Hantise - Virginie Lauby - E-Book

Hantise E-Book

Virginie Lauby

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Beschreibung

Du rêve au cauchemar.

Daryl a tout pour réussir : une carrière internationale, une femme qu’il aime, la fortune et la gloire. Une vie de rêve. Mais, il a également tout pour se détruire. Et quand, en une fraction de seconde, il perd tout, sa vie bascule dans un cauchemar. Renouant avec le fantastique, Virginie Lauby repousse les limites du réel, laissant au lecteur choisir sa vérité.

Plongez dans un thriller fantastique déroutant, qui laisse à son lecteur l'opportunité de choisir sa vérité.

EXTRAIT

La pièce était sombre, seul l’écran de la télévision apportait une lueur tremblotante. Jess, recroquevillée sous une couverture, dans un coin du canapé usé, buvait un chocolat tiède, les yeux fixés sur ses regrets. Son téléphone était éteint, mais posé sur l’accoudoir, à proximité, rassurant. Comme la possibilité d’un échange. Mais pourquoi ? Ne s’étaient-ils pas déjà tout dit ?
L’ombre qui l’entourait était bienfaisante, le silence à peine troublé par le murmure du téléviseur, comme une rumeur lointaine. Un calme qu’elle n’avait pas connu depuis des mois, peut-être même des années.
Comment en étaient-ils arrivés là ?
Comment, lui, en était-il arrivé là ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

Ayant grandi au milieu des livres, Virginie Lauby a commencé à écrire dès le plus jeune âge. Aujourd’hui, elle partage ses activités entre sa famille, son travail de conseillère à Pôle-Emploi, les lectures et l’écriture. Auteur de deux romans (Le mouroir aux alouettes – Editions Ex Aequo et Nannig – Editions Chloé des Lys), elle décrit des univers très éloignés de sa propre existence.
Ce roman a été écrit avec un accompagnement musical composé par X-Line, jeune Dj et compositeur Hardstyle français. Dès l’âge de 14 ans, il commence à s'intéresser aux musiques électroniques avec Alex Morgan, Groove ou Coverage. Puis vers 2007, il s’oriente vers le Jumpstyle et le Hardstyle. À 18 ans, il débute la composition de ses propres tracks, principalement sur FL studio, disponible en libre accès sur YouTube.com sous l’appellation XLine08460. Ses influences principales sont Da Tweekaz, D-Block & S-Te-Fan, Frontliner, Zatox, Code Black, ... Les musiques sont téléchargeables sur le site de l’auteur.

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Seitenzahl: 151

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Hantise

Virginie Lauby

Thriller fantastique

Dépôt légal décembre 2013

ISBN : 978-2-35962-560-8

Collection Atlantéïs

ISSN : 2265-2758

©2013-Couverture Ex Aequo - Woolley

© 2013 — Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

Du même auteur

Chez le même éditeur

Le mouroir aux alouettes – collection Rouge - 2011

Dans la même collection

L’homme qui écoutait la mer – Denis Soubieux – 2013

Nuisibles – Philippe Boizart – 2013

Le Labyrinthe de Darwin

Chers lecteurs,

Vous trouverez au long de ce roman quelques notes de bas de pages qui indiquent chacune un numéro de morceau musical à écouter au cours de votre lecture si vous le souhaitez.

Vous trouverez ces morceaux sur le site de l’auteur :

www.virginielauby.com

L’accompagnement musical a été composé par X-Line, jeune Dj et compositeur Hardstyle français. Dès l’âge de 14 ans, il commence à s'intéresser aux musiques électroniques avec Alex Morgan, Groove ou Coverage. Puis vers 2007, il s’oriente vers le Jumpstyle et le Hardstyle. A 18 ans, il débute la composition de ses propres tracks, principalement sur FL studio, disponible en libre accès sur YouTube.com sous l’appellation XLine08460.

Ses influences principales sont Da Tweekaz, D-Block & S-Te-Fan, Frontliner, Zatox, Code Black, …

Retrouvez son actualité sur www.facebook.com/XLine08460

HANTISE

SOMMAIRE

Partie 1

1

2

Partie 2

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

ÉPILOGUE

Postface

Remerciements

Lutre livre de Virginie Laubyt

Partie 1

Une renommée trop haute

o 1

Enfoncé dans le canapé en velours rouge, Daryl caressait le clavier du bout des doigts. Il était toujours nerveux avant une prestation. La douceur des touches l'apaisait. Il égrenait les notes sans chercher à faire de mélodie, juste par habitude. Pourtant, naturellement, ses mains se plaçaient de telle façon que le même air revenait sans cesse. Vingt notes{1} à la suite, toujours les mêmes qui formaient une litanie entêtante. Il savait, qu'un jour, il en ferait un tube. Mais, il n'était pas encore prêt. Ce n'était que le préambule, l'amorce de l'inspiration. Il fallait attendre. Il savait que le reste viendrait tout seul. Ce n'était pas le moment, tout simplement.

Il jeta un coup d’œil sur le moniteur accroché sur le mur vert. Il ne lui restait que cinq minutes. La porte s'ouvrirait alors sur Rebecca qui viendrait le chercher. Il la suivrait dans les couloirs du studio de télévision, et il ferait son entrée sur la scène de l'émission musicale la plus regardée du pays, le Zarban Show. Il était un habitué de ce genre d’exhibition. Il connaissait le présentateur depuis une dizaine d'années. C'était lui qui l'avait invité pour la première fois sur un plateau. Depuis, ils avaient, l'un et l'autre, fait leur chemin.

Le moniteur montrait Zarban, en gros plan, le brushing parfait, le maquillage impeccable, interviewant un quelconque gagnant de X-Factor, Nouvelle Star ou autre Voice. On frappa à la porte deux coups secs. Daryl se leva et attrapa sa veste en cuir. Déjà, la porte s'ouvrait sur l'assistante :

— On y va ? Plateau dans trois minutes !

Sans ajouter un mot, il suivit la jeune fille dans le dédale de couloirs du studio. Elle portait dans sa main un talkie-walkie grésillant. Ses fesses ondulaient sous le jean trop serré. Il ne voyait que son dos étroit, son cou fin léché par des mèches couleur d'encre. Elle marchait d'un pas rapide à la limite de la course de fond. Daryl ne pouvait détacher son regard de ses formes callipyges.

Le haut-parleur crachota :

— Vingt-cinq secondes ! Becky, t'es où ? 

Rebecca appuya du pouce sur le commutateur et lança :

— À cinquante mètres, c'est bon !

Des murs en planches avaient remplacé le béton gris. Derrière, la scène, les spectateurs et les caméras. La fenêtre sur le monde.

Daryl enfila sa veste, remonta son col froid sur son cou, huma l’odeur du cuir et frissonna. D’un geste lent, il porta à ses lèvres le médaillon en or que Jess lui avait offert, puis le laissa retomber dans un bruit mat sur son torse moite. Il était prêt.

Une clameur s'éleva derrière le pan de bois. Ils l'attendaient.

Il se posta derrière la petite porte. L'assistante avait la main sur la poignée, attendant le signal pour lâcher son otage dans l'arène béante et hurlante. Une lumière rouge s’alluma sur le chambranle. Rebecca s’effaça, la porte disparut. Il s'engouffra dans la lumière des projecteurs.{2}

La pièce était sombre, seul l’écran de la télévision apportait une lueur tremblotante. Jess, recroquevillée sous une couverture, dans un coin du canapé usé, buvait un chocolat tiède, les yeux fixés sur ses regrets. Son téléphone était éteint, mais posé sur l’accoudoir, à proximité, rassurant. Comme la possibilité d’un échange. Mais pourquoi ? Ne s’étaient-ils pas déjà tout dit ?

L’ombre qui l’entourait était bienfaisante, le silence à peine troublé par le murmure du téléviseur, comme une rumeur lointaine. Un calme qu’elle n’avait pas connu depuis des mois, peut-être même des années.

Comment en étaient-ils arrivés là ?

Comment, lui, en était-il arrivé là ?

Elle savait qu’il était entièrement responsable, mais elle ne parvenait pas à se défaire d’un sentiment de culpabilité. Oui, elle se sentait coupable de n’avoir pas su l’aider, d’avoir refusé d’ouvrir les yeux quand il en était encore temps… mais était-ce son rôle ?

Elle se rappela ce jour, l’année de ses vingt ans, où sa copine Rachel, alors qu’elles buvaient un café à la terrasse d’une brasserie, reprochait à son fiancé de préférer sortir avec ses copains plutôt que de rester cocooner avec elle, d’être immature, de ne pas vouloir s’engager, que ça devait venir de sa relation avec sa mère, toujours là celle-là… et ci, et ça… C’est vrai qu’elle était soûlante cet après-midi-là.

Au bout d’une bonne demi-heure de récriminations et justifications en tous genres, explorant les méandres de la psychologie de comptoir, un homme d’une trentaine d’années s’était approché d’elles et leur avait dit :

— Ah, c’est bien les femmes pour croire qu’elles vont changer les hommes ! Mais, Mesdemoiselles, si vos petits copains préfèrent le sport, la chasse, leurs copains ou jouer en ligne plutôt que d’être avec vous, c’est qu’ils ne vous aiment plus, en tout cas moins que le sport, la chasse, leurs copains… Il n’y a que les nanas pour croire qu’elles vont changer un homme. Seul l’amour peut le changer, et encore…

Il avait souri, fier de son scud en plein cœur des illusions de Rachel. Il avait disparu, laissant ses paroles se distiller au plus profond d’elles. Rachel avait pleuré le reste de la journée et changé de fiancé dans le mois.

L’inconnu de sa jeunesse avait raison. Elle avait voulu se cacher l’évidence trop longtemps. Il ne l’aimait plus, ou plutôt plus assez pour renoncer à ses démons.

Pourtant, il fut un temps…

Jess avait dix-huit ans quand son chemin a croisé celui de Daryl. Ce soir-là, elle devait retrouver une copine qui n’est jamais venue au Marvin Hobbs. Il n’y avait pas grand monde, et un trio de garçons, les SpeBo’s, sur la petite scène, avait bien du mal à capter l’attention du peu de spectateurs présents. C’était l’époque où ils s’essayaient au Glitch, se prenant pour de nouveaux Alva Noto, dans les arrière-salles de bistros. C’était assez pitoyable en y repensant. Mais ils avaient de belles gueules, ça compensait la piètre qualité musicale de leur misérable prestation.

À la pause, elle s’était approchée d’eux. Des trois, Daryl était celui qui retenait le plus son attention, peut-être par son physique avantageux, peut-être aussi par sa curieuse façon de la regarder, sans retenue. Elle avait terminé le concert, debout, seule, devant lui, et la nuit dans son lit.

Peu de temps après leur rencontre, le groupe s’était séparé. Il avait vingt-trois ans, pas de boulot, mais des rêves plein la tête. Il passait ses journées, les instruments les plus improbables en main, à créer de nouveaux accords, essayer de nouvelles mélodies. Jess suivait des cours de droit à la fac et elle bossait dans un fast-food. Elle rentrait tard, et souvent le trouvait endormi sur le canapé, des pages complètes de morceaux inaboutis éparpillés autour de lui. Elle le regardait avec tendresse en lisant les feuillets noircis de notes auxquelles elle ne comprenait pas grand-chose, n’étant pas musicienne elle-même. Mais elle lisait entre les portées le talent de l’artiste qu’elle aimait. Un jour, il serait parmi les meilleurs, il fallait seulement qu’il en prenne conscience, qu’il ait confiance en lui et qu’il ose enfin pousser la porte d’un producteur. Elle lui caressait les cheveux pour le réveiller, enroulait ses boucles brunes autour de ses doigts et s’approchait lentement pour mêler son souffle au sien encore endormi. Elle aimait se glisser dans son sommeil, espérant, sans doute, y voir ses rêves les plus intimes. Mais lui, trop secret, ne la laissait jamais entrer dans son monde, elle restait à la porte de ses paupières. Quand il ouvrait les yeux pour la regarder, c’était déjà trop tard, les visions fantastiques s’en étaient retournées au pays des songes. Jess pouvait alors plonger sans retenue dans ses prunelles, elle ne trouvait plus que la profondeur obscure. Elle en revenait épuisée, s’échouant au rivage de ses iris émeraude. Ils s’endormaient alors enlacés au milieu des notes orphelines.

C’est elle qui le persuada de faire une maquette et de l’envoyer à une maison de disques. Il avait hésité, tergiversé, repoussé, mais Jess était plus entêtée que lui et finalement il avait abdiqué.

Il avait enregistré quatre titres chez un copain, et Jess avait déposé le CD sur le comptoir du label le plus connu. Deux jours plus tard, son téléphone portable sonnait. Il avait un rendez-vous. C’est ce jour-là qu’il est devenu Daryl.

Elle était si fière de lui. Il était si heureux. Elle n’oubliera jamais son regard d’enfant quand il le lui avait annoncé. Il l’avait prise dans ses bras et l’avait fait tournoyer sur le trottoir sous les regards interloqués des passants. Elle riait, la tête rejetée en arrière, ses cheveux blonds ondulant au vent. Elle riait, et lui aussi, à la face de sa bonne fortune, au bonheur qu’ils croyaient acquis…

Que s’était-il passé pour qu’il aille si mal ? Qu’avait-elle fait ou plutôt n’avait-elle pas fait ?

À quel moment avait-il commencé à déraper ? Après son premier Disque d’Or ? Après sa première émission de télévision ? Son premier concert ?

Ou peut-être n’était-ce que la continuité d’une lente descente aux enfers ? Est-ce que la spirale infernale était déjà en route à leur rencontre ? Est-ce qu’elle l’avait précipitée ?

Ou alors, au contraire, avait-elle retardé l’échéance ?

Ses amis en étaient convaincus. Mais, c’était ses amis. Que valaient leurs paroles de réconfort quand ils lui disaient ce qu’elle voulait entendre ?

Dans l’obscurité de la fin de journée, elle levait le voile de ses anciennes, mais secourables hypocrisies.

Ce soir, seule, dans ce petit appartement loué à la semaine, elle dressait le bilan, tirait ses conclusions, prenait ses décisions.

Demain, elle rechercherait un nouvel appartement, dans une autre ville, peut-être même dans un autre pays, mais en tout cas, elle ne rentrerait pas.

Jamais.

Zarban regardait du coin de l’œil le moniteur. La prestation de Daryl était moins mauvaise qu’il ne l’avait redoutée. Les dernières notes mouraient dans les baffles et déjà la centaine de spectateurs grassement payés par la chaîne se levait pour applaudir. Il en avait la nausée.

Un grésillement dans son oreillette le prévint de l’imminence du retour de la caméra sur lui. Il se plaça légèrement de côté de façon à offrir aux téléspectateurs son meilleur profil. Il masqua son dégoût sous un sourire que son professionnalisme rendait presque naturel. La silhouette de Becky se dessina dans son champ de vision. Pendant un bref instant, son regard fut captivé par le corps de la jeune fille. Il faudra qu’il remercie le producteur de l’avoir embauchée…

En s’effondrant dans le fauteuil en velours rouge, Daryl fit disparaître les formes parfaites de Becky. À regret, Zarban commença l’interview.

Au comptoir du dernier bar branché de la capitale, Ricco attendait son cocktail. Il laissait ses yeux s’égarer sur les jeunes éphèbes qui tournoyaient autour de lui, comme les insectes attirés par la lumière. Personne n’ignorait qui il était, ni surtout quel rôle il pouvait jouer dans une carrière.

Ce soir, son champion enregistrait l’émission musicale la plus regardée du moment. Il avait dû batailler pour qu’il soit invité. Il avait parfois l’impression qu’il ne se rendait pas compte de tout ce qu’il faisait pour lui.

La veille encore, il était complètement défoncé. Ça lui arrivait de plus en plus souvent. Ça le désolait de le voir sombrer ainsi chaque jour un peu plus, s’enfoncer dans le néant. Et ce n’était pas avec le départ de Jess que ça allait s’améliorer. Il savait, au fond de lui, qu’à sa place, il aurait fait la même chose. Il ne peut pas lui en vouloir, pourtant…

Fatigué par le manège muet des prétendants à la célébrité, il se retourna vers le barman, désabusé. Il sentait le vent tourner. Bientôt, Daryl serait une épave dont il lui faudrait se débarrasser avant qu’il ne l’entraîne dans son désastre. Encore une tournée, et il jetterait l’éponge. Une dernière salve de concerts et, il laisserait le junky perdu dans ses mirages.

Il but d’un trait le verre de Margarita qui venait d’être posé devant lui. Il fit claquer sa langue sur son palais pour chasser l’amertume du citron vert. Il posa un billet chiffonné sur le zinc et descendit de son tabouret. Il n’avait pas envie de rentrer tout de suite. Il avait laissé ses instructions au studio et il savait qu’il pouvait compter sur eux. Il savait surtout que, même toxicomane, Daryl valait encore trop cher pour que la production prît le moindre risque.

Il s’avança vers un jeune homme qui lui jetait des œillades suggestives depuis son arrivée. S’il n’en faisait pas une star, une nuit dans son lit le comblerait bien assez. 

L'émission s'était déroulée comme dans un rêve. Son morceau fini, il s'était prêté de bonne grâce aux questions de l'animateur, promo oblige. Heureusement, cela n'avait pas été trop long. Il n'aimait pas parler de lui, s'exprimant à travers sa musique, il pensait que cela était suffisant. En cela, visiblement, il se trompait. Dès la fin du show, il s'était fait démaquiller et avait tenté de se sauver, sans attendre le cocktail qui suivait systématiquement le tournage de l'émission. Ce soir, il n'avait pas envie d'écouter ces conversations creuses, ni de s'emplir les narines avec des rails de coke. Ce soir, il avait besoin de rester seul. Mais la maudite assistante aux cheveux de jais avait ordre de le surveiller. Il n'avait pas pu filer à l'anglaise. Rebecca était une chienne de garde redoutable. Il l’avait pensée trop jolie pour être efficace, il s'était trompé.

Au milieu des invités de l'émission, le présentateur papillonnait de l'un à l'autre. Une table sur tréteaux, juponnée de rouge, offrait aux mains avides ses verres d’alcool et ses plateaux de petits fours.

Daryl prit un verre de gin, par habitude plus que par envie. Une blonde siliconée lui tendit un petit four en se trémoussant bêtement. Il se détourna avant d’être obligé d’ouvrir la bouche. Il sentit sa déception le poignarder dans le dos.

Il avala d'un trait son gin et s'éloigna du bar, bien résolu à quitter le studio au plus vite. C'était sans compter sur Zarban. Avant qu'il n'ait pu atteindre seulement la moitié de la distance qui le séparait de la sortie, l'animateur était sur lui :

— Alors vieux loup ? Tu comptais te défiler ?

— Je ne suis pas en forme ce soir, je préfère rentrer...

— Ouais... j'ai appris pour Jess. Sale coup, vieux...

Zarban, déversant son fiel, avait posé sa main sur son épaule et l'entourait de son bras. Daryl faillit le faire lâcher prise d'une bourrade, mais à quoi cela lui aurait-il servi ? Tout le monde devait déjà être au courant. Son milieu est peuplé de vipères qui n'attendent que la merde pour s'épanouir. Oui, Jess avait foutu le camp. Oui, elle en avait eu marre de le voir rentrer défoncé, de l'attendre des heures pendant les concerts pour voir des nanas hystériques lui sauter dessus à la sortie, de faire semblant de s'en foutre alors qu'elle en crevait de le voir chaque jour s'enfoncer un peu plus.

Daryl prit un verre sur le plateau qu’une serveuse trop maquillée lui offrait. Zarban l’observait sans pudeur, un petit sourire ironique aux lèvres. Il lui demanda :

— Et toi, ça va ? Tu tiens le coup ?

Il s’était reculé d’un pas, abandonnant sa sollicitude pour admirer le désastre de sa perfidie. Daryl le connaissait assez pour savoir que sa question n’avait rien d’anodin. Il se maîtrisa suffisamment pour ne pas lui rentrer dedans, avala d’un trait le gin tiède et reposa d’un coup un peu trop sec à son goût le gobelet sur un plateau vide qui passait. D’un revers de main, il essuya la commissure de ses lèvres et dans un souffle il glissa à l’oreille de Zarban :

— Comme tu le vois : pleine peau !

L’animateur élargit son sourire et lui asséna une tape sonore dans le dos.

— Allez, on trinque au bon vieux temps.

Il attrapa deux verres pleins, en mis un dans la main de Daryl et le leva à hauteur de ses yeux bouffis :

— À la pute qui te rend ta liberté ! Le malheur c’est créatif, tu vas nous sortir un tube ! Cheers, mon frère !

Il fit tinter le bord de son verre contre le sien et semblant voir quelqu’un derrière lui, il s’excusa et partit. Daryl haussa les épaules et savoura la brûlure du gin dans sa gorge.

Il passa dans sa loge récupérer son blouson en cuir. Puis, il descendit au parking, les clés de sa moto en main. L’alcool l’avait apaisé. Avec un peu de chance, il pourrait dormir cette nuit. À moins qu’il ne compose. Ce con de Zarban avait raison, le malheur rend créatif, depuis le départ de Jess, il avait griffonné une dizaine de partitions.