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L’écrivain Dominique Valarcher a quitté le domicile conjugal en laissant à sa femme, Laetitia, un mot laconique où il indique qu’il a besoin de réfléchir. Celle-ci, inquiète, ignore où il s’est réfugié. Mari fidèle et toujours amoureux de sa femme, il est pourtant troublé voire fasciné par l’étudiante Nóra Nemeth que les époux Valarcher ont rencontrée récemment en Hongrie. L’écrivain se culpabilise : la fidélité est pour lui la vertu cardinale. Il ne saurait se partager entre deux femmes. Le hasard – mais est-ce vraiment le hasard ? – va provoquer la rencontre de Nóra et de Dominique à Nice lors d’un colloque consacré à la littérature française…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Denis Emorine est né en 1956 près de Paris. Il a avec l’anglais une relation affective parce que sa mère enseignait cette langue. Il est d’une lointaine ascendance russe du côté paternel. Ses thèmes de prédilection sont : la recherche de l’identité, le thème du double et la fuite du temps. Son théâtre est joué en France, en Grèce, au Canada (Québec) et en Russie. Ses livres sont traduits et édités en Grèce, Hongrie, Italie, Roumanie, Afrique du Sud, Inde et aux États-Unis.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Emorine
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Seitenzahl: 73
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Denis Emorine
IDENTITÉS BRISÉES
Roman
Du même auteur
– La mort en berne, roman
5 Sens Editions, 2017
On ne peut pas exister sans être aimé.
Romain Gary
Identités brisées est un prolongement de La mort en berne, roman paru en 2017.
On retrouve les personnages principaux :
Laetitia Valarcher, professeur de lettres classiques à l’université qui a renoncé à une carrière de pianiste classique et ne s’en est jamais vraiment remise ; l’écrivain Dominique Valarcher, son mari d’une lointaine origine russe du côté de sa grand-mère paternelle ; Nóra Németh, l’étudiante hongroise qui fait un master sur Dominique Valarcher à l’université de Pécs et que les Valarcher ont rencontrée en Hongrie ; l’éditeur de Valarcher, Jean-François Macor.
À la fin de La mort en berne, Dominique Valarcher se réfugie à Garouze dans la maison de ses amis italiens Chiara et Marco, pour réfléchir à sa situation sentimentale embrouillée. Il est amoureux de Nóra sans lui avoir avoué, ni à son épouse, et se culpabilise.
Préface
Denis Emorine a un côté russe « pas raisonnable ».
Évidemment, cela n’a rien à voir avec la guerre que la Russie fait à l’Ukraine, ni avec le dirigeant russe du moment, Poutine. C’est exactement le contraire.
Dans la lignée de Tolstoï, il nous fait croire que l’Amour, avec son grand « A », donne un sens à l’existence. Sa poésie, sensible à l’extrême, nous berce de plaines sauvages, et d’horizons infinis, ou presque. Denis Emorine, poète sensible, se montre ici prosateur de l’intime. Il nous parle des femmes qu’il aime, il expose les fantasmes de ses personnages. Avec un style fluide, direct, il nous mène vers ses essentiels. Mais pour qui, me direz-vous, l’érotisme, la vieillesse qui vient, les fantasmes assumés, la création, l’estime de soi, la sincérité, ne sont pas des essentiels ? Quand il parle de l’obscène, son personnage s’arrête à la limite au-delà de laquelle votre billet ne serait plus valable. On voudrait en savoir plus, titiller sa vérité, il nous dit : « Halte-là, regardez en vous-mêmes, vous y découvrirez ce que vous vouliez cacher. »
Il nous tend le miroir sans tain de l’âme humaine aux prises avec le désir d’entrer dans le tableau de Dorian Gray, en sachant que l’illusion nous perdra. Mais ne valait-il pas la peine d’essayer ? Toute la question de l’existence et de l’âge qui vient, Denis Emorine la pose avec l’énergie du désespoir. Ses personnages se retrouvent à nu, comme le roi, découvrant avec stupeur qu’ils posent plus de questions qu’ils ne veulent trouver de réponse. Lorsque son personnage principal découvre que le premier mari de sa mère se nommait Rosenthal, qu’il fut assassiné dans un camp de la mort, et que rien que d’énoncer ces mots constitue un secret de famille, c’est tout le non-dit antisémite de la majorité silencieuse qu’il nous fait avaler jusqu’à la lie. On comprend alors le doute, les questions incessantes, juste retour des choses, quand on sait que les vieux ashkénazes répondent aux questions par d’autres questions, emportant les certitudes illusoires sur les fins dernières. L’idéalisme de l’Amour conduit au sacrifice ultime, faisant fi de ces balivernes que sont la notoriété et l’espoir que tout ira vers le meilleur, nous dit-il. Je ne sais pas s’il a raison, ce héros aux pieds d’argile, mais ses tentatives nous émeuvent, nous, pauvres humains qui sortîmes de la caverne avec cette question insensée :
« Y a-t-il âme qui vive, ici ? »
Yves Flank
Novembre 2022
Yves Flank est comédien, écrivain, souvent étranger au monde qu’il arpente. Il a publié plusieurs ouvrages, romans, récit intime de voyage, poésie politique, livre d’art. Certains de ses manuscrits, tous chauds, somnolent au soleil.
I / L’EXIL
1
Lorsque Laetitia arriva à la maison ce jour-là après le travail, elle remarqua immédiatement quelque chose d’inhabituel. La porte d’entrée était entrouverte, la lumière allumée dans plusieurs pièces ; ces négligences n’étaient pas dans la nature de Dominique qui, sans être maniaque, s’astreignait le plus souvent à une certaine discipline notamment dans la vie courante. Apparemment, il n’était pas là : il avait peut-être dû s’absenter pour une raison impérative. Laetitia l’appela sans obtenir de réponse, la maison était vide comme elle le supposait. L’ordinateur portable avait disparu de sa table de travail. Comment était-ce possible ? Soudain elle avisa un rectangle de papier blanc avec un mot qui lui était destiné :
Mon Amour,
Je pars. Je ne sais pas encore pour combien de temps.
J’ai besoin de réfléchir.
Pardonne-moi.
Je t’aime.
Dominique
Il était donc parti sans la prévenir, ce qui, encore une fois, n’était pas dans ses habitudes. Elle relut le mot de son mari ; que se passait-il ? Ce départ s’apparentait à une fuite. Soudain Laetitia eut peur de ne jamais le revoir et se mit à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Fébrilement, elle attrapa son portable, composa le numéro de Dominique. Il n’y avait rien, aucune tonalité, pas même le répondeur. Avait-il perdu son téléphone ? Peut-être avait-il eu un accident ? Laetitia ne savait plus que penser…
Brusquement, la sonnerie de son smartphone la fit sursauter. Une voix lui parlait avec un léger accent, Carlotta Bonini, la secrétaire de l’éditeur italien, Giovanni Mogherini : « Madame Valarcher ? Est-ce que je pourrais parler à M. Valarcher, je vous prie ? J’ai essayé plusieurs fois de le joindre par e-mail. En vain. »
Laetitia, la voix altérée, lui répondit qu’elle était sans nouvelles de son mari. Elle avait trouvé la maison vide en rentrant de l’université, elle ignorait où il se trouvait. Laetitia appellerait Carlotta sans faute si Dominique se manifestait. La secrétaire raccrocha brusquement.
Laetitia pensa avec nostalgie à leurs belles années, les années d’insouciance comme ils disaient, qui dataient de leurs études. Elle aurait voulu retrouver le jeune homme qui était éperdument amoureux d’elle, de cette jeune femme à laquelle il appartenait corps et âme selon ses propres dires.
Elle n’avait pas oublié non plus les compliments si particuliers qu’il lui adressait : « Tu as la beauté de l’intelligence », répétait-il à mi-voix.
Dominique était un homme déconcertant – son côté russe – affirmait Laetitia. Il pouvait se révéler d’une délicatesse extrême avec ses filles, leur mère, les gens qu’il estimait et d’une grossièreté sans égale avec ceux qu’il détestait, leur tenant des propos humiliants voire dégradants. Sa sensibilité était exclusive. L’homme de Laetitia était excessif certes en en étant parfaitement conscient.
Laetitia se culpabilisait. Est-ce qu’elle l’avait froissé sans le vouloir, par exemple en lui refusant certains fantasmes qu’il sollicitait jusqu’à ce qu’elle cède de mauvaise grâce ? Comment savoir ? Jouer du piano les seins nus, n’avait en soi rien de choquant pour elle, simplement Laetitia estimait – à tort selon Dominique – en avoir passé l’âge. Dans ces moments-là, son mari se révélait un peu comme un enfant boudeur dont on ne satisfaisait pas les caprices, en refusant de lui acheter un jouet dont il avait particulièrement envie.
À la réflexion, Laetitia estima qu’il serait incapable de s’en aller pour une raison pareille.
*
Le temps passait, Laetitia ne savait plus que penser. Elle regrettait ces années d’insouciance : leur jeunesse… la pureté et la profondeur de leurs sentiments. Elle regrettait leur jeunesse qui ne reviendrait jamais.
2
Dominique avait effectivement retiré la carte SIM de son vieux portable. Il pensait précisément à Laetitia en ce moment : elle jouait les morceaux de piano qu’il aimait, les seins nus. Il assistait à son dernier concert à Prague. La salle était comble. La pianiste aux seins nus comme on la surnommait déchaînait les passions et pas seulement masculines. Les spectatrices, imitant l’artiste avaient exhibé leurs seins. Jeunes, moins jeunes, carrément vieilles participaient à un même rite païen, sortes de prêtresses barbares. Dominique rouvrit les yeux, l’enchantement disparut et avec lui une Laetitia à la cinquantaine épanouie et à la poitrine toujours aussi excitante à ses yeux. Il faudrait qu’il rédige cette nouvelle érotique, mais il n’était pas persuadé que sa femme en apprécierait le thème. Il ne se souvenait plus s’il lui en avait parlé.
Dominique éprouva soudain l’envie de sortir. Depuis combien de temps était-il enfermé dans cette maison de Garouze ? Il l’ignorait, mais quelle importance ? Depuis combien de temps aurait-il dû recontacter son éditeur italien ? Il ne savait plus… L’écrivain perdait ses repères.
Brusquement, il eut envie de remettre la carte SIM dans son portable, mais où l’avait-il mise après l’avoir retirée ? Il ne s’en souvenait plus. Il eut envie de pleurer. L’angoisse s’empara de lui.
Soudain, on frappa à la porte, quelques coups secs et autoritaires, lui sembla-t-il. Une voix retentit :
« Monsieur Valarcher, vous êtes là ? »
Et comme il ne répondait pas, on insista :
« Monsieur Valarcher ! »
Dominique ouvrit brusquement. Une vieille femme se tenait devant lui.
« Un télégramme vous attend au bureau de la poste du village. C’est urgent. Pouvez-vous venir le chercher aujourd’hui ? L’employée a besoin de votre signature pour vous le remettre. Vous avez encore le temps, il est neuf heures vingt. »
Dominique fit signe qu’il irait et la vieille femme prit congé.
