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"Écrire, c'est sortir de l'ornière. Quand les autres montrent les crocs, c'est qu'ils ont compris..." - Cet ouvrage est un recueil-cercueil de textes, de poèmes et autres lettres de rupture entre l'auteur - hanté par le ressentiment - et une Terre en mutation qu'il semble abominer autant que regretter. Oscillant entre parenthèses à la fantaisie sombre, remords et échappées belles dans des délires nihilistes, ce voyage chaotique est autant une mise à nu atterrée qu'une ode à la vie dans les songes, parcouru d'interrogations vaines et de cheminements crépusculaires frôlant parfois l'aliénation. Témoignage à sec d'un cerveau en perpétuelle surchauffe et cri d'espoir ténu car dérisoire, ce livre est illustré de 25 peintures d'Hélène Marcellin.
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Seitenzahl: 63
Veröffentlichungsjahr: 2020
Aux Esquintés Parallèles
Illustration : « Le Petit Peuple » par Otto Ganz. Encre, gouache, peinture acrylique, café, liquides organiques sur papier.
Peintures d’Hélène Marcellin
« 25 suites ordonnées dans le désordre du Monde »
RUPTURE AVEC LA TERRE
ÉCRIRE…
SI TÔT, CE N’ÉTAIT PAS DU JEU
ALIÉNÉ
DU PAIN POUR LES OURS
L’ENGRENAGE
SURVIVRE AU NÉANT
L’AUTRE
SUCCÈS DAMNÉS
FUGUE EN SOL MINEUR
JUSQU’À LA LIE
EXCÈS, DIVERGENCE & DÉSINTÉGRATION
REVUE DE POISSE
AD VITAM NAUSEAM
DÉSORMAIS…
L’ESPOIR ?
FOND DE MOUROIR
TEZCATLIPOCA
FOUTU PARASITE
LE BÂTARD ERRANT
LE DICTIONNAIRE ÉCARLATE
LES DISLOQUÉS
ENTRE TES POGNES
GILBERTO-HEINER DE FILIPPOS (1826-1998)
LE MIEL DU DRAME
LES CAMÉS
MARGELLE
Et alors ? Et alors… on s’empiffre de séries Netfux insipides, de jeux Pay-station 5 guerriers bientôt plus réalistes que l’existence même – plus intéressants en tout cas, et ce n’est pas vraiment difficile – de commandes forcenées sur Amazon, de Marveuleries fluorescentes, de Youtubeurs tonitruants, de recyclages Disney faisandés, de sous-produits ciblés de marketing à en vomir, le tout pour tenter d’oublier les soucis, la routine, et fuir les latrines d’un pouvoir méta-connecté, la mascarade quotidienne traitée par Paypal qu’est devenu tout rapport humain, les standards inter-alliés imposés, les modes de pensée vacants et paresseux, les autodafés de culture et l’art véritable sans cesse mis au pilori… et puis aussi ces passions de gosses tuées dans l’œuf, leur fuite des heures creuses et des temps morts passés à compulser leur détresse affective par SMS à des clones 3D des « Ch’tis à Zombiland » tandis que la mappemonde implose de tristesse globale en régurgitant une crapule tarée pourtant réélue. Monde furieux et imbuvable, inepte et si grotesque ! Planète en rupture où, tatoués et pucés à l’oreille dès l’éclosion, nous redoutons ton épilogue minable, ton obsolescence programmée depuis nos langes, ivres d’œillères faciles et de perte totale de bon sens élémentaire. Tu perces nos raisons, crèves nos tympans et nos horizons en embouteillant nos cités lacrymales et en décomptant nos détritus cancérigènes pourtant si divertissants. Mais faisons comme si ce n’était rien : léguons un Enfer propret aux petites têtes déjà carbonisées et aux poignards d’ores et déjà dressés depuis l’ordure.
Puisque vivre dans ce cul de basse-fosse se résume à enfanter puis à regarder pourrir petit à petit des rejetons qui pullulent et pustulent dans les amphithéâtres stériles, éteignons bien la lumière des toilettes avant de quitter, avant d’essuyer une larme sèche, de laisser tomber la partie en cours, puis d’aller voir ailleurs si, à tout hasard, nous n’y avons déjà tout gâché, souillé ou contaminé… Le Monde est définitivement devenu un fait divers atroce de trop.
C’est changer continuellement de stature et faire valdinguer la réalité pour imposer un caractère d’imprimerie en lieu et place d’un crachat.
C’est donner à voir des séances de strip-tease élitistes, toujours cérébralement à découvert et égocentriques à en crever.
C’est arpenter ses pires faiblesses à n’en plus dormir et accorder à la démence son subconscient effréné, pourtant magma incandescent de dérision.
C’est laisser libre cours à son mécanisme interne quand le meilleur s’étiole pour donner le pire.
C’est se réveiller toujours à moitié, en ayant encore sur les lèvres tous ces songes inarticulés et imprononçables d’outre-espace.
C’est gélifier l’ozone pour remettre à demain l’adjectif qui démange si fort et le point qui éteint le brasier.
C’est boursoufler son azur intérieur pour trouver un semblant de correction dans la dégaine des pensée nocives.
C’est partir avant d’être tout à fait né et supporter l’intolérable telle une chape d’occasions ratées dans un présent malade.
C’est gagner des jetons dans l’enfer du non-dit et perdre sans cesse sa misérable mise à la roulette de circonstances souffreteuses.
C’est aimer des ombrelles chinoises à s’en bouffer les mains et considérer l’Amour comme un accord faussé de piano-bar.
C’est décrocher la timbale lorsque quelque chose cloche et désigner l’abstraction des bouteilles comme responsable.
C’est geindre toute sa vie à l’avant-garde d’un bastringue sourd et passer à la moulinette les minutes perdues en chemin.
C’est abandonner son enfant de deux jours après lui avoir greffé un vers solitaire qui ne fera jamais dix pouces.
C’est danser dans l’oxyde cybernétique, canettes menottées au poignet et attendre, s’ennuyer toujours plus, puis fatalement redouter l’éveil de l’épouvante.
C’est se poster en curieux dans les recoins malfamés et les moins éclairés de la sphère, bassin perpétuel du sang et de la tripaille, du rituel le plus affligeant à la joie la plus éphémère.
C’est basculer dans une frange maudite où il n’y a plus que deux teintes : tache de ténèbres insondables sur fond blanc aveuglé.
C’est concevoir en toute innocence des abominations et y trouver le sel de continuer à survivre.
C’est grappiller des blessures à travers les nuits excentrées pour y dénicher quelques coraux, enfin dignes d’être consignés dans nos déchets radioactifs.
C’est se débattre dans l’absurdité d’une vie rongée à l’os et des doigts bouffis d’accidents.
C’est s’abandonner à la loi des points de suspension et aux lignes tracées dans le néant satellite.
C’est s’entre-déchirer pour mieux renaître et ne plus savoir si demain était plus foutu qu’hier.
C’est parasiter son entourage famélique de paragraphes bloqués par trop de maniaquerie.
C’est accoucher de regrets à la chaîne et s’exténuer à leur trouver un charme désuet.
C’est partir sans interruption pour mieux revenir à la source et rabâcher son odyssée comme un vieillard sénile.
C’est se réveiller une fois l’âge adulte consumé et pleurer son enfance déglinguée, évanouie à jamais.
C’est se répéter à soi-même qu’on est debout alors qu’on ne prend sa vie qu’une fois assis et ébloui par un écran glacial, lequel nous pourchasse jusque dans nos pantoufles imposées par des bureaux à la philanthropie irréprochable.
Enfin, écrire c’est sortir de l’ornière. Quand les autres montrent les crocs, c’est qu’ils ont compris.
