Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
À 37 ans, Pia vit à Montmartre avec son mari et ses deux jeunes enfants. Elle aime sa vie réglée, et passer des soirées à refaire le monde avec ses amies d'enfance aux personnalités opposées, Camille et Églantine. Un jour, elle fait une rencontre au bureau qui va réveiller en elle un profond désir de séduction. Mais l'ambiance feutrée des open space recèle également des dangers insoupçonnés...
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 321
Veröffentlichungsjahr: 2023
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Chapitre 57
Chapitre 58
Chapitre 59
Chapitre 60
Chapitre 61
Chapitre 62
Chapitre 63
Chapitre 64
Chapitre 65
Chapitre 66
Chapitre 67
Chapitre 68
Chapitre 69
Chapitre 70
Chapitre 71
Chapitre 72
Chapitre 73
Remerciements
Devant son miroir, Pia sort son rouge à lèvres. Non, du rouge est trop voyant pour un premier jour de travail. Elle opte pour un beige foncé. Plus discret. Un premier passage, puis un second. Son maquillage est terminé, elle coiffe ses cheveux une dernière fois et enfile une paire d’escarpins noirs, pas trop hauts. Ils iront bien avec sa robe noire et sa veste en pied-de-poule. Pia part prendre le métro pour aller à son bureau. Après plusieurs années à un poste de développement marketing sur un projet, elle démarre aujourd’hui un nouveau travail au siège de la même entreprise. Un poste d’analyste rattaché au directeur marketing du groupe. Une création de poste. Nous sommes le lundi 2 octobre.
Dans le métro, Pia regarde un sans-abri en se demandant comment il en est arrivé là. Quelle est son histoire ? Qu’a-t-il vécu pour dormir aujourd’hui dans la rue et être obligé de mendier dans la plus grande indifférence ? Chacun part travailler, a ses soucis et voit des mendiants tous les jours. Une banalité de la misère à laquelle nous nous sommes habitués. Pia se réjouit d’avoir un travail, un mari aimant et deux enfants. Elle cesse de rêver lorsqu’elle arrive à la station de La Défense pour aller rejoindre son bureau. À peine arrivée au 6e étage, elle va rejoindre son nouveau boss.
— Ah bonjour Pia ! Comment vas-tu ? demande Thierry d’un ton enjoué.
— Très bien, merci, et toi ?
— Bien, merci. On va prendre un café ?
— Oui, avec plaisir.
— Tu peux poser tes affaires dans mon bureau.
Thierry, son boss, prend un café long sans sucre. Pia reste quelques secondes devant la machine à hésiter. Un long ? Va-t-elle le finir ? Un court ? Va-t-il être trop fort ? Ou pourquoi pas un thé ? Face au regard de Thierry, elle prend la même chose que lui. Elle ajoute un sachet de sucre dans son gobelet pour adoucir la boisson. Pia a toujours détesté le goût du café pur mais socialement, en entreprise, ce n’est pas possible de le dire. En revanche, elle adore l’arôme. Cela lui rappelle l’odeur de chez ses grands-parents qui l’ont élevée pendant plusieurs années. Cela lui rappelle aussi les cafés parisiens où elle aime s’installer en terrasse pour lire ou retrouver ses amies. Pia sourit à Thierry qui entame la conversation :
— Donc aujourd’hui, nous avons une réunion à 10 heures avec toute l’équipe marketing. Ce sera l’occasion de te présenter et de fixer les objectifs de la semaine.
— OK, super !
— Et ensuite, je te laisse prendre tes marques. Je te propose que l’on fasse un point ensemble à 14 heures. Ça te va ?
— Oui, parfait.
— Ça va, tu ne mets pas trop longtemps pour venir le matin ?
— Non, ça va. Je descends à pied de Montmartre jusqu’à Pigalle, puis je prends la ligne 2 et le RER A. J’en ai pour quarante-cinq minutes porte-à-porte. Et toi, comment viens-tu ?
— Moi, je vais à pied jusqu’à la gare de Sceaux, je prends le RER B jusqu’à Châtelet puis le RER A. Je mets environ une heure. Parfois, ma femme me dépose en voiture à Châtelet. Et il m’arrive de faire le trajet à vélo ! Alors, là, je mets une heure et quart.
C’est marrant cette question du trajet pour venir travailler. Les gens s’attendent toujours à ce que l’on détaille son trajet du matin. Cela fait partie des règles de bonne conduite en entreprise. Une règle tacite, comme il en existe beaucoup.
Lors de la réunion de 10 heures, Pia découvre ses nouveaux collègues : le fayot, le rebelle et la bonne élève. L’équipe rejoint ensuite une petite pièce où se trouvent leurs bureaux respectifs. Ils vont vivre à quatre dans cette pièce vitrée, partager une armoire commune et un porte-manteau où chacun accrochera sa veste, toujours à la même place. Une vie bien ordonnée. Pia s’installe à son bureau. Elle accroche ses cheveux en chignon avec un crayon. Elle range dans le tiroir du bas son sac à main quand un collègue entre pour se présenter : David. À la fin de la conversation, leurs regards se croisent, leurs yeux s’accrochent. Un peu trop longtemps. Lorsqu’il sort, Pia le regarde de dos. Elle observe sa stature au travers de son costume. Et ses cheveux bruns bouclés.
Premier midi à la cantine. Dans un self à la lumière trop blanche se succèdent des plats parfois originaux. Stand viande : entrecôte, bavette ou steak haché. Stand poisson : dos de cabillaud à la sauce hollandaise. Ou alors, le plat du jour : andouillette, purée. Pia fait attention à sa ligne : elle opte pour le poisson et un yaourt avant d’aller rejoindre ses collègues. À table, chacun se présente : avec ou sans enfants, lieu d’habitation, parcours professionnel… Le déjeuner se passe dans la bonne humeur. En sortant, Pia dépose son plateau dans le charriot, et heurte celui de Paul en se retournant. Elle manque de justesse de le faire tomber. Elle se confond en excuses, pestant intérieurement contre sa gaucherie. L’après-midi, lors de son point avec Thierry, elle trouve son nouveau directeur sympathique. Son CV est impressionnant, c’est sans doute le genre de boss auprès de qui elle va pouvoir apprendre beaucoup, et évoluer rapidement. Pia est heureuse de ce nouveau challenge professionnel. Elle se félicite intérieurement d’avoir choisi ce travail parmi les différents postes qui lui ont été proposés. Travaillant au siège de l’entreprise, elle pourra ainsi être en contact avec les « huiles » du groupe. Une bonne façon de s’exposer et d’évoluer.
Depuis sa plus tendre enfance, Pia doit réussir : à l’école, où ses parents, tous les deux enseignants, lui ont appris que sans bonnes notes, on ne gagne pas d’argent plus tard. Et plus tard pour Pia, c’est maintenant. Donc, Pia doit gagner de l’argent pour continuer à être l’enfant qui rapportait de bonnes notes de l’école. L’enfant sans souci. Elle le sait, elle doit continuer dans la lancée de la lignée familiale qui prône la réussite sociale depuis plusieurs générations. Du côté de sa mère, ses arrière-grands-parents étaient agriculteurs, ses grands-parents ouvriers, sa mère enseignante et c’est sur sa génération que repose la tâche d’être cadre en entreprise. Du côté de son père, le schéma est quasiment identique. Et dans la famille de Pia, il y a une règle : on est risquophobe. On a donc une aversion très importante pour le risque. Il n’est pas envisageable d’être entrepreneur ou à son compte : trop risqué. Et cela pourrait remettre en question la lente progression de sa famille vers une vie meilleure. Quand Pia, enfant, rétorquait à son père que l’argent ne fait pas le bonheur, il lui répondait systématiquement : non, mais il y contribue. Pia a donc intégré les préceptes familiaux et elle est en quête d’une carrière aussi brillante que son diplôme et sa condition féminine lui permettront d’atteindre dans une grande entreprise. La réussite sociale. Sa quête du bonheur.
La cloche sonne. Il est 16 h 30. C’est la fin de son dernier cours de la journée. Camille demande à ses élèves de ranger leurs affaires et de quitter la classe. Elle leur rappelle qu’il y aura une interrogation de grammaire au prochain cours. Elle se rend en salle des professeurs pour préparer ses cours de la semaine suivante. Après une heure de travail, elle en a marre et quitte le collège. Arrivée dans sa voiture, elle s’accroche de longues boucles d’oreille en soutache et en perles puis téléphone à son petit-ami.
— Allo ? Yann ?
— Oui, comment ça va ? Ça s’est bien passé, ta journée ?
— Oui, ça va. Les élèves étaient un peu énervés aujourd’hui. Ce sont les vacances de la Toussaint dans trois semaines, j’ai hâte.
— Ah oui, ils ont chahuté ?
— Oui, par moments ils n’écoutent rien. Dès que tu les laisses débattre sur un sujet, ça devient le chaos total ! Bon, je crois que les enfants ont besoin de se reposer, ça va leur faire du bien les vacances. Et toi, ta journée s’est bien passée ?
— Oui, moi ça va. J’ai fait une plongée du côté de la lagune de Thau. J’ai vu des hippocampes, des seiches et des lièvres des mers. Une belle sortie. Allez, plus qu’un mois et j’aurai validé mon diplôme d’instructeur. Je pourrai enfin postuler partout dans le monde… Voir autre chose que le sud de la France !
— Je suis sûre que tu vas facilement trouver du travail.
— Aujourd’hui, j’ai repéré des offres en Thaïlande et en Nouvelle-Calédonie.
— Ah ouais ? Ça serait super ! J’en ai trop marre d’être en région parisienne. J’ai accepté ce remplacement pour quatre mois et franchement, je trouve ça vraiment long…
— Tu vois tes amies ce soir ?
— Oui, je vois Pia et Églantine. On va du côté de Châtelet. Je vais me garer à la gare de Meudon, j’irai en RER. Je n’ai pas envie de me garer dans Paris. Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?
— Je vais relire mon mémoire… Pas passionnant, mais je veux être bien prêt pour l’oral la semaine prochaine.
— OK, et bien bonnes révisions alors ! Je t’embrasse. Tu me manques…
— Moi aussi… On se rappelle demain soir ! Bonne soirée. Passe le bonjour à tes amies !
Églantine est en train de manipuler les vertèbres cervicales de sa dernière patiente de la journée qui a mal à l’un des côtés de la tête et parfois à la mâchoire depuis six mois. Elle ne sait toujours pas pourquoi, après avoir réalisé une IRM du cerveau, une visite chez l’ORL et une autre chez le dentiste. Comme souvent, en dernier recours, le patient consulte un ostéopathe… on ne sait jamais. Alors qu’Églantine pense avoir cerné le problème de sa patiente, elle lui demande :
— Pouvez-vous s’il vous plaît tourner la tête sur votre droite ?
— Comme ça ? répond la jeune femme en s’exécutant.
— Voilà, comme ça. Allez-y à fond. OK, maintenant, vous allez forcer pour maintenir votre tête à droite, OK ?
— OK.
— Vous poussez à fond à droite là ?
— Oui, j’y suis.
Et d’un coup sec, Églantine tourne avec force la tête de sa patiente vers la gauche. Crac ! Une vertèbre s’est remise en place.
— Aïe ! lâche la patiente surprise par le mouvement et par le bruit.
— Voilà, c’est bon. Vous aviez une vertèbre déplacée.
— Ah oui, c’est fou, je me sens déjà mieux ! J’ai l’impression que ça tire moins sur le côté de ma tête.
— C’est sans doute dû à l’accouchement. Vous avez eu une vertèbre déplacée et ensuite, les nerfs peuvent se coincer ou tirer. Ça devrait aller mieux. Ce qui serait bien, c’est que l’on se revoie d’ici une semaine.
— Oui, très bien. Super ! Merci.
Voilà, la journée est finie. Huit patients aujourd’hui, c’est une bonne journée. Églantine regarde son planning du lendemain et soupire en voyant qu’elle a une patiente acariâtre qui a insisté pour venir à 19 h 30. Elle se lave les mains et enfile son élégante bague avec une pierre de citrine, vestige de ses fiançailles qui auront été de courte durée. Elle a fait agrandir le bijou pour la porter à l’annulaire droit afin de ne pas laisser penser qu’elle est engagée. Elle détache ses longs cheveux de jais, puis appelle sa voisine pour s’assurer qu’elle a bien récupéré son fils à l’école. Tout est en ordre. Elle va pouvoir désormais se changer pour sortir voir ses amies. Elle pourrait rencontrer un bel inconnu ce soir. Par hasard. Elle tire les rideaux de son cabinet, enfile une robe à fleurs et se maquille avant de se diriger vers le métro.
Camille est la première arrivée dans le restaurant italien choisi par Pia, à côté de l’Église Saint-Eustache. Elle est en avance et décide de s’installer à une table près de la devanture pour attendre ses amies. Elle a hâte de leur annoncer la nouvelle. Avec son sol en damier noir et blanc et son plafond en poutres, la salle ressemble à une véritable trattoria. Camille commande une bière et regarde les gens défiler dehors. Elle s’imagine déjà au bord de la mer avec Yann. Elle trouvera bien des cours de français à donner. Elle est impatiente de quitter le territoire. De découvrir de nouveaux horizons. De vivre une vie originale, loin de la routine en France. Le serveur arrive et lui sert sa bière. Elle déguste la mousse en premier, on dirait de l’embrun marin. Elle est là, dans un restaurant à Paris, à 9 000 kilomètres d’où elle a vécu dix ans… La Colombie lui manque. En revanche, son fiancé a été un sacré goujat, quand elle y repense. La quitter du jour au lendemain sans explications. Après tant d’années ensemble… Elle ne lui pardonnera jamais. Obligée de rentrer en France, sans travail, il y a un an… À 36 ans… Quelle horreur ! Heureusement, elle a trouvé rapidement un poste de professeur de français remplaçant à Montpellier. C’est là qu’elle a rencontré Yann après quelques mois sur place. Et Yann avait un rêve : devenir instructeur de plongée pour voyager au bout du monde. Découvrir les fonds marins. Il a donc mis de l’argent de côté pour payer sa formation, puis il a quitté son travail d’agent immobilier avant de rejoindre le centre de formation de Montpellier. Depuis leur rencontre il y a six mois, ils filent le parfait amour et Camille espère avoir trouvé en lui l’homme de sa vie. Car Camille est une idéaliste. Elle croit en l’amour romantique, l’amour pur et véritable. L’amour qui dure toute une vie.
Camille est perdue dans ses pensées lorsque Pia arrive en la cherchant du regard. Les deux amies d’enfance se font la bise, elles sont heureuses de se retrouver. Elles s’installent à table et Pia commande un verre de vin blanc. Lorsque le serveur la sert, Pia hume l’odeur du vin avant de tremper ses lèvres. Elle décèle un léger bouquet de poire qui lui rappelle les pâtes de fruits de son enfance. Les deux amies discutent de banalités et Camille ne peut pas attendre l’arrivée d’Églantine pour se lancer, enjouée :
— Yann aura fini son diplôme dans un mois. Ensuite, il veut chercher un travail à l’étranger. Et il veut que l’on parte ensemble !
— Ah, oui ! C’est chouette ! se réjouit Pia pour son amie.
— Oui, je suis contente. Au début, ce n’était pas très sérieux avec Yann, mais maintenant, on a des projets ensemble.
— C’est une super nouvelle. Vous avez vraiment de la chance de partir bientôt au soleil ! Parce qu’ici, le climat ne fait pas rêver…
Pia a envie de demander à Camille si elle compte bientôt essayer d’avoir un bébé. Elle se ravise. C’est toujours délicat de poser ce genre de question à une femme qui n’a pas d’enfant à 37 ans. Même quand il s’agit d’une amie d’enfance, avec qui on a partagé toutes les premières fois.
Au moment où Camille et Pia finissent leur verre et s’apprêtent à en commander un autre, Églantine arrive en souriant. Elle a cette fâcheuse manie de toujours arriver en retard. Ensemble, les trois amies commandent à boire et des pizzas. Pia prend celle à la truffe, Camille opte pour une végétarienne et Églantine, la Parma. Elles se racontent leur vie et partagent quelques souvenirs d’une enfance qui leur semble dater d’hier. Camille annonce à Églantine son départ prochain à l’étranger, peut-être en Thaïlande ou en Nouvelle-Calédonie.
— Et toi Pia, comment ça va ? demande Camille.
— Ça va, je démarre un nouveau travail. J’espère que ce sera plus passionnant que le projet sur lequel j’ai bossé des années…
— Et tu ne veux pas repartir à l’étranger ? sonde Camille.
— Pour l’instant, ce n’est pas le bon moment avec mon nouveau job. On verra plus tard. Et je ne sais pas si ça se fera un jour. En attendant, on est heureux à Paris !
— Enfin, tu n’as pas envie de vivre quelque chose d’un peu exceptionnel ? Au lieu de rester à Paris avec ton job barbant ?
— Non. Franchement, pour l’instant, on court tous les jours entre Gustave qu’on dépose à la crèche, Inès à l’école, la nounou qui récupère les enfants le soir, le boulot… Et on aimerait bien trouver un appartement plus grand pour qu’Inès et Gustave aient chacun leur chambre.
— Toi Pia, tu veux vraiment une vie bien rangée !
— Ah, tu trouves que j’ai une vie bien rangée ?
— Oui, clairement, répond Camille en hochant la tête.
Pia tourne la bague de sa grand-mère autour de son doigt. Elle n’a pas envie d’entrer dans un débat sur sa vie conjugale ou de justifier ses choix de vie. Elle décide de changer de sujet :
— En tout cas, c’est vraiment chouette si tu pars bientôt au soleil ! Ça sera l’occasion de changer d’air et de trouver un cadre de vie paradisiaque… Et toi, Églantine, as-tu trouvé un amoureux ? demande Pia avec un grand sourire.
— Non, ce n’est pas simple de rencontrer des mecs bien.
— Si, tu peux en rencontrer tous les jours au cabinet ! plaisante Pia.
— Au cabinet, je vois surtout des femmes ! Les hommes vont voir mon associé qui est plus musclé pour les manipuler !
— Ah mince, pas de chance.
— Et ton associé ?
— Il est marié avec deux enfants, et vraiment, ce n’est pas une bonne idée de mélanger travail et vie sentimentale.
— Tu as raison.
Pia savoure l’odeur si singulière des copeaux de truffe sur la mozzarella. Ses papilles voyagent en forêt où des notes d’humus et de musc se mélangent, dans une brume épaisse les matins d’automne, une odeur à la fois mystérieuse et si puissante. Ses papilles explosent en bouche sous un goût à la fois sucré et salé de noisettes et d’olives noires. Elle regarde la salle autour d’elle : les petites tables en bois sont remplies. Des couples, des amis, beaucoup de jeunes de moins de 30 ans. Des rires. Tout le monde semble passer une bonne soirée. Comme si le fait d’être au restaurant empêchait qu’un dîner soit un moment désagréable. C’est pour cela qu’elle n’a pas voulu s’opposer au jugement de son amie sur sa vie. Tout le monde est là pour se détendre, et non pas pour se braquer sur des réflexions sans importance. Le dîner se poursuit entre rires et confidences. Camille propose ensuite d’aller boire un verre dans un bar à côté : elle n’a jamais envie de rentrer chez elle, elle préfère toujours poursuivre la soirée le plus longtemps possible. Pia masque un bâillement, elle se sent fatiguée mais n’a pas envie de décevoir son amie, surtout qu’elles ne se voient pas très souvent. Les trois femmes vont donc prendre un dernier verre dans un bar de la rue de Montorgueil. Entre alcool et cigarettes, tout y passe. Les patientes d’Églantine. Les collègues de Pia. Les élèves de Camille. Les mecs d’Églantine. Leurs désirs. Leurs fantasmes. Leurs rêves. D’ici et d’ailleurs.
En sortant du bar, Pia se sent guillerette. Elle regarde sa montre et réalise qu’il est minuit passé, elle prend un taxi. Camille et Églantine partent prendre le métro ensemble. Dans la voiture, Pia ouvre la fenêtre pour avoir un peu d’air. Les lumières défilent sous ses yeux. Paris, la nuit. Des lumières. Des couples main dans la main. Des imperméables. Des ponts. Des lampadaires. Des églises. Des platanes. Pia songe avec tendresse à ses souvenirs avec Camille. À leur rencontre. Une rencontre inéluctable. Elles avaient sept ans.
Journal de Pia en CE1 — Mercredi 18 novembre 1987
Je m’appelle Pia et j’ai 7 ans. Je commence aujourd’hui ce journal intime. Je vais le cacher dans ma chambre sous mon matelas pour que personne ne le trouve.
Je suis en CE1 et je suis nouvelle dans l’école. Le jour de la rentrée, je connaissais seulement ma sœur Chiara et ma voisine Émilie. J’étais toute seule dans la cour et Émilie est venue me chercher et elle m’a présentée à Camille. Les parents d’Émilie et les parents de Camille sont amis. Camille est blonde avec des cheveux longs et elle a les yeux verts. Elle a un cartable en cuir rouge et des belles chaussures vernies. Moi, je suis châtain avec les cheveux au carré. J’ai les yeux marrons. Je n’ai pas de belles chaussures comme Camille mais des baskets blanches et j’ai un cartable fluo avec plein de poches.
Camille connaît beaucoup de monde dans l’école. Je suis heureuse d’avoir une amie. Avec Camille, on joue aux billes, aux images, à l’élastique, à chat perché ou à chat glacé et à 1, 2, 3 Soleil. J’adore jouer à chat perché même si c’est moi le chat. Camille a inventé un nouveau jeu qui s’appelle chat bisous : quand on arrive à toucher un garçon, on doit l’embrasser sur la joue.
Samedi, j’ai eu l’idée de sonner aux sonnettes des maisons dans la rue et de partir en courant. Comme Pépé a déjà fait avec Chiara et moi… Devant une des maisons, j’ai sonné et une dame nous a crié dessus. On a eu peur avec Camille et on a couru jusqu’à chez elle. On avait la trouille que la voisine le raconte à nos parents. Ça fait 4 jours et elle n’a toujours rien dit. Je crois que c’est bon maintenant.
À l’école, mon maître s’appelle M. Budin et on l’appelle boudin dans la cour ! Il arrache les pages de mon cahier quand il y a des bavures. Je ne dis rien quand M. Budin arrache les pages. Je ne sais pas pourquoi il déteste les ratures. Le lundi, après l’école, je fais de la danse classique. Quand je serai grande, je veux être danseuse étoile.
La mère de Camille est très stricte. Quand Camille a les chaussures sales, elle lui demande de copier 20 lignes : « je dois cirer mes chaussures avant d’aller à l’école ». Moi, mes parents se moquent de savoir si mes chaussures sont remplies de boue. Ils n’ont pas le temps de s’occuper de ça avec la maladie de mon frère. Mon frère est souvent à l’hôpital. J’espère qu’il va guérir. Maintenant, je vais faire comme Camille : je vais bien nettoyer mes chaussures avec une éponge et je vais les cirer !
À bientôt cher Journal,
Pia
Arrivée devant la porte cochère de chez elle, Pia met quelques secondes pour se souvenir du code de sa porte d’entrée. L’alcool ne lui réussit pas. Elle prend les escaliers et monte jusqu’à son étage. Elle ouvre doucement la porte pour ne pas réveiller les enfants. Il est tard. En rentrant, elle retrouve son mari devant l’ordinateur du salon.
— Ah, tu n’es pas couché ? demande Pia en chuchotant.
— Non, je t’attendais. Alors, comment s’est passée ta première journée de travail ? demande Amaury.
— C’était chouette. Mon boss est assez sympa. Mes collègues aussi, j’ai rencontré Constance qui a 45 ans, mariée avec deux enfants, Kévin, assez drôle, environ la quarantaine, avec deux enfants aussi. Et puis, il y a Paul, c’est un peu le célibataire endurci de la bande qui aime bien la provoc’ en réunion… Question travail, je pense que je ne vais pas m’ennuyer. Je dois m’occuper de centraliser les besoins marketing du groupe et faire le budget d’ici début décembre. Avec des coupes si nécessaire, pour respecter le cadrage de la direction financière. On verra bien…
— Ça va te changer de ce que tu faisais avant. Tu vas être beaucoup plus exposée. Et ta soirée ?
— C’était cool. On est allées dans une pizzeria à Châtelet. J’ai pris la pizza à la truffe, elle était dé-licieuse ! Églantine va bien, elle n’a toujours pas trouvé chaussure à son pied mais elle était en forme ! Et Camille nous a annoncé qu’elle va suivre Yann, peutêtre en Thaïlande ou en Nouvelle-Calédonie. Enfin, où il trouvera un travail de prof de plongée. Je suis contente pour elle. Donc voilà, tout va bien ! Et toi, tout s’est bien passé ?
— Oui, ça s’est bien passé. Gustave a bien mangé son repas et j’ai fait lire quelques mots de l’histoire du soir à Inès pour l’entraîner. Je leur ai promis que tu leur ferais un bisou en rentrant.
— OK, merci. J’y vais alors.
Pia prend le couloir en direction de la chambre de ses enfants. La porte est légèrement entrouverte ; elle se dirige dans la pièce seulement à la lumière du couloir et de la guirlande à boules lumineuses grises et jaunes, accrochée à la tringle à rideaux. Elle commence par le fond de la pièce où se trouve le lit d’Inès. Pia embrasse tendrement sa fille sur la joue. En sentant un contact sur elle, la petite fille émet un soupir, comme un râle de soulagement de savoir sa mère rentrée, et serre contre elle son doudou lapin. Pia se relève et se retrouve nez à nez avec la tête d’ours en carton accrochée au-dessus du lit de sa fille. Devant la commode ancienne qui sépare les deux lits, elle vérifie que tout est en ordre : les tenues préparées pour le lendemain, les doudous bien rangés dans le panier en osier au sol. Arrivée devant le lit de Gustave, à l’entrée de la chambre, elle sourit : il a posé un petit personnage sur le champignon géant de sa table de nuit. Pia embrasse Gustave sur le front et lui remet sa couverture sur le corps. Son petit corps de bébé encore tout potelé. Pia aime les regarder dormir paisiblement. Elle jette un dernier coup d’œil à la pièce avant de refermer silencieusement la porte.
Dans le salon, Amaury propose à Pia :
— Est-ce que tu veux une infusion ?
— Oui, je veux bien.
— « Jardin andalou » ou Camomille ?
— « Jardin andalou » s’il te plaît.
Pia s’assied dans le fauteuil beige, en croisant ses jambes. Amaury fait chauffer de l’eau. Elle regarde ses messages sur son téléphone. Il fait de même puis il pose la théière japonaise sur la table basse et s’assied dans le canapé en face de sa femme.
— Et toi, tout va bien au bureau ? demande Pia.
— Oui, je suis content, on a bien avancé sur la mise en place de la stratégie informatique dans la filiale à Hong Kong. On va pouvoir la présenter la semaine prochaine au directeur informatique là-bas. Du coup, je voulais te prévenir que je pars à Hong Kong la semaine prochaine.
— Ah, ça marche. Je demanderai à maman de venir pour m’aider à garder les enfants.
Un sujet d’organisation en plus à régler. Il est trop tard pour appeler sa mère, Pia s’en occupera le lendemain. Elle retire la boule à thé de sa tasse. Ses narines hument le mélange acidulé de citron, de pamplemousse et de pétales de bleuet. Elle trempe ses lèvres lentement dans son infusion pour ne pas se brûler la gorge.
— Au fait, Inès a reçu une invitation à un anniversaire pour le samedi 13.
— Ah oui, de qui ?
— Emma, elle était surexcitée à l’idée d’y aller.
— OK, je répondrai demain. Tu as accroché l’invitation sur la porte du frigo ?
— Oui, Inès s’en est chargé.
— Merci !
Une fois couchée, Pia se tourne et se retourne dans son lit. Elle repense à la réflexion de Camille sur sa vie bien rangée. Elle se demande parfois si elle n’aurait pas préféré une vie différente, avec moins de responsabilités. Moins d’engagements. Quand on se marie, on se jure soutien et fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare. Quand on y pense, c’est tout de même limitatif en termes de liberté. Pia se demande si elle a vraiment choisi sa vie. Ou si elle s’est imposée à elle. En reproduisant les choix de ses parents : un travail stable où elle gagne bien sa vie, un mari, des enfants… Le seul écart par rapport à ses parents est que Pia a décidé de vivre en appartement à Paris au lieu d’une maison en banlieue. Au bout d’une heure, elle n’arrive toujours pas à dormir. Elle n’aurait pas dû mélanger du vin à table avec des daïquiris ensuite… surtout après un premier jour au travail et le stress qui va avec. Elle se jure d’être plus sérieuse à partir du lendemain. Et de rester focalisée sur son nouveau travail où on l’attend au tournant. Évoluer, gravir les échelons. Ignorer les réflexions de Camille. Suivre la route qu’elle s’est tracée.
Pendant deux mois, Pia travaille comme un bon petit soldat. Elle a pris ses marques dans son nouveau travail. Elle a fini la phase d’audit sur l’existant en analysant tous les documents de l’entreprise et elle a commencé à s’attaquer à la mise en place d’un nouveau reporting. Un reporting avec des indicateurs d’analyse pertinents, comme le demande sa fiche de poste. Des KPI — Key Performance Indicators — tout simplement des données que l’on va suivre et essayer d’atteindre. Des données logiques, comme le pourcentage des coûts marketing par rapport au chiffre d’affaires. L’atteinte de ces KPI est primordiale, plus que la réalité du terrain, car les bonus de l’équipe en dépendent… et le bonus de son boss, qui peut aller jusqu’au prix d’une belle voiture. Pour bien faire son travail, Pia se doit de trouver les bons KPI. Pia continue également d’observer son collègue David. Bien que ce ne soit pas dans sa fiche de poste. Ils ne travaillent pas ensemble, mais elle ressent comme une envie de le connaître.
Vendredi 1er décembre. Pia se met en mode pilotage automatique, elle n’a aucune envie de travailler ce week-end. Elle décide de prendre sa voiture afin d’être libre de rentrer quand elle le voudra. Elle préfère finir tard et ne pas rapporter son ordinateur chez elle. À peine arrivée et son manteau déposé, elle va dire bonjour à Thierry dans son bureau.
— Ah bonjour Pia. En forme aujourd’hui ? Parce qu’on a une grosse journée ! Il faut que tout soit fini ce soir pour la présentation de lundi matin.
— Oui, c’est bon, je suis venue en voiture, je pourrai partir tard.
— On se voit à 10 heures pour faire un point sur le budget, OK ?
— OK. À tout à l’heure.
Constance propose à Pia d’aller prendre un café. Pia en prend un long sucré. À la première gorgée, elle masque une légère grimace. Elle mélange alors la boisson avant de reprendre une gorgée. Son palais sent le goût du sucre et la boisson paraît plus douce. Constance prend un café court. Les deux collègues vont s’asseoir à une table haute à côté de la machine à café. Les deux femmes discutent des écoles des enfants, l’un des sujets favoris de Constance. Pia sent dans son dos une silhouette arriver. Elle tourne légèrement la tête. Elle découvre que c’est David. Elle l’avait pressenti. Il leur dit bonjour discrètement. De loin. Il ne s’approche pas. Pia et Constance lui répondent. Pia remarque une intonation inhabituelle dans sa propre voix. Trop aiguë. David appuie sur le bouton pour commander son café. En attendant que la machine distribue la boisson, David se tourne vers Pia. Il lui sourit. Sans lui parler. Ils savent. Pia sent qu’elle rougit. Elle ne trouve rien à lui dire. Elle répond à son sourire et observe son visage. Il dégage une attitude sereine. Une bienveillance. Une intelligence. Une réserve. Elle ne le trouve pas spécialement beau. Constance continue de lui parler de ses enfants. Pia aimerait bien qu’elle change de sujet… À peine la boisson sortie de la machine, David repart. Il jette un dernier regard vers Pia. C’est bien elle qu’il regarde et non pas Constance. Elle en est sûre. Et elle aussi, elle le regardait. Leurs regards se sont croisés. Une fois de plus. Comme attirés l’un par l’autre. Pia se sent d’humeur joyeuse. Pour tout. Pour rien. Elle retourne à son bureau avec une énergie folle.
Devant son ordinateur, elle est concentrée au milieu de tous ces chiffres et ces tableaux. Des tableaux de bord. Non pas ceux d’un avion ou d’une voiture, mais de l’entreprise. Pour piloter l’organisation, grâce au suivi des KPI. De temps en temps, Pia change d’écran sur son ordinateur. Pour lire les centaines d’e-mails qui tombent dans sa boîte. On lui a envoyé une présentation à relire. Elle va à l’imprimante qui se situe en face du bureau de David. Elle jette un regard en sa direction. Elle ne peut pas s’en empêcher. Il a la tête baissée, ses yeux sont en train de lire des pages posées sur son bureau. Pia observe ses cheveux. Elle les trouve magnifiques. Elle a envie de glisser sa main dedans.
Le bureau de son boss est juste à côté de celui de David. Pia se dirige vers le bureau de Thierry pour le point de 10 heures. Elle redresse son corps en passant devant le bureau de David. À nouveau, elle regarde ce qu’il fait. Il est au téléphone. Elle aime sa discrétion. Sa retenue. Son élégance. Sa façon de se tenir bien droit. Ses longues mains. Elle entre dans le bureau de Thierry et ce qui lui saute aux yeux est son crâne dégarni. Elle s’assied sur la chaise jouxtant celle de son boss, qui démarre le point du jour :
— Donc on en est où sur le budget de la direction marketing ? Est-ce que tu as rassemblé tous les éléments ?
— Oui, voilà un premier draft.
Pia lui tend les documents avec les slides détaillant les actions qui seront effectuées l’année suivante et les coûts associés.
— Et il nous manque toujours les données de la filiale Italie, ajoute Pia. J’ai donc mis le budget de l’année dernière en attendant leur retour.
— OK, bon, tu leur mets la pression pour récupérer les chiffres ! On ne peut plus attendre pour avoir une vision complète des coûts.
Ils passent en revue ensemble chaque page et Pia note toutes les remarques de son boss. Elle apprend beaucoup grâce à lui. Il a une très bonne rédaction pour exprimer ce qu’il veut faire passer comme message : son équipe a fait un super boulot et il mérite un gros bonus. Si les chiffres ne montrent pas ce qu’il veut, on fait des retraitements, ou on change l’échelle des graphiques pour un meilleur rendu.
Vers midi, Paul lance à la volée dans le bureau :
— On part à la cantine ?
— Je déjeune à l’extérieur, allez-y sans moi, répond Pia.
La phrase type pour décliner poliment. Une fois par semaine, Pia s’extirpe du bureau le temps d’un repas avec des amis ou bien toute seule. Juste pour avoir un midi par semaine où elle n’est pas obligée d’avoir un comportement exemplaire, le comportement que l’on se doit d’avoir en entreprise. En sortant, Pia croise David dans le couloir. À nouveau, ils se sourient sans un mot. À chaque fois qu’elle ressent la présence de David, elle se sent joyeuse.
Pia commande un club-sandwich jambon, mimolette et bacon avec une tartelette chocolat blanc et framboises en dessert. Elle s’installe dans la salle et déjeune seule, à regarder les nouvelles sur son téléphone ou à envoyer des messages à des amis.
13 h 27, texto à Camille :
Hello Camille, comment ça va ? Du nouveau sur ton départ ? Bisous
13 h 32, réponse de Camille :
Salut Pia, ça va bien, et toi ? Yann est en discussion pour un poste en Nouvelle-Calédonie. Rien de fait pour le moment… Et sinon, on se voit ce week-end ? Tu viens prendre un verre chez moi ?
Pia ne sait pas quoi répondre. Son week-end est déjà planifié. Elle a promis aux enfants de les emmener à la ferme et elle va déjeuner chez ses beaux-parents le dimanche. Elle ne voit pas bien comment elle pourrait aller voir Camille ce week-end. Camille va régulièrement rejoindre Yann à Montpellier. Sans doute, ce week-end, ils n’ont pas prévu de se voir et elle sera toute seule. Pia aimerait bien lui tenir compagnie, mais elle sait qu’elle n’aura pas de temps pour ça. Elle remet sa réponse à plus tard.
De retour au bureau, elle travaille sur la présentation du budget marketing en alternant les coups de fil, les questions de son boss, la relecture de documents… Et quelques regards furtifs vers David. À chaque fois, elle sent une douce tension en elle. Vers 22 heures, Thierry décide que le document est finalisé et annonce la fin de la journée. Pia réalise qu’elle n’a pas répondu à son amie.
22 h 04, texto à Camille :
Coucou, j’étais sous l’eau au taf aujourd’hui ! J’espère que ça va se concrétiser pour la Nouvelle-Calédonie, ça serait top ! Pour ce week-end, ça ne va pas être possible… Sorry. Bisous
22 h 07, réponse de Camille :
OK, t’inquiète, je comprends. Je te tiens au jus.
Au moment d’éteindre son ordinateur, Pia réalise qu’elle n’a pas eu le temps de faire un compte-rendu d’une réunion de la veille. Elle prend son ordinateur, elle travaillera dessus ce week-end. En partant, elle regarde dans la direction du bureau de David. Il est déjà parti. Pia rentre chez elle, épuisée par cette journée mais satisfaite du travail abattu. Et d’avoir vu David, d’avoir senti son regard sur elle. Elle doit attendre lundi pour le revoir. Le week-end à venir lui semble interminable.
