Italie : L'esthétique du miracle - Richard Heuzé - E-Book

Italie : L'esthétique du miracle E-Book

Richard Heuzé

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Beschreibung

Parce que pour connaître les peuples, il faut d'abord les comprendre

Il n’y a pas une Italie. Les Italiens eux-mêmes se définissent d’abord par leur ville, leur région d’origine, leurs racines locales sur ce territoire tardivement unifié. C’est cette mosaïque de tempéraments, d’influences, de cuisines et de traditions que cette balade nous permet de découvrir, dans les pas d’un auteur installé de longue date dans la péninsule.

Arpentez l’Italie et découvrez la passion des Italiens pour la politique, leurs élans de générosité lorsque surviennent les catastrophes naturelles, les coulisses de ce septième art devenu l’emblème culturel de l’Italie contemporaine, les tréfonds sombres de la Camorra ou de la ‘Ndrangheta, dont l’étreinte meurtrière reste malheureusement d’actualité. Mais surtout, apprenez à écouter les Italiens, à comprendre pourquoi ce pays, plus qu’aucun autre, garde rivé en lui une foi presque miraculeuse dans le succès et la réussite.

Ce petit livre n’est pas un guide. C’est un décodeur. Il nous promène dans le dédale des rues de Rome, de Milan et de Naples. Il nous fait côtoyer les personnalités politiques, artistiques, universitaires qui font l’Italie d’aujourd’hui. Pour mieux en comprendre le bonheur et les tourments.

Un grand récit suivi d'entretiens avec Sergio Romano (Le nationalimse italien a souvent été, dans l'histoire, exagéré et rhétorique), Michele Sorice (La famille italienne reste le rempart de l'individu) et Monique Veaute (La radicalité est inscrite dans l'art contemporain italien).

Un voyage politique, historique et culturel pour mieux connaître les passions italiennes. Et donc mieux les comprendre

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

- "(...) Belle et utile collection petit format chez Nevicata, dont chaque opuscule est dédié à un pays en particulier. Non pas un guide de voyage classique, mais, comme le dit le père de la collection, un «décodeur» des mentalités profondes et de la culture. Des journalistes, excellents connaisseurs des lieux, ont été sollicités (...). A chaque fois, un récit personnel et cultivé du pays suivi de trois entretiens avec des experts locaux. - Le Temps

- "Comment se familiariser avec "l'âme" d'un pays pour dépasser les clichés et déceler ce qu'il y a de juste dans les images, l'héritage historique, les traditions ? Une démarche d'enquête journalistique au service d'un authentique récit de voyage : le livre-compagnon idéal des guides factuels, le roman-vrai des pays et des villes que l'on s'apprête à découvrir." - Librairie Sciences Po

À PROPOS DE L'AUTEUR

Correspondant permanent à Rome du Figaro après avoir suivi l’actualité de la péninsule pour l’ Agence France-Presse et La Tribune, Richard Heuzé a fait de longue date le choix passionné de l’Italie.

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Seitenzahl: 97

Veröffentlichungsjahr: 2015

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L’ÂME DES PEUPLES

Une collection dirigée par Richard Werly

Signés par des journalistes écrivains de renom, fins connaisseurs des pays, des métropoles et des régions sur lesquels ils ont choisi d’écrire, les livres de la collection L’âme des peuples ouvrent grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir.

Écrits avec soin et ponctués d’entretiens avec de grands intellectuels rencontrés sur place, ces riches récits de voyage se veulent le compagnon idéal du lecteur désireux de dépasser les clichés et de se faire une idée juste des destinations visitées.

Une rencontre littéraire intime, enrichissante et remplie d’informations inédites. Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre.

Richard Werly (1966) est le correspondant permanent à Paris du quotidien suisse Le Temps. Précédemment basé à Bruxelles, Genève, Tokyo et Bangkok, il s’est lancé dans l’aventure éditoriale de L’âme des peuples après avoir réalisé combien, dans une Europe en crise, la compréhension mutuelle et la connaissance des racines culturelles et religieuses ne cessent de reculer sous la pression d’une économie toujours plus rapide et globalisée.

« L’Italie est le jardin de l’Europe

La Toscane est le jardin de l’Italie

Et Florence la fleur de la Toscane »

Poésie préférée

de Michel-Ange enfant

AVANT-PROPOS

Pourquoi l’Italie ?

Existe-t-il une âme italienne ? La question prête à sourire dans un pays où l’individualisme forcené interdit de penser collectif. Cela fait 154 ans que les Savoie ont proclamé l’avènement du Royaume d’Italie. On connaît le mot célèbre du marquis Massimo d’Azeglio, l’une des grandes âmes du Risorgimento : « On a fait l’Italie. Il faut faire les Italiens ». Mais ni le fascisme centralisateur, ni la Démocratie chrétienne d’après-guerre, ni le communisme qui l’a accompagnée comme un frère jumeau, encore moins Silvio Berlusconi qui a régenté le pays pendant vingt ans en flattant ses faiblesses n’ont eu raison de cet atavisme anti-État. Ce qui faisait dire au chancelier autrichien Von Metternich au début du dix-neuvième siècle que l’Italie « n’était qu’une expression géographique ». En 2011, les Italiens se sont émus quand le président Giorgio Napolitano a célébré les 150 ans de l’Unité du pays. Mais pas au point de reléguer au second plan leurs particularismes.

C’est un fait acquis. L’Italien se distingue sur l’échiquier européen par son refus de considérer son pays comme une nation. Il nourrit une profonde méfiance à l’égard de l’État centralisateur et du bien public. Les valeurs dominantes sont la casa, la famille, le clan, les amis proches, la ville d’origine. Accessoirement l’Europe, mais vue comme une bouée de sauvetage pour prendre ses distances de la capitale, d’une Rome que personne ne respecte, « Rome la voleuse », disent les séparatistes de la Ligue du Nord. Ce sont pourtant ses particularismes, ses milliers de clochers, ses dialectes encore vivaces, ses tables colorées et son provincialisme solidement ancré dans les mœurs qui font le charme de l’Italie. Un pays tout en complexités, en oppositions, en paradoxes contradictoires, fier de ses différences qu’il étale et cultive à l’excès. La diversité est sa première richesse. Diversité de ses paysages, de ses cultures, de ses habitants. Il n’y a pas un caractère italien, comme il existe un caractère français. Il existe des traits communs, l’optimisme, l’allégresse, une certaine insouciance, réelle ou feinte, un goût immodéré pour la bella figura. Mais un nationalisme, un sentiment collectif d’appartenance, l’acceptation d’une autorité supérieure qui serait celle de l’État, bien peu. Le Milanais ne ressemble en rien au Sicilien, qui se démarque du Vénitien, du Toscan et du Piémontais.

Je n’ai jamais rêvé d’être Italien. Peut-être aurais-je pu chercher à en acquérir la nationalité. Mais j’aime trop mon pays : sa culture, son histoire. Et pourtant le bel paese ne manque pas de me fasciner. Sa lumière, la beauté de ses sites, l’enjouement de ses habitants, leur amitié immédiate, cette admirable tolérance mêlée de fatalisme, et cet art inné, si profond, de s’en sortir dans les situations les plus compliquées, de s’arranger, au besoin en passant outre les règles : aucune rigidité nordique ici, aucun rationalisme non plus. La moindre formalité administrative est un véritable parcours du combattant. Et pourtant, l’Italien s’en sort toujours. Cette « esthétique du miracle » peut irriter, paraître absurde, éreintante, grotesque même. Elle constitue néanmoins l’essence même de l’italianité.

Ce pays est trop complexe, trop inattendu, trop fantasque pour se laisser enfermer dans quelque livre ou archive. Cela fait plus de trente ans que je le parcours du Haut-Adige délibérément germanophone à la pointe méridionale la plus arabisante de la Sicile. Je ne manque jamais d’être surpris ni ne me lasse de le découvrir.

L’Italien n’est ni secret ni méfiant. Il est à la fois chaleureux et débonnaire, extraverti et sans arrière-pensée. Aucune réticence à confier sa pensée ou ses opinions politiques, toujours très tranchées. L’important est de paraître. C’est cette spontanéité naturelle et immédiate que j’aime par-dessus tout. L’Italien cultive un véritable culte pour l’esthétique, pour la beauté. Citons en vrac : les « belles italiennes » carrossées par des designers de génie, les couturiers célèbres, les griffes de prestige qui ont conquis la 5e avenue à New York, les créateurs, l’immense talent des restaurateurs d’art, l’audace de ses architectes contemporains comme Renzo Piano. Je vis en phase avec ce pays, sans jamais me sentir dépaysé. J’aime marcher dans les rues. Admirer les vieilles pierres, l’empilement des styles, l’agencement des époques, de la Renaissance au néoclassique de la période fasciste qui côtoie sans jurer l’église la plus baroque ou les vestiges soigneusement entretenus de l’époque romaine, le travertin, la blancheur du marbre, les murs en briques rouges de l’époque romaine. J’aime ces foules élégantes, tumultueuses, désordonnées, ces femmes insouciantes qui traversent les rues avec légèreté, avec un plaisir évident à se montrer, à se mettre en scène comme pour une parade, cette sensation de liberté qui émane de leur corps, cette joie de vivre omniprésente.

Le cinéma, on le verra, fournit une clé de lecture tout aussi précieuse. Du néoréalisme à la comédie à l’italienne la plus hilarante, c’est le même peuple qui se met en vedette avec joie, spontanéité et touchante humanité.

L’esthétique du miracle

De la grande baie vitrée du studio que j’ai occupé pendant les deux premières années de mon installation à Rome, à flanc de la colline du Janicule, je voyais la Ville éternelle s’animer chaque matin. Pierres ocre des grands palais princiers et des églises, maisons populaires en brique rouge, crête verte des platanes bordant le Tibre, gracieuse loggia de Michel-Ange au troisième étage du palais Farnèse (siège de l’ambassade de France). Avec, au loin, l’imposante masse blanchâtre de l’Autel de la Patrie voulu par les Savoie pour imposer leur règne, après leur prise de Rome en septembre 1870.

J’admirais aussi les clochers et les dômes de la capitale de la chrétienté : Saint-Jean-des-Florentins, la Chiesa Nuova, le Jésus, Sainte-Agnès dominant la place Navona, Sant’Andrea della Valle où Giacomo Puccini a planté le premier acte de la Tosca. Couleurs pastel, parfums d’été, rumeurs assourdissantes de la ville, l’émotion romaine est indicible. Pour gagner mon studio à partir du fleuve, je devais gravir la via Sant’Onofrio au pavement disloqué qui mène à l’église et au couvent Sant’Onofrio que Chateaubriand considérait en son temps comme le plus beau site au monde, où il aurait aimé finir ses jours. En contrebas, le quartier du Trastevere grouillait de vie. Poursuivons la montée jusqu’au belvédère du Janicule défendu par la statue de Garibaldi qui y a livré sa dernière bataille contre les zouaves français défendant le pape. Rome y étale ses atours avec indolence dans la touffeur estivale. Vu du Janicule, le spectacle de la ville aux sept collines, devenue capitale d’Italie en 1871, est grandiose et serein. Toitures de tuiles roses, terrasses fleuries, frontispices de palais et d’églises Renaissance, chaos et empilement de styles qui expriment deux mille ans d’histoire : vestiges des Forums, rondeurs joufflues du château Saint-Ange, la forteresse et la prison des papes, jardin botanique adossé au palais Corsini et à la prison Regina Coeli en contrebas, au loin la ligne droite du Quirinal qui barre l’horizon.

Qu’il se trouve à Rome, Venise, Naples, Florence, Pise ou Palerme… une même émotion s’empare du visiteur. L’Italie mérite bien le titre de bel paese que lui avaient conféré Dante et Pétrarque1. Cette émotion naît de l’harmonie des couleurs, de la grande diversité des paysages et des monuments et aussi de la qualité de vie que ses habitants ont créée au cours de leur longue histoire.

Monuments en péril

À force de patience, le Colisée retrouve sa patine originale, ambre rose. À l’aide d’éponges et d’eau de source nébulisée, les restaurateurs, qui travaillent d’arrache-pied depuis août 2013 au nettoyage du célèbre monument, ont déjà débarrassé 19 500 m2 de la crasse et des dépôts noirs laissés par les gaz d’échappement sur le travertin. Le Colisée devrait retrouver son lustre en 2017.

Voulu par l’empereur Vespasien2, inauguré en l’an 80 de notre ère par son fils Titus, lors de festivités qui durèrent cent jours, le théâtre Flavien – son nom original – était le monument le plus majestueux de l’Antiquité. Imaginez la stupeur des visiteurs accourus des quatre coins de l’Empire en découvrant cet imposant édifice : haut de 48,5 m, composé de quatre étages avec trois rangées de colonnades, doriques au premier, ioniques au deuxième et corinthiennes au troisième niveau, surmonté d’un mur de maçonnerie courant sur tout le pourtour de l’enceinte au quatrième étage. Quelque 188 m dans sa plus grande longueur. Contrairement à une légende solidement établie, les grandes persécutions de chrétiens, auxquelles l’empereur Constantin mit fin en l’an 313 de notre ère3, ne se déroulèrent pas sur le sable doré qui recouvrait l’arène elliptique, de 77 sur 46 m. Mais en contrebas du Palatin, dans l’immense Circo Massimo, capable d’accueillir jusqu’à 375 000 spectateurs aux heures les plus fastes de l’Empire. En revanche les combats de gladiateurs, popularisés à l’écran par le film de Ridley Scott, se déroulaient bien dans l’enceinte du théâtre Flavien qui prendra le nom de Colisée quand le pape Benoît XIV (1740–1758) y transféra la via Crucis4.

L’entretien du Colisée a longtemps été négligé faute de crédits. Puis un mécène s’est présenté en la personne de Diego Della Valle. L’industriel italien des mocassins de luxe Tod’s a investi 25 millions € à fonds perdus, sans aucun retour de publicité visible sur le monument. Dans un véritable geste patriotique, il a fait de cette restauration un point d’orgueil national. « Quand on a de l’argent, c’est un devoir d’investir pour sauver le patrimoine de son pays » affirme Diego Della Valle. Sur les 14 millions de touristes qui se sont rendus à Rome en 2014, plus de 5 millions ont visité le Colisée. Ce qui en fait le monument le plus visité d’Italie, deux fois plus que Pompéi.

L’administration italienne des biens culturels manque pourtant cruellement de crédits. Refrain connu : les budgets consacrés à la culture ne sont pas à la hauteur des ambitions d’un pays fier de détenir le patrimoine le plus riche et diversifié de la planète. Jugez plutôt : l’inventaire officiel du patrimoine mondial dressé par l’Unesco recense 49 sites en Italie. 45 sont culturels et 4 naturels. Pour les Nations unies, l’Italie serait le pays le plus doté de « merveilles » au monde. Or, pour entretenir ces joyaux, l’État consacre 3 milliards € par an. Une somme nettement insuffisante. Le site archéologique de Pompéi, classé en 1997, aurait besoin à lui seul de 300 millions € pour son entretien ordinaire. Sans parler des frais urgents de réhabilitation. En novembre 2010, après de fortes pluies, des pans de murs antiques de la « caserne des gladiateurs » se sont écroulés. Plus récemment, la « Maison du moraliste », l’arche d’un temple et une partie de l’enceinte d’une nécropole ont subi le même sort.