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A trente-neuf ans, Julien est au milieu de sa vie. Célibataire depuis quelques années, il cherche à rencontrer la « bonne personne » comme on dit vulgairement. Très exigent envers lui-même, il l'est devenu , avec le temps, envers les femmes qu'il rencontre. Désabusé par les rencontres qui ne mènent nulle part, Julien fini par accepter de revoir ses critères à la baisse. La femme idéale n'a pas l'air d'exister. Il finit par rencontrer une jeune femme, Elodie, trouvée au hasard des discussions sur des sites de rencontre. Noyé dans ses pensées de surdoué hyperactif, il va passer chaque détail de sa rencontre, et de sa vie de couple, à la moulinette intellectuelle.Que fait-elle ? A-t-elle de l'humour ? Quel est son passé ? Cela impacte-t-il son présent ? Autant de questions qui l'assaillent dès le début de la rencontre et gangrène la relation.
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Seitenzahl: 101
Veröffentlichungsjahr: 2019
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« Tout comme la lune, qui n’illumine la nuit que par le reflet de l’éclat du soleil, notre côté sombre n’est que le reflet de ce que nous sommes. Plus nous éclairons notre côté positif, plus nous éclairons notre côté sombre, jusqu’à le faire disparaître.»
Phil Ricardson. Inconditionnel. 2014.
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
ÉPILOGUE
Encore un rendez-vous, ça devient une habitude déplaisante. Il faut vraiment que j’arrête de traîner sur ces sites de rencontre, ça devient glauque. Cette fois-ci, j'ai décidé de changer, j’ai donné rendez-vous au parc arboré situé non loin de chez moi, près du canal qui traverse la ville.
Depuis le temps, j’ai l’impression de m’être spécialisé dans les premiers rendez-vous, éliminant au fur et à mesure les choses à ne pas faire et à ne pas dire. Une mécanique bien huilée comprenant dans l’ordre, un malaise qui se dissipe plus ou moins rapidement, une interminable conversation devant un café, puis devant l'apéro, avant d'entamer le restaurant si tout va bien.
Difficile de décrire ce que l'on ressent dans ces moments-là. Juste cet instant de découverte, ce flot d'informations qui dure trois à quatre minutes après la rencontre. Comment elle est habillée, le son de sa voix, sa démarche, son charisme et son langage corporel. Tant de données et d'émotions à gérer en si peu de temps. Pas simple voire même épuisant parfois. Il faut ensuite intégrer tout ça dans la moulinette de ses expériences et rencontres passées, le tout saupoudré d'un peu de psychologie. Sait-elle que je l'observe sous toutes ses coutures, physiques et même mentales ? Fait-elle de même ? Très certainement.
Je lui ai donné rendez-vous vers seize heures trente. Le timing est calculé pour permettre l’enchaînement apéro-resto ou bien de se dire un au revoir poli vers dix-huit heures. Une heure trente, c’est largement suffisant pour découvrir si la personne me convient et ressentir si ça pourrait coller ou pas.
J'avance donc vers le parc. J'aime ce bout de verdure niché au cœur de la ville. J'aime y flâner, observer les passants. Ce parc offre un contraste frappant avec le béton alentour. J’ai l’impression que le comportement des gens est différent lorsqu'ils arpentent ces allées arborées. Plus d'étiquettes, plus de faux-semblants, on ne peut pas mentir quand on est face à la nature, face à sa vraie nature.
Pourquoi ai-je accepté ? Quels sont les facteurs qui nous font accepter des rendez-vous avec une personne de sexe opposé (ou pas) ? Se sent-on plus épanoui lorsqu'on peut plaire à quelqu'un ? Est-ce l'emprise que l'on a sur autrui qui nous donne l’impression d’être plus forts, ou a-t-on simplement besoin que quelqu'un pense à nous parce que nous sommes formatés dès le plus jeune âge à vivre en couple ? Dès le plus jeune âge, des messages nous sont martelés directement ou indirectement et ce, pendant des années. Tu dois trouver quelqu'un, tu dois te marier, fonder un foyer, travailler quarante deux ans et demi, dépenser pour faire avancer l'économie. Dans ce parc, je vois les gens simplement heureux de pouvoir être vrais, à jouer, méditer, lire, flâner sans rendre de compte à personne. Deux cents mètres plus loin, à la périphérie de ce petit coin de paradis, dans cette ville polluée et dangereuse pour la santé mentale, je peux observer des personnes, stressées, fatiguées et déprimées. Je me dis que c'est bien dommage d'en arriver là. Enfin, je parle des gens, mais je suis comme eux, programmé pour travailler, consommer sans poser de question.
Je dois changer de vie, je le sais, j'en ai pleinement conscience. Je le conseille à tout le monde autour de moi sans pour autant me l'appliquer à moi-même. Constat peu glorieux, mais en avoir conscience est un bon début, non ?
Je tente de me rassurer comme je peux.
Encore une heure avant ce rendez-vous. Bon, tout est ok de mon côté, le ménage est fait au cas où. Je suis rodé, tout est calculé, je sais très rapidement si ça ira plus loin que la simple discussion dans ce parc. Si ça ne mène à rien, inutile de perdre mon temps, ni le sien. Ce temps si précieux aujourd'hui. Pourquoi d'ailleurs, ai-je l’impression que le temps avance plus vite aujourd'hui qu'il y a trente ans ? J’ai tout simplement, à l’instar de millions de personnes, cette nécessité viscérale de devoir combler le vide de mon existence par un maximum de choses faites dans la journée. Un vide comblé par des rencontres sporadiques devant la machine à café du boulot, devant mon plateau repas le midi ou sur internet. Maigre consolation puisque le lendemain, ce vide doit être à nouveau comblé. « Quand on comble un vide avec de la merde, il faut tirer la chasse d'eau, sinon gare aux sinus. » Résultat, tout est à recommencer le lendemain.
Je trouve un banc esseulé et propre et m’y installe. Le soleil daigne enfin se lever, première bonne nouvelle de la journée. Je pourrai me dire avant de me coucher : « ah, au moins, il a fait beau! »
Seize heures trente, ça y est, c'est l'heure. Elle n'est pas encore là. Bon, j’ai à faire à une femme non ponctuelle. Plusieurs cas de figures me viennent spontanément à l'esprit, elle se laisse désirer, elle est désorganisée, elle a eu des problèmes en chemin, elle va me poser un lapin, ou encore sa grand-mère est morte et elle a fait tomber son téléphone dans les toilettes, ou plutôt, son téléphone est mort et sa grand-mère est tombée dans les toilettes et donc n'a pas pu me prévenir de son retard. Je rigole tout seul, deuxième bonne nouvelle de la journée : j'ai ri.
Ah, une femme passe par l'entrée nord. De mon banc où je suis installé plus ou moins confortablement, je peux voir deux des trois entrées du parc. Endroit stratégique puisque je peux observer les nouveaux entrants sans être vu directement. Pas mal, elle ne ressemble pas à la photo, mais pourquoi pas. Elle vient vers moi, et bifurque sur l'allée centrale. Merde. Bon tant pis.
Un vieux monsieur avec son chien entre à son tour. Il a l'air gentil, mais par expérience, je me méfie des gens aux apparences trop gentilles.
Psychopathes, pervers, pédophiles, gens violents... autant de pathologies se cachent derrière des façades trop parfaites. Pourquoi les gens se méfient-ils de leur voisin dans le métro, le bus ou sur le trottoir ? Parce que le mal est en chacun de nous, le mal, le mensonge, la colère, la peur, la violence, tous ces défauts qu'on a, on sait que les autres les ont également et parfois plus accentués que les nôtres. Difficile d'avoir confiance de nos jours.
Une petite dame d'une soixantaine d'années passe maintenant le portail. C'est elle ? Elle m'aurait menti sur son âge ? Une cougar en recherche d'un petit jeune de quarante ans ! Il faudra que j'alerte la brigade des mineurs si c'est le cas.
Deux clochards m'observent de leur banc situé quasiment en face de moi. Que se disent-ils ? Ils communiquent sûrement dans un dialecte inconnu du citoyen lambda. Un langage qu'on acquiert à partir de deux grammes d'alcool dans le sang. Il m’est arrivé deux ou trois fois après une soirée légèrement…disons… difficile, de comprendre quelques mots de ce langage ancestral oublié des Dieux et des Hommes.
Pourquoi sont-ils là ? Ont-ils toujours été des marginaux ? Sont-ils nés dans la rue ? Sont-ils des anarchistes des temps modernes, en marge de la société, ne cautionnant pas le consumérisme ambiant ? Celui de droite a peut-être perdu toute sa famille lors d'un tragique accident de voiture. Désœuvré, il se punit pour avoir tué ses proches. Celui de gauche était peut-être un gars bien, bonne situation, marié et il a tout perdu à cause de l'alcool qui le rongeait depuis quelques années. Qui sait ? Qui peut juger le parcours d'une personne tant qu'elle n'a pas vécu des choses semblables ? Peut-on les blâmer ?
J'entends des rires, certainement de jeunes tourtereaux qui pensent qu'ils ont la vie devant eux. Il pense peut être que cette fille sera sa future épouse et qu'ils auront trois enfants. Peut-être ne peut-il pas procréer et qu'elle le quittera pour cette raison. Peut-être finira-t-il sur le banc en face de moi avec une bouteille de gros rouge à la main.
Bon, dix minutes de retard et pas de sms.
J'attends encore dix minutes et je pars et tant pis pour elle.
Mon téléphone vibre, sûrement le boulot. J'ai beau prendre des jours de congés, ils ne me foutent pas la paix. Juste envie de les envoyer bouler, mais je me retiens, comme quatre-vingt-dix pour cent des gens face à ce genre de situation. Encore un dossier urgent à rendre. Ça devient dingue, depuis deux ans, j'observe que les dossiers sont de plus en plus urgents. Il faut aller de plus en plus vite, avancer coûte que coûte sinon, on se fait remplacer par du sang neuf qui va s'user et ainsi de suite. Être en bout de chaîne des dossiers n'est pas évident. Les premiers procrastinent et le dossier devient de plus en plus urgent lorsqu'il arrive dans mes mains. Du coup, c'est bibi qui trinque.
Oups, c'est peut être mon rendez-vous qui essayait d'appeler. Je suis obnubilé par mon travail... et bien oui, c'est elle. Elle m'envoie un sms pour me dire qu'elle aura du retard. Merci, j'avais remarqué !
Que lui répondre ? « Trop tard je suis parti, désolé, bonne continuation. » ou encore « Je ne supporte pas les gens qui sont en retard, mais ce n’est pas grave » finalement, j’opte pour un « ok, j’attends au parc. À tout à l’heure. ».
Bon, a priori, quinze minutes de retard annoncé, donc je peux compter sur elle dans trente minutes. On apprend à lire entre les lignes avec l'âge.
Une armada de mères de famille passe avec les landaus devant mon banc. Je n'ai jamais compris pourquoi ces mères devaient sortir en troupeau. J'ai aussi poussé un landau et je ne me vois pas appeler tous mes potes pères et leur dire : « eh les copains, ça vous dit une virée en landaus dans le parc ? Ça va être génial on va parler couches et lancer plein de rumeurs ! ». Pas très crédible je trouve, ni très viril. Mais bon, ça a l'air d'être une coutume chez ces dames. Je pense que ce rite doit exister depuis l’invention du landau. Ne dérangeons pas cet étrange ballet et laissons les commérer en paix. Après tout, elles sont seules chez elles, donc un peu de discussion doit leur faire du bien.
Au tour du jeune cadre dynamique de rentrer par le portail est. Costume, cravate, valisette, téléphone en main. Je le vois pressé, il va sûrement passer sans s'arrêter, juste pour couper par le parc. Il y passe aussi pour faire le beau devant ces mères de famille admiratives devant tant d’assurance. J'appelle ça, l'effet costume ou l'art de mettre un masque sans porter de masque.
Combien de temps va-t-il tenir ? Vu son âge, son assurance et le nombre de cheveux qu’il arbore, il doit tout juste débuter dans son métier.
Il va vite déchanter. L'entreprise a la fâcheuse tendance à broyer les espoirs des plus jeunes en vampirisant leur force vitale et leur enthousiasme.
Autant de cynisme en une journée, je fais fort aujourd’hui.
Je vais aller me prendre un café dans le troquet d'en face histoire de me réchauffer un peu. Ce soleil printanier est bienfaiteur, mais peu lumineux et par conséquent apporte peu de chaleur.
Installé dans le troquet, j’en profite pour jeter un coup d’œil aux actualités sur mon smartphone. Tiens donc, des chercheurs auraient découvert le fameux Boson de Higgs, le chaînon manquant comme ils aiment à le dire. Autre grande nouvelle, un chaton filmé en train de bailler aurait récolté sept cents millions de vues sur YouTube. Je ne veux pas paraître défaitiste, mais, Messieurs les chercheurs, pour être réputé aujourd’hui il vaut mieux étudier la vie des chatons que la vie d’un Boson.
« Consternant. »
