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"INTERDIT AUX HOMMES". Au début des années 50, deux femmes se retrouvent au lavoir, comme chaque jeudi, pour faire leur lessive. Mais elles sont les dernières ; la machine est en train de remplacer inéluctablement cet endroit riche de souvenirs, dernier lieu réservé aux femmes, dans un monde façonné par l’homme où il faut se battre pour exister.
Pièce en 1 acte
Un lieu en extérieur
3 personnages (3 femmes)
20 minutes
"CLASSE 15". C’est l’heure de la mobilisation pour Marius, qui aura 20 ans en 1915. Si, comme son frère aîné, il part la fleur au fusil, il laisse derrière lui sa fiancée et sa mère. Cette dernière se fait l’écho de la voix des femmes confrontées à la mort annoncée du fils. Une voix pleine d’humanité et de révolte.
"Classe 15" a obtenu le Prix de la Madeleine pour les 20 ans du festival Scénoblique, sous la présidence de Jean-Paul Alègre.
Pièce en 1 acte
Un lieu en intérieur
4 personnages (2 femmes, 2 hommes)
30 minutes
À PROPOS DE L'AUTEUR
Comédien et musicien amateur, Gabriel Couble est auteur d’une vingtaine de pièces, une douzaine est éditée et la plupart ont été jouées. Il a rejoint Ex-Aequo grâce au prix Zadig de la nouvelle policière. "Black trombone" est également éditée dans la collection Entr’actes. Il vit près de Montpellier.
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Seitenzahl: 41
Veröffentlichungsjahr: 2024
Gabriel Couble
Interdit aux hommes
Suivi de
Classe 15
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0893-5
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2019-8697
Dépôt légal : juillet 2024
© couverture Ex Æquo
©2024 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Personnages
MARIE : célibataire, 25 ans. Née vers 1939.
(Marie seule, frotte et bat son linge. Arrive Perrine. Elle porte un grand panier rempli de linge blanc.)
PERRINE
Bonjour Marie.
MARIE
Bonjour Perrine. Tu tombes bien. Tu as apporté du savon ? J'ai une tâche qui ne veut pas partir.
PERRINE
Bien sûr, j'en apporte toujours... Il y a longtemps que tu es là ?
MARIE
Non, dix minutes.
PERRINE
On n'a pas l'habitude de te voir la première ! Tu as mal dormi cette nuit ?
MARIE
Non, tout va bien. Je suis là, comme tous les jeudis.
PERRINE
Oui, comme tous les jeudis. Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il gèle... Tous les jeudis on est là. Mais moi, ce matin, je n'avais vraiment pas envie de venir me tremper les bras dans l'eau froide.
MARIE
PERRINE
Oui, toujours la première. Elle était toujours la première. Mais elle ne viendra plus, Françoise.
MARIE
Qu'est-ce que tu veux dire ? Il lui est arrivé quelque chose ?
PERRINE
Oh non. Enfin si, mais rien de grave...
MARIE
Quoi ? Tu veux dire… Non ! Encore ?
PERRINE
Quoi encore ?
MARIE
Encore enceinte ?
PERRINE
Pas du tout.
MARIE
Ah tu me rassures. Qu'est-ce qu'elle a alors ?
PERRINE
Ce qui fait qu'on ne vient plus au lavoir.
MARIE
Tu veux dire... La machine ?
PERRINE
Oui, la machine.
MARIE
PERRINE
Tu parles...
MARIE
Que soi-disant ça tombe toujours en panne...
PERRINE
Tu parles... Elle y est passée, comme les autres. Tu verras qu'on va finir par se retrouver toutes seules, les deux dernières.
MARIE
Il paraît que ça coûte un bras, la machine.
PERRINE
Pourtant tout le monde s'y met. C'est la fin du lavoir, je te le dis.
MARIE
Un lavoir tout beau, refait à neuf. Après ce qu'on s'est battues pour obtenir sa réfection. Presque trois ans à insister auprès du maire. Et Françoise était la première à aller le voir.
PERRINE
Ça, on s’en est rendu compte qu’elle allait le voir… Et maintenant, c'est lui qui lui offre une machine.
MARIE
On ne pouvait pas savoir qu'elle lui taperait dans l'œil, et que finalement, ils se marieraient.
PERRINE
En attendant, si elle en est là, c'est grâce à nous. Sans nos demandes pour refaire le lavoir, ils ne se seraient jamais rencontrés.
MARIE
C’est quand même elle qui a su le faire céder. Parce que les préoccupations des femmes, il n'en avait rien à foutre. Tout juste bon à refaire le terrain de foot ou le jeu de boules.
PERRINE
Pour sûr, elle a donné de sa personne. Tu te souviens, le jour de notre grande manif…
MARIE
Elle n'avait pas froid aux yeux. Se mettre toute nue sur la place du village pour dire que : « sans nous, personne n'aurait plus d'habits à se mettre ». Il fallait oser.
PERRINE
Au moins le maire savait à qui il avait affaire. Pas de cachoteries sur la marchandise.
MARIE
Sauf qu'il n'y avait pas que le maire. C'est pour ça que je l'ai enroulée dans notre banderole, pour la rhabiller. Je n'aurais peut-être pas dû.
PERRINE
Elle était encore plus belle, drapée dans ce tissu blanc.
MARIE
En tout cas, si tout le monde s’est rincé l’œil, nous, on les a eus nos deux bassins, pour rincer le linge dans une eau toujours propre. Et la cloison contre les courants d’air, et l’allongement du toit contre la pluie.
PERRINE
Et maintenant qu’on a un beau lavoir, il est vide, désert. On se retrouve comme deux malheureuses…
MARIE
Les machines, elles tombent toujours en panne. Ça ne m'étonnerait pas qu'on la voie revenir, Françoise. Et plus vite qu'on ne le pense.
PERRINE
