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Un travail dans lequel on ne se retrouve pas. Un vide intérieur indescriptible. Une rupture sentimentale et professionnelle. Un besoin d'évasion. Qui n'a jamais rêvé de tout quitter pour partir sur des terres inconnues en quête de soi ? Louise l'a fait. Suivez son voyage sur la merveilleuse île de la Réunion, ponctué de rencontres et de hasards qui ne le sont finalement peut-être pas.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
A Lou, mon ami et frère.
Tout ce que vous avez à faire, c’est décider de partir et le plus dur est fait. Tony Wheeler
Le cœur de l’homme médite sa voie, Mais c’est l’Éternel qui dirige ses pas. Proverbes 16,9
Le Seigneur lui apparut et dit : « Ne descends pas en Egypte, Mais demeure dans le pays que je t’indiquerai. Séjourne dans ce pays, je serai avec toi et je te bénirai. ». Genèse 26, 2-3
Première partie : Rencontres tombées du ciel
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Deuxième partie : Rencontres intérieures
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
EPILOGUE
Le 03 septembre 2014, vers 23 heures.
« Mesdames et Messieurs, ici votre commandant de bord, merci de regagner votre siège, de relever votre tablette et veuillez attacher vos ceintures, nous allons traverser une zone de turbulences. »
L’annonce du commandant de bord ne tracassait pas Irène, hôtesse de l’air sur le Bœing 777-300 d'Air-France. Elle connaissait bien les vols de nuit, l'avion serait seulement un peu secoué, à presque 900 km/h quand on traversait un cumulonimbus, c'était normal. Elle savait que l'équipage et les trois cent quatre-vingts passagers atterriraient bien tous à l'aéroport Roland Garros de Saint-Denis. Elle avait fait des dizaines de fois ce vol entre Paris et l’île de la Réunion, cela pouvait toujours un peu remuer en survolant l'Afrique du Nord. Elle fit donc le tour de son compartiment, pour vérifier que les ceintures de chaque passager étaient bien mises.
Irène travaillait en classe économique depuis six années, elle espérait pouvoir servir la classe supérieure avant Noël. Elle avait toujours rêvé de faire ce métier. Persévérante, depuis toute petite, elle lisait des magazines en anglais pour s’assurer d’avoir un bon niveau et elle pratiquait beaucoup de sport. Elle avait rejoint cette compagnie aérienne rapidement après avoir obtenu sa licence européenne CCA1. Irène avait toujours préféré les vols de nuit, ils étaient généralement plus calmes, elle appréciait cette ambiance de travail où les passagers, moins stressés pour la plupart, dormaient ou visionnaient des films.
Après avoir aidé une petite blondinette à attacher sa ceinture, vérifié que personne n'était encore dans les toilettes et rassuré un homme d’une cinquantaine d’années, elle fit signe à sa collègue du rang opposé que tout était en ordre de son côté. Elle s'assit sur son siège faisant face aux voyageurs et mit à son tour sa ceinture. Puis elle attendit patiemment que les secousses se terminèrent, tout en surveillant l’ensemble des passagers sous sa responsabilité.
Les turbulences pouvaient être impressionnantes. Les mouvements ressentis dans un avion dans ces moments-là donnaient l’impression de rouler sur une route très cabossée. Parfois, l’engin volant laissait croire qu’il tombait dans le vide sur quelques mètres avant de remonter. Certaines personnes se sentaient stressées, angoissées ou même barbouillées dans de telles conditions. Ce jour-là, les secousses étaient assez légères mais cela n’avait pas empêché le quinquagénaire, rassuré quelques minutes plus tôt, de vomir dans son sac en papier prévu à cet effet. Irène irait le récupérer dès que le commandant donnerait l’autorisation de circuler à nouveau dans les allées. Ces petits désagréments ne dérangeaient plus la jolie femme métissée. Elle avait l’habitude avec près de sept-cents vols à son compteur depuis le premier en 2008. Les situations les plus difficiles à gérer pour elle, étaient les retards et détournements de vols pour problèmes techniques. Certains clients perdaient vite patience et devenaient violents avec le personnel de bord. L’espace devenait alors vite petit pour gérer tout le monde. Mais cette nuit-là, il n’y avait pas eu d’incidents à déplorer.
Une jeune femme assise au quatrième rang avait néanmoins attiré la curiosité de l’hôtesse. Irène était passée à côté d’elle avant le décollage, lorsqu’elle rangeait son sac dans le compartiment au-dessus des sièges. La voyageuse, bien qu’en sandales plates, la dépassait de quelques centimètres malgré ses talons aux couleurs de la compagnie aérienne. Elle la fascinait depuis le début du vol. Elle voyageait seule mais imposait par sa taille, elle lui donnait un peu moins de la trentaine. Ses joues légèrement creusées faisaient ressortir ses yeux verts. Ses longs cheveux et châtains, retenus par un élastique, formaient un gros chignon tout ébouriffé sur le haut de sa tête, la grandissant encore de quelques centimètres.
En observant la jeune inconnue, Irène décela plusieurs sentiments contradictoires qui l’animaient. Parfois, il semblait qu’elle était joyeuse et paisible d’aller en direction de l’océan Indien. D’autres fois, elle paraissait triste et inquiète. Que pouvait-il se passer dans sa tête ? Elle ne cherchait pas à dormir comme la grande majorité des passagers de nuit. Elle jonglait entre sa tablette numérique, un livre et les films diffusés sur les écrans individuels. Que venait-elle faire à la Réunion ? Passer des vacances ? Peut-être avait-elle demandé sa mutation pour aller vivre au soleil. Irène rencontrait beaucoup de fonctionnaires métropolitains venant habiter sur l'île pour profiter du climat tout en restant sur un territoire français.
* * * * * * *
Il n’était pas loin de deux heures et demie, le Bœing atterrirait dans quelques heures, mais Louise n'avait pas dormi. Elle était habituée à prendre l’avion dans le cadre de son travail ou le week-end, mais cette fois c’était une première sur un vol aussi long et sans date de retour. Elle avait toujours du mal à s'assoupir pendant les vols, il faisait toujours trop chaud ou trop froid et, ayant de longues jambes, elle ne trouvait jamais une bonne position pour s'endormir. La jeune Normande était assise côté « allée », elle prenait toujours le soin de bien choisir son siège lors de la réservation de ses billets en ligne. Elle se disait que voyageant seule pour la plupart du temps, c’était plus simple pour se lever et aller plus librement aux toilettes sans déranger ses voisins qu'elle ne connaissait pas.
Autour d’elle, les autres passagers étaient plutôt calmes et sereins. Une fillette avec de jolies bouclettes blondes, assise avec ses parents juste devant elle, avait cherché à plusieurs reprises le regard de Louise. Son sourire coquin, s’ouvrant discrètement sur ses petites dents de lait, l’avait amusé. Elle avait environ quatre ans et, malgré son jeune âge, Louise fut étonnée car elle était bien sage.
Vers quatre heures du matin, Louise referma le roman qu’elle lisait et alluma sa tablette numérique sur laquelle elle visionna les photos de l’avant-veille. Elle s’imprégna du visage et du sourire de chacun des membres de sa famille et de ses amis photographiés à l’occasion de son anniversaire. Elle avait tenu à fêter ses vingt-quatre ans avant son départ de Normandie. Elle ne savait pas quand elle reverrait tous ses proches, eux qui avaient une place si importante dans son cœur. D’autant plus que ces derniers temps elle leur devait beaucoup.
Il y avait d'abord sa famille. Louise était la benjamine d’une fratrie de trois enfants. Deux frères la précédaient. Il y avait l’aîné, Martin, qui avait dix ans de plus qu'elle. Ils n’avaient jamais été très proches et ne partageaient pas beaucoup de centres d'intérêts. Après ses études il avait très vite monté les échelons, passant d’un poste de commercial dans une concession automobile Peugeot au Mans, à celui de directeur. Leurs parents étant médecins tous les deux, ils n'étaient pas très présents pour s’occuper de leurs trois enfants. Louise était née lorsque Vincent, le cadet de la famille, avait trois ans. Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble, tout en gardant chacun un caractère très indépendant. Devenus adultes, ils ne se voyaient pas souvent à cause de la distance, car Vincent habitait en région bordelaise où il travaillait dans une grosse entreprise de charpente. Son métier le passionnait tellement qu’il rentrait rarement en Normandie.
Quant à ses parents, ils fêteraient leurs trente-cinq années de mariage à la fin du mois. Leur couple était un exemple pour elle. L'amour qui les liait avait rendu forte leur famille malgré les épreuves de la vie, et Dieu seul sait qu'ils en avaient enduré. Elle s'entendait très bien avec son père qui était toujours de bon conseil pour elle. Quand elle avait un choix à faire, son avis avait toujours une part d'influence dans sa décision finale. Louise était très fière de ses parents et de leur métier, malgré les contraintes qu’il engendrait pour leur vie familiale. C’était d’ailleurs en étant baignée dans ce milieu que Louise s’était retrouvée un peu par hasard à vendre du matériel médical pour les hôpitaux après ses études de commerce.
Elle était aussi très attachée à ses grands-parents côté paternel, Juliette et Denis. Ils étaient très présents quand elle était petite et avaient passé beaucoup de vacances scolaires ensemble. Louise était la dernière des petits-enfants et surtout c'était la seule fille. Elle ressemblait beaucoup à sa grand-mère, elles avaient un caractère similaire, avec le même manque de confiance en soi et surtout un petit grain de folie semblable.
Ses amis avaient aussi une grande place dans sa vie. Ses relations humaines, notamment à l’école primaire et au collège, n'avaient pas toujours été faciles. Très mature pour son âge par rapport aux autres enfants, elle n'avait pas eu beaucoup d'amis, préférant la présence d’adultes ou la solitude. Quand elle était arrivée à Alençon, dans l’Orne où elle avait vécu cinq ans après avoir quitté la maison familiale, une bande d’amis s’était vite formée. Ils étaient une douzaine de tout âge, célibataire, parent solo ou en couple. Ils s’étaient rencontrés grâce au travail : chacun travaillant au bloc, aux cuisines, à l’accueil ou encore aux ressources humaines de l’hôpital de la ville. Ils ne comptaient plus les moments passés ensemble, soirées, apéros, week-ends, concerts... mais aussi les temps moins agréables, enterrements de proches, dépressions suite à des ruptures ou prises de tête entre eux... mais, malgré tout, ils restaient tous très soudés.
* * * * * * *
Perdue dans ses pensées elle se souvenait de cette journée d'anniversaire passée avec eux, beaucoup d'émotions se mêlaient, de la joie et de l’excitation mais aussi de la tristesse à l'idée de son départ. Ce fut difficile de se quitter, surtout sans savoir quand elle reviendrait.
Louise n’avait aucune idée de ce qui l'attendait mais elle rêvait de ce départ pour une autre vie depuis quelques mois. Ces derniers temps, sa vie avait connu de très grands bouleversements qui l’avaient marquée. Il était temps de mettre tout à plat et de revenir à l’essentiel.
1 Cabin Crew Attestation : certificat permettant de travailler au sein de toutes les compagnies aériennes européennes.
Quatre mois plus tôt. Fin avril.
« … puis il faut appuyer sur ce loquet rouge pour ouvrir d’un geste le brancard nouvelle génération… » expliqua le démonstrateur au groupe, très attentif, face à lui. Ce dernier était composé de directeurs d'hôpitaux, de responsables financiers et de chefs de service. Ils étaient réunis à l’occasion d’un séminaire près d’Angers pour découvrir les nouveaux équipements médicaux sur le marché. L’enjeu de cette journée était très important pour l’entreprise Mat’méd car plusieurs établissements devaient renouveler une partie de leurs parcs de matériel et la concurrence était rude.
Voilà déjà plus de dix-huit mois que Louise travaillait pour ce fournisseur. Après l'obtention de sa licence en commerce et management, elle avait travaillé de nuit, à peine deux mois en intérim dans une usine, avant de signer son premier CDI2. C'était une chance pour elle d’avoir trouvé du travail aussi vite après ses études, et de plus en lien avec le paramédical, un milieu qu’elle connaissait bien grâce à ses parents. Mais Louise ne l’avait pas vu de cette façon longtemps. Dès les premiers mois, elle s’était vite rendu compte que ce métier ne lui conviendrait pas indéfiniment.
Louise était une jeune femme dynamique, travailleuse et qui n'aimait surtout pas s'ennuyer. Elle n’appréciait guère de faire des choses ou de travailler sans que cela ait un sens ou un but précis. Elle en imposait par sa taille, du haut de son mètre quatre-vingt, mais avait du mal à s'affirmer et n’était pas sûre d’elle notamment au travail. Malgré cela, elle avait des idées bien arrêtées et pouvait parfois être déterminée, ainsi elle n’avait jamais voulu porter des tailleurs comme les autres commerciales, les trouvant trop classiques et tristes, même si ses tenues restaient néanmoins très professionnelles.
Midi et demi, c'était l'heure de la pause déjeuner, le groupe se dirigea donc vers le self de l'hôpital où avait lieu la formation. La salle commune était immense et très lumineuse. Les immenses baies vitrées donnaient sur une magnifique roseraie. L’hiver plus doux que la normale avait permis aux arbustes piquants de développer leurs premiers bourgeons plus tôt que d’habitude. Les roses naissantes laissaient entrevoir de petits pétales et ainsi deviner la multitude de couleurs qu’offrirait le parc au printemps. Des teintes pourpres, roses, fuchsias, jaunes, orangées ou même violacées réjouiraient le personnel de l’hôpital et ses patients dans les semaines à venir, se disait Louise.
À table, elle se retrouva entre deux directeurs d'établissement et en face de sa supérieure hiérarchique, Claudine Portais. Elle était de la même année que ses parents, mais elle abordait un style beaucoup plus baba cool. Elle portait des vêtements larges souvent très colorés comme des sarouels et une petite paire de lunettes rondes et vert pomme sur le bout du nez. Cela pouvait surprendre au début par rapport à ses fonctions de cadre dans une grande entreprise d’équipements médicaux, mais Louise avait appris à l’apprécier et s'entendait bien avec elle. Professionnellement, elle connaissait beaucoup de choses même si son franc-parler ne plaisait pas à tout le monde au sein de l'établissement.
Depuis que la jeune commerciale avait commencé ce travail et encore plus pendant ces deux jours, Louise avait eu la confirmation qu'elle n'était pas vraiment à sa place. Les semaines passées, elle avait postulé pour d’autres postes de commerciale dans différents secteurs d’activité et même eu un entretien mais il n’y avait pas eu de suites. Elle n’avait pas su être persuasive auprès des recruteurs, elle non plus n’était sûrement pas convaincue que ce métier était fait pour elle. Ce séminaire avait opéré un déclic : parler d’argent, de budget et de rentabilité avec le mot « patient » dans la même phrase, ce n’était pas elle ! Du fait d'avoir été en présence de personnes passionnées par leur travail, elle s'était dit qu'elle devait vraiment réagir et changer de voie. Cela ne pouvait plus durer, elle se voyait décliner ces derniers mois. Elle cumulait les insomnies et la fatigue. Elle n'appréciait plus ce qu'elle aimait habituellement et ne sortait plus avec ses amis. Elle se sentait sombrer dans la déprime petit à petit.
Heureusement, la jeune Normande vivait avec son copain Fabien, avec qui elle entretenait une relation depuis presque deux ans. Elle avait conscience de la chance qu'elle avait qu'il soit dans sa vie, pour la soutenir et supporter ses états d’âme. Elle avait pris une décision, le soir en rentrant du séminaire, elle lui dirait qu’elle ferait enfin bouger les choses. Elle aurait besoin de son soutien dans ses recherches et pour l'aider à quitter son travail.
* * * * * * *
Elle arriva avant lui à leur appartement, qu’elle apprécia de trouver bien rangé et propre. Son ami faisait beaucoup d’heures au bureau à cette période de l’année, mais il avait trouvé le temps de faire le ménage. Elle se sentait légère et sereine à l’idée de le revoir et de lui parler. Elle admira quelques instants la pièce de vie très lumineuse en cette fin de journée. Les derniers rayons du soleil printanier filtraient à travers les vitres et diffusaient des teintes rosées sur les murs blancs. Puis Louise vida sa valise et lança une machine de linge. Elle laissa quelques instants l’eau couler dans la douche, le temps de se déshabiller et d’obtenir la bonne température. Elle sauta sous le jet brûlant qui giclait du pommeau. La jeune femme, de nature très active, prenait rarement des moments pour elle et ne restait pas très longtemps sous l’eau. Mais cette fois elle profita de la chaleur du liquide qui coulait depuis sa nuque, puis le long de sa colonne vertébrale, pour finir sur ses pieds. L’eau avait toujours eu des vertus relaxantes sur elle. Elle se vidait l’esprit à son contact et lâchait prise plus facilement. Après un petit quart d’heure de détente, elle sortit et s’enveloppa dans une grande serviette. Elle prit plaisir à se maquiller et se faire belle. Dans moins de deux heures, elle retrouverait ses amis pour une soirée dans leur bar préféré. Ces derniers mois, elle ne profitait plus d'eux mais ce jour-là, elle avait décidé que cela changerait.
Il était près de vingt heures quand Fabien arriva, Louise était en train de choisir sa robe pour sortir. Elle se sentait bien, le cœur léger, elle avait hâte de lui raconter sa journée et de lui annoncer ces décisions.
Il entra, retira ses chaussures et accrocha sa veste au porte-manteau dans l’entrée. Louise remarqua qu’il prenait plus de temps que d’habitude pour réaliser ces gestes. Il semblait nerveux, mais Louise n’y prêta pas plus attention. Elle lui sauta au cou, ils ne s'étaient pas vus depuis trois jours et elle était contente de le retrouver. Elle l'embrassa, mais elle sentit qu'il n'était pas aussi enthousiaste qu'elle de ces retrouvailles
— Ça va Fabien ? Tu n'es pas content de me retrouver ? lui demanda-t-elle, perturbée.
— Oui, euh… Ton séminaire s'est bien passé ? Mais, sans attendre de réponse, le jeune homme enchaîna : il faut qu'on parle …
Elle comprit tout de suite ce qu'il allait lui dire et sentit les larmes lui monter aux yeux. Non, il ne pouvait pas lui faire ça, pas maintenant !
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Six semaines s’étaient écoulées depuis ce vendredi soir où Fabien avait quitté Louise et leur appartement dans la foulée. Depuis, elle était en arrêt maladie, elle n'avait pas eu la force de retourner travailler. Elle avait fait acte de présence le lundi au bureau mais, le mardi matin, sa valise était prête et elle s’engouffrait dans sa voiture en direction du cabinet médical de ses parents dans le Perche.
En voyant son visage pâle, ses yeux bouffis et ses joues déjà creusées par ces derniers jours sans rien avaler, Jacques, son père, comprit qu’il y avait eu quelque chose de grave. Il n’avait jamais vu sa fille dans cet état. Habituellement, elle respirait la joie de vivre, même s’il avait remarqué depuis quelques mois, lors de leurs appels en visio, que son regard était de plus en plus lointain et triste. Elle ne lui avait jamais rien dit, mais il se doutait de quelque chose.
Entre deux sanglots et quelques gargouillis que son ventre faisait entendre, elle raconta à son père les événements des derniers jours, le séminaire, Fabien qui l’avait quittée vendredi soir et son incapacité à retourner au travail et à continuer à faire semblant. Le docteur la connaissait bien, il savait qu'elle n'était pas du genre à se mettre en arrêt pour un rien, c'était d'ailleurs la première fois depuis qu'elle travaillait. Il lui conseilla de prendre du temps pour elle et de reprendre des forces. "Ce n’est pas à ton âge qu'on commence à aller au travail à reculons ", lui dit-il.
* * * * * * *
Deux mois sans sortir, sans s’habiller, en mangeant à peine, cette période de sa vie fut une grande remise en question pour elle, la pauvre Louise avait touché le fond. Elle avait perdu presque dix kilos en moins d’un mois et s’était complètement laissé aller. Son copain qui la quittait au moment où elle avait le plus besoin de lui, l’avait totalement anéantie ; déjà qu’elle n’allait pas fort, elle s’était sentie abandonnée en plus d’avoir eu le cœur brisé.
Heureusement, sa famille avait été d’un grand soutien dans ces moments difficiles. Sa grand-mère, Juliette, déposait des cierges chaque dimanche dans la petite église de son village pour elle. Elle ne savait pas quoi faire d’autre pour aider sa petite Louisie, comme elle l’appelait. Elle ne l’avait jamais vue aussi mal, sa petite-fille avait été blessée et meurtrie au plus profond d’elle. Ses pensées et ses prières la portèrent et cela l’aida sortir la tête de l’eau jour après jour.
Cette période fut aussi l’occasion pour Louise et sa mère, Dominique, de se rapprocher. En fin de carrière, cette dernière avait décidé d’être moins présente au cabinet et avait opté pour un temps partiel. Elles en profitèrent donc pour faire de longues balades dans les bois, discuter ou cuisiner, même si Louise n’avalait pas grand-chose au début. Dominique avait même proposé à Louise de passer deux jours entre femmes à la mer, ce qui n’était jamais arrivé. Ainsi, cet arrêt de travail avait été bénéfique pour leur relation mère-fille qui n’avait jamais été facile pour l’une comme pour l’autre.
Pendant ces moments sombres et déprimants, Louise passa aussi beaucoup de temps avec une amie, Rosie, qui s’était retrouvée célibataire et sans travail en même temps qu’elle. Cette dernière avait cumulé les contrats à durée déterminée comme cuisinière au restaurant de l’hôpital pendant quatre ans. Mais le dernier n’avait pas été renouvelé et son petit ami avait lui aussi choisi le bon moment pour partir, mais lui… pour une autre fille.
