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Mélodie Becker, écrivaine indépendante, a choisi la solitude d’une maison au cœur de la forêt pour préserver sa liberté. Mais un matin, quelques centimètres de neige bouleversent sa vie. Un accident imprévu la plonge dans une série d’épreuves et de rencontres qui remettent en question ses certitudes. Entre amitié, choix difficiles et résilience, Mélodie réalise que la liberté se nourrit de l’autre. Cette romance contemporaine intense et lumineuse montre que chaque pas vers l’autre est aussi un pas vers soi.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Patrick Costin a découvert la littérature à travers des lectures qui, chacune, ont ouvert en lui de nouveaux horizons. Un jour, une phrase a émergé, se transformant en un fleuve de mots. De cet élan créatif est né "Besoin de personne", son premier roman, publié en 2024 aux éditions Le Lys Bleu. Autodidacte passionné, il écrit avec une sincérité brute et un désir profond de toucher ses lecteurs.
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Seitenzahl: 215
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Histoire sans fin
Du même auteur
Besoin de personne, Le Lys Bleu Éditions, 2024
Patrick Costin
Histoire sans fin
Roman
© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2025
www.lysbleueditions.com
ISBN : 979-10-437-0011-8
Je les regarde tous faire la fête. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Moi, arqueboutée à cette idée de liberté absolue de « besoin de personne », et Franck, aussi soucieux de la sienne comme on peut l’être d’un objet pour lequel on serait prêt à mourir pour le conserver.
Et pourtant !
J’ai 45 ans, j’en ai croisé des hommes, le De machin qui cachait sa particule bien au chaud au fond de son slip et qui rêvait d’une progéniture pour perpétuer son nom de famille.
— Bonjour, je me présente Jean-Charles du château d’à côté, ce sera un garçon sinon rien…
— Pardonnez-moi, je reviens de la chasse n’est-ce pas, je suis tout décoiffé, j’ai oublié mon dédale à délabyrinther mes cheveux !
Tout ça sur un ton grandiloquent.
— Bonjour, je me présente, Georgette de La Garenne Colomb, prendre le risque de pondre une ribambelle de mouflets pour accoucher d’un fils, eh bien, ce ne sera rien, merci « au revoir ».
Et celui qui me montrait ses deux biceps en me disant « Regarde mes cerveaux » et qui avait une masse gluante bien placée entre ses deux oreilles qui lui faisait office de muscle. C’est vrai que, souvent, ils sont beaux, mais, comme on dit, ils sont beaux de loin, mais loin d’être beaux.
Enfin, un diagnostic médical a décrété que je ne pourrais pas avoir d’enfant.
Tout cela a décidé de mon avenir : la liberté absolue.
C’est pour cela, et pour être sûre de ne pas être tentée, que je me suis réfugiée dans cette maison au milieu de la forêt.
Mais, lorsque je l’ai vu la première fois, je suis obligée de reconnaître que le vernis a craqué.
J’ai lutté pour conserver ce droit à vivre seule, pouvoir me promener, bouger sans avoir de comptes à rendre à personne, regarder, sentir, penser par le seul prisme de cette liberté.
Il a fallu quelques centimètres de neige pour bouleverser des années de certitudes.
Les certitudes étaient bien là, sans imaginer que ces beaux yeux verts, sous cette chevelure brune et ce corps d’athlète que l’on pouvait deviner à travers ces couches de vêtements d’hiver, se tenaient en embuscade.
J’ai lutté pour garder jalousement ce que j’avais construit pendant tant d’années. Je me suis battue contre toute une armée qui s’appelle des amis et la famille.
— Tu ne vas pas rester seule. Tu as tout pour toi, etc.
Enfin, tout le panel de propos censés te faire tomber dans la vie conjugale.
C’est fini les mariages arrangés, désormais, on tombe amoureux, moi, je ne suis jamais amoureuse, enfin, je ne le suis plus, après ces quelques déceptions, je ne veux plus avoir mal.
J’étais le seul espoir de mes parents d’avoir des petits enfants, d’agrandir la famille.
Ils verront Stella de là-haut, regardez votre petite fille, papa ! Maman ! Vous auriez été fiers, mais, si je vous avais écoutés, serais-je heureuse ? Aurais-je rencontré l’homme de ma vie ?
Si je vous avais écouté, je n’aurais pas rencontré Franck. C’est vrai, je ne l’aurais pas su.
Quand même ! Stella, ma merveille, ne serait pas là !
Perpétuer votre nom, même ça, je n’aurais pas pu, en plus aujourd’hui, j’ai un pseudo.
Enfin, ne regrettez rien, vous voyez bien que je suis heureuse, alors c’est bien là l’essentiel.
Je suis devant cette certitude que Franck est l’homme de ma vie. Il est beau, il est musclé, mais il a la tête bien pleine et bien faite.
Je me suis bouché les oreilles, fermé les yeux en m’isolant dans cette maison au milieu de la forêt. Loin de toute tentation.
Le destin m’a prise par surprise, je dirais même par traîtrise, au moment où je m’y attendais le moins.
Pourtant, ce destin était discret, poli, gentil ; il avait peur de déranger. Il n’a pas joué les goujats ou fait valoir ses muscles. Et il est parti sans faire de bruit sur la pointe des pieds.
Il aurait pu être tenté de sauter dans la marmite de la vie conjugale, après ce que je lui ai imposé, ce que je lui ai imposé ! Il n’a pas souffert, enfin ! Je crois ! J’en ris intérieurement.
Et, d’un commun accord, on se l’est dit, ok, on a pris du plaisir, mais n’allons pas plus loin.
Nous n’avons pas pensé aux éventuelles conséquences, d’ailleurs, selon le diagnostic médical, le risque était nul.
Nous avons été insouciants, mais elle est belle la conséquence, regardez-la, elle s’appelle Stella, avec les yeux de son père et les cheveux de sa mère.
Maintenant, j’ai l’impression que le destin, ce lâche, se tenait derrière nous, là, à deux pas, on ne le voyait pas, je suis sûre qu’il se disait, vous allez voir ce que vous allez voir. Il se tenait derrière nous avec ce sourire cynique.
J’ai toujours entendu cette petite voix qui disait :
— Besoin de personne : « Besoin de personne », mais pas de petite voix pour dire « Tu tombes amoureuse ».
Enfin, je n’ai pas voulu l’entendre, mon cerveau m’a avertie :
— Tu ne me nourris plus, tu n’écris plus, et Jonas, qui attend ton manuscrit, tout ça aurait dû m’alerter.
Son départ m’a fait retomber dans ce silence que je connaissais tant et que j’aimais.
Mon cerveau a bien tenté de m’alerter, mais je crois qu’il était trop tard. Le poison si dangereux, mais si doux, avait envahi mon être.
Je crois que, sans le connaître, sans avoir la moindre idée de ce qu’il était, de ce qu’a été sa vie, j’aurais pu écrire tout un livre sur lui. N’était-ce pas un signe ?
Aujourd’hui, je les vois, lui, Franck, mon deuxième moi-même, et Stella, le fruit de cet abandon de mes convictions.
Et pourtant, comment je peux savoir que c’est lui, avec le peu de temps que nous avons vécu, que nous avons passé ensemble ?
Je ne sais pas, mais je sais que c’est lui.
Pourquoi j’ai fait ça ? Alors qu’il dormait, il ne demandait rien à personne. Je me suis allongée auprès de lui, on s’est calés l’un contre l’autre, la nature a fait le reste, cette nature si douce qui nous emmène à ce point de non-retour.
En avait-il envie ? Je ne sais pas, je ne me suis pas posé la question.
C’est vrai que la veille au soir, sans vouloir se l’avouer, nous avons ressenti comme une attirance, pendant cette longue soirée où nous nous sommes raconté. On appelle ça se déboutonner (à nouveau, un petit rire intérieur).
Nous n’avons pas pensé aux conséquences que cela pouvait engendrer.
La conséquence est là, merveilleuse, je l’ai sous mes yeux tous les jours, la conséquence s’appelle Stella, elle a trois ans. Je n’ai aucun regret.
Franck avait ce même goût de la liberté, cette liberté que nous chérissions tant, on se l’est dit, et pourtant !
Il a accepté ce que j’appelle pudiquement ce rapprochement.
Il a accepté. De son côté, a-t-il évalué les risques sur le moment ?
Ces trois ans qui nous ont séparés, a-t-il imaginé une seconde ce qu’il allait découvrir ?
Ces beaux yeux verts que sont les siens et les mêmes cheveux blonds que sont les miens, qui rend intangible, qui rend inutile tout test ADN pour prouver la paternité.
Stella est ce maillon qui nous lie à jamais.
Lorsqu’il s’est présenté à la séance de dédicace, a-t-il pensé qu’il pourrait faire la connaissance d’un autre petit cœur qui bat et qui pouvait l’appeler papa ?
Peut-être en parlerons-nous un jour ; pour l’heure, savourons cette victoire, notre victoire qui ne pouvait pas se terminer, ou plutôt continuer mieux.
Je prends des photos, je dois immortaliser ce moment. Comment en suis-je arrivé là ?
J’ai la quarantaine bien passée.
J’étais bien tout seul, je voyageais beaucoup, pour trouver la plus belle des photos, la photo que le monde entier voudrait s’approprier. J’ai vu du pays, des gens extraordinaires. Je me retrouve là, devant cette maison au milieu de la forêt, cette maison qui, par un coup du hasard, est désormais mienne.
Je n’avais pas vraiment de chez-moi, j’étais un SDF à ma manière, je pouvais changer de logement, de région, de pays à tout moment, en fonction des besoins.
Quand la nécessité se faisait sentir, je pouvais arriver à l’improviste, n’importe quel jour, à toute heure du jour ou de la nuit, il n’était jamais étonné de me voir, il semblait même ravi de me recevoir, ce frère Gérard, qui a fait un choix de raison, reprendre l’étude de notre père.
Ma belle-sœur Noémie, était aussi une sœur pour moi, elle savait me recevoir. Je me faisais l’obligation de ne pas déranger, car, dans mon for intérieur, je savais que je dérangeais.
Lorsque j’arrivais, leurs yeux parlaient pour eux : « Alors, tu nous la présentes quand ? » Mais, à chaque fois, mes yeux à moi répondaient irrémédiablement « Jamais ».
Ils ont fini par se faire une raison.
Et cette petite maison au milieu des bois, qu’est-ce qui m’a pris de l’acheter ?
Je l’ai vue en vente, je l’ai reconnue, je l’ai achetée. Je crois que c’est à partir de ce moment que Mélodie m’est apparue, en rêve.
Je m’installe dans la maison quand je ne suis pas en voyage, j’en ai fait mon havre de paix, mon port d’attache, en l’aménageant tout en respectant le souvenir que j’en avais de Mélodie, comme si je voulais conserver quelque chose d’elle, sans imaginer qu’elle y reviendrait un jour.
De ce fait, mon frère me voyait moins souvent. Alors, lorsqu’il y a changement, il y a forcément anguille sous roche, on se fait des films… Mais il ne me posa pas de questions.
J’ai retrouvé une photo que j’avais envoyée à Mélodie, j’y ai vu un signe, un signe qui revenait lancinant.
Mon travail en pâtissait, je ne dormais plus, où peut-elle bien être ?
Mille questions me venaient en tête, que faisait-elle ? Et bien d’autres encore.
Finalement, Mélodie Becker, autrice à succès, en journaliste que je suis, j’ai investigué comme on dit, et je découvre une séance de dédicaces dans un grand hôtel à Paris.
Je suis entré, je n’ai pas eu à chercher longtemps, le temps d’acheter le livre, me mettre dans la file et attendre mon tour.
C’est long quand on attend, j’étais fébrile, voudra-t-elle me revoir ? Les minutes paraissent des siècles. J’avais envie de me sauver, j’avais peur de la suite.
M’avait-elle oublié ? Avait-elle tiré un trait sur moi définitivement ?
J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai patienté, je dois savoir. Si c’est un refus catégorique, je ne m’incrusterai pas, je m’excuserai du dérangement avec la dédicace de son livre si elle veut bien. Je n’aime pas déranger.
Il faut que je parte avant qu’il ne soit trop tard, mes idées sont trop confuses, je n’avance plus, la peur me fait céder ma place à une personne derrière moi, pour retarder le moment, afin d’avoir la certitude que je ne fais pas une bêtise…
Non, c’est la peur tout simplement.
Je n’avance plus, une personne derrière moi me pousse gentiment.
— Il faut avancer, me dit-il !
— Oui ! Oui ! Avançons ! lui ai-je répondu.
Ce monsieur avait un petit sourire gentiment narquois, je crois qu’il avait deviné, car, dans mon oreille, il m’a glissé :
— Ne vous inquiétez pas, j’ai connu la même sensation, aujourd’hui, je suis marié depuis vingt ans, et je vis des moments merveilleux avec elle et nos enfants.
J’ai avancé, ses paroles censées me rassurer ont finalement ajouté à mon angoisse, mais l’espoir était en moi.
J’arrive enfin à sa hauteur, trop tard pour reculer, je sentais le monsieur derrière moi qui me poussait tout doucement, il devait sentir que je cherchais un moyen de fuir.
C’était la fin de la journée, je la sentais fatiguée, elle prenait les livres de façon mécanique, elle ne voyait plus rien.
Mélodie me prend le livre des mains, sans me voir, je le retiens, son attention est attirée, comme sortie d’un sommeil hypnotique, elle me reconnaît, le choc, j’ai retenu la table pour qu’elle ne parte pas à la renverse.
Elle était figée, le temps de reprendre ses esprits. Je lui ai donné mon prénom, pour Franck, elle a écrit ce petit mot.
— En souvenir d’un moment merveilleux au milieu de la forêt.
Il restait quelques livres à signer derrière moi, je me suis éclipsé, le monsieur qui se situait juste après moi m’a posé sa main sur mon épaule comme pour me dire bravo, félicitations.
On s’est souri et je me suis mis à un endroit où elle pouvait me voir pour lui signifier que je l’attendais.
Elle continue à signer, elle sourit malgré elle, jette un regard dans ma direction comme pour vérifier que je suis toujours là.
Fin de la séance, elle se lève, me rejoint, nous partons sans même dire au revoir, nous étions déjà ailleurs. Dans un autre monde, dans le monde qu’on allait se créer.
On est parti, à charge de revanche, lui ai-je dit, je lui ai proposé de venir chez moi, elle a accepté.
Nous partons en voiture, Mélodie me demande de faire un détour pour aller chercher sa fille, sa fille…
Il me vient comme une idée qu’elle pourrait, peut-être, être ma fille.
Pendant un instant, j’ai eu peur. Si c’était ma fille, quel âge a-t-elle ? Serais-je capable d’avoir un enfant, serais-je capable d’être père ?
Déjà, je ne suis pas sûr de faire un bon mari, alors un père…
D’emblée, je me dis que ça ne peut pas être ma fille, j’aurais pu lui poser la question, je n’ai pas osé, j’avais peur.
N’allons pas trop vite, peut-être qu’elle prend ça comme un juste remerciement des services qu’elle m’a rendus.
Cette nuit, je vais lui offrir le gîte et le couvert, demain matin, c’est elle qui me remerciera, je la raccompagnerai chez elle et fin de l’histoire.
Premier arrêt, Mélodie descend de la voiture, me demande d’attendre, je m’exécute.
Ces longues minutes d’attente font remonter mon angoisse, j’ai la gorge serrée, la boule au ventre, j’ai envie de fuir.
Ce que m’a dit le monsieur dans la file d’attente me revient
— Ne vous inquiétez pas, j’ai connu la même sensation, aujourd’hui, je suis marié depuis vingt ans, et je vis des moments merveilleux.
J’essaie de cacher mon angoisse, j’ai la gorge sèche.
Quelques instants plus tard, je vois Mélodie avec un enfant endormi dans ses bras.
Elle l’allonge sur le siège arrière de la voiture, c’est vrai que ma voiture n’est pas équipée pour les enfants.
Elle dort, je n’ose pas poser de question. La route sera un peu longue, j’essaierai de savoir pendant le trajet.
Mélodie est fatiguée, elle s’endort aussi, je roule doucement, je regarde la route, je regarde Mélodie, j’essaie de voir sa fille avec le rétroviseur, mais impossible.
Finalement, ça m’arrange, car j’ai peur d’être maladroit, j’ai peur de poser des questions gênantes, on verra demain.
Je dois savoir, je dois savoir si cette fille peut être ma fille. Mais, je n’ose pas réveiller Mélodie, elle est fatiguée. Peut-être la peur d’apprendre que j’ai des responsabilités que je ne saurais pas assumer.
Je roule dans la nuit. Je ne connais pas la suite de cette histoire, peut-être va-t-elle prétendre que je suis le père ; dans ce cas, peut-être que je demanderais un test génétique pour être certain.
Ça se fait !
J’aborde la forêt, il fait sombre, il fait noir, tous ces arbres dans la nuit font penser à des monstres avec leurs branches tentaculaires. Je passe à proximité du fossé où je me suis enlisé un hiver, il y a trois ans, et qui me vaut d’être là aujourd’hui.
Je me suis arrêté devant la maison ; avant que Mélodie ne se réveille totalement, je suis descendu de la voiture pour lui ouvrir la porte, je lui donne les clés qui étaient les siennes auparavant.
C’est vrai qu’elle ne m’a pas posé de questions non plus, « Où chez toi ? C’est loin ? »
Non, rien, aucune question !
Le réveil s’est fait doucement, jusqu’au moment où elle a reconnu l’endroit, je ne sais pas si elle avait envie de rire ou de pleurer, je pense, les deux à la fois.
Elle descend de la voiture, elle donnait l’impression de ne plus toucher terre, elle avançait doucement, ses mains tremblaient, elle n’arrivait pas à mettre la clé dans la serrure, un cérémonial s’est mis en place, nous avons introduit la clé ensemble.
Non ! Pas ce soir, ce soir, je ne poserai pas de questions. En tout cas, sa fille n’a pas de père, sinon Mélodie serait rentrée directement à la maison, en me remerciant d’être passé.
Elle m’aurait dit, passe un de ces jours prendre l’apéritif et on parlera de nos vies respectives, je te présenterai mon compagnon, peut-être mari.
Non ! Fidèle à sa conviction, « besoin de personne », elle n’a personne dans sa vie, uniquement sa fille.
Nous sommes entrés, nous nous sommes étreints, elle m’a dit :
— Merci, je suis heureuse que tu sois le propriétaire, je ne pouvais pas espérer mieux.
J’ai fait le tour du propriétaire, Mélodie a constaté du changement, même si j’avais conservé la maison telle qu’elle était quand elle l’a quittée pour la dernière fois.
Elle a vu la photo qu’elle avait oubliée. Et nous avons réalisé soudain que sa fille Stella dormait toujours dans la voiture.
J’avais aménagé une chambre sans savoir que c’était pour elle.
Nous nous sommes assis dans le canapé de nos premiers émois, nous avons parlé longtemps ! Longtemps ! Nous nous sommes saoulés de paroles mutuellement, sans oser aborder la question fatidique.
Nous avons fini par nous coucher, tard dans la nuit, nous nous sommes enlacés et nous sommes tombés dans les bras de Morphée sans plus de manières.
Au matin, nous sommes réveillés par des appels :
— Maman ! Maman ! On est où ?
Stella est inquiète d’être dans un endroit qu’elle ne connaît pas.
Mélodie s’est levée, j’ai différé le mien, j’ai attendu qu’elle explique à sa fille et le temps d’un câlin.
Je me suis levé, je me suis approché et j’ai vu ces yeux verts qui rendaient inutile tout test ADN.
C’est ma fille ! À ce moment-là, tout y est passé : les angoisses, la joie.
Cette joie qui avait l’effet d’un aimant qui allait nous rendre inséparables.
— Oui, c’est ta fille, m’a dit Mélodie !
Je ne pouvais pas le contester, et je n’avais pas envie de contester, tout fier de mon nouveau statut de père.
Je lui ai dit que j’avais peur de poser la question, peur qu’elle m’annonce que Stella n’était pas de moi.
— Moi, me dit Mélodie, j’avais peur de te le dire, j’avais peur de ta réaction et peur de t’imposer un être que tu n’aurais pas désiré.
Nous avons continué la matinée dans notre lit, avec Stella entre nous deux, et ça a été comme une évidence, nous sommes une famille.
J’ai failli fondre lorsque Stella m’a dit
— Franck !
— Oui, ma chérie !
— Est-ce que je peux t’appeler papa, parce que tous mes copains ont un papa, pas moi !
À ce moment-là, j’ai pris conscience de mon statut de père. Et j’étais très heureux qu’elle me pose la question, c’était une preuve qu’elle m’acceptait.
Soudain, ça frappe à la porte, nous crions tous en cœur, « Besoin de personne ».
J’entends que la porte s’ouvre, je me lève et je me trouve avec tout un monde que je ne connaissais pas, des victuailles pleins les bras.
J’ai regardé Mélodie avec l’air de quelqu’un d’étonné, elle se lève à son tour et on se retrouve en pyjama au milieu des amis de Mélodie.
C’est Jonas, l’éditeur de Mélodie, qui, nous voyant partir sans dire au revoir, s’est douté de quelque chose et de la petite maison au milieu de la forêt.
À présent, je les vois tous, tous ces gens que je ne connaissais pas hier, les amis de Mélodie. Ils sont venus, ils sont tous là, non, elle ne va pas mourir, la Mama, elle va vivre de la plus belle des manières. Elle ne doit pas regretter d’avoir succombé.
Pourquoi m’a-t-elle accepté dans sa vie, pour Stella, à cause de Stella ?
Non, je ne peux pas croire qu’elle m’ait accepté pour donner un père à sa fille. Il y avait quelque chose entre nous.
Mais qu’est-il arrivé ? Je venais dans cette forêt pour prendre la photo, ce paysage plein de neige, ces arbres sans feuilles, ces résineux toujours verts ; me mettre à l’affût pour tenter de voir des animaux majestueux.
Il a fallu un fossé abordé un peu trop vite, pour me retrouver coincé là. Et décider de mon avenir.
Comment je me suis retrouvé dans cette maison au milieu des bois ? J’étais à moitié perdu, j’ai pris une direction, j’aurais pu partir dans le sens opposé, et je me suis retrouvé dans cette maison, à côté d’un bon feu de bois, avec quelqu’un qui tentait d’être désagréable de peur que je m’incruste, mais qui m’a accueilli. Elle aurait pu me laisser repartir à pied, me débrouiller, non, elle m’a accueilli. Je n’avais qu’une hâte, partir, je me sentais trop dans ce monde de fille, mais je n’avais même pas idée à quelle distance était la civilisation.
Et la 4G, absence de 4G, c’est à croire qu’elle le faisait exprès pour prolonger le supplice. J’ai tout fait pour être discret. Je ne voulais pas déranger. J’aurais dormi dans la grange si elle me l’avait demandé.
Elle m’a supporté, avec quelques mises en garde, mais je crois que ce n’était qu’une façade.
Et ce matin, ce matin où elle est venue s’allonger près de moi, sur le canapé, où, la veille au soir, nous avons bavardé jusqu’à tard dans la nuit.
Était-ce un début, je ne pouvais pas le croire, on tenait trop à notre liberté. C’était inenvisageable ; ce qui s’est passé le lendemain était inenvisageable non plus. Et pourtant.
Mélodie s’est glissée sous la couverture, s’est collée contre moi, je n’osais pas bouger ! La nature a fait le reste.
Est-ce que j’ai eu peur des conséquences ? Je n’ai eu peur que pour ma liberté. J’avais peur que ça dérape, c’est pourquoi je le lui ai dit tout de suite.
Mélodie avait quelque chose d’important à me dire aussi, et c’était la même chose.
On était sur la même longueur d’onde, on a voulu préserver notre liberté, et finalement, c’est ce qui nous a rapprochés, ce même sentiment de liberté.
Le destin nous a eus, le saligaud, il nous a piégés, et, quand il est arrivé à ses fins, il nous a rendu la 4G, cette fameuse 4G, car il ne fallait pas compter sur la Wifi. C’était trop tard, on ne le savait pas encore que c’était trop tard. Le garagiste est venu réparer ma voiture, et je suis parti.
Un matin, j’ai démarré la voiture, je me suis élancé, j’ai freiné, j’ai voulu revenir en arrière, mais je suis parti définitivement.
J’ai découvert dans la grange une voiture qui n’avait pas servi depuis bien longtemps, je suis sûr que Mélodie avait oublié qu’elle était là.
Alors, pour la remercier, j’ai demandé à mon pote Charlie, le garagiste s’il pouvait la remettre en route.
En bon mécano, il a été au top.
Après ça, j’ai repris mes habitudes de voyage, j’ai vécu ma vie. De temps en temps me revenaient en mémoire ces quelques jours que je considérais comme amusants.
Moi, déboulant dans la vie de cette femme, je me sentais un élément perturbateur dans cette vie qui semblait bien réglée.
Et pourtant, elle a reçu un bon coup de pied, cette vie bien réglée. Était-ce un coup de tête ou l’annonce d’une histoire d’amour qui ne voulait pas dire son nom ?
Toujours est-il qu’une histoire est en train de s’écrire.
— Besoin de personne. Par ces mots, Jonas déclarait officiellement qu’il acceptait, qu’il voulait, qu’il serait le parrain de Stella.
Cette journée mémorable, baignée de soleil et d’odeurs de barbecue, a été marquée par le sceau de la convivialité et de l’amour.
Stella, du haut de ses trois ans, était la reine de la fête.
On l’a baptisée au champagne. Les huiles saintes étaient toutes ces gouttes de champagne prélevées dans un verre du bout du doigt par chaque convive pour tracer sur son front un grand A comme Amour et pour son parrain, un grand P et sa marraine un grand M, scellant ainsi leur statut de premiers tuteurs.
Dès ce jour, son corps, son cœur, son âme étaient sous la protection de tous ces fidèles présents à notre messe.
Ce rassemblement dans cette maison au milieu de la forêt était le symbole d’une unité parfaite.
La journée a été fêtée, et, pour consolider les liens qui nous unissaient tous, Stella est passée dans les bras de toute cette famille agrandie.
Elle a reçu un nombre incalculable de bisous au goût de ce nectar à bulles et de viande grillée.
Cette journée s’est passée à chanter, rire, danser.
Boire avec modération a été un peu oublié, c’est pourquoi le mot d’ordre a été :
— Tout le monde reste pour dormir, personne ne prend le volant.
Toute la journée, on a fait la fête, de la musique à fond. Pas de voisins, on a fait ce qu’on voulait.
