Indices d'échanges passionnés - Gwenola Kerlaouen - E-Book

Indices d'échanges passionnés E-Book

Gwenola Kerlaouen

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Beschreibung

L'écriture affûtée de Gwenola Kerlaouen découverte dans "Points de bascule amoureuse" (livre 1), rejointe dans "Marges de progrès sentimental" (livre 2), se retrouve ici avec jubilation . Reconnaitre, mais dans le désordre, Awena, Gireg, Morgane, Ronan, Denez, Solenn et les autres, immerge à nouveau dans l'univers  inédit de l'auteure. La trilogie s'achève sans la moindre recette de ses secrets de fabrication.

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Seitenzahl: 117

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Merci Anne, notre amitié est d’une richesse et d’une intensité qui nous seront enviées. Jamais nous n’avons basculé dans la banalité: les balades littéraires, les échanges aux cafés, les réponses trouvées après de bons bains de mer, les points de vue rarement divergents - tout était dirigé par le meilleur des sujets, la quête de l’Amour.

« Le sentiment est une mauvaise habitude dont on ne peut se défaire. »Richard von Schaukal

Le sujet est décidément inépuisable… Les monologues intérieurs ont planté le décor dans « Points de bascule amoureuse ». La perspective du narrateur a donné quelques directions dans « Marges de progrès sentimental ». Les échanges dialogués montrent à présent que les conversations peuvent être étonnantes, mais qu’elles ne prennent de valeur que si tout le monde y met du sien, enfin.

Ce n’est pas pour ce troisième volet que j’allais changer le fait que les dessins et les textes n’ont aucun lien. Les uns et les autres ne servent qu’à prouver que tout est toujours possible, entre tous les êtres humains, chaque personne est capable de tout vivre, de tout ressentir, de tout exprimer. Il ne faut surtout pas s’en priver.

Le monologue intérieur, la narration et maintenant des saynètes. Il m’a fallu beaucoup de réflexion pour trouver un format qui me convienne pour cette troisième expérience. Les questions centrales restent les mêmes: Comment parle-t-on à l’être cher? Comment et à qui parle-t-on de sa vie sentimentale? Sommes nous prêts à affronter nos propres manquements? La beauté et la difficulté des relations humaines, plus encore des relations amoureuses, résident dans la parole.

Il est probablement préférable d’avoir lu les deux premiers livres. Si vous les avez lus, vous allez trouver par vous-même qui converse avec qui et j’ai évidemment fait exprès de ne pas vous dire qui est qui. Vous avez peut-être été agacé(e) par la multitude des personnages. Là encore, c’est pour souligner le fait qu’après tout, peu importe aussi qui est qui. Chacun, chacune est fidèle dans son inconstance.

Si vraiment vous voulez savoir qui est qui, je fais confiance à votre intelligence. Votre vie vous a déjà posé suffisamment d’énigmes que vous avez réussi à résoudre, à surmonter même: vous devinerez facilement qui se cache derrière chaque interlocuteur - si vous avez lu les deux premiers livres attentivement.

Si jamais vous êtes tenté(e) de ressortir les deux livres précédents pour confirmer vos hypothèses, ce serait un des plus beaux cadeaux qui puisse m’être offert. Malgré leurs formes littéraires différentes, c’est bien une trilogie. A la manière d’un triptyque, chaque livre a sa place et ce n’est qu’en rassemblant les trois œuvres qu’on atteint l’effet et la vibration que j’ai souhaités dès le début de cette aventure.

Cette fois, vous n’allez avoir qu’un titre, et un décors planté autour des personnages: je vous laisse de la place pour noter avec votre écriture personnelle les noms des deux protagonistes de chaque échange, juste en-dessous du titre.

Vous pourrez consulter les noms des personnages des dialogues dans l’ordre alphabétique à la fin du livre. Cela vous aidera à vous rappeler tout le monde. N’ayez crainte, je n’ai pas poussé le vice à faire paraitre un seul personnage dans plusieurs saynètes, même si j’avoue qu’à un moment donné, l’idée m’a traversé l’esprit… Il y a bien treize dialogues et vingt-six personnages, sans parler du personnel hôtelier et hospitalier. Rayez les noms de la liste, les uns après les autres, si vous le souhaitez. Amusez-vous bien en tout cas, à deviner qui est qui dans les saynètes!

Cela dit, ce n’est pas non plus indispensable d’avoir lu les deux livres précédents. Si vous êtes vraiment très fort(e) et toujours gagnant(e) au Cluedo, vous trouverez les noms des personnages par élimination, sans avoir lu les livres un et deux! Il arrive, même dans la vie, qu’il n’est pas indiqué de tout savoir, de s’intéresser à ce qui s’était passé avant. Si on se lance dans une nouvelle aventure amoureuse avec quelqu’un, c’est même préférable, sinon indispensable. Ce que votre être cher vous dévoile, devrait vous suffire. Il faut aussi accepter que d’autres histoires aient eu lieu avant que nous vivions la nôtre.

J’ai ce rêve que les saynètes de ce livre pourront un jour se jouer sur des planches, que quelqu’un ait envie d’expérimenter, de s’amuser, de changer quelques accords, pourquoi pas. C’est à ce moment-là que l’épreuve de la vérité pourra avoir lieu. Nous ne sommes peut-être pas si différents, après tout. Absolument tout échange humain est d’une valeur inestimable et vaut la peine d’être vécu, même si cela ne nous saute pas aux yeux dès le départ.

Que voulez-vous, c’est ainsi, je continue à rêver, je n’en aurai jamais fini de me laisser guider par mon imagination débordante et j’attends les surprises de la vie!

J’attends de pied ferme, mais toujours tout en dansant!

Sommaire

UNE RENCONTRE INVRAISEMBLABLE

COMME DES POISSONS DANS L’EAU

ÂMES SENSIBLES QUI S’ABSTIENNENT

POUR NE PLUS FORMER QU’UN

LA MÉMOIRE QUI FLANCHE

VAINS REGRETS

Ô, LA BELLE HISTOIRE

TOUT SE DISCUTE, MÊME L’ART ET LES MANIÈRES

DE LA PERFECTION D’UN CRIME

PAR AMOUR DE LA DANSE

DU BONHEUR, PRESQUE TROP

LE GRAND CHANGEMENT

S’IL FAUT EN FINIR, QUE CE SOIT EN BEAUTÉ

UNE RENCONTRE INVRAISEMBLABLE

(Dans un bar, une femme, couverte de bijoux clinquants, en robe de couleur anthracite-ardoise presque noire et un homme d’allure de bad boy assis à distance l’un de l’autre, sont les derniers clients. Pas de serveur, ni de serveuse en vue. Chacun plongé dans son verre. Probablement un gin tonic pour elle, un whisky pour lui. Tout en se parlant, ils continuent à regarder leurs verres respectifs. Leurs regards ne se croisent pas.)

- Tout de même, je ne mérite pas ça. J’essaie juste de survivre. Ne m’enfoncez pas la tête dans l’eau, je viens tout juste de réussir à l’en sortir…

- Je suis désolé, ce n’est plus l’heure pour y aller avec des pincettes. Vous n’avez qu’à vous dire que j’ai eu une mauvaise journée et que ça n’a rien à voir avec vous.

- Mais comment osez-vous me parler de la sorte? Vous ne savez rien de moi… J’avais juste envie de discuter avec quelqu’un. Que voulez-vous, je n’y arrive pas derrière un écran. Je dois bien être la dernière de ma génération…

- Certes. Si ça peut vous consoler, vous n’êtes pas la seule qui a payé les frais de ma brusquerie. Qu’est-ce que j’y peux aussi ? Je ne vais pas me laisser aller juste pour que les femmes cessent de m’aborder… J’ai tellement le choix, il arrive que je fasse tout simplement pile ou face, tellement je ne sais pas qui régaler d’abord. Mes copains se plaignent qu’ils ne rencontrent jamais personne. Moi, des options, j’en ai trop! Quand j’ai trop de textos, je demande aux femmes qui me les envoient, « Gauche ou droite? ». Je sais que c’est stupide, mais elles répondent toutes. Je me penche sur celles qui disent « gauche" uniquement. Celles qui répondent « droite », ne comprennent pas mon silence après leur réponse. Forcément. Mais à ce moment-là, je suis déjà occupé à faire autre chose… Prendre un verre dans un bar tranquillement, est-ce vraiment trop demander? Je vous le demande! Vous ne pouvez pas toutes me ficher la paix un peu!

- Tout ce que j’ai dit, c’est que je suis drôlement contente que les bars aient pu rouvrir. Et croyez-moi, c’est ce que j’ai dit de plus banal de toute ma vie. Voilà ce qu’elle a fait de moi, la soi-disant pandémie. Elle m’a abrutie à force de ne pouvoir parler à personne. Avant, j’avais de la conversation savante et cultivée. Et les vrais abrutis? Je n’ose même pas imaginer quel genre de fond ils ont bien pu toucher depuis qu’on les a libérés! - Où y sont-ils d’ailleurs? Ils continuent à se coucher à vingt heures?

- Ne vous offusquez pas, je vous en prie. Je ne veux même pas vous raconter de quelle façon j’ai remballé Morgane en vitesse! Et c’était même avant le premier confinement. Vous connaissez Morgane? Parce que tout le monde connaît Morgane de toute façon.

- Comme s’il n’y avait qu’une seule femme à s’appeler Morgane…

- Mais Rozenn avait vraiment quelque chose… Il faudrait que je vous passe le livre qu’elle m’avait offert. Je suis sûr qu’il vous plairait. Moi, je n’y comprenais rien… Mais surtout, ça m’a fait drôle quand-même, qu’elle me tourne le dos. Il m’arrive de penser qu’elle s’est moquée de moi. Aucune femme ne s’était encore moquée de moi. Normalement, elles mangent dans ma main. Tenez, par exemple… (Il n’ose pas continuer, la femme vient de détourner son regard de son verre pour le regarder en face. D’un regard noir.)

- Elle sera longue la liste de toutes les femmes qui vous ont couru après? Vous êtes stupide, permettez-moi… Une femme qui vous offre un livre est forcément intéressante. C’est une femme qui prend des risques, elle veut vous faire comprendre quelque chose. Je ne vous comprends pas, à l’âge que nous avons, il faudrait s’intéresser à des personnes qui ont quelque chose à dire. Tant qu’on travaille, ça va encore, les couples ne se voient pas tant que cela finalement. Les deux travaillent, rentrent tard, sont contents de se retrouver pour partager un petit repas. Mais une fois à la retraite, c’est du matin au soir qu'on se coltine l’autre… Et il arrivera bien un jour, ou vous n’arriverez plus à chasser… Finalement, je suis peut-être mieux toute seule. Je ne sais vraiment pas pourquoi je m’obstine à vouloir trouver quelqu’un.

- Oui, laissez tomber.

- Et si je vous faisais la liste des hommes à qui j’ai eu à faire, moi?

- Juste un exemple d’école, pas plus.

- Au hasard, Yannig. J’ai ce petit test pour savoir si j’ai affaire à un homme qui peut m’intéresser. Je m’extasie devant la beauté du ciel et lui demande de quelle couleur il est au moment précis où nous nous promenons.

- Donc, il a répondu…?

- « Le ciel est bleu ciel! »

- En effet…

- Et Fanch…

- Épargnez-moi. J’ai dit un, un seul.

- Quel dommage tout de même que vous n’ayez pas compris quel message subtil elle voulait vous faire passer par ce livre… Comment elle s’appelait déjà, Rozenn? Vous vous rappelez du titre?

- Évidemment que non!

- Offrez-moi un dernier verre et je vous donne le nom de cet auteur indien qui a écrit la nouvelle « La nuit suprême »: c’est l’histoire parfaite à offrir à une femme qui ne vous intéresse pas - tout en lui donnant l’impression qu’il n’y a qu’elle qui vous intéresse, mais que pour une raison précise, cela ne pourra jamais se faire…

- Parce que vous voyez quelqu’un qui pourrait nous servir, vous?!

- Non, en effet. L’intérimaire a dû aller regarder la fin de la onzième saison de sa série préférée… De toute évidence, pour certains, le confinement n’a pas duré assez longtemps!

- Je suis venu boire et dois me contenter de discuter! De qui se moque-t-on?

- Bon, et si on parlait boulot?

- Ah ça, j’adore! Et je peux même vous dire quelles stratégies managériales marchent le mieux!

- Épargnez-moi! Ne me dites pas que vous allez briller avec votre jargon entrepreneurial!

- Vous pouvez dire ce que vous voulez. Il y a des concepts qui marchent!

- Ah bon? Je peux vous affirmer que mes supérieurs hiérarchiques ont si peu à faire dans leurs beaux bureaux qu’ils nous inondent de sigles et concepts inutiles et contre-productifs. Histoire que nous nous sentions différents et corporatistes, donc moins contestataires. Alors que concrètement, dans le quotidien du métier, cela ne change absolument rien!

- Des exemples! Pour le coup, il m’en faudrait plusieurs pour que je vous croie!

- Nous sommes censés former des « cercles polaires »: pôle scientifique, pôle international, pôle commercial…

- Ah, génial, j’adore!

- Cela ne m’étonne pas de vous. Vous en voulez davantage?

- Mais oui, je vous dis oui. (Ses yeux brillent, il la regarde comme s’il avait ressenti une attirance soudaine.)

- Nous devons nous retrouver dans des « réunions de bassin »!

- Oh, mais je dois commencer à me noter tout ça. (Il allume son smartphone et se met à prononcer distinctement tout en mimant à la femme de se taire.) Prends des notes. Idées réunion régionale. Cercles polaires. Réunions de bassin. (Il vérifie si les notes ont bien été prises par son portable et le range.)

- Ça alors! (Elle est consternée et remue son verre pour voir s’il n’y a pas une goutte qui reste au fond.)

- Je suis sûr que vous n’avez pas encore tout dit…

- Non, évidemment que non… (Pause. Elle réfléchit, comme si elle n’était pas sûre de vouloir poursuivre.) Nous avons des « plans »! On est censés en discuter aux pauses café. Comme ça, nous sommes efficaces, même quand nous nous reposons.

- Des plans Q pour vous détendre, pour ne pas être de mauvaises coucheuses devant les clients?

- Si seulement c’était ça! Je vous parle de plan investissement, de plan pédagogique, de plan expansion, de plan rente, de plan formation… Les plans ont eu raison du communisme, et nous, nous devons faire comme si c’était la nouvelle panacée.

- Un peu incohérent ces plans, non? Mais remarquez, en général, ça marche drôlement bien: on cause, on cause et on embobine sans vu ni connu.

- Mais moi, je ne veux pas faire partie d’une stratégie managériale aussi foireuse! Parce que vous savez ce que tous ces plans sont censés donner?

- (Il fronce les sourcils, réfléchit et finit par hausser les épaules.)

- Une organisation en constellations! Des constellations en circonscriptions!

- Absolument génial, tout ça!

- (Elle est très en colère.) Mais vous êtes abruti ou quoi? « Cercles polaires »! C’est complètement givré! À vous faire froid dans le dos de stupidité! Puis, le métier est complètement féminisé: des « réunions de bassin »! C’est absolument infructueux, que peuvent bien pondre des bassins exclusivement féminins? Au collège, vous avez suivi des cours de biologie quand-même… Et les contenus de ces réunions seront divisés en trois parties: pelvis, sacrum et pubis? Non, mais! Des « plans »! Des « constellations »! - Vous ne voyez pas qu’ils se moquent de nous?!

- Ne vous énervez pas, ne soyez pas susceptible à ce point.

- Vous allez me dire que je suis hystérique maintenant?!