Humanimal - Arthur Bandy - E-Book

Humanimal E-Book

Arthur Bandy

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Beschreibung

Sur une planète inconnue, WELGHILMORO est un continent qui s'étend au fond d'un cratère géant. Il est peuplé d'humanimaux dotés d'intelligence. A l'aube d'une ère nouvelle où la technologie s'éveille, un gaz permettant de voler au delà du cratère vient d'être découvert. Une expédition est organisée afin d'explorer la planète. Les préparatifs s'avèrent plus compliqués que prévu pour celui qui est chargé de la mener à bien

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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Mesure du temps à Welghilmoro

SOD : L’ÉQUIVALENT D’UN JOUR (32 HEURES).

POSSOD : L’ÉQUIVALENT D’UN MOIS (20 SODS).

MASSOP : L’ÉQUIVALENT D’UNE ANNÉE (14 POSSODS).

TRIBANON : L’ÉQUIVALENT D’UN SIÈCLE SUR TERRE (150 MASSOPS).

Sommaire

MESURE DU TEMPS À WELGHILMORO

PARTIE 1 : LE MONDE CLOS

PROLOGUE : LA THEORIE DE L'EVOLUTION

CHAPITRE 1 : LE SCELLEMENT DE L'AMITIE

CHAPITRE 2 : LE « GRAND VOYAGEUR »

CHAPITRE 3 : LE GENERAL DECHU

CHAPITRE 4 : UN GRAND CHEF

CHAPITRE 5 : LE DIPLOMATE

CHAPITRE 6 : LE POLICIER CONTRARIE

CHAPITRE 7 : UNE ENQUETE DIFFICILE

CHAPITRE 8 : L’EXPERT ET LE SAUVAGE

CHAPITRE 9 : VISITE DIPLOMATIQUE

CHAPITRE 10 : LES PLANTES DU MAL

CHAPITRE 11 : VISITE A UN VIEIL AMI

CHAPITRE 12 : UN CŒUR DANS LA NUIT

CHAPITRE 13 : LA TANNIERE DES SLAMIS

CHAPITRE 14 : SOD DE FETE A CODOS

CHAPITRE 15 : LE NOMADE

CHAPITRE 16 : LA BOUTIQUE DE GOLIODUD

CHAPITRE 17 : LA SACOCHE

CHAPITRE 18 : LES CHEMINS TORTUEUX

CHAPITRE 19 : UNE ANCIENNE LOI

CHAPITRE 20 : DEUX EN UN

CHAPITRE 21 : VISITES NOCTURNES

CHAPITRE 22 : LES AMAZONES DU GRAND NORD

CHAPITRE 23 : LE DEPART DE CODOS

CHAPITRE 24 : LA POLLENISATION

CHAPITRE 25 : NOUVEAU VENU

CHAPITRE 26 : PROCREATION

CHAPITRE 27 : KOMATANES RETOUR DANS UNE CITE INCONNUE

CHAPITRE 28 : LES SECTIONS BLANCHES

CHAPITRE 29 : RESURECTION

CHAPITRE 30 : L'ETINCELLE

PARTIE 1 : LE MONDE CLOS

PROLOGUE

LA THEORIE DE L'EVOLUTION

Tribanon 4, Massop 7, possod 12, Sod 18 :

En attendant l'arrivée de ses élèves, Draiwnius Lachelras s’amusait à regarder la peau de son avant-bras à l’aide d’une loupe. Même si cela ne se voyait pas à l’œil nu, la texture était bien constituée d'écailles, une particularité modocos, une hérésie pour un thesranes descendant d'un grand fauve. Il possédait pourtant toutes leurs singularités, deux oreilles en pointe de chaque côté de son crâne et un léger rictus permanent dessinait sa bouche.

La lumière extérieure parvenait par une grande baie vitrée. Elle était composée de multiples carreaux assemblés de traverses métalliques qui s’encastraient dans le mur derrière le tableau noir. Un seul pupitre, destiné à accueillir l’ensemble des élèves, formait un arc de cercle qui se refermait autour de Draiwnius.

Les jeunes thesranes entrèrent dans la pièce et attendirent l’ordre de s’asseoir.

« - Asseyez-vous ! leur demanda le professeur sans qu'il eut besoin d'affermir davantage son autorité.

Dès que les élèves furent installés, Draiwnius s’attela à la leçon.

- Mes chers élèves, commença-t-il théâtralement, je vous propose de consacrer ce cours à la théorie de l’évolution. Commençons d'abord par étudier les races de Welghilmoro. Eh bien, sachez qu'elles descendent toutes d’animaux sauvages et qu’elles en ont gardé la plupart des caractéristiques. Leur intelligence se développa au cours des tribanons jusqu’à ce qu'elles deviennent des « humanimaux ». Toutefois, certaines différences philosophiques et intellectuelles les distinguent. Il est étonnant que chacune ne possède qu’un seul sexe, contrairement à leurs ancêtres animaux. Nous pouvons toutefois constater que certaines races sont particulièrement compatibles avec d’autres, car elles sont issues d’animaux appartenant à la même famille. Vous devez néanmoins savoir, en ce qui concerne notre reproduction que des races différentes peuvent se reproduire. Quand un représentant d’une race masculine s’accouple avec une représentante d’une race féminine quelle qu'elle soit, un enfant peut être conçu et naître à l’issue d’une période de gestation plus au moins longue selon les spécificités de la race féminine. Si l’enfant est de sexe masculin, il sera de la même race que son père et vice versa. Alors, maintenant, regardons de plus près les races et leurs origines. Tout d’abord, vous, les thesranes, votre ancêtre est le sponx, un redoutable fauve, un félin autrement dit. Les vagauges sont issus du gauge, un autre félin plus petit. C’est pour cette raison que vous êtes considéré comme un thesranes « pur », lorsque votre géniteur est un thesranes et votre génitrice une vagauges. Au contraire si votre mère est, par exemple, une trahms, vous serez considéré comme « impur » car ces femelles descendent d'un rongeur de la famille des muridés. Maintenant, d’un point de vue plus philosophique, je vous demanderai de réfléchir à ce qui en découle, car si votre camarade est impur, il va de soi que vous l’ignorerez tant que vous n’aurez pas vu sa fiche de naissance… ».

Les élèves rirent spontanément à la réflexion de leur éducateur. Draiwnius conclut son cours au bout d’une heure où, comme à son habitude, il était parvenu à captiver sans discontinuer leur attention.

« -…C’est tout pour ce sod. Le prochain cours portera sur la race des modocos, race masculine issu d’un lézard et de la race femelle compatible, aujourd’hui disparue ou en tout état de cause considérée comme telle : les samalandres. »

Après le départ de ses élèves, Draiwnius continua à travailler tard à l'école d'administration, jusqu’à ce que la lumière du dehors s’épuise. Avant de rentrer chez lui, il s'équipa d'une boîte de cigare vide. Il y plaça son petit serpent noir qui dormait dans le tiroir de son bureau.

« - Tu peux encore dormir un peu, Glimonduk, nous rentrons à la maison. » l’invita-t-il affectueusement avant de refermer le couvercle et d'enfoncer le tout dans sa poche.

Il emprunta des petites rues sombres de Komatanès. La récente apparition des lampes à fusion avait transformé les lumières blanchâtres des chandelles d’autrefois par une luminosité qui s'échappait des fenêtres des appartements, peignant d'un reflet verdâtre les murs des immeubles et les pavés des rues.

Au détour d'une ruelle, Draiwnius sentit une main lui toucher l'épaule. Il se retourna, un thesranes lui souriait.

« - Monsieur Ordarus Ygérius ?

- Oui ? Que voulez-vous ? »

Le thesranes accentua son sourire.

« - Ou Monsieur Draiwnius Lachelras, devrais-je dire ?

Draiwnius se sentit alors bousculé violemment, un voile noir lui masqua la vue juste avant qu'un choc violent sur la tête ne lui fasse perdre connaissance.

CHAPITRE 1

LE SCELLEMENT DE L'AMITIE

111 Massops plus tard

L’astre rouge était à son paroxysme, aucun nuage ne gâchait l’orange éclatant du ciel.

Les sentinelles postées sur le flanc de la montagne de Fusili guettaient au plus loin qu’elles pouvaient. Même si elles ne réussissaient à rien percevoir, elles ressentaient l’arrivée imminente de leur ennemi.

Ceux qui écoutaient la terre prévinrent Solorus. En collant leur tempe sur le sol, ils entendirent un grondement qui résonna dans tout leur corps. Ils n’eurent dès lors plus de doute. Une armée d’au moins un millier de modocos approchait.

Solorus rassembla tous les canufos dans la grande plaine qui s'étalait devant l’entrée de la cité. Depuis sept massops, ils avaient réussi à repousser les envahisseurs. La forêt vierge qui cerclait leur montagne les y aida pour beaucoup, car aucune des escouades n’avait atteint son objectif. Les insectes carnivores et les animaux sauvages, suceurs de sang, les avaient grignotés perturbant leur progression. Solorus et les siens s'étaient occupés d'exterminer les derniers survivants. Cette fois, la fin proche était certaine, les modocos atteignaient en nombre les portes de la cité troglodyte.

Tous les guerriers canufos étaient prêts à se battre jusqu’à la mort qui leur semblait inéluctable. Certains étaient armés d’arc, d’autres de lances, tandis que leur chef était muni de son seul bracelet en cuir couvrant tout son long bras droit. Un membre si long que déplié, il atteignait le dessous de son genou. Tous les combattants avaient revêtus leur combinaison de chasseur en cuir sans manche, laissant deviner leur fine musculature à peine cachée sous leur duvet de plumes courtes.

Le grondement des montures au galop se fit plus intense. Solorus scruta l’horizon. Il plongea son regard jusqu’à la lisière du bois, rétrécissant ainsi les quelques kilomètres qui l’en séparaient. Sa vue perçante qu’il détenait de son ancêtre rapace, lui permettait d’observer d’aussi loin sans avoir recours aux lunettes de longue portée. Il aperçut l’ombre géante de plus d’un millier de silhouettes qui sortirent de la pénombre des arbres. La horde s’arrêta à l’orée de la plaine.

Les modocos juchés sur leurs reptiles brandissaient leur fusil à fusion à la main et attendaient visiblement le signal de leur chef pour attaquer. Solorus se doutait de l’issue du combat, la fin de son peuple semblait imminente, mais il préférait périr au combat plutôt qu’une vie entière à subir l’omnipotence de l’Empire.

La présence inattendue d’un thesranes parmi eux l’intrigua. Cette race, bien qu’en paix avec les modocos, n’avait jamais pris part au conflit. Au contraire, ils avaient mené plusieurs fois des tentatives de conciliation. En tout cas, ils n’avaient jamais montré aucune forme d’hostilité à l’égard des canufos.

Celui qui semblait commander l’armée se positionna devant ses troupes. Il restait droit sur sa monture qu’il déplaçait continuellement de droite à gauche devant ses soldats. Il fit un geste du bras qui ressemblait à un ordre. Tous les modocos jetèrent leurs armes à leurs pieds.

Le thesranes dirigea son sponx vers Solorus, franchissant rapidement la distance qui les séparait. Son uniforme noir signifiait son appartenance à l’armée de son peuple. Il descendit de sa monture pour se présenter.

« - Capitaine Decopus. Êtes-vous Solorus ?

- Je suis le chef des canufos, répondit Solorus.

- Je suis chargé de vous faire part de la proposition du général Candas Yoltop. Il attend votre réponse, expliqua le capitaine.

- Quelle est-elle ? demanda le canufos.

- Signer ce traité de paix, lui répondit Decopus en lui tendant un document.

- Qu’est-ce-que cela cache ? L’empereur veut nous déposséder de tout, se méfia Solorus.

- Certes ! Mais pas le général. Il prend un grand risque en signant ceci avec vous. Nous l’avons rédigé ensemble cette nuit. Je peux vous assurer que vous ne perdrez rien. C’est un acte de paix ni plus ni moins. Savez-vous lire l'Arcunt ? »

Solorus ne répondit rien et se contenta d'examiner le document. Puis il enroula son bras dans le vent pour l'inviter à le suivre.

« - Dîtes au Général de nous rejoindre, nous allons chez moi pour sceller l'acte. » dit-il.

CHAPITRE 2

LE « GRAND VOYAGEUR »

10 massops plus tard.

Komatanès, capitale de la thesranie, fut construite dans le désert le plus aride et le plus chaud de Welghilmoro, au Nord/Ouest, tout proche de la « Faille ». Les premiers habitants avaient choisi cet endroit à cause de la particularité de son relief. Quatre plateaux, hauts chacun de cent mètres environ, posés les uns sur les autres, du plus grand au plus petit et reliés par une petite route en pavés, formaient une petite montagne plate.

Chaque étage de la cité abritait une population différente. Les bidonvilles d’autrefois qui accueillaient la population la plus démunie étaient installés aux alentours et aussi sur le premier palier. Ils étaient récemment devenus plus autonomes et plus populaires. Le deuxième entresol abritait des travailleurs et des familles modestes, le troisième beaucoup de commerces et des habitations relativement confortables. Enfin le quatrième et le plus haut, dit le « haut centre », abritait la haute bourgeoisie, les nantis et les commerces de luxe. Six « transvilles » les parcouraient en longeant la chaussée à intervalles réguliers. La gare centrale se trouvait dans le district bourgeois où le véhicule commençait son trajet, s’arrêtant à des stations précises avant de revenir à son point de départ. Il fonctionnait comme tous les véhicules grâce à la fusion du xilphan.

Les anciens quartiers pauvres avaient gagné leur indépendance lors de la construction de la gare des «Transporteurs interterritoires» dont l'implantation dut se faire aux abords. A l'époque, Emyttup Fiduqyt, un thesranes charismatique, était l'un des dirigeants les plus influents des différentes bandes de hors-la-loi. Il négocia avec le Conseil Supérieur la sécurité des riches citoyens lors de leur passage dans les bas-fonds, par l'échange de taxes. Il mit ainsi en place une milice, qui devint une police dédiée à la sûreté des faubourgs. Il en devint le chef et s’autoproclama maire.

Presque tous les bâtiments étaient construits avec des pierres rectangulaires fabriquées avec la roche provenant de la falaise, en conséquence, la ville étalait principalement une teinte rouge orangée. Des constructions consolidées par les armatures métalliques disposées sur les arrêtes, transpirait l’obsession des thesranes pour l’industrie. Les toits en tuiles écrasées témoignaient de la rareté des pluies.

Le bureau du Grand Conseiller Supérieur respirait autant la poussière des livres que la cire reluisante tartinée sur le bois des meubles. Les vieilles mains flétries de Devaliud Pnagnasus refermèrent le dossier. Les nouvelles étaient bonnes, le projet qui lui tenait tant à cœur depuis plusieurs massops prenait enfin une tournure appréciable. Il s’était longuement battu pour le faire aboutir. Il réalisa le parcours accompli.

Il était né, il y a fort longtemps, d’une trahms qui l’éleva seule. Il ne connut jamais son père et n’en entendit jamais parler, sa mère déplaçait toujours la conversation dès que Devaliud abordait le sujet de son géniteur.

D’une intelligence rare, il étudia seul dès qu’il sut lire, nourri par l'ambition d’être admis à l’examen d’entrée à l’école d’administration où seuls les thesranes « purs » accédaient automatiquement.

Il y parvint et fut scolarisé à l’âge de dix massops. A vingt neuf, il obtint un diplôme de stratégie politique. D’autres domaines, notamment les sciences l’intéressaient également. Il en garda d’étroites relations avec Copallud Mistranus, un camarade de classe devenu plus tard un illustre scientifique.

A l’époque, son seul objectif était de devenir le membre le plus influent du Conseil Supérieur. Avec une dizaine d’amis, il fonda le mouvement « AVENIR THESRANES ». Une auberge où ils se réunissaient le soir devint leur endroit de prédilection pour refaire le monde. Il naquit alors en lui des idées novatrices qui consistaient principalement à élever la technologie à son zénith. Il ressentit dès lors le besoin irrépressible d'en faire profiter à ses congénères.

Le mouvement « AVENIR THESRANES » ne tarda pas à trouver de plus en plus d’adeptes lors de réunions publiques. Beaucoup venaient des divers quartiers de la ville écouter ses discours. Un massop de représentations plus tard, son mouvement comptait assez d'adhérents pour assurer sa crédibilité.

A chaque élection le Conseil Supérieur se trouvait constamment renouvelé par de nouveaux mouvements émergents. Devaliud pouvait dès lors, présenter une liste de dix huit candidats au prochain scrutin.

Les thesranes élisaient le renouvellement d’un tiers des membres du Conseil Supérieur tous les quinze massops. Les conseillers sortants pouvaient être candidats à leur propre succession. Mais au cours de l'histoire, il fut rare que les sortants soient réélus.

Une idée particulièrement novatrice permit à Devaliud de l’emporter. A cette époque les véhicules à fusion servaient uniquement de prototype destinés à être exposés. Ils vantaient ainsi l' excellence de la technologie thesranes. Dévaliud fut l’initiateur du transport en commun permettant à des voyageurs de rallier les grandes villes grâce à ces véhicules à fusion. Cela nécessita des transactions commerciales avec les modocos. Welghilmoro vit alors naître la première ligne de transport entre Komatanès, la capitale thesranes, et celle de la Modocosie, Codos. Ce progrès dont le mérite fut attribué à Devaliud, lui permit d'être élu avec les membres de son parti.

En massop 125 à la fin du mandat, il se représenta à sa propre succession. Le succès n’était alors pas garanti, mais Devaliud possédait un atout considérable, qui se dessina quinze massops plut tôt.

A l'époque, un mouvement passéiste avait été élu. L’évolution des transports avait considérablement facilité l’arrivée, pas toujours bien perçue, d’autres races à Komatanès. Ainsi, l’évolution de la technologie s’en trouva vigoureusement remise en cause.

Un événement, qui survint à cette période, permit à Devalliud de disposer d'une stratégie, consistant à rendre à nouveau plus attractif les nouvelles avancées technologiques et scientifiques.

Un matin où Devaliud reçut un télégramme de son ami, Copallud Mistranus, il comprit que sa présence requise devait revêtir un caractère de la plus haute importance.

Le lendemain, Devaliud quitta son appartement du centre-ville et s’embarqua dans le « Transville ». Ce véhicule de transport uniquement destiné aux déplacements inter-urbains, dont Devaliud fut le précurseur, permettait aux habitants de Komatanès de traverser la grande cité en moins de deux heures suspendus à un rail.

Le laboratoire de Copallud était situé dans le quartier populaire et Devaliud put s’y rendre en peu de temps. Comme à chaque fois qu’ils se retrouvaient, les deux amis s’étreignirent ardemment.

« - Suis-moi, dans mon labo, Devaliud, j’ai à te parler. » Introduit Copallud.

Devaliud suivit le dos courbé de son néanmoins énergique ami jusqu'au laboratoire. Puis, selon son habitude d’humanimal pressé, le Grand Conseiller tenta d’aller droit au but.

« - Très bien ! Acquiesça Devaliud en souriant. De quoi s’agit-il ?

- J’ai besoin d’Irilles. finit par répondre Copallud en se grattant la tête.

- Combien ?

- A vu de nez, je dirais, cinq cent millions de kilos environ.

- Tu sais, je dispose d’une très bonne solde, mais pas à ce point. Je serai mal avisé de te signer un acte d'une telle somme sans que mon compte en soit approvisionné. A te voir, tu ne me sembles pas spécialement rongé par les soucis, pécuniaires ou autres, je me trompe ?

- Non tout va bien, mais ce sont des deniers du Conseil Supérieur dont j’ai besoin pour financer mon projet.

- Doucement, tu dois savoir que je ne peux pas disposer des crédits du Conseil Supérieur comme je l’entends.

- Non bien sûr, mais peut être peux-tu défendre mon projet, grâce tes talents d’orateur légendaire, tu devrais y arriver sans problème. En plus, je pense que cela pourrait même servir tes propres desseins.

- Je crois surtout que tout cela mérite une explication détaillée !

- Oui, c’est certain, alors dresse bien tes oreilles en pointe, car cela mérite également un cours d’histoire scientifique.

- Je suis tout ouïe ! »

Copallud marcha de long en large, son menton soutenu dans la paume de sa main, réfléchissant comment raconter son histoire. Il s’arrêta quand il fut certain d'avoir trouvé.

« - Très bien. Commençons par le début. Il y a de cela environ 106 massops, les thesranes ont découvert le Xilphan, un joli minerai vert. Rapidement, en le faisant chauffer à 1253 degrés exactement, ils ont découvert qu’il se mettait en fusion et qu’il dégageait une énergie extraordinaire. Ensuite en l’enfermant dans de l’Orix également chauffé, ils réussirent à canaliser cette énergie. Cette technique a permis de mettre au point des piles d’énergie. Elles furent ensuite destinées à plusieurs usages. En les combinant à certains mécanismes, nous avons par exemple inventé des véhicules qui nous permettent maintenant de voyager rapidement et de façon plutôt agréable.

- Oui, mais tout cela ne fait que me rappeler mes années d’études, s’emporta Devaliud.

« - Ne sois pas si impatient, j’y viens. Cela a également permis la fabrication d’armes à fusion très efficaces, quoique la technique soit un peu différente. Sais-tu exactement comment fonctionne une arme à fusion ?

- A peu près, mais tu vas me rappeler tout cela. » soupira le politicien.

Copallud ne semblait aucunement perturbé par l’impatience à peine voilée de son ami, il continua son récit.

« - Exactement. Ces fameuses piles à fusion sont intégrées à l’arme. Que ce soit un pistolet, un fusil ou un canon, le principe est le même. Mais pour que s’opère une explosion dirigée, il faut un troisième élément, le minurt, un gaz très léger. Lorsqu’un individu appuie sur la détente, l’énergie fabriquée par la pile à fusion est envoyée vers une bulle de minurt logée à l’intérieur, le gaz enferme alors l’énergie pour en différer les effets, cette énergie est ensuite acheminée par le canon de l’arme. C’est ainsi que lorsque l’on tire sur un individu, un rayon vert se dirige vers lui avant d’exploser à son contact.

- Je t’en prie, directement au fait, s’il te plaît ! explosa Devaliud.

- Eh bien, ces dix derniers massops, j’ai travaillé sur ces trois matières, le xilphan, l’orix et le minurt, sans savoir vraiment quoi chercher, mais avec la conviction d’aboutir sur quelque chose.

- Là tu commences à m’intéresser !

- Oui pas plus tard qu’il y a de cela deux possods. Je ne t’ai pas averti de suite car, comme scientifique, il fallait que je vérifie et revérifie ma découverte. J’ai observé ces trois éléments sous toutes les coutures, à la loupe et à la microlunette. Et puis…

- Oui ???

- Regarde, derrière toi, Devaliud !

Coppalud indiqua une vieille planche métallique posée sur quatre pieds derrière lui.

« - Tu vois cet établi avec la grosse lampe à fusion dessus ? Eh bien, j’y ai disposé un gramme de xilphan, deux grammes de minurt, et dix grammes d’orix. Cette lampe au-dessus est vraiment très spéciale, car elle permet de chauffer à plus de quatre mille degrés. Il ne faut pas y laisser ses doigts, s’amusa-t-il avant de continuer. J’ai chauffé ces trois éléments ensemble à trois mille cent vingt huit degrés exactement.

- Et ???

- Et j’ai eu un petit creux à l’estomac. Alors, je suis sorti, pour aller manger un plat de crevettes des sables grillées, excellentes d’ailleurs.

- Tu me rends fou, Copallud ! » lâcha Devaliud.

- Oui, je le crains, car quand tu vas savoir la suite…J’avais éteint la lampe avant de sortir, et comme je suis distrait et que j'étais affamé, je n’ai pas tout de suite observé le résultat de mon expérience. Mais une fois rassasié, je me suis mis à presser le pas. Et à ma grande surprise, sais-tu ce que j’ai vu sur mon établi en rentrant ?

- Non bien sûr, comment veux-tu que je le sache. »

La patience de Devaliud commençait sérieusement à s’égrainer.

« Alors ! Qu’as-tu observé ?

- Et bien, rien, rien du tout en fait.

- Tu te moques de moi ? Ce n’est pas la fête du « sponx étourdi » pourtant ?

- Patience ! Je n’ai rien vu de suite, jusqu’à ce je lève la tête au plafond. Une boule noire au reflet vert flottait dans les airs. En fait, pour résumer le tout, cette expérience m’a permis de constater que ces trois éléments, si l’on respecte bien sûr, des proportions précises, une fois chauffés à cette température, se transforment en une matière dont la densité est plus légère que l’air.

- Alors là, j’avoue que je ne sais plus quoi dire. Excepté que cela valait la peine que je t’écoute. Je crois que tu as fais la plus grande découverte de ce tribanon, qui n'en n'était pourtant pas dépourvu. Et cette trouvaille à ton avis sur quoi pourrait-elle déboucher ? Interrogea Devaliud qui ne pouvait cacher son intérêt croissant.

- Et bien, des véhicules volants par exemple, qui pourraient grandement intéresser l’armée. »

Devaliud réfléchit. Il resta silencieux pendant un long moment. Copallud ne le dérangea pas. Il savait que son ami saurait exploiter au mieux ses travaux. Devaliud reprit la parole.

« - Je suis un pacifique, je pense qu’il y a mieux à faire.

- Oui, quoi donc ?

- La « Faille » !

- La « Faille » ???

- Oui, la « Faille ». Tu dois connaître les recherches qui ont été entreprises sur la « Faille » par tes éminents confrères non ?

- Je sais qu’il y a de cela vingt massops, un certain Attapuld Fadigius y a lancé une mini-fusée à l’aide d’un canon à fusion, mais elle a explosé au bout d’une heure de vol. Il en a conclu que la « Faille » était un cul de sac. Puis il a réfléchi. Il s’est dit que peut être, le chemin n’était pas droit, et qu'elle avait dû toucher le bord de la falaise. Il en a donc mis au point une seconde, munie de capteurs l’empêchant de s’écraser contre les murs. Mais je crois que l’expérience n’a rien donné. Il l'avait également muni d’un récepteur lui permettant de la tracer, mais au bout de trois sods, il perdit le contact.

- Oui. Et puis il y a ce fou de Xatanius Korpud, qui travaillait sur les cellules des thesranes. Il pensait qu'en les modifiant, il pouvait les rendre plus légères que l'air et ainsi nous faire voler. Je me suis battu pour le bannir de la thesranie lorsqu'on a découvert qu'il utilisait des prisonniers comme cobayes. Je me demande d'ailleurs si j'ai eu raison, car maintenant il paraît qu’il est au service de MOO V qui est assurément moins regardant sur l'éthique que nous.

- Il aurait dû finir en prison.

- Certainement ! En conclusion, nous savons que notre civilisation est d'une certaine manière prisonnière d’un cratère haut de dix mille mètres. Nous savons également qu’à cette altitude aucune des civilisations ne peut survivre. A quelle hauteur penses-tu que ton engin pourrait voler ?

- Selon mes calculs, un gros appareil pourrait aller jusqu’à quatre mille mètres, voire plus, cela dépend de la masse du gaz par rapport à son poids. Et là-haut, il doit y faire très froid mais c’est viable. Plus haut, la nouvelle matière risquerait de refroidir trop vite, et l’appareil tomberait au sol comme une grosse pierre.

- Très bien, bien plus haut que l'arrête de la « Faille » donc ! s’exclama Devalliud. Je vais te présenter, des industriels, des ingénieurs et des architectes. Ensemble, vous allez construire un énorme engin volant qui pourra transporter une délégation de notre civilisation, disons une cinquantaine d’individus. Cela va coûter très cher, si seulement j'arrive à convaincre le Conseil Supérieur… Mais, de toute façon, il ne pourra pas financer l’ensemble du projet, il faudra donc mettre les modocos sur le coup, sans toutefois leur dévoiler les secrets de ton gaz, bien sûr. Cela ne sera pas facile mais nous y arriverons. »

Devaliud mit toute l’énergie nécessaire pour faire aboutir ce projet ambitieux et novateur. La publicité qu’il en fît auprès de ses compatriotes lors de sa campagne électorale lui permit d’être réélu en massop 125.

En massop 128, le vaisseau était pratiquement terminé. Le Conseil Supérieur le baptisa le « GRAND VOYAGEUR ».

CHAPITRE 3

LE GENERAL DECHU

Tribanon 4, Massop 128, possod 4, SOD 8.

Sous la ville de Codos s'étendait profondément la « cité sombre », dont on comprend le surnom à cause de la pénombre qui y régnait continuellement. Personne n’avait jamais réussi à s’en évader. Trois mille prisonniers pouvaient circuler comme bon leur semblait à l'intérieur de ce chiourme où seule la loi du plus fort subsistait.

La seule entrée était un sas fermé par deux énormes grilles empêchant quiconque de sortir sans autorisation. Les gardes postés de l’autre côté ne le franchissaient jamais. Quand un prisonnier émettait une requête, il se présentait, puis demandait l’autorisation d’y pénétrer. Alors la première grille s'ouvrait. Une fois à l’intérieur, le détenu faisait part de ses instances au chef de la garde. Il devait ensuite attendre qu’un autre prisonnier, un messager, lui fasse parvenir la réponse, en échange d'un peu de nourriture ou d'accessoires nécessaires à sa survie.

Du fond de sa cellule, le général Candas Yoltop écrivait ses dernières volontés, ses doigts de titan agrippaient péniblement sa plume. La sobriété de l'alcôve reflétait le juste besoin du nécessaire. Elle s'harmonisait tel un vieux couple exténué avec l’obscurité à peine dérangée par les petites lampes à fusion. Leur luminosité verdâtre qui coupait l'ombre par endroit, plongeait la moitié de la silhouette du général dans l'ombre. Juste un lit et un bureau brisaient l'ambiance minimaliste du lieu. L'antre humide n'en était pas moins spacieuse.

La garde du général se constituait d'une vingtaine d'anciens soldats, dont les diverses fortunes les avaient inévitablement amenés dans cette impasse. Ses fidèles serviteurs mais aussi ses faits de guerre héroïques rendaient Candas le prisonnier le plus respecté et le plus craint des lieux. Ses serviteurs occupaient la cellule voisine, deux d’entre eux, gardaient constamment l'entrée de la sienne.

Comme tous les modocos, passés les quatre vingt dix massops, la marque des écailles de plus en plus prononcée trahissait son âge. Son corps massif, même assis, accentuait sa stature de colosse. Son visage à la mâchoire prédominante soulignait sa bouche sans lèvre, et ses yeux jaunes étaient traversés par une fente verticale. Ses oreilles invisibles se résumaient à deux trous de chaque côté de son crâne. Tout cela était des caractéristiques empruntées à son ancêtre, celui de tous les modocos, le godaran, un réptile géant. Comme lui et comme tous ses semblables, son sang était aussi froid que la lame d’une épée.

Il n'en était pas moins hanté par son amour inégalable pour sa fille Miltoya, une vagauges. Il venait de lui léguer tout ce qui lui restait. Il devait encore écrire une dernière requête, quand des vagues d'anciens souvenirs l'emmenèrent au plus profond de sa mémoire, l'obligeant à se remémorer comment son effroyable destin le conduisit jusqu'au cœur moisi de la cité sombre.

Candas Yoltop naquit en massop 28 à Ancas, d'une famille modeste qu'il perdit alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Très jeune, il dut apprendre à survivre dans les rues de la cité. Son intelligence et son exceptionnel don pour le combat l'aidèrent à y parvenir. Tant et si bien qu’à l’âge de trente deux massops, il acquit une auberge à l’irille gagnée en louant ses services de protecteur. Il épousa Trint, une trahms. Un fils naquit.

A cette époque-là, Candas s'échappait souvent du nid, aspiré par certaines affaires auxquelles il se livrait avec certains brigands des environs. Lors d'une de ces activités modérément tolérées à Ancas, Candas tua maladroitement l'un de ses congénères. Il s'avéra que ce dernier était un proche de l'Empereur. Il dût s'enfuir précipitamment pour échapper aux forces de répression d’Ancas.

Il rejoignit Codos où les criminels d’Ancas n’étaient pas recherchés. Un peu plus tard, lassé de vivoter, il s’engagea dans l’armée de Codos où il apprit toutes les techniques de combat des modocos. Il devint rapidement un officier aguerri.

A l’âge de soixante quatre massops, il s’unit avec une Vagauges et Miltoya naquit.

Il était colonel quand la guerre éclata entre les modocos d’Ancas et ceux de Codos. La ville d’Irillion, située à mi-chemin entre les deux capitales, incarnait un enjeu capital lors de ce conflit à cause de ses mines d’irilles. Elle redevint une cité modocos de Codos quand en massop 95, Candas, avec deux compagnies, en chassa les bataillons de l'Empereur ALTA XII.

Ils continuèrent jusqu'à Ancas qu’ils assiégèrent. L’immense cité, au Sud/Est de Welghilmoro, était construite à flanc de la falaise qui délimitait le cratère géant. Elle était également entourée d’une haute muraille et encerclée par le grand fleuve de Canidolas. Pour accéder à l’entrée il fallait franchir plusieurs ponts levis tous fermés depuis l’installation du siège. Les habitants de la cité produisaient leur propre agriculture. Par conséquent, il semblait impossible de les affamer.

Alors qu’il observait la ville avec sa lunette de longue portée, Candas s’aperçut que l’eau du fleuve était pompée par de grosses machines disposées à plusieurs endroits au pied de sa muraille. Elle était ensuite rejetée par de grosses bouches situées à quelques mètres des pompes. Il en conclut que les habitants se servaient de l’eau, la nettoyaient pour ensuite la consommer. La ville s’était bien modernisée depuis son départ. L'ébauche d'un plan se dessina, mais il lui fallait d’abord savoir à quel moment l’eau était filtrée et nettoyée. Il souhaitait également vérifier autre chose avant d'exécuter cette manoeuvre.

Il envoya alors une commande à l’empereur MOO V, dix mille litres de sève de Casus. Il lui faudrait attendre environ un possod pour obtenir sa livraison, ce qui laissait le temps d'esquisser son projet.

Une nuit, Candas et deux de ses meilleurs soldats, arborèrent des guenilles afin de ressembler aux plus modestes habitants de la cité. La nuit venue, ils plongèrent dans le lac et atteignirent la grande muraille en nageant sous l'eau. Aidés de leurs grappins, ils escaladèrent les murs sous les remparts, puis empruntèrent les grosses bouches servant à vidanger l’eau. Ils émergèrent contre les marées d’eau sales rejetées, mais parvinrent néanmoins à atteindre le cœur de la ville. Candas observa les pompes et comprit facilement leur fonctionnement et la façon de les saboter.

Il demanda à ses deux complices de l’attendre, tapis dans l’ombre, sans leur en expliquer la raison. Dans les rues sombres, il se faufila jusqu’à son ancienne auberge, habité par l'espoir de retrouver sa première femelle et son fils, pour les aider. Mais son ancienne demeure abritait d'autres occupants. Mille regrets et mille tourments l'étourdirent. Quel honneur pourrait-il tirer de sa victoire si celle-ci devait anéantir sa propre famille ? Il décida dans une peine incommensurable de les abandonner à leur propre destin.

Le colonel Mados Cosom livra la sève de Casus, un possod plus tard, accompagné d'une compagnie armée. Et puis vint le temps d'agir. Une nuit, dix modocos pénétrèrent dans la ville, par l'évacuation des vieilles eaux. Ils sabotèrent les dix pompes de filtrage. Ils se cachèrent après en avoir informé Candas grâce au code envoyé avec des lampes à fusion. Candas, déchiré par les remords, donna l’ordre de déverser la sève empoisonnée du puissant poison dans le fleuve. Ils attendirent deux sods entiers, jusqu’à ce que les infiltrés les informent que la population avait presque entièrement succombé. Ils procédèrent alors à l’ouverture de tous les ponts levis qui permit à leur armée d’entrer. L’idée de Candas était d’affaiblir l’armée d’Ancas, espérant ainsi sauver le plus gros de la population civile, mais le poison était trop puissant. Il ne restait plus que quelques soldats ennemis qui furent très vite massacrés. Pendant que Candas se chargeait de tuer ALTA XII conformément aux ordres de MOO V, le colonel Cosom ordonna de brûler la ville.

Cette initiative révolta Candas. Quand ils retournèrent au campement, une rixe éclata entre eux. Cosom fut humilié, car pour un modocos rien n’était plus dégradant que de perdre un combat sans mourir.

A son retour à Codos, Candas fut accueilli en héros, alors qu’il n’éprouvait pour lui-même qu’un profond dégoût. Quelque temps plus tard il fût nommé général.

Douze massops s’écoulèrent sans guerre. Mais quand MOO V apprit que les canufos avaient découvert des mines de xilphan et d'irilles dans leurs montagnes, il décida d'envoyer cinq compagnies à Fusili, espérant ainsi anéantir les canufos pour qui il n'avait aucun égard.

MOO V demanda l’aide des thesranes, mais ceux-ci ne souhaitaient manifestement pas entrer en conflit avec les canufos. Ils acceptèrent néanmoins de jouer un rôle de médiateur, bien inutile aux yeux de l'Empereur. Il se trouva obligé d'accepter ces conditions à cause des enjeux commerciaux, qui à l'époque, maintenaient l'entente cordiale entre ces deux peuples. Candas resta auprès de l’Empereur en tant que conseiller stratège.

Après sept massops d'une guerre acharnée, MOO V n’avait pas obtenu les résultats escomptés. Il décida alors, d’envoyer trois compagnies supplémentaires à Fusili. Cette fois Candas Yoltop menait les troupes. L’ordre était clair, oubliant les conseils diplomatiques des thesranes, ils massacreraient pratiquement tous les canufos et leurs femelles, les rupotèqes. Il espérait ainsi faire signer un traité de paix à Solorus, leur chef. Ce document signé par MOO V lui-même, restait vierge. Il le confia au général en qui il faisait toute confiance pour en rédiger les termes. Les choses ne se passèrent pas vraiment comme il l'avait espéré.

Quelques sods avant le départ, une délégation de thesranes, dépêchés par le Conseil Supérieur et composées de deux officiers, arrivèrent à Codos. Parmi eux, un jeune capitaine, Alussond Decopus. Leur mission officielle consistait à convaincre les canufos de signer le traité de paix. En réalité les thesranes souhaitaient seulement empêcher un massacre, ils y voyaient peut-être un autre intérêt.

Le trajet était long jusqu’à Fusili. Le Général et son armée partirent en campagne, montés sur leurs godarans. Quant aux deux thesranes, ils les accompagnèrent juchés sur leurs sponx. Le trajet devait durer environ deux à trois possods à travers le désert.

Le soir, le général et ses troupes établissaient un campement. Autour du feu de camp, les cinq officiers modocos se détendaient souvent en jouant au bassimo avec Candas. Les officiers thesranes restaient toujours à l'écart. Après sept sods de voyage, Alussond Decopus s’approcha silencieusement et les observa. Le bassimo était un jeu exclusivement modocos, dont l'issue se terminait parfois violemment lorsqu'un joueur estimait qu’un autre avait triché.

Au bout de quelques heures, le colonel Dassos, un soldat particulièrement irascible, s’agaça de sa présence.

« Tu veux peut être te joindre à nous. »...adressa-t-il ironiquement au jeune officier en arborant un large sourire sadique. La réponse d’Alussond surprit l'assemblée.

« Très bien ! »

Candas à la fois étonné et séduit par l'ardeur du thesranes, lui permit de s’asseoir parmi eux pour prendre part au jeu. Il apparut qu'il le maîtrisait à la perfection, gagnant ainsi toutes les manches. Ce qui stupéfia ses adversaires, sauf Dassos qui finit par être exaspéré.

« - Tu sais, thesranes...après avoir étripé un tricheur, j’aime bien lui bouffer les boyaux ». Il ajouta après quelques secondes ; « Quand ils sont encore chauds. »

Alussond soutint son regard sans sourciller, et lui répondit d’une voix calme et nonchalante :

« - Sois bien sûr de toi alors ! »

Dassos se leva d'un bond manifestement prêt à en découdre pendant qu'Allusond restait impassible.

« Suffit Dassos ! » aboya Candas. « Va vérifier la garde et va te coucher, assez joué maintenant. »

Celui-ci s’exécuta sans lâcher Allusond du regard. Une fois Dassos partit, Allusond s’excusa.

« - Désolé, général je ne souhaitais pas provoquer cette querelle. Je vais voir le colonel afin d’arranger nos relations.

- Ça ira ! Apaisa le général.

Le lendemain soir, les officiers entreprirent une nouvelle partie de bassimo. Comme la veille, Allusond s’approcha près d’eux. Dassos le regarda fixement pendant plusieurs secondes et s’adressa à lui jovialement.

« - Viens t’asseoir avec nous mon ami. » Il s'interrompit et le prit par les épaules. « - Allusond, le meilleur thesranes joueur de bassimo…de tout les temps ! » Puis il explosa d'un rire sincère.

Lors de cet épisode Alussond impressionna considérablement Candas. Le fait qu'il réussisse à séduire un modocos aussi teigneux et aussi rancunier que le Colonel Dassos, était sans nul doute la preuve d'un talent hors du commun.

Les soirs suivants, Allusond prit l’habitude de se joindre à eux. Il lui arriva de perdre assez souvent, sans doute volontairement afin de ne plus échauffer les esprits.

Les troupes approchèrent enfin Fusili, et établirent leur campement à la lisière de la forêt vierge qui encerclait la montagne. C'est alors qu'un autre événement se produisit dès la tombée de l'astre rouge, alors que les cinq officiers entreprenaient leur partie de cartes habituelle. Cette fois Alussond n'apparut que beaucoup plus tard. L'air grave qu'il affichait et l'inquiétude qui transpirait de sa personne intriguèrent le général.

« - Général Yoltop, j’ai une requête, sollicita Alussond.

- Je vous écoute.

- Mon collègue le Capitaine Turnockt est parti chasser dans la forêt en fin d’après-midi, il devait rentrer avant la nuit. Je suis inquiet. »

Il attendit quelques secondes avant de reprendre.