la présence de leur fils unique qui ne demandait pourtant qu’à les avoir près de lui.

Bref, Grégoire n’était pas bien entouré du point de vue familial. Ses grands-parents aussi ressemblaient plus à l’Arlésienne qu’à des papis et des mamies.

C’est dans ce contexte que le petit dut apprendre à grandir.

Heureusement que ses chers parents lui avaient trouvé une mère de substitution en la personne d’Aminatha (avec un « h », elle y tenait).

Aminatha était une trentenaire africaine, mince et d'un abord très facile.

Arrivée en France deux ans auparavant, elle avait suivi des cours de Français et de culture occidentale. Elle avait appris comment s’occuper des enfants et après une formation d’un an, elle s’était lancée à la recherche d’un emploi de nourrice. La première année fut difficile, la couleur de sa peau et son accent ne lui avaient pas facilité la tâche. Puis Caroline, la mère de Grégoire, avait appris son existence par une de ses amies, Diane Malovitch, elle aussi immigrée.

C’est donc dès la naissance du petit, qu’Aminatha commença son emploi de nourrice.

Les trois premières années furent normales, bercées par les chansons africaines, les rires africains, les histoires d’Afrique pleines d’animaux gigantesques avec de longs cous et des trompes jusque par terre, mais peu de présence française.

Plus tard, Grégoire apprendra que sa chère Aminatha avait un fils, là-bas en Afrique, et des parents. Que son père était un chef de clan, « comme un roi » disait-elle en souriant et sa maman une gentille femme qui élevait, avec les autres épouses de son papa, la quinzaine de marmots, disait-elle, que ce dernier leur avait donnés. Peut-être exagérait-elle …

Aminatha était partie, car elle rêvait de la France depuis toute petite.

Son mari était mort. Il avait eu la mauvaise idée, un jour, de vouloir prendre la place du chef de clan, le père d’Aminatha, qui ne s’était pas laissé faire. Comme elle n’avait pas les moyens de s’occuper de son fils, elle le laissa au village avec ses oncles et tantes et elle partit vivre sa vie en métropole. Voilà tout le drame de la nounou.

« Il s'appelle comment, dis Amin, ton fils ?

- Edouard, comme le prince. »

Grégoire éclata de rire, il ne s'arrêtait plus. Aminatha ne comprenait pas ce qu'il y avait d'amusant.

Quand il se fut calmé, l'enfant s'essuya les yeux et expliqua « Edouard, c'est comme un boudoir.

Edouard, boudoir ! Edouard, boudoir ! » Il se mit à danser dans la pièce en répétant inlassablement sa trouvaille qui continuait à le faire rire aux éclats, tant et si bien que la nourrice éclata à son tour d'un grand rire. Tous les deux profitèrent bien de ce moment de complicité. Le prénom d’Edouard ne fut dès lors, plus jamais prononcé.

C’est en septembre de ses trois ans que Grégoire entra à la maternelle. Il était un enfant très éveillé au point qu’il se montrait déjà un guide pour les autres. Il dirigeait gentiment, commandait aimablement, sans brusquerie, restait toujours calme et s’intéressait à tout. A trois ans.

L’année d’après il était capable de dire quelques mots dans un patois local africain et il commençait à s’exprimer, un peu, dans la langue de Shakespeare. Ce qui ne l’empêchait pas de déchiffrer les livres pour enfants avec une aisance étonnante.

Bref, Grégoire était très doué.

La passion qu’il eut pour sa nounou dépassait tout entendement. Il avait cumulé l’amour pour sa mère et pour son père, dans une seule personne, laquelle lui rendait au centuple.

Parfois, ses parents venaient lui rendre visite chez eux, dans leur grande maison entre deux voyages. Ils arrivaient un jour, posaient leurs valises, embrassaient le petit avec tendresse, lui offraient de nombreux cadeaux pour combler leur absence et disparaissaient la journée pour faire du sport ou participer à des réunions mondaines. À leur retour, le soir, Grégoire était couché.

Les grands-parents maternels de l’enfant se rappelaient à lui très souvent sous forme de la sonnerie du téléphone et de voix lointaines qui lui disaient toujours d’être bien sage et qu’ils l’aimaient. C’était bien des sentiments par procuration, qu’il reçut d’eux, car Grégoire ne les vit jamais.

Les parents de son père ne furent pas plus visibles que leurs fils aux yeux de Grégoire. « Ton papa vient du Grand Monde », disait Aminatha.

Grégoire pensait alors qu’il devait vivre, lui, sur une planète plus petite. La description de tous les animaux africains gigantesques, eux aussi, ne faisait que le confirmer.

Grégoire évoluait dans un univers de lilliputiens.

Les seules visites qu’il recevait bien plus régulièrement étaient celles de son oncle Patrick et de sa tante Diane.

Le couple était à la fois les meilleurs amis des parents de Grégoire, ainsi que son parrain et sa marraine. Toute une famille en réduction.

Patrick Rondeau, en toute circonstance très bien habillé, était très gentil et souriant. Il s’occupait bien de Grégoire quand il venait le voir et lui donnait toujours beaucoup d’affection.

Sa femme, Diane Malovitch, immigrée, avait un amour si grand qu’elle lui montrait en apportant de nombreux cadeaux, qui devaient coûter fort cher, et n’étaient pas du tout appropriés à un enfant de quatre ans.

Alors, la nounou les rangeait consciencieusement dans une armoire, la marraine partie, et les ressortait quand elle apprenait que ladite marraine allait venir voir son cher petit filleul.

Grégoire ne fut vraiment aimé que par sa nourrice.

À la maternelle, il fit la connaissance d’un enfant qui était un grand pour lui, car il était né certes la même année, mais en février.

Brice, tel était son prénom, avait donc deux mois de plus que Grégoire. Notre petit n’en fut nullement impressionné. Ils se prirent tout de suite d’amitié et désormais, ils passeraient le plus clair de leur temps ensemble, comme deux frères que ni l’un ni l’autre n’avait reçu de leurs parents.

Brice avait une sœur d’un an son aînée, qui avait le don rare d’énerver Grégoire.

La petite peste était toujours à s’occuper de ce qui ne la regardait pas, se mêlait des affaires des garçons et en plus, comme si ça ne lui suffisait pas, criait et tempêtait si quiconque osait la contredire.

Elle réagissait à la traîtrise que ses parents avaient eue vers elle, en lui faisant un petit frère.

La vie de Grégoire était presque normale.

Emmanuelle et Ulysse

Ulysse ouvrit la mallette noire, celle qui lui permettait d’effectuer son travail. Il sortit les différentes parties pour les vérifier l’une après l’autre, méticuleusement. Il ne pourrait pas accepter qu’elles aient la moindre défaillance.

Puis, quand il fut satisfait, il les reposa délicatement à leur place, referma la mallette et il enleva ses gants.

Depuis tant d’années qu’il faisait ce métier, il n’avait jamais eu aucune anicroche. Mais il savait quand même que son activité n’était pas sans risque.

Il allait toujours en mission avec son épouse. C’était indispensable. Elle était son ange gardien. Tous les voyages étaient préparés ensemble. En fonction du travail qui lui était confié, soit elle partait séparément et le suivait de loin, soit elle l’accompagnait.

Tout se faisait dans une totale discrétion.

Ce boulot, Ulysse ne l’avait pas vraiment choisi. Il avait commis quelques erreurs de jeunesse, comme on dit. Notamment quand il s’était laissé aller à braquer une banque. Il n’avait pas encore dix-sept ans. Il avait voulu prouver à un de ses "amis" qu’il était capable de tout, qu’il était un homme et qu’il "avait ce qu’il fallait, où il fallait" assurait-il avec une grande conviction.

Alors, par instinct de défi, il avait proposé de prendre de l’argent où il se trouvait. Juste pour prouver sa bravoure. Roger et Marcello qui avaient bien plus de vingt ans, des vieux, lui avaient ri au nez. Ils s’étaient moqués de lui !

Ce qu’il ne fallait pas faire. Alors, le jeune, qui ne s’appelait pas Ulysse à l’époque, était entré dans une banque. Il avait étudié la topographie, puis, seul dans sa chambre, le pauvre innocent avait monté un plan stupide qui ne pouvait pas réussir.

Ca ne faisait rien, c’était pour le défi. Il devait donc le faire. Il avait promis que dès le lundi ils apprendraient par la presse que la banque avait été allégée le dimanche. « Je suis un vrai caïd, vous verrez ! »

Disait-il en levant la tête devant ses copains hilares.

Ses parents qui n’étaient jamais présents, à cause de leur travail, disaient-ils, le laissaient bien trop souvent livré à lui-même. Alors il errait plus qu’il allait à l’école et il rencontrait des gens qu’il n’aurait pas dû.

Le vendredi après-midi, il poussa la porte de l’agence. Elle était bien modeste, mais c’était une banque quand même. Il y avait un comptoir et de l’argent. Plus qu’il lui en fallait.

« Vous désirez, jeune homme ? »

La femme, devant lui, souriait. C’était normal, elle le faisait pour tout le monde.

Il répondit qu’il n’avait pas l’âge d’avoir un compte, mais qu’il souhaitait quand même se renseigner sur ce que c’était qu’une banque. Il voulait devenir directeur, un jour, quand il aura fini ses études.

Longtemps, il discuta avec la femme, il inventait, elle était impressionnée.

Puis un client entra et le gamin partit non sans avoir bien regardé les caméras et le système de fermeture.

Le samedi, toute la journée, seul dans sa chambre, il se mit à réfléchir. Il ne voyait pas comment il allait faire. Il ne voulait pas de cet argent, ses parents en ayant beaucoup, il n’en n’avait pas besoin. Le garçon savait que le casse n’était pas du sérieux. C’est pour ça qu’il ne risquait rien, se disait-il, ce n’est qu’un défi.

Le dimanche matin, il se leva très tôt alors que le soleil lui-même n’était pas encore debout.

Il prit un pied de biche, une cagoule qu’il avait achetée la veille, et il partit d’un pas décidé en direction de son pari.

Le village était très calme. Le dimanche matin, c’était toujours comme ça.

Il coinça la barre dans la porte de l’agence, juste entre le montant et la serrure et il appliqua une poussée de toutes ses forces pour la faire céder.

Un énorme craquement retentit, à réveiller un mort, suivi immédiatement d’une sirène stridente. Comme le gamin était têtu et qu’il se savait si près du but, il donna un coup d’épaule qui permit à la porte de l’agence de s’ouvrir en grand. Il ne lui restait plus qu’à se précipiter pour prendre l’argent derrière le comptoir.

Mais voilà, une grille en métal était abaissée le soir. Il ne le savait pas et il ne pouvait pas le prévoir. Devant cet aléa, il se trouva bouche bée d’étonnement «merde !» parvint-il ensuite à dire, quand des gendarmes dévalèrent dans la petite salle, armés jusqu’aux dents.

Son père, qui ne se sentit aucunement responsable, décida que son fils finirait ses études jusqu’au bac dans un établissement militaire.

« Tu connaîtras la discipline et tu deviendras autre chose qu’un délinquant. Ton inscription était la condition pour que le juge te laisse en liberté ! »

Tout était dit. Le garçon passa son baccalauréat après avoir vécu deux ans dans une école de l’armée. Il y apprit non seulement la discipline, mais aussi à avoir de la considération pour les autres. Il y fit beaucoup de sport.

Le gamin devint un adolescent sérieux, puis un jeune homme respectable, qui avait contracté un engagement de trois ans dans les commandos. On lui enseigna le maniement des armes. C’est là qu’il sut combien il était fait pour la guerre. Ses chefs ne tarissaient pas d’éloges sur lui. Il avait trouvé sa véritable voie.

Il entra ensuite dans la Légion étrangère, car il en voulait plus. Il cherchait la difficulté, le besoin de se surpasser, d’être le meilleur. Il y fit des merveilles, il vivait sa vie, seul et heureux.

Jusqu’à cette rencontre, pendant une mission dans un pays lointain. Il y avait cette jeune et si jolie fille, une blonde qui ne connaissait pas le français. Mais peu importait, ils se comprirent sans se parler.

Comme elle était sportive et intelligente, il en tomba amoureux. Il en était tellement fou qu’il ne reconduisit pas son engagement et qu’il voulut partir la rejoindre, « pour l’épouser ou simplement vivre en sa compagnie » disait-il. Mais son père ne l’entendit pas de cette oreille. Lui qui était un notable, lui qui connaissait bien du monde, promit à son fils de la faire venir en France et qu’il leur trouverait un logement décent. Alors, Emmanuelle, qui ne s’appelait comme ça à ce moment-là, commença une nouvelle vie aux côtés de celui qui deviendra son mari pour toujours.

Ce matin, ils vont partir pour quelques jours en Afrique. Ils avaient reçu l’ordre d’aller dans une capitale où ils avaient rendez-vous le lendemain avec leur contact.

Leur avion était à l’heure, c’était parfait, car le couple ne supportait pas le retard, c’était viscéral.

Cette fois Emmanuelle prit place à côté d’Ulysse.

Au départ de Paris, le vol n’allait pas durer trop longtemps.

C’est lui qui avait la responsabilité de la mallette, et elle qui prenait la valise légère qui contenait leurs affaires de rechange.

Ils étaient détendus, ce n’était pas leur premier mandat. Leur correspondant les avait assurés qu’il s’agissait "d’une mission de routine qui allait leur rapporter beaucoup".

Quand ils arrivèrent à destination, les choses ne se déroulèrent pas vraiment comme prévu.

Dans le hall, au moment de récupérer les bagages, ils ne virent pas leur valise au milieu de celles des autres passagers.

« Tant pis, partons, nous avons plus urgent à faire. On achètera le nécessaire à l’hôtel ! »

Ulysse, bien qu’agacé, parlait posément et calmement. Ce sang froid permanent était un atout de taille pour lui et son travail. Emmanuelle était sa copie conforme, au féminin.

Elle lui demanda d’être un peu plus patient, ça n’était encore jamais arrivé, elle était certaine que la valise allait se présenter et que tout rentrerait dans l’ordre. Il en profita pour aller aux toilettes.

La propreté n’était pas le point fort, il y avait des relents de mauvaises odeurs et la faïence aurait dû être remplacée depuis plusieurs années.

Ulysse se dirigeait vers les urinoirs quand deux hommes à grande stature entrèrent derrière lui.

Le dernier crocheta la porte pour ne pas être dérangé. Ils étaient vêtus de noir, un chapeau sur la tête et des lunettes de soleil qui ne permettaient pas de distinguer leurs yeux.

Ulysse comprit instantanément le problème. Ils ne pouvaient en vouloir qu’à lui. Il vit que le deuxième personnage s’était collé à la porte pendant que le premier s’avançait vers lui, la main droite dans son complet.

Discrètement, Ulysse sortit de sa poche un couteau qu’il lança d’une façon rapide et précise en direction de son futur assaillant. Ce dernier poussa un gémissement et s’écroula sur le sol, l’arme l’avait atteint en plein cœur, il n’avait aucune chance de s’en sortir.

Ulysse ne laissa pas le temps à son acolyte de comprendre. Il se rua sur lui et sans un bruit, mais avec beaucoup de calme et de précision, il mit à terre son ennemi et l’envoya rejoindre ses ancêtres.

Tout s’était passé très vite, dans la sérénité et le silence. Il fouilla les poches des inconnus, mais n’y trouva aucun papier. Seuls deux pistolets modernes, noirs et bien entretenus, lui confirmèrent qu’il avait eu affaire à des professionnels du crime.

Il déposa, sans se presser, les deux corps dans des cabines et partit après avoir ajusté sa tenue.

Emmanuelle comprit en le voyant, qu’il avait eu à régler quelques imprévus. Elle sourit et lui dit « Tu en as mis du temps. » C’était tout. La valise était à ses pieds. Il l’embrassa comme un homme peut le faire à une femme qu’il retrouve sur le quai d’un aéroport, et tous deux se dirigèrent vers la voiture qui les attendait. Ainsi qu’à chacune de leur mission, un véhicule était à leur disposition, en toute discrétion. Leur correspondant leur remettait la clef à Paris, il ne leur restait plus qu’à monter dans le 4X4 en sortant de l’aéroport.

Le couple avait rendez-vous à seize heures trente. Il était un peu plus de quatorze heures. Ils décidèrent d’aller déposer leur valise à l’hôtel et de se rafraîchir. La chaleur était étouffante. La pluie de ces derniers jours et la température élevée laissaient une brume latente qui rendait l’atmosphère pesante.

Ils trouvèrent le véhicule, comme d’habitude, à l’endroit spécifié au moment du contrat. Aucun des deux n’avait abordé l’incident de l’aéroport, pendant le trajet.

Emmanuelle prit sa douche en premier pendant qu’Ulysse vérifiait une nouvelle fois le bon fonctionnement de son matériel, bien rangé dans la mallette noire. Alors qu’Ulysse s’apprêtait à profiter de la salle de bains, sa femme sortit les cartes de la région et elle se mit à voir minutieusement tout ce qu’elle avait déjà travaillé mille fois. Quand son mari serait prêt, ensemble, ils procéderaient à une nouvelle répétition sur la connaissance parfaite de la ville, c’était indispensable.

L’heure avançait. Ils étaient fin prêts à aller à leur rendez-vous.

Ils reprirent leur voiture, et arrivèrent à la rencontre de leur contact à l’heure exacte.

L’homme, un Africain à la peau d’ébène, grand et mince, les attendait au fond du café, dans un coin sombre où on ne s’asseyait jamais. Il leur proposa un thé vert. Ulysse répondit que le vert n’était pas sa couleur préférée. Il aimait le noir.

Comme l’échange avait prouvé que les personnes qui venaient d’arriver étaient celles attendues, leur contact leur fit signe de prendre place en face de lui.

« Vous avez dû recevoir toutes les consignes. Veuillez me les répéter en détail, je vous prie. »

Ulysse s’exécuta. Il n’omit rien. De la précision de ses propos, dépendait la réussite de la mission.

L’homme était satisfait. Il remit une vieille clef rouillée. « C’est pour entrer dans l’appartement. Il est rustique, mais il offre la meilleure vue. Il est situé au cinquième étage, c’est ce qu’il y a de mieux. » Sans prononcer un mot de plus, il se leva et quitta le couple. L’échange n’avait pas pris plus de vingt minutes.

Il ne restait plus à Ulysse qu’à faire ce pour quoi il était venu.

Il en avait parlé avec Emmanuelle, il aurait tant aimé que cette mission fût la dernière, mais elle lui avait répondu que « quand on fait un métier comme le tien, il n’y a jamais de retraite. En général du moins. »

De retour à Paris, Ulysse fut reçu par un haut dignitaire dans un immeuble parisien banal, à l’abri des regards indiscrets. Ce n’était jamais le même, question de sécurité, évidemment.

Des gorilles en costume noir ouvrirent la porte. L’un l’escorta jusqu’à une vaste pièce finement décorée, couverte de dorures, dans laquelle les meubles anciens avaient une place de choix.

La salle était d’un luxe exagéré au goût d’Ulysse.

« Vous prendrez bien quelque chose ? J’ai de l’excellent Bourbon. »

Ils burent un peu, parlèrent beaucoup de la météo et de l’Afrique. Le temps passait, mais le haut dignitaire ne semblait pas s’en rendre compte. Il sirotait son alcool avec un plaisir non feint.

Quand le verre fut vide, l’hôte sourit franchement «Mon cher, je vous félicite. Une fois encore vous n’avez pas démérité. Je suis fier de vous avoir avec moi. Ce que vous venez de faire a grandement servi les intérêts secrets de votre pays. Je peux d’ores et déjà vous dire que votre compte a été crédité de la somme convenue, avec un bonus conséquent. Vous y verrez là ma participation personnelle, car j’ai insisté pour que vous receviez ce supplément. Je crois que vous le méritez grandement. »

Ulysse voulait parler, une question le taraudait, il devait la poser. C’était le moment ou jamais «Monsieur le Ministre…

- S’il vous plaît, ne me faites pas regretter de vous avoir fait confiance. Soyez discret. Vous ne devez jamais prononcer mon nom ni ma fonction. Les murs ont des oreilles !

- Je vous prie de m’excuser, mais j’ai une doléance. Je préférerais, de loin, que vous gardiez votre bonus, comme vous dites, et que vous m’accordiez une très grande faveur. »

Le ministre toussota, fronça les sourcils. Le ton utilisé par Ulysse lui laissait entrevoir des problèmes.

« Je vous demande de considérer cette mission comme ma dernière. Je veux me libérer de mes obligations à compter d’aujourd’hui. »

Le haut fonctionnaire ne s’attendait pas du tout à ça. Etonné, il ne savait pas quoi répondre.

« Ecoutez, vous travaillez pour nous depuis près de… douze ou quinze ans, je crois. Vous nous avez toujours donné entière satisfaction. Je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas prendre votre retraite, après tout ! »

Le ministre se tortilla sur son fauteuil. La gêne était palpable.

« Cependant, j’avais à vous confier une autre mission. Du même genre que celle que vous venez d’accomplir. Je suis très ennuyé. J’avais promis.

Tout est prévu… Vous comprenez ? »

Ulysse réfléchit. Après tout, une dernière fois sur le terrain et ensuite la retraite, c’était possible, pourquoi pas ?

« Alors elle sera l’ultime. Vous me donnez votre parole que je serai libéré de mes obligations ? »

C’est avec un grand sourire que le ministre lui assura de son soutien.

L’enveloppe de papier kraft qu’il remit à Ulysse était épaisse. Il la prit et la rangea dans une poche secrète de sa mallette noire.

Il prit congé du haut fonctionnaire, heureux de savoir qu’il allait, enfin, pouvoir profiter de son avenir en famille.

A peine Ulysse était-il parti, que le ministre se saisit de son mobile « Oui, il a accepté, mais il y a un petit changement… l’agent souhaite prendre sa retraite, si vous voyez ce que je veux dire. »

Il raccrocha « Dommage » se dit-il pour lui-même.

Simone et Richard

Aujourd’hui, fin avril, Grégoire a sept ans. Aminatha a prévu une grande fête à laquelle ses copains seront là, sûrement.

Brice et lui avaient tout organisé avec les bienveillants conseils d’Aminatha. D’abord, on installerait un manège dans le jardin, qui tourne avec des chevaux, des cochons et tout plein d’autres bêtes encore. Après on rira bien, car un clown viendra et on jouera dans le parc. Pourvu qu’il fasse beau.

Quand tout le monde sera fatigué, on rentrera pour manger le gâteau. C’est Aminatha qui le fera, c’est une bonne cuisinière, elle fait très bien la pâtisserie comme elle fait très bien tout ce qu’elle entreprend, d’ailleurs. Un gros gâteau avec des bougies, il y en aura sept aussi et « je cracherai plein dessus en soufflant pour les éteindre ! » Grégoire avait un sourire malicieux sur les lèvres. « Et puis tu auras des cadeaux ! » lui dit Brice ravi. « Oui, mais je m’en fiche, j’en ai tout le temps ! »

Tout le monde vint à son anniversaire, du moins tous ses copains d’école. Ils étaient nombreux, plus de trente à courir partout, crier, chanter et jouer. Un raz de marée incessant. Le manège, comme prévu, avait été loué et installé pour la journée dans le parc que Grégoire appelait modestement « le jardin ».

Sur ce divertissement, il y avait des animaux en tout genre « Regarde Amin (c’est comme ça que Grégoire surnommait sa nourrice) il y a même un éléphant avec une trompe, comme dans tes histoires ! » La fête promettait d’être une grande réussite. Le clown était venu aussi, il était, avec la nounou, le seul adulte.

Les enfants ont beaucoup ri, beaucoup joué et ce jour fut une vraie journée d’anniversaire.

Puis les volets roulants se baissèrent, la lumière devint tamisée et un gigantesque gâteau au chocolat fit son apparition porté par une Aminatha fière et souriante. Son visage était éclairé au gré des bougies dont les flammes dansaient. Un véritable enchantement.

Grégoire souffla les lumignons, au moment où le téléphone retentit, mais les gosses n’avaient rien entendu.

Le clown lui-même, aida Grégoire à couper sa tranche et en distribua à chacun des enfants qui s’émerveillaient tous plus les uns que les autres en mangeant le gâteau au chocolat.

Puis les volets remontèrent, et les parents ne tardèrent pas à venir chercher leurs chérubins qui avaient beaucoup de choses à leur raconter.

La fête était finie, le silence était tombé.

Aminatha s’approcha de Grégoire qui avait un an de plus, un sourire aux lèvres.

«Mon petit, je t’offre cette amulette en souvenir, pour tes sept ans. Garde-la elle te portera bonheur.» Là-dessus, elle l’embrassa tendrement, le prit par la main et l’emmena s’asseoir sur le canapé. Elle prit place près de lui, tout près.

« Grégoire, ton papa et ta maman ont eu un accident avec leur avion.» Elle se tut un instant, la gorge serrée, mais Grégoire tournait dans ses petits doigts le pendentif qu’il venait de recevoir et qui le fascinait.