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Et s'il était un autre conte, antérieur à tous ceux que nous connaissons ? Un conte oublié, qui aurait été fragmenté et modifié au cours du temps ? Un conte où Blanche Neige, séquestrée dans une tour pour être protégée d'un maléfice givrant son coeur, serait la soeur d'une Belle à l'étrange capuchon rouge... Un conte où certains princes choiraient de leur piédestal? Un conte où secrets, magies, humours et espoirs de chacun s'entremêleraient afin de tisser les fils de leurs destins? Si vous rêvez d'y croire, lisez cette histoire.
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Seitenzahl: 307
Veröffentlichungsjahr: 2021
L’oiseau en cage rêvera des nuages.
Proverbe japonais
Chapitre 1 : Il était une autre fois…
Chapitre 2 : Deux sœurs étrangères
Première Partie : Blanche Neige
Seconde Partie : Belle
Chapitre 3 : Retrouvailles
Chapitre 4 : Un chemin vers l’autre monde
Chapitre 5 : L’envol de la première neige
Chapitre 6 : Un jour, mon Prince viendra
Chapitre 7 : Croisière sur les canaux
Chapitre 8 : La bonne fée
Chapitre 9 : Le petit chaperon rouge
Chapitre 10 : La Tempête de Neige
Chapitre 11 : Blanche Neige chez les sept nains
Chapitre 12 : Miroir, mon beau miroir
Chapitre 13 : Qui est la plus… Belle ?
Chapitre 14 : Blanche Neige et le chasseur
Chapitre 15 : Prince devient charmant
Chapitre 16 : Un repas enchanté
Chapitre 17 : Miroir, mon beau miroir, qui est la plus aimée de tout le royaume ?
Chapitre 18 : Quand la vérité franchit les lèvres scellées
Chapitre 19 : Le premier vœu
Chapitre 20 : Quand la tempête gronde…
Chapitre 21 : Une saveur de pomme
Chapitre 22 : La pomme empoisonnée
Chapitre 23 : Le deuxième vœu
Chapitre 24 : Une entorse à la règle
Chapitre 25 : Un réveil mouvementé
Chapitre 26 : La Belle est la Bête
Chapitre 27 : Les conséquences du troisième vœu
Chapitre 28 : Le grand méchant loup
Epilogue
Il était une autre fois, dans un autre conte, un autre royaume. Son nom a peu d’importance dans cette histoire, mais si vous y tenez le voici : Légendaria , le lieu où naissent les légendes… Vous en connaissez peut-être quelques-unes, ou du moins c’est ce que vous croyez. Votre avis changera peut-être suite à la lecture de ce conte.
Pour l’instant, le soleil étincelant, qui se reflète sur les dômes des tours dorées du palais royal, vient se perdre dans la longue chevelure blonde de celle qui s’apprête à se faire couronner. Si vous pensez que l’homme éblouissant qui se tient à ses côtés est son père, détrompez-vous. S’il rayonne de bonheur, c’est à la fois car il s’apprête à épouser celle que son cœur chérit plus que tout au monde, mais aussi parce que l’astre solaire, qui se reflète dans sa couronne dorée, vous brûle la rétine, pour vous empêcher de contempler qu’il se trouve plus de joyaux que de cheveux sur sa tête. Vous pouvez peut-être le constater par vous-même, tandis qu’il se penche lentement vers sa future reine, pour lui susurrer quelques mots à l’oreille. Il s’agit d’une plaisanterie ; mais elle est bien trop mauvaise pour que je n’ose vous la répéter. Cependant, le rire cristallin mal étouffé de sa fiancée vient d’y répondre. Aah, les jeunes femmes amoureuses sont parfois bien faciles à convaincre. Cependant, ce n’est pas son cas.
Elle, c’est juste une hypocrite qui convoite la couronne. C’est pour cela que son bonheur de se marier en ce jour est, quant à lui, bel et bien réel. Un sourire éclatant, de beaux yeux dorés pétillants, voici comment cette nymphe solaire, prénommée Lucia, a séduit le roi Aurun, ainsi que son peuple. Tous étaient en admiration devant elle, envoûtés par ses sorts séducteurs. Prochaines étapes de son plan : assassiner son cher époux, récupérer le trône pour elle seule, et se remarier quelques temps plus tard avec son amant, cette fois-ci un jeune homme de son âge, bien plus attirant. Il suffirait juste qu’elle progresse lentement, pour n’éveiller aucun soupçon. Serrer les dents pendant la lune de miel, verser le poison qu’elle s’était procuré fort honnêtement dans le verre du roi, et un an plus tard, vivre dans le luxe et l’amour. Rien n’était plus limpide que ce plan. Et pourtant, un adorable petit imprévu vint l’ébranler.
Nous voici neuf mois plus tard. Surprise ! Ce cher roi Aurun est toujours en vie, et plus heureux que jamais ! Devinez qui doit être ravie. Je vous le donne dans le mille : notre chère Lucia ! Qui, au moment même où je vous parle, est en train de pousser à travers tout le palais des hurlements de souffrance, de rage et de désespoir mêlés. A ses côtés, son cher et tendre petit roi bedonnant l’encourage joyeusement. Croyez-moi, si elle tient aussi fortement ses draps dans ses poings, c’est entre autres pour s’empêcher de l’étrangler devant la sage-femme et les quelques guérisseurs présents.
Etonnement, le ciel, qui habituellement reflétait le bonheur de ses ambitions presqu’atteintes, était déchiré par les éclairs grondants de sa colère. Soudain, elle sentit venir le moment de sa délivrance. Elle avait déjà commandé une deuxième dose de poison, soluble en biberon. Ce ne devait être qu’un mauvais moment à passer, mais il s’était transformé en le pire de sa vie. Ce fut alors qu’elle sentit, non seulement son enfant s’échapper d’elle, mais aussi ses pouvoirs glisser lentement hors de son corps. Non, non, non ! Cela ne devait pas se passer comme cela ! Elle ne pouvait perdre son teint resplendissant, sa beauté éternelle, son charme inébranlable ! Elle ne serait plus rien sans tout cela ! Des larmes se mêlèrent à ses cris. La sage-femme s’exclama alors en liesse : « C’est une petite fille ! » Des larmes de bonheur ruisselaient sur les joues de son père, de désespoir sur celles de sa mère. Cette dernière ordonna alors que l’on la laissât seule avec son enfant. Quel genre de monstre refuserait une telle requête ? La pièce se vida, laissant la reine seule avec sa fille. Dehors, le premier flocon de neige que Légendaria n’eût jamais connu se déposa délicatement au sol, suivi de près par des milliers.
Les cheveux encore dorés comme le soleil, mais le cœur aussi sombre que la nuit, Lucia rassembla le peu de magie qui demeurait en elle pour sceller à jamais le destin du bébé hurlant dans ses bras. Attrapant l’une des nombreuses roses du bouquet de sa table de chevet, elle s’y piqua le doigt, et laissant trois gouttes de son sang glisser entre les lèvres de sa fille, elle murmura :
« Ô, toi qui noies ce royaume dans la nuit et le froid,
Je souhaite que ton cœur soit encerclé de neige.
Que toute personne qui te touche sente le sien qui s’allège.
Que cette couche de givre grandissante
Ne fonde qu’à l’étreinte enivrante
D’un baiser d’amour pur et sincère. »
Son dernier souffle vital ponctua cette phrase, et sa peau, en même temps que celle de la princesse, se para d’une froideur cadavérique. On entendit alors résonner dans tout le royaume les cris déchirants du nouveau-né, tandis que son cœur s’enfouissait sous une épaisse couche de neige. Son teint d’ivoire, sa température cutanée, ainsi que les conditions météorologiques de sa naissance, valurent qu’on la baptisât du nom cristallin de Blanche Neige.
C’est ainsi que le royaume, en deuil et enneigé accueillit sa future souveraine. Le roi, se consolant de son immense chagrin en la berçant dans ses bras, sentit peu à peu son cœur s’alléger. Il invita son cher peuple à venir en faire autant, et c’est ainsi que tous s’émerveillèrent devant la petite princesse, qui leur fit assez vite oublier sa mère. Mais à force de passer de main en main, en grelottant et pleurant toujours plus, sauf étrangement dans les bras de certains autres enfants, elle revint chaque soir plus froide, blottie contre son père, jusqu’au jour où il ne put plus la tenir sans se brûler de froid.
Ce fut le déclic qui le poussa à appeler l’ensemble des guérisseurs et mages du royaume à venir examiner la princesse. Des hurluberlus en tout genre se présentèrent, plus ou moins savants, plus ou moins charlatans. Des gourous, astrologues, sorcières des bois, tous y passèrent. Mais si certains parvinrent à inventer des causes toutes plus invraisemblables les unes que les autres à son mal, aucun ne proposa de remède efficace. Blanche Neige passa ainsi par des bains chauds aux effluves de bave de fourmis, d’excréments de papillons, de vomis de libellule, mais rien n’y fit : sa peau, bien qu’exfoliée, n’en devint guère moins froide. Le roi s’en serait volontiers arraché les cheveux, s’ils n’étaient guère déjà tous tombés. Heureusement pour lui, avant que ses épais sourcils bruns ne subissent le même sort, la providence lui envoya une sorcière aux longs cheveux blancs comme neige, et à la peau d’ébène. Cette prénommée Astrée avait acquis une telle connaissance de la magie, que non satisfaite de la contrôler, elle savait aussi lire en elle comme dans l’un de ses grimoires.
Remontant, de ses pas silencieux, le sol de marbre doré du palais, le balayant de sa longue robe fourreau de dentelle noire, Astrée vint à la rencontre d’Aurun. Elle remarqua aussitôt les traits tirés autour de ses yeux violets, qui se mouraient d’inquiétude pour sa fille. Aucun des maux pour lesquels on demandait ses services n’impliquait d’enfant, habituellement. N’en ayant pas elle-même, elle se sentit toute chose lorsque le roi déposa la petite boule emmaillotée dans ses bras. Les grands yeux améthyste presque prune, semblables à ceux de son père, se plongèrent dans les siens, d’un gris constamment pluvieux. Ce moment, aussi léger qu’un battement d’aile, ce regard échangé, suffit instantanément à détruire toutes les barrières qu’elle avait érigées autour de son cœur solitaire. Elle sourit à l’enfant, qui lui sourit en retour de ses lèvres étrangement rouges, comme des pétales de rose, ou plutôt comme du sang.
« -Elle est belle, n’est-ce pas ? »
Astrée sursauta, surprise de trouver le roi derrière elle, penché sur son épaule à contempler avec elle le petit visage curieux de sa fille. Elle ne put que répondre, d’une voix émue :
« -Je vous promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger cette enfant. »
Son regard sincère piqua l’intérêt du roi, qui sut à cet instant que Blanche Neige ne saurait être entre de meilleures mains. Il la regarda tendre d’un air aimant un doigt à sa fille, qui l’enserra dans son petit poing frêle. Les sourcils d’Astrée se froncèrent, elle était concentrée sur ce qu’elle pouvait lire en Blanche Neige, tout en émettant une douce chaleur afin de ne pas se faire cryogéniser l’index. Après être restée quelques instants ainsi à lire son aura, elle déclara :
« -Un sort lui a été jeté, son cœur est encerclé de glace. Cette couche semble varier au cours du temps, avez-vous remarqué si une cause précise augmentait sa froideur ?
-Je ne saurais vous dire exactement, je ne suis pas tout le temps avec elle. Tout ce que je puis vous affirmer, c’est que son mal s’aggrave de jour en jour.
-Si vous le permettez, j’aimerais beaucoup pouvoir m’occuper d’elle et rester à ses côtés, afin de chercher ce qu’il est possible de faire. Auriez-vous une idée de qui pourrait lui avoir lancé ce sort ? Il serait plus simple de trouver un antidote en connaissant l’origine de tout ceci…
-Malheureusement, je ne vois pas à qui un acte si odieux profiterait. Personne d’autre qu’elle ne pourrait prétendre au trône, étant donné que je suis enfant unique. Quant à sa pauvre mère, elle a donné sa vie pour elle. Quelle plus belle preuve d’amour ? Lucia n’aurait laissé personne de malveillant s’approcher de Blanche Neige. Evidemment, je vais demander à ce que l’on vous fasse installer un lit dans sa chambre, afin que vous puissiez demeurer à ses côtés. J’espère que vous trouverez comment sauver ma chère petite. Elle est tout ce qu’il me reste. »
C’est ainsi que de longs mois passèrent, durant lesquels Astrée s’occupa comme une mère de Blanche Neige. Un jour, elle fit une sombre découverte, qu’elle s’empressa d’aller rapporter au roi. Celle-ci allait changer à tout jamais la vie de la petite fille :
« -C’est le contact humain !
-Je vous demande pardon ?
-Blanche Neige, c’est lorsque nous la touchons que la couche de glace de son cœur augmente ! J’ai l’impression que c’est en quelque sorte le prix à payer pour l’apaisement qu’elle nous procure… Il faudrait la tenir isolée du monde, afin d’éviter d’aggraver son mal. Je ne sais jusqu’où il pourrait l’affecter ! »
Ce jour-là, le roi fit aménager pour Blanche Neige la plus belle tour de son palais, celle dont la vue donnait sur la forêt environnante. Cette partie du château fut interdite à tous, sauf à Astrée et à lui-même.
Deux ans s’écoulèrent ainsi, durant lesquels Blanche Neige débuta lentement sa croissance, coupée du monde, mais couverte d’amour parental, tandis qu’Astrée était de plus en plus chère au roi. Cette femme intelligente devint dans un premier temps sa conseillère, puis sa confidente, et enfin sa bien-aimée. Cet attachement-là n’était dû à aucun enchantement, si ce n’était celui de l’amour. Il porta bien vite ses fruits, puisqu’une adorable petite fille en naquit. Annabelle, que tous surnommèrent bien vite Belle, grandit discrètement dans l’ombre éclatante de sa grande sœur.
Astrée, toujours aussi inquiète pour celle qui la fit se sentir mère pour la première fois, couvait excessivement l’aînée, n’ayant de cesse de chercher à guérir ses maux, générant ainsi ceux de la cadette en manque d’amour. C’est ainsi que s’épanouirent les deux princesses du royaume : l’une cachée de tous dans une prison de pierres blanches, et l’autre oubliée de sa mère, dans une prison de solitude.
Si vous désirez découvrir leur véritable histoire, qui inspira par la suite grand nombre d’écrivains, vous tenez le bon livre entre les mains.
18 ans plus tard...
Blanche Neige se leva euphorique. Le rêve qu’elle achevait à peine était si plaisant et vibrant, qu’il l’avait revigorée d’une énergie bouillonnante !
Elle, qui n'avait jamais rien connu d’autre que les murs spacieux de sa chambre luxueuse, venait d’être éblouie par la beauté sauvage de la forêt : les arbres majestueux avaient semblé tendre leurs branches à l'infini vers un ciel qui s'était parsemé d'étoiles au fur et à mesure qu’un temps imaginaire s’écoulait. Leurs racines géantes, qui s'enroulaient dans de tumultueuses arabesques, ondulaient entres les buissons denses et désordonnés qui poussaient librement où bon leur semblait. En fermant les yeux, elle pouvait percevoir le chuchotement du vent, qui conversait en secret avec le doux frémissement des feuilles qu’il caressait. Elle avait par la suite senti cette même caresse glisser sur sa peau d’ivoire, avant de parcourir le ruisseau de jais de son épaisse chevelure bouclée, qui s’était alors déliée. Cette caresse, tiède, douce et tourbillonnante à la fois, portait les odeurs musquées du sous-bois qu'elle humait à plein poumons. Les soupirs de bonheur qu'elle poussait de temps à autre se mêlaient à cet air. Elle appartenait alors au souffle de la forêt. Le temps s'était comme arrêté, elle ne sentait plus que les muscles noueux de la jument couleur neige galopant entre ses cuisses, et le vent qui tournoyait autour d'elle, l'enivrant de sensations aussi neuves qu'exquises.
Assise dans son lit, elle garda encore quelques instants les yeux fermés, comme pour retenir en elle ces parfums et sensations qu’elle ne pouvait qu’imaginer. Quand la magie du moment s’évanouit, elle s'étira en soupirant. Se levant, elle alla s'appuyer au rebord de sa fenêtre envahie de lierre. Elle avait tenu tête à Astrée et son père pour qu’ils ne le lui coupent pas. Cette verdure lui tenait compagnie et de temps à autres, quelques oiseaux y faisaient leur nid. Encore quelque peu étourdie par son rêve, elle laissa son esprit se calmer en fermant les yeux, offrant ses joues laiteuses parsemées de taches de rousseur aux rayons du soleil levant. Lorsque les grognements de son estomac chantèrent plus fort que les oiseaux les plus matinaux, elle s'éloigna de la fenêtre quelques instants pour aller quérir une pomme rouge à l’aspect délicieusement juteux dans le panier que celle qu’elle considérait comme sa mère lui avait apporté la veille.
Elles avaient encore passé l’après-midi ensemble, à papoter et rire. Blanche Neige adorait chanter pour elle, tandis qu’Astrée ordonnait sa longue et folle chevelure. Enfin, tenter d’ordonner serait plus exact pour qualifier le combat quasi militaire qu’elle menait chaque jour contre ses nœuds de jais. Il fallait dire que leur longueur ne lui facilitait pas la tâche, mais Astrée avait toujours refusé de les lui couper, tant elle les trouvait beaux et brillants. Souvent, quand elle avait fini de les tresser, elle se penchait de sorte à ce que leurs joues se collent dans le miroir. Il n’y aurait dans ce moment-là pu y avoir plus grand contraste que celui de leurs chevelures : la brune indomptable et la blanche lisse et soyeuse, sinon celui de leurs peaux qui opposait l’ivoire de Blanche Neige au chocolat de la Reine du même élément. Leurs sourires se répondaient toujours dans le beau miroir. Le contact qu’elle avait avec Astrée ne lui avait jamais fait aucun mal : en effet cette dernière était réellement heureuse en sa présence, et son amour pour le roi lui était si doux, qu’aucune émotion négative provenant d’elle n’avait jamais pu geler le cœur de Blanche Neige.
Ces moments de complicité étaient les meilleurs que Blanche Neige passait, si bien qu'elle se sentait infiniment plus proche d’Astrée que de sa sœur, qu'elle voyait si rarement.
Elle soupira soudain de frustration en se remémorant l'accident à partir duquel un fossé s'était creusé entre elles, il y avait de cela de longues années : Belle était venue la voir dans sa chambre, comme elle l'avait souvent fait malgré l'interdiction de leur mère, toute enthousiaste à l'idée de lui montrer le tour qu'elle avait enfin réussi à apprendre.
« Tu vas voir Blanche, j'ai dû répéter plein de fois pour le maîtriser mais ça y est, j'y arrive ! Je peux enfin utiliser la magie ! Mère sera si fière quand elle l'apprendra, mais je te le montre en premier ! » Lui avait-elle fièrement annoncé en ponctuant sa phrase d’un clin d’œil et d’un sourire auquel il manquait quelques dents de lait à l’époque.
Sa jeune sœur aux cheveux lilas avait alors orienté toute sa concentration sur l'objet le plus proche d'elles : la tasse remplie de thé que leur mère venait d'apporter à Blanche Neige, qui était posée sur la table, à côté du guéridon où cette dernière se reposait. Après avoir froncé les sourcils jusqu'à raccourcir de moitié la longueur de son front tout en fixant la tasse pendant une bonne minute, les deux bras tendus devant elle (ce temps lui avait alors paru si long, que Blanche Neige avait commencé à douter qu'il se passerait quelque chose un jour), elle commença à s'élever par à-coups dans les airs. C'est alors que, si fière de sa réussite qui ébahissait sa sœur aînée, Belle relâcha momentanément son attention de la tasse, qui chuta en se renversant sur le bras de Blanche Neige.
Cette dernière grimaça tout en croquant dans sa pomme au rappel de ce souvenir douloureux. Ses cris avaient alors alerté leur mère qui, en se précipitant dans la chambre, avait aussitôt généré de l’eau froide en abondance pour l’apaiser. Elle avait ensuite pansé son bras en y appliquant des herbes curatives, si efficaces qu’à ce jour sa peau ne présentait aucun souvenir de l’évènement qui avait pourtant bouleversé sa relation avec sa sœur. Elle se remémora aussi le regard noir qu’Astrée avait lancé à Belle. C’était la première fois qu’elle lui voyait cette expression, qui l’avait glacée de peur à l’époque. Ses yeux qui avaient habituellement une teinte grise douce avaient semblé être d’acier. Elle avait saisi Belle avec poigne en la traînant hors de sa chambre. Puis les cris étaient venus, grondants, retentissants. Dire qu’elle était énervée contre sa sœur serait un euphémisme. Le coup d’éclat avait si bien fonctionné, qu’elle ne se souvenait pas avoir revu la frimousse de Belle dans sa chambre depuis. Un mot, écrit sur un papier brillant, de son écriture qui était alors maladroite, s’était frayé un passage sous sa porte. « Pardon. » Blanche Neige n’avait jamais su si ces mots étaient spontanés ou si leur mère avait provoqué leur écriture. N’osant attirer sur sa jeune sœur les foudres d’Astrée si cela n’était pas le cas, elle n’avait jamais osé lui poser la question. Bien-sûr, elle avait constamment demandé de ses nouvelles : elle savait qu’à ce jour, Belle excellait dans la magie de guérison. Le chemin avait été long, mais elle y était enfin parvenue. Sa belle-mère lui avait alors dit que malgré tous ses efforts, elle n’aurait jamais le niveau nécessaire pour la libérer de son étrange malédiction. Blanche Neige espérait qu’elle n’avait pas prononcé ces mots durs directement à sa sœur, elle aurait d’ailleurs aimé qu’Astrée lui laissât une chance d’essayer. Même si cela n’avait pas fonctionné, cette tentative lui aurait permis de revoir Belle.
Blanche Neige sortit de ses songes, l’humeur morose. Elle contempla tristement sa pomme, la gorge serrée comme chaque fois qu’elle y pensait trop. Elle commença à trancher des petits morceaux de pomme et sifflota en chantonnant pour attirer ses petits amis volants. Un rouge gorge se posa alors à ses côtés et se mit à picorer dans les morceaux. Cela lui suffit à remonter un tant soit peu son moral, et elle croqua à nouveau dans la moitié restante de la pomme, laissant le jus sucré régaler ses papilles.
Elle se souvenait encore de la première fois qu’elle avait croqué dans ce fruit qui était devenu de loin son préféré, et pas seulement car il arborait la même teinte que ses lèvres vives.
Sept ans auparavant, lorsqu’Astrée avait réussi à réunir assez de magie pour faire revenir le soleil qui s'était éteint depuis la mort de sa vraie mère, cela avait permis au peuple de recommencer à cultiver les terres qui avaient gelé, et d'élever des animaux sans que ces derniers ne meurent à cause du froid. Il était alors grand temps que sa belle-mère réussisse ce sort, car les villageois parvenaient à bout des provisions qui avaient été mises de côté dès que la neige avait commencé à tomber. Blanche Neige avait également appris que ce geste avait enfin offert à sa mère la reconnaissance du peuple, même s’il lui avait gardé son surnom de Reine des Neiges par habitude. Cela expliquait également l'importance que Belle mettait dans l'apprentissage de la magie, elle savait que cela pouvait sauver un pays. A côté d’elle, Blanche Neige se sentait parfois honteuse du peu d'enseignement dont elle avait bénéficié : des cours de gouvernement, la géographie et l'histoire de Légendaria, et c'était à peu près tout ce qu’Astrée et son père avaient pris le temps de lui enseigner. Tout cela était si loin de son quotidien et lui semblait si théorique, qu’elle ne s’était d’ailleurs pas montrée très friande de ces leçons, leur préférant les cours de chant qu’on lui donnait tant bien que mal. Elle avait surtout appris cette discipline en écoutant ses chers oiseaux, elle pouvait à présent imiter le chant de nombreuses espèces et passait le plus clair de son temps à fredonner.
C’est d’ailleurs ce qu’elle se mit à faire, son énergie retrouvée, tout en virevoltant dans sa chambre qui lui laissait largement l’espace de projeter ses bras et ses jambes comme bon lui semblait, tournoyant avec passion à travers la pièce jusqu’à ce qu’elle ne se prenne les pieds dans sa trop longue chevelure. Se retrouvant le nez ainsi collé à son parquet ciré, elle pesta contre elle-même en plongeant son regard dans le reflet améthyste de ses yeux : « Quand vais-je enfin penser à les attacher avant de me laisser emporter ? »
Un grand BOUM tira brusquement Annabelle de sa lecture. Après avoir sursauté, elle dût remonter du bout des doigts ses rondes et grandes lunettes argentées, qui avaient glissé de son nez fin. Sa sœur faisait sûrement encore des siennes. Après un soupir exaspéré, elle essaya de se replonger dans sa lecture mais n’y parvint pas. Elle finit par capituler face à cette petite voix que Blanche Neige venait de réveiller, nommée Inquiétude. Belle saisit donc le miroir de poche qui était posé sur sa table de chevet sculptée en bois de cèdre. Certes, il lui renvoya son reflet ; mais elle ne s’attarda pas sur le front plissé, ni sur les yeux charbons qui ne faisaient que lui crier ce que la petite voix lui soufflait déjà. Elle passa sa main devant son reflet, qui se modifia aussitôt. A sa place, apparut une image floue. Elle reconnaissait néanmoins la tignasse brune de sa sœur qui semblait déterminée à empêcher cette dernière de se relever. Dans un souffle agacé, elle fit cesser net l’image et reposa le miroir. Quand arrêterait-elle de s’inquiéter inutilement pour celle qui, visiblement, n’était même pas capable de faire attention à elle-même ?
Il fallait dire que la magie de lecture des miroirs, qu’elle avait acquise à l’insu de tous, n’aidait pas à se détacher. Il lui était si simple de jeter un œil, de vérifier en un instant si tout allait bien. Il lui suffisait pour cela de se représenter exactement le miroir dont elle voulait lire les reflets, et il s’ouvrait à elle, lui livrant tous les secrets qu’il était le seul à observer. Cela dit, elle était si jeune la dernière fois qu’elle s’était faufilée dans la chambre de sa sœur, le fameux jour de l’accident, qu’elle n’avait gardé qu’un souvenir flou du miroir de sa chambre : à l’image du reflet qu’il lui livrait. Elle ne pouvait ainsi percevoir que dans les grandes lignes ce que faisait sa sœur : c’était-à-dire pas grand-chose d’intéressant, à ses yeux. Oisive, elle passait son temps à grignoter des pommes, chanter, danser, rêvasser à sa fenêtre, et bien-sûr papoter avec leur mère. Qui, pour être exacte, n’était biologiquement que sa mère à elle, d’ailleurs. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la chevelure de Belle qu’elle coiffait avec amour, mais celle de Blanche Neige. Même pour cela, sa sœur avait besoin d’aide.
Tout en songeant amèrement à cela, Belle tressa d’une main habile ses longs cheveux lisses et soyeux qui, à l’opposé de ceux de sa sœur, étaient sages et obéissants. Pendant juste en dessous de ses omoplates, sa natte lui permettait de se plonger entièrement dans les livres qu’elle dévorait à longueur de journée, sans qu’une ombre lilas ne glisse sur les écritures. Satisfaite, elle se leva et s’habilla d’une confortable chemise grise et de sa jupe préférée : de couleur prune, elle s’arrêtait à mi- mollets et était souple et légère, ondulant à chacun de ses mouvements lorsqu’elle se promenait en ville. Le détail qu’elle préférait dans cette jupe était les minuscules étoiles dorées, qui ne se révélaient que lorsque le soleil s’y reflétait. Sans avoir jeté un dernier coup d’œil à son miroir, qu’elle n’utilisait que pour regarder sa sœur ou épier ce qui se passait dans le reste du palais, elle empoigna son panier de branches tressées contenant le roman qu’elle avait emprunté et lu la veille, et quitta ses appartements.
Cela faisait un bon moment que la bibliothèque royale n’avait plus rien à lui apporter, et qu’elle devait sortir en ville en quête de nouvelles lectures. Petite, elle avait tout fait pour mériter un peu de l'amour dont ses parents entouraient sa sœur. Elle avait donc commencé par étudier assidûment tous les livres concernant la gestion du royaume que renfermait la bibliothèque. La fierté qu’elle attendait tant de lire dans les yeux de ses parents, surtout dans ceux d’acier de sa mère, lors-qu’elle eut tout appris, fut aussi éphémère qu’un battement d’aile de papillon. Dès le lendemain matin, le monde s'était remis à tourner autour de Blanche Neige.
Belle avait toujours perçu d’un mauvais œil la façon dont sa mère sur-couvait Blanche Neige, l'éloignant du monde extérieur. Cependant, elle se mentirait à elle-même en prétendant que c'était uniquement pour le bien-être de sa sœur que cet enfermement et cette protection exagérée lui semblaient intolérables. Elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une jalousie maladive à l'égard de sa sœur : il n'y en avait toujours eu que pour elle. « Blanche Neige par-ci, Blanche Neige par-là », « Elle est fragile, il faut la protéger ! » , lui avait expliqué sa mère, lorsque toute jeune, Belle avait enfin laissé exploser son mal-être : « Et moi alors ? » avait-elle voulu crier, mais elle savait au plus profond d'elle-même que cela ne changerait rien. Elle s’était donc tue.
Belle s'était alors mise en tête l'idée que la magie saurait la rapprocher de sa mère : elle avait ainsi commencé à se plonger dans les vieux grimoires de la bibliothèque royale. La magie étant une compétence particulièrement ardue, elle s'y était attelée jour et nuit, apprenant par cœur toutes les formules, s'entraînant à mobiliser tout son esprit sur les objets des heures durant, jusqu'à ce que vienne enfin le jour où elle sût les faire léviter. Elle se souviendrait toujours de la façon dont elle s'était précipitée dans la chambre de sa mère pour lui montrer ce dont elle était capable, et recevoir enfin tout l'amour et l'admiration auxquels elle aspirait. Ne la trouvant pas, elle était allée la chercher dans chaque pièce du château, jusqu'à la chambre de Blanche Neige. Elle avait ouvert grand la porte et avait trouvé sa sœur allongée dans son lit, pâle. Soit car elle avait pris pitié de son état, soit car elle voulait impressionner cette rivale, Belle s'était concentrée sur la tasse d'eau brûlante qui reposait sur la table de chevet de sa sœur, et avait commencé à la faire léviter. Le cri de douleur de Blanche Neige qui avait suivi résonnait encore dans sa tête. Mais encré sous ses paupières, s’était gravé le regard haineux que lui avait lancé sa mère en les découvrant.
A partir de ce jour, Belle n'avait plus cherché à attirer l'attention d’Astrée, et s'était plongée dans les romans pour fuir le monde réel. Au début elle ne touchait plus aux grimoires de magie, mais finalement cela avait pris une telle importance dans sa vie qu'elle les avait rouverts pour reprendre son apprentissage. Elle ne le faisait plus pour attirer l'attention de sa mère, mais dans son intérêt personnel. Elle avait tellement progressé, qu'elle avait voulu élargir son champ de connaissance et s'était rendue à la bibliothèque de la ville, où elle avait trouvé une riche collection de traités sur la magie de soins qui l’avait aussitôt passionnée, ainsi que des romans bien plus palpitants que ceux que renfermait le palais.
Vous vous demandez peut-être où elle découvrit la porte d’entrée vers la magie des miroirs ? Patience, nous y viendrons plus tard.
Pour l’instant, Belle profitait de la matinée ensoleillée qui s’offrait à elle tout le long du chemin vers la bibliothèque tenue par Monsieur Krant. Ce vieil homme érudit l'avait aussitôt prise sous son aile lorsqu’elle avait mis un pied chez lui, en quête d’apprentissage, et l’avait aidée dans ses recherches. Elle avait fini par passer des journées entières dans l'institution, sous son regard bienveillant, à étudier où à s'évader dans des romans. Il leur arrivait souvent de discuter autour d'un breuvage en fin de journée et ces moments sacrés lui apportaient ce qu'elle n'avait jamais reçu de ses parents : une oreille attentive et bienveillante qui ne la jugeait pas, mais la comprenait et la conseillait.
« Alors, comment as-tu trouvé les aventures de Guada-lope ? » S’empressa-t-il de s’enquérir, à peine eut-elle franchi le pas de la porte. En riant, elle lui raconta quels avaient été ses passages préférés.
La journée fila ainsi à une vitesse folle, entre lectures et bavardages, jusqu’à ce que n’arrivât l’heure de rentrer au château. La chaleur de l’après-midi s’était déjà envolée. En rentrant frissonnante, elle passa par le marché à la densité reconnue. Une échoppe aux couleurs chatoyantes, dont elle n’avait pas le souvenir, attira aussitôt son regard. Il fut aussitôt aimanté par une cape rouge vif, à l’aspect soyeux et chaud. Se rapprochant, sa main s’éleva toute seule vers le vêtement, dans un geste hypnotique et inconscient. La cape sembla s’enrouler autour de son poignet dans une douce caresse. Elle sursauta lorsque le vendeur lui adressa la parole, la tirant ainsi de son envoûtement. L’échange qu’ils eurent demeura cependant flou dans son esprit. Elle se souvint juste qu’elle rentra avec la cape sur le dos qui la réchauffait et l’étreignait, et sans doute d’un pas plus léger, débarrassé des quelques écus qui lui pesaient… La capuche, qu’elle avait rabattue sur sa tresse mauve, en avait dégagé quelques mèches qui caressaient joyeusement ses joues à chaque pas. Ou à chaque sautillement, peut-être, elle ne savait plus. Ce qu’elle savait en revanche, c’est qu’elle passait décidément une agréable journée.
A peine Belle eut-elle franchi la porte majestueuse du palais en répondant d’un geste timide au salut des gardes, que sa mère se précipita essoufflée vers elle. C’était la première fois de sa vie que Belle la voyait ainsi décoiffée, elle comprit aussitôt que quelque chose s’était passé.
« Belle, vite, dépêche-toi ! C’est Aurun… Nous avons besoin de ta magie de guérison ! »
La jeune fille, en panique, laissa choir le panier contenant ses livres – et c’était bien la première fois qu’elle les maltraitait- pour courir à la suite de sa mère jusqu’aux appartements de son père. Elle le trouva inconscient, effondré sur son bureau. Elle approcha de lui ses mains tremblantes. « Alors ? Que lui arrive-t-il ? Vite ! », la pressa Astrée, ajoutant à sa propre agitation. Or, elle avait besoin de concentration pour utiliser sa magie. Ne cédant pas à la panique, elle ferma les yeux et pris une inspiration profonde, se concentrant sur l’énergie corporelle de son père. L’énergie bouillonnante de sa mère affolée gênait sa lecture, si bien qu’elle ne parvenait pas à percevoir celle de son père. Elle posa franchement ses mains à plat sur lui, le parcourant frénétiquement en quête du moindre soupçon d’énergie. Un frisson parcouru son échine quand elle comprit pourquoi elle ne percevait rien. Les larmes montèrent instantanément à ses yeux. Elle resta ainsi, pétrifiée, n’osant se retourner pour faire face à sa mère, ne sachant comment lui dire qu’elle ne pouvait plus rien faire pour lui.
« Eh bien ? Parle ! » Son ton autoritaire fit tressaillir la jeune fille, elle voulait lui répondre, mais son esprit était vide de tout mot. Elle ouvrit sa bouche, mais seuls des sons inaudibles parvenaient à franchir le seuil de ses lèvres, à présent aussi sèches que sa gorge. Frustrée, elle se tourna pour lui faire face. Le regard qu’elle rencontra était de la couleur des nuages précédant les tempêtes, et il cherchait désespérément une réponse. « I…Il… a…est… » Voilà qu’elle se mettait à bégayer, les larmes pleins les yeux, son expression parvint à exprimer ce que ses mots ne pouvaient livrer.
« -Mère, je… je suis déso… »
« -Silence ! » la coupa immédiatement cette dernière d’une voix qui se déchirait. Les larmes ruisselaient déjà le long de ses joues brunes.
« Je pensais que tu étais au moins talentueuse dans ce domaine, mais visiblement même là, tu échoues. Tu te trompes, c’est impossible qu’il… »
Bouillonnante, ce fut au tour de Belle de la couper :
« -Vous ne pouvez pas penser ce que vous dites, vous voyez bien qu’il est…
-Si tu étais plus douée, tu aurais tenté quelque chose ! A présent sors de cette pièce, je vais faire venir des gens plus compétents qui sauront quoi faire !
-Aucune magie de guérison n’a le pouvoir de faire revenir les morts à la vie ! » S’écria Belle, dont la colère et le sentiment d’injustice se mêlaient à ceux d’impuissance et de désespoir.
Le regard de sa mère lui lança à présent des éclairs qui foudroyèrent Belle sur place. Astrée se rapprocha lentement d’elle et annonça de sa voix grondante de souffrance et tremblante de la peur de perdre son bien-aimé : « Je t’interdis de dire qu’il est mort, le roi est juste souffrant, et je ferai tout ce qu’il est possible pour lui rendre sa vitalité, tu m’entends ? TOUT ! »
Sans pouvoir détacher ses yeux de ce regard de pluie, - ou alors était-ce dans ses yeux à elle que l’averse ruisselait ? Elle n’aurait su le dire. - Belle recula jusqu’à sentir la porte contre son dos. D’un geste, sa mère utilisa sa magie pour l’ouvrir et elle bascula en arrière, se rattrapant juste assez pour voir le verrou se refermer devant ses yeux embués. Elle surprit sa cape à l’aider à se remettre sur pied, et titubante, elle suivi ses propres pas là où ils voudraient bien la mener, tandis qu’elle recouvrait son visage en sanglotant.
Un peu hébétée, elle découvrit que ces derniers avaient décidé de l’arrêter juste devant la chambre de Blanche Neige. Elle n’eut le temps de faire demi-tour, que la porte s’ouvrait déjà sur le doux visage de sa sœur. Dans ses yeux d’améthyste passèrent une teinte claire de stupéfaction, suivie d’une plus sombre d’inquiétude lorsqu’ils aperçurent les rivières chaudes dévalant les joues de Belle.
« Belle ? » entama-t-elle d’une voix hésitante, « Que se passe-t-il ? » ses mains réconfortantes s’élancèrent spontanément vers cette dernière, avant que son geste ne s’arrêtât à mi-chemin en se rappelant que ce contact pouvait lui causer tant de tort.
