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Il étais une fois un petit village nommé Aberffraw. Ce bourg du pays de Galles, était situé le long de la côte sud-ouest de l'île d'Anglesey (Ynis Môn), sur l'estuaire de la rivière Ffraw. Non loin de là, une vieille bâtisse à la limite de la ruine était habitée par un vieillard. Il y vivait seul, avec pour toute compagnie une antique mule prénommée "Pervenche", son cheval "Morvac'h", et un faucon qui répondait au nom "d'Adrian". C'était un centenaire que tout le monde connaissait et que tous craignaient...En revanche ce dont ils ne peuvent se douter, c'est que moi, Gwynn d'Aberffraw, j'ai voyagé dans les îles au nord du monde. Oui, j'ai parcouru ces terres sacrées où mythes et légendes se côtoient. Où le présent, le futur et le passé, ne font qu'un. Ces lieux où les divinités celtes côtoient les druides primordiaux, mais aussi la tribu de Dana...Et puis surtout, je fis partie de ces preux et braves guerriers qui avaient porté haut les couleurs d'Uther Pendragon, avant de devenir l'un des chevaliers de la table ronde...Aujourd'hui, je suis peut-être devenu ce vieillard centenaire, au corps décharné à l'avenir incertain, mais non, je ne suis pas aliéné ! Et pour vous le prouver, avant que la mémoire me fasse défaut, je vais vous conter mon histoire.
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Seitenzahl: 165
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Richard Zanardi est née en 1965, il a été vainqueur du concours des Nouvelles aux Médiévales d’Alby sur Chéran en 2013.
Homme blanc au cœur rouge, 2016 Edition BoD
À Catherine, Céline, Christine, Clémentine, Jacqueline et Odile.
Avant-propos
Le chaudron magique
La parole des Dieux
La joute contre Brun sans pitié
La Dame Blanche
La harpe magique
La princesse ensorcelée
La résurrection
La damoiselle de Galigan
La montagne des ombres
L’Auriculaire manquant
L’épée de Nuada
Notes
Remerciements
Bibliographie
Il était une fois un petit village nommé Aberffraw. Ce bourg du pays de Galles, était situé le long de la côte sud-ouest de l’île d’Anglesey (Ynis Môn), sur l’estuaire de la rivière Ffraw. Non loin de là, une vieille bâtisse à la limite de la ruine était habitée par un vieillard. Il y vivait seul, avec pour toute compagnie une antique mule prénommée « Pervenche », son cheval « Morvac’h », et un faucon qui répondait au nom « d’Adrian ». C’était un centenaire que tout le monde connaissait et que tous craignaient…
Pour certains, je suis un dément et je parle tout seul. En réalité, je m’adresse à Sémias, le druide qui m’a fait découvrir son île de Murias. Pour d’autres, je suis simplement tourmenté et je radote. La grande majorité pense toutefois que je raconte des histoires à dormir debout, ce qu’il m’ est arrivé de faire au cours des longues marches qui me conduisirent d’un champ de bataille à l’autre. Ils s’entendent tous cependant pour dire que je suis un vieux fou. Mais où s’arrête la normalité et où commencent la déraison et la folie ? Pour moi, tout va bien. Il m’arrive souvent de parler avec Pervenche, ma vieille mule, cette brave bête qui m’a accompagné, et a toujours transporté mes armes et mes bagages au cours de nos différents périples. Adrian, mon faucon vient converser tous les matins, après sa première chasse. Je le vois plonger vers moi tel un carreau d’arbalète et, dans un mouvement d’ailes, ralentir pour se poser sur mon bras. Ses serres se referment délicatement sur ce membre ô combien décharné. Il pose alors sa tête sur ma poitrine et écoute mon cœur. Nous passons quelque temps, parfois des heures, à dialoguer à deux ou trois, quand Pervenche cesse de faire la bourrique ou sa tête de mule. Quelque fois même à quatre lorsque Morvac’h arrive à se déplacer pour nous rejoindre. Et oui, j’ai le pouvoir de parler avec les animaux et de les comprendre. Où est la folie là-dedans ? Comme le dira bien plus tard Michel FOUCAULT : « Il faut donc se demander ce qu'est la raison, pour comprendre en quoi la folie s'y oppose ». À moins que l’histoire de mon cheval Morvac’h marchant sur les eaux n’ait eu une quelconque incidence ?
Il n’y a pas si longtemps, lorsque je montais encore à l’automne dernier, pour ainsi dire, nous avons Morvac’h et moi, traversé la Ffraw à gué, plutôt que d’emprunter le pont. Ceci explique peut-être cela. D’ailleurs, bon nombre de mes détracteurs parièrent que je me noierai avec mon « canasson ». Tous ont perdu, sauf ce vieux malin d’Hélias. Ah, cet enchanteur ! Il n’a pas son pareil pour les paris, surtout lorsqu’il s’agit de moi.
En revanche ce dont ils ne peuvent pas se douter, c’est que moi, Gwynn d’Aberffraw, j’ai voyagé dans les îles au nord du monde. Oui, j’ai parcouru ces terres sacrées où mythes et légendes se côtoient. Où le présent, le futur et le passé, ne font qu’un. Où l’autre monde n’est jamais loin. Où réalité et fiction se confondent. Ces lieux où les divinités celtes côtoient les druides primordiaux - « ceux que je fréquente et qui m’apprirent tout », mais aussi les gens de la tribu de Dana. Oui, le dieu Lug m’a parlé, et je suis devenu le dépositaire des six talismans ou artefacts magiques de Dagda. C’est ce vieux fou d’Hélias qui, en m’envoyant là-bas, à la recherche d’un mystérieux chaudron, me jeta dans le grand bain de l’immortalité. Ou du moins l’ai-je cru.
Et puis, surtout, je fis partie de ces preux et braves guerriers qui avaient porté haut les couleurs d’Uther Pendragon, avant de devenir l’un de ses chevaliers de la Table ronde.
Au côté du Roi Arthur, je combattais les Angles et les Saxons. J’étais de toutes ses batailles et au cours d’âpres combats nous éprouvâmes des moments de doute autant que d’euphorie. Je partageais avec lui la gloire des vainqueurs, et participais à de fastueux banquets à Camaaloth. J’assistai à ses noces avec Guenièvre et, comme tant d’autres, je parti à la recherche du Graal, en vain. Pénible pour moi fut son départ, en dormition2 sur l’île d’Avalon où sa demi-sœur, Morgane, le garde et veille sur lui. Nous attendons tous le jour où, Arthur reprendra son trône.
Aujourd’hui, je suis peut-être devenu ce vieillard centenaire, au corps décharné à l’avenir incertain, mais non, je ne suis pas aliéné !
Et pour vous le prouver, avant que la mémoire me fasse défaut, je vais vous conter mon histoire.
L’imposant donjon en granit du château d’Aberffraw dominait le sud de l’île de Môn. Celui-ci surplombait la basse ville qui s’étendait de part et d’autre de l’unique pont fortifié enjambant la Ffraw. Il était ainsi plus aisé de surveiller les allées et venues sur le pont. Je m’ étais rendu à la forteresse à la demande d’Hélias. Là, je frappai, attendant devant l’immense porte de chêne brunie par les ans qui donnait accès à l’antre du sorcier. C’est dans un grincement sinistre qu’elle s’ouvrit. Devant moi, Vaacaesin, l’elfe de maison, me dévisagea, puis, se retournant, me dit :
« Suis-moi, fils du cordonnier d’Aberffraw, mon maître t’attend. »
J’emboitai le pas de l’elfe qui était vêtu d’un simple kilt. Nous passâmes devant la cheminée où un cerbère allongé souleva une de ses trois têtes dont les crocs acérés dégoulinaient de bave, tandis que les deux autres continuaient à ronger un os démesurément grand et gros.
Assis devant une table de bois et de fer, Hélias portait, par-dessus une tunique écrue et pourpre ordinaire, un manteau de cuir fermé par une broche qui descendait jusqu’aux genoux. Il était chaussé d’une paire de bottes hautes remontant jusqu’aux jambières. Sa chevelure hirsute et sa longue barbe blanche cachaient une partie de son visage, occupé à étudier un vieux grimoire magique qu’éclairaient deux immenses bougies. Vaacaesin se courba devant son maître et annonça mon arrivée.
- Mon maître, le jeune Gwynn est là. »
De sa voix forte et caverneuse, il remercia l’elfe et m’interrogea :
- Sais-tu qui je suis ? »
À moitié rassuré et tremblotant, je lui répondis :
- Oui…oui, vous êtes Hélias le sorcier…et …
- Et quoi ? » Dit-il en se levant. Il était immense et devait bien mesurer près de deux mètres. Ses épaules étaient aussi larges que celles d’un ours.
- Et quoi ? » Reprit-il.
- Vous êtes le plus grand des enchanteurs.
- Arrête de débiter des coquecigrues et autres billevesées. Arrête tes flatteries et n’essaye pas de m’amadouer, jeune présomptueux. »
Je frissonnai de tout mon corps. Que faisais-je là ? Que me voulait donc Hélias ? Mille questions me traversèrent l’esprit. Moi, simple fils d’un cordonnier, je ne comprenais pas ce qu’il attendait de moi.
- Ne te pose pas autant de questions jeune insolent…et oui, je lis dans tes pensées aussi bien que tu vois clair.
- Mais…
- Il n’y a pas de mais qui tienne, si tu es ici, c’est parce qu’aujourd’hui tu as l’esprit vif comme l’air. Depuis trois longues années déjà, tes nuits sont emplies de rêves étranges et prémonitoires. Tu participes à des combats d’une violence terrifiante ; tu es un guerrier à la vigueur et aux pouvoirs magiques considérables.
- Comment savez-vous cela ?
- Tse, tse, n’oublie pas qui je suis. Pour que tes songes deviennent réalité, tu devras aller par monts et par vaux afin de trouver le grand sanctuaire druidique. En son centre est entreposé un chaudron. Empare-toi de lui et viens me l’apporter.
- Mais comment trouverai-je ce sanctuaire et par quels moyens m’emparerai-je du chaudron ?
- Tu trouveras. Écoute ta voix intérieure, elle saura te guider dans ta quête. Vaacaesin, tu armeras le jeune Gwynn et tu lui remettras Morvac’h, le cheval noir.
- Celui qui marche sur l’eau, maître ?
- En connais-tu d’autre, idiot ?
- Non maître…
- Et bien alors, ne reste pas là comme un imbécile !
- Oui, mon maître.
- Ces elfes de maison sont d’une stupidité affligeante, ne trouves-tu pas ?
- Je ne peux vous répondre, c’est le premier que je rencontre. »
Vaacaesin sauta de son tabouret et m’accompagna jusqu’aux écuries du château. En chemin il s’arrêta à la salle d’armes et là, il me remit une épée à longue lame, une lance dont la hampe en frêne est munie d’un fer, un poignard ainsi qu’une fronde. Il compléta cette panoplie par un large bouclier ovale dont l’emblème représentait un dragon noir. Une fois entré dans les écuries, nous nous dirigeâmes vers Morvac’h que les palefreniers avaient déjà préparé et qu’ils tenaient fermement à deux par les rênes. C’était un fier destrier Frison3 (ou Cheval de Frise). Il semblait très nerveux, mais je savais parler à l’oreille des chevaux et je le calmai aussitôt. Je lui donnai à manger un bout de pain sorti de mon sac et que je gardais dans le creux de ma main. Les palefreniers en furent tout étonnés. Comment un cheval si impétueux pouvait-il devenir aussi tendre qu’un agneau ? Dans le même temps, une mule fut chargée avec des provisions et mes armes. Elle allait m’accompagner tout au long de mon voyage.
Je m’arrêtai sur le pont qui enjambe la Ffraw et me retournai pour dire au revoir à la cité qui m’avait vu grandir. J’aperçus ma mère, devant l’atelier familial. À ses côtés, ma petite sœur m’envoyait des baisers et faisait de grands gestes de la main. Je leur fis signe à mon tour pour leur dire adieu et je me retournai le cœur gros. Je me remis en route, décidé à ne plus regarder en arrière.
Bien installé sur la selle confortable de Morvac’h, je voyageai toute l’après-midi, en suivant un chemin, que je ne connaissais pas. Il y avait bien longtemps que je n’entendais plus sonner les cloches d’Aberffraw. Le soir venu, je trouvai une ancienne chaumière à l’abandon. Elle me sembla bien délabrée, mais je poussai quand même la porte d’entrée. Elle grinça en s’ouvrant difficilement. Lorsque je découvris l’intérieur, la poussière recouvrait la table et la chaise au centre de la pièce, à tel point que l’ensemble semblait solidement lié. À côté de la cheminée, une paillasse prenait place entre l’âtre et le mur. J’allumai un grand feu avec des buches vermoulues entreposées à côté du foyer, car l’atmosphère humide et poussiéreuse collait à la peau. Assis devant le feu, je sortis un quignon de pain, de la viande séchée et une gourde d’eau. Je soupai ainsi frugalement. Le sommeil me gagnant, je m’allongeai sur la paillasse et regardai les flammes danser sur le plafond, avant de sombrer pour de bon.
Pendant la nuit, j’entendis une voix qui me disait : « Demain, tu laisseras Morvac’h suivre le chemin qui lui semblera le bon. Il te conduira à la chapelle de Llancarfan où vit l’abbé Cadoc. Tu la laisseras sur ta droite et tu t’engageras à gauche, dans le val sans retour. Il s’enfonce dans la forêt pendant quelques lieues avant de déboucher à flanc de falaise. Tu la suivras pendant encore quelques temps, avant que le chemin ne pénètre de nouveau dans une forêt sombre et obscure. Tu passeras devant une fontaine avant de déboucher dans une immense clairière à l’extrémité de laquelle se trouve le grand sanctuaire druidique et, en son centre, le chaudron que convoite Hélias. »
Au petit matin, j’enfourchai Morvac’h et je le laissai me conduire. Chemin faisant nous croisâmes l’abbé Cadoc qui nous conseilla de faire demi-tour avant la nuit. Nous laissâmes la chapelle sur notre droite pour nous enfoncer dans le Val sans retour. Le chemin chaotique longeait un petit ruisseau aux mille reflets d’or. La voie commença à s’élever et la pente s’accrut de plus en plus. La nuit pointait au fond du vallon, mais toujours pas de falaise en vue. Que des ombres menaçantes et des bruits étranges en guise de compagnons de route. Morvac’h ne paraissait pas troublé outre mesure, alors que la mule était beaucoup plus nerveuse. Le chemin semblait conduire en direction du couchant. En effet, le ciel commençait à rougeoyer et, lorsqu’enfin j’atteignis la falaise, un magnifique coucher de soleil illuminait la muraille de schiste qui plongeait dans l’océan situé en contre-bas. La nature offrait un spectacle enivrant et féérique. Les vagues s’écrasaient sur le schiste rouge, presque violet, en formant des paquets d’écume. Le vent du large faisait s’envoler la mousse qui se parait des couleurs du soleil couchant.
Dans les lueurs du ponant, une ombre se détacha sur la falaise. Elle ressemblait à un oiseau, au début, mais plus elle grossissait plus elle devenait effrayante. Elle ne semblait pas s’intéresser à moi mais, par prudence, je me mis sous le couvert des arbres et la regardai se diriger vers le bout de la falaise quand, tout à coup, l’ombre plongea droit dans l’océan. Je m’approchai alors du bord. Le spectacle que j’aperçus me glaça le sang. Devant l’entrée d’une grotte, deux énormes dragons étaient en train de dévorer des vaches. Le sang des pauvres bêtes, qui beuglaient entre leurs pattes aux griffes acérées, dégoulinait de leur gueule garnie de dents longues et coupantes comme des lames de rasoir. Je fus pétrifié par la scène et décidai de me cacher dans le renfoncement de la falaise pour les observer. Ils étaient recouverts d’une carapace d’écailles impénétrable, leurs pattes étaient pourvues d’énormes serres. Le premier avait une queue fourchue et le regard rouge rubis. L’autre, à la queue acérée, possédait des yeux d’un vert émeraude. Quant à leurs ailes de chauve-souris géante, ils avaient pris soin de les replier durant leur gloutonnerie. Leur festin terminé, les deux créatures s’envolèrent et passèrent non loin de moi. Je crus ma dernière heure arrivée. Je fermai les yeux et me mis à prier.
Après de longues minutes, je les rouvris pour voir où étaient passés les dragons. Je regardai à droite puis à gauche et, enfin, derrière. A présent, le silence s’était installé tout autour de moi et seul le souffle du vent effleurait mes oreilles. Je restai là, immobile, pendant encore de longues minutes à fixer l’entrée de la grotte, mais il n’y avait aucun mouvement apparent. Je laissai Morvac’h et ma mule à couvert et refoulant ma peur au plus profond de moi, je me dirigeai, le plus silencieusement possible, vers la caverne, à l’écoute du moindre bruit suspect qui aurait pu me faire rebrousser chemin. Une couleur verte blafarde s’échappait de l’orifice et éclairait toute la cavité. Je me glissai adroitement dans l’antre des dragons. Dans leur repaire régnait une chaleur inhabituelle pour un humain. Toujours sans un bruit, je me dirigeai vers le fond de la grotte, où je découvris un lac caché duquel s’échappait la lumière qui donnait cette teinte verdâtre à l’intérieur de celle-ci. Sur la rive, quatre œufs brun orangé d’une quinzaine de centimètres de diamètre étaient posés sur une sorte de nid composé de paille et de mousse. Les deux dragons aperçus plus tôt formaient donc un couple qui veillait sur sa progéniture. Je soulevai mon épée au-dessus du premier œuf et le transperçai de part en part. Je réitérai mon acte pour deux autres. Mais, au moment où j’allais pourfendre le dernier, un bruit de serres raclant la pierre se fit entendre dans la grotte. J’étais pris au piège. La seule issue m’était à présent interdite par l’arrivée des dragons. Je détruisis rapidement le dernier œuf et me réfugiai dans un coin de l’antre, caché derrière mon bouclier. La mère arriva la première. Elle regarda ses œufs, sur le nid gluant, les renifla puis, constatant que la mort avait frappé, des larmes coulèrent de ses yeux. La colère immense qui s’empara d’elle à ce moment précis, fut sans commune mesure. Elle poussa un cri et, dans un souffle rageur, cracha une boule de feu au fond de la grotte. Toujours à l’abri derrière mon bouclier, je ne bougeai pas, tétanisé par la peur. Comment allais-je pouvoir me sortir de ce pétrin. Il n’y avait que deux solutions : affronter les dragons ou essayer de sortir de la grotte à la nage, en plongeant dans le lac. Combattre deux dragons à la fois, n’est pas une mince affaire, mais la hauteur de la voute, ne leur permettait pas de voler. Ils étaient donc plus vulnérables. Je commençai à me redresser, empoignant mon bouclier de la main gauche et mon épée de l’autre. Soudain, le dragon tourna la tête et m’aperçut. Je lui faisais désormais face et n’avais plus d’autre choix que de le surprendre. Positionnant mon bouclier entre moi et son regard vert émeraude, je me mis à courir droit sur lui, l’épée en avant. La lame frappa la carapace d’écailles au niveau du cœur et, avec l’élan, s’enfonça jusqu’à la garde dans la chair de la créature. Elle hurla de douleur et s’effondra sur le sol dans un vacarme assourdissant. Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître. Un silence pesant envahit la grotte. Là, devant moi, les dépouilles du dragon et de ses petits à naître gisaient sur le sol. Tremblant de tout mon corps, je lâchai mon bouclier et m’avançai près du dragon pour reprendre mon épée. De son cœur ainsi libéré, un flot de sang jaillit sur le sol et recouvrit les dépouilles des petits.
Tandis que je reprenais mes esprits, une idée me vint. Une légende dit en effet : que celui qui se badigeonne le corps avec le sang d’un dragon, devient invisible aux yeux de ses congénères. Je me souillai donc avec le liquide visqueux et en recouvris également mes armes avant de me diriger vers l’entrée de la grotte. Pas un bruit, pas un mouvement, n’étaient perceptibles à l’extérieur. J’osai alors une sortie et, regardant autour de moi, je fus rassuré de ne pas apercevoir le second dragon. Je restai tout de même sur mes gardes et je retournai avec prudence vers Morvac’h et ma mule qui m’attendaient tranquillement à l’orée de la forêt.
Le clair de lune avait maintenant remplacé le soleil couchant. Les ombres s’étiraient sur le sol dans un étrange ballet. Tout cela n’était guère rassurant. Je décidai de passer la nuit à la belle étoile et d’attendre le lendemain pour continuer ma route vers le grand sanctuaire druidique. Y trouverai-je le chaudron magique ? Pour l’instant, j’allumai un feu, et m’installai le plus confortablement possible au pied d’un majestueux chêne séculaire. Epuisé par le combat, un peu de viande séchée, un morceau de pain, et une pomme suffirent à me rassasier avant que les bras de Morphée ne m’emportent dans un sommeil réparateur. Au détour d’un rêve, une voix douce et enjôleuse, me parla à peu près avec ces mots : « Le chaudron magique de Dagda a été forgé par le druide Sémias dont le nom signifie « subtil ». Il régnait sur l’île de Murias, une des quatre îles au nord du monde. Ce chaudron, c’est celui de l’abondance, personne ne le quitte sans avoir été rassasié. Il renferme la nourriture de tous les hommes mais aussi l’ensemble des connaissances de l’univers. Il permet aussi la résurrection : on y plonge les morts, qui en ressortent vivants aux premières lueurs du jour suivant. C’est aussi le chaudron de la souveraineté et le dernier tombeau des rois déchus. En effet, le
